RUE SOLY
Sainte-Chapelle, était propriétaire du 10 ; M. Dionis, du 6 ; le comte de Luges, du 4. La plupart des numéros impairs étaient en la possession de M. de la Poterie.
Parmi les prédécesseurs de ce dernier avaient figuré non-seulement Bertrand Soly, propriétaire aussi rue des Vieux-Augustins, mais encore Antoine Soly, un échevin du temps de Henri II, parrain de la petite rue. Le plus gras des Seize de la Ligue était un Soly, marchand établi près des Saints-Innocents, qui paraissait trop large des épaules pour la rue dédiée à sa famille. Au mois de mars 1589 il fut envoyé avec le conseiller Machault chez Molan, trésorier de l'Épargne, rue des Prouvaires, pour y saisir 360,000 écus d'or. Michel Soly, l'un de ses descendants, était libraire à Paris : il avait pour marque de ses livres un Phénix.
Rue Pagevin. (i)
L'ancien hôtel Massiac, pour lequel nous renvoyons les lecteurs à la notice de la place des Victoires et à celle de la rue des Fossés-Montmartre, donne pourtant rue Pagevin. Une des maisons qui y font vis-à-vis aux dépendances de l'hôtel, fut le siège, vers la fin du xvue siècle, de l'académie de la Danse, établie en 1661, et dont les membres se proposaient de corriger et de polir la danse en s y exerçant. Les académiciens n'étaient qu'au nombre de 13 ; la mort de chacun d'eux donnait lieu à la nomination d'un remplaçant ; les membres survivants le choisissaient parmi les maîtres à danser, qui pouvaient tous se porter candidats : la pluralité des suffrages déterminait l'admission. Les membres de cette compagnie jouissaient du droit de committimus, comme les officiers commensaux de la maison du roi ; ils étaient dispensés de garde et de tutelle, exempts de taille et de guet, et leurs enfants pouvaient montrer leur art, comme professeurs, sans lettres de maîtrise. Les assemblées de l'académie de la Danse avaient lieu chez son directeur, lequel payait loyer au sieur Prudot dans la propriété voisine de la place des Victoires.
La portion de la rue Pagevin où siégea cette compagnie, s'appelait rue du Petit-Reposoir depuis cent ans, à cause d'un reposoir où s'arrêtait la procession de la Fête-Dieu, et elle s'était appelée Breneuse comme le reste de la rue Pagevin. Ce vieux mot français de breneuse voulait dire mal-
(1) Notice écrite en 1801.
RUE PA6EVIN.
propre. Mais la rue avait dû à un particulier, dès le commencement du xive siècle, le nom de rue Jacques-Breneult. Nicolas Pagevin, seigneur de l'île Louvier, fut trésorier-général de la maison du duc d'Anjou et d'Alençon, frère de Henri III.
Son nom ne s'est appliqué, pendant deux siècles et demi, qu'à la section de notre rue comprise entre les rues des Vieux-Augustins (\) et Coq- Héron. Les propriétés du côté impair y appartenaient, avant la Révolution, à la comtesse de Choiseul-Gouffier, et elles avaient été bâties à la place des écuries de l'hôtel d'Épernon, maintenant hôtel des Postes.
Le surplus de la rue Pagevin a été dit Verdelet, Verderet, Merderet, de l'Ordure et Breneuse : qualifications peu regrettables. Jean- Jacques Rousseau y prit un logement en quittant l'hôtellerie de Saint-Quentin, afin de se rapprocher de M. Dupin de Francœuil, dont l'hôtel était rue Plâtrière, actuellement Jean-Jacques-Rousseau, en face de celle Verdelet. Le comte de Vannaux était propriétaire de la maison habitée par le philosophe et qui porte le n° 4.
A la rue Pagevin se sont ajoutées les deux autres en 1849.
(1) Présentement rue d'Argout.
Rue de la Vrillière. (1)
La rue des Fossés-Montmartre allait jusqu'à la rue Croix-des-Petits-Champs, avant le raccourcissement de celle-ci. Mais la place des Victoires, lors de sa formation, ne communiqua pas tout de suite avec la rue de la Vrillière ; il fallut jeter par terre un bâtiment qui interceptait la vue de part et d'autre : place fut ainsi faite à une venelle, dite rue Percée, puis petite rue de la Vrillière et présentement Catinat, sur laquelle quatre maisons ont des croisées, mais pas une porte. Le plan de Lacaille, en 1714, présentait ladite ruelle comme une avenue ajoutée au grand hôtel qui maintenant est celui de la Banque ; toutefois les deux rives de la rue de la Vrillière étaient loin de se relier par l'unité de propriété.
La première maison de cette rue, côté droit, appartenait à Leduc, architecte ; elle fut restaurée, sous le règne de Louis XV, par un autre architecte, qui s'appelait Desmaisons. Les bureaux du journal YUnion, qui en occupent un étage, ont des croisées donnant sur un balcon tournant, dont la grille est en fer battu bien ouvragé. L'encoignure de l'éditice sur la rue Croix- des-Petits-Champs est arrondie et dépasse hardiment l'aplomb du rez-de-chaussée. Lallemant, Ludet et Chapuis, contemporains de Leduc, étaient propriétaires des nos 6, 8 et 10, et Chevallier de la Motte avait le 4, qu'on vient de rétablir de fond en comble.
Par conséquent, Rouillé, maître-des-requêtes et
(1) Notice écrite en 1861.