Chap. 2: — Règlements généraux
a L'Église, dit M. Maître, a seule été en possession des écoles, non par intolérance, mais parce qu'il n'en pouvait être autrement. Avant le xii® siècle au moins, l'état social en Occident ne comportait pas d'autres maîtreB que les cénobites et les chanoines, ni d'autres élèves que les aspirâints aux grades ecclésiastiques. Quels sont ceux qui auraient eu le désir d'entrer en concurrence avec eux? Ce ne sont ni les guerriers occupés à refouler les invasions » et à batailler sans cesse dans leurs guerres privées, ni les serfs ou les vilains attachés à Ja glèbe. « Or à cette époque la société se réduisait à ces trois sortes de personnes. »
Les anciennes municipalités romaines étaient * isolées ; les villes nouvelles n'avaient pas encore acljuis d'importance avant le mouvement communal. La féodalité, au contraire, comme auparavant la barbarie, habitait de préférence les campagnes où elle régnait et qui formaient à peu près seules les royaumes du temps de l'invasion et du régime des fiefe. —
Si' quelque laïc eût été assez téméraire pour sortir de sa condition afin d'enseigner, il se serait privé de tout secours pour cela : ce Ceux qui s'étaient consacrés au service de l'Église, comme élèves ou comme moines, pouvaient se vouer tout entiers au culte de la science sans inquiétude; les libéralités des princes et les aumônes des fidèles les mettaient à l'abri du besoin. Mais quelles auraient été les ressources d'un laïque lettré à une époque où les carrières libérales n'existaient point, et où les produits de la propriété littéraire étaient inconnus? Si l'on n'admettait pas que la profession des lettres ait été longtemps et exclusivement attachée à l'état ecclésiastique, comment expliquerait-on que les deux mots clerc et lettré soient devenus synonymes..? » La société spirituelle jouissait d'ailleurs seule comme on l'a vu, d'immunités protectrices contre la violence de ce qu'on appellerait très improprement l'ordre temporel. (( La meilleure preuve, à notre avis, que l'Église a joui, elle seule, du droit d'enseigner
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par la force même de$ choses et sans recourir au despotismey c'est qail n'existe pas trace d'une mesure prohibitive qu'on puisse lui reprocher Pourvu qu'un maître fût honnête et
instruit f il était sur d'obtenir l'autorisation d'ouvrir une école. On ne pouvait être moins exigeant. » La liberté actuelle ne va pas au-delà et recule même bien en deçà.
A la vérité, l'hérétique était exclu; mais il était excommunié delà société chrétienne, ainsi que de l'Eglise. M. Laferrièr^ confond-il la liberté d'enseignement avec celle de penser?
Oh ! alors, comme nos libres penseurs de la Chambre, il peut nier que la première existât et parler d'intolérance. Mais l'Église gardait la foi et la morale chrétiennes, premier bien des peuples, avec tout autant et plus de légitimité que nos adversaires se constituent les gardiens du droit de l'Etat, et défendent ceux-ci avec un despotisme bien plus réel ce qu'ils appellent . les principes et la morale, d'un État sans religion.
128 LES ANCIENiraS UNIVERSITÉS
M. Maître pousse bien loin les concessions, ou du moins il omet les explications nécessaires quand il dit : « On a reproché avec raison (à l'Église) d'avoir sévi trop souvent avec rigueur contre les dissidents ; — mais, répond-il, on n'a pas assez remarqué que la procédure civile n'était guère moins humaine. » Il aurait pu dire qu'elle l'était bien davantage. Il observe au reste que la procédure ecclésiastique faisait preuve d'une grande longanimité, s'efforçait d'éclairer par la discussion, par l'autorité des assemblées solennelles et surtout invitait tant qu'elle pouvait au repentir par la persuasion. A son adversaire, porté à exagérer les mérites dxi libéralisme païen, il rappelle que u les républiques, même les plus sages de l'antiquité n'ont pas été plus tolérantes à cet endroit; (1) car quiconque introduisait chez elles de nouvelles divinités, s'exposait à Texil et à la mort. »