‹ Les anciennes universités et la collation des gradesChapitre 9 sur 21 · Crevier, liv. VI, p. 316-17 et · texte numérisé non relu

Crevier, liv. VI, p. 316-17 et

l'ouverture du collège de Clermont. Ce n'es certes pas le roi qui veut restreindre les droits de cette Compagnie de Jésus, jeune encore et déjà illustre ; mais il reste impuissant même avec le secours du parlement à la faire recevoir dans L'Université et.il doit céder à l'antique liberté de ce dernier corps. En vain le collège de Clermont a-t-il reçu des lettres patentes de Henri II, en* vain remplit-il toutes les conditions exigées, en vain même a-t-il obtenu du recteur des Lettres de Scolarité; il n'est pas admis à ouvrir ses cours. Grâce àla protection royale, les Pères continuèrent, il est vrai, à enseigner les lettres et la théologie à l'intérieur de leur collège(l), mais on leur refusa toujours l'incorporation, et quand ils présentèrent une nouvelle requête, en 1572, une assemblée universitaire solennelle conclut non à les admettre^ mais à les tolérer. Bien^plus, en 1573, souveraine, même dans les rigueurs de

1. Index chartarum, p. 376, n» 1949. — Arrêt du parlement de Paris portant réception de la Société des Jésuites, BOUS le nom de CoUège de Clermont, dès le 13 février 156K

sa jalousie, l'Université décréta de ne recevoir ni à la licence, ni à la maîtrise les élèves de la Compagnie. « Pour cette fois, il eût été à souhaiter que l'Université relevât de la juridiction royale. ))(M. A. Loth, V Univers, 31 Mai 1876.)

A propos des ordres religieux, il est bon de signaler ici quelques erreurs apportées à la tribune par M. Paul Bert. « Avant la révolution, ditil, il n'était pas question de la liberté de l'enseignement, » nous avons déjà expliqué pourquoi, « çà et là des congrégations ouvraient quelques collèges. »

Curieuse manière de raconter l'histoire d'un temps où les oratoriens, les doctrinaires, les bamabites, la congrégation de Saint-Lazare, les eudistes, les sulpiciens couvraient la France d'établissements ; d'un temps où la seule Compagnie de Jésus avait pu ouvrir cent vingt-quatre collèges !

« On leur interdisait sévèrement toute collation de grades, quelquefois même toute préparation aux grades, et elles n'ouvraient leurs éta-

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blissements qu'après avoir reçu des licences du roi. 7)

Nous venons de voir que ce on qui, dans la pensée de M. Paul Bert, représente le roi, n'était en réalité que l'Université elle-même, l'Université libre et indépendante, l'Université résistant aux rois et aux parlements.

Et quant aux licences ^ nous avons prouvé assez longuement que ce n'était pas le roi, mais le chancelier de l'Université qui les accordait.

Si on défendit aux jésuites de préparer aux grades, la prohibition dut être aussi passagère qu'elle était abusive. En tout cas, elle restait inutile par la possibilité de s'adresser à d^s Universités moins jalouses, moins partiales, puisqu'il n'y avait pas monopole ; car il n'y avait pas alors monopole en faveur de l'Université de Paris, bien moins encore en faveur d'un État enseignant^ dont jamais on ne subit le joug, dont on n'avait même pas l'idée.

Les jésuites, il est vrai, éprouvaient à Paris

une difficulté à conférer les grades, mais cet obstacle n'était pas invincible, puisqu'ils étaient agrégés à d'autres Universités. Il ne paraît pas qu'ils aient été entravés môme dans leur position vis-à-vis de la principale. Pasquier nous dit en parlant des Pères de la Compagnie au collège de Clermont : ce Ils ne furent pas incorporés, mais, en possession de faire des leçons publiques, ils purent continuer. »

M. Bert conclut ainsi : (c C'était le monopole. Et pourquoi l'Église le supportait-elle avec tant de patience? C'est qu'elle en était maîtresse, c'est parce que les Universités recevaient l'institution canonique, parce que rien n'y pouvait être enseigné... qui sentît l'hérésie. »

Si l'Église était maîtresse, pourquoi vanter si fort ce droit de l'État résistant aux empiétements de l'Église, ce prétendu droit traditionnel que vous revendiquez aujourd'hui?

L* Eglise était maîtresse! Pas toujours cepen-

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