HU US
derais indigne de partager la fortune du capitaine
d'Haberville, si je ne voulais pas partager aussi ses fatigues et ses privations.
Tous.—Bravo! Vive papr José!
Dugé.— Voilà bien le digne fils du grand François le Buveur qui lutta toute une nuit contre les sorcier , les loups-garous, les feux-follets et tous les diables de l’île d'Orléans qui voulaient l’emmener à leur sabbat.
FonTAINE.—Quelles itanies que tu nous dlisntés: là !
José.—C’est pas d’zitanies, grand ignorant, c’est la pure vérité que l’aventure de mon défunt père qui est mort, aussi vrai que tu es le plus rogne de toute la côte,
De SainrT-Luc.—Allons ! allons! papa José, ne vous fâchez pas contre Fontaine, mais plutôt entonnez-nous cet air si beau que votre défunt
ère qu’ est mort (77 appuie) a dérobé aux sorciers de l’île d'Orléans.
José.— Volontiers, mon officier ; mais vous ferez excuse, par exemple, je n’ai ni la belle voix, ni la belle arraganne du cher défunt trépassé.
Dugé.—Ca ira toujours ben, tiens, asseyez-vous là, papa José. (/osé s'assied ; tous / entourent.)
José. — Auparavant, il faut que je vous explique un peu, d’où vient cette romance-ià. Ecoutez ben, je vais vous abréger ça. (Ca sera pas long.
De SainT-Luc.—Bien ! papa José, vous ne manquerez pas d’être intéressant.
José.— Un jour donc, mon défunt père qui est mort avait quitté la ville pas mal tard pour s’en retourner chez nous ; il s'était divarti, comme qui dirait, à pintocher tant soit peu avec ses amis de la Pointe Lévis. ... Il aimait un peu la goutte, le
ms V9 ls
brave et honnête homme. Si ben qu’il portait toujours quänd il voy. geait un flacon de rhum dans son sac de loup-marin. Si donc que quand mon défunt père voulut partir il faisait tout à fait nuite. Ses amis firent tout ce qu’ils purent pour le garder à coucher, lui disant qu'il allait passer devant la cage de fer ousque la Corriveau f’zait sa pénitence pour avoir tué son mari.
FoNTAINE.— Une Corriveau qu’a tué son mari ?.. j'ai jamais entendu parler de ça.
Dugé. — Taistoi donc. Pourquoi interrompre papa José?
José.— Si ben que mon défunt père qui était brave comme l’épée de :on capitaine, leur dit qu'il . devait rien à la Corriveau et puis un tas d’autres raisons que j'ai oubliées. I! donne donc un coup de fouet à sa jument et pi le voilà parti. Quand il passa arra l’squeilette il lui sembla ben entendre un p'tit bruit, comme on dirait une plainte... mais comme il ventait un gros ‘“sorrouet ” il se figura que c'était le vent qui siffluit dans les os du calabre. Pu ni moins, ça l’taralusquait ; il prit un bon coup pour s’enhardir. A tout ben considérer, à ce que s’dit mon défunt père, il faut s’entr'aider entre chrétiens, p’tête ben que la pauvre créature demande des prières. Il ôte son bonnet et lui récita ben dévotieusement un De profondis à son attention, disant que si ça lui faisait pas d'bien, ben que ça lui ferait pas de mal, que lui qu’il s’en trouverait mieux.
Dus£é.—-Bien imaginé pour le grand-père François
JOSÉ (sans l’écouter).--Si donc qu’il continua à
filer gros train. Arrivé sur les hauteurs de Saint- Michel, V'la-ti-pas l’endormitoire qui le prit. Après
HE An AN
tout, à ce que s’dit mon défunt père, un homme c'est pas un chien, faisons un somme, ma jument pi moé, on s’en trouvera mieux. Il dételle donc sa jument, lui attache les deux pattes de devant avec ses cordeaux pi lui dit : Tiens, mignonne, v’la de la bonne herbe, t’entends couler le ruisseau ; bonsoir. Comme mon défunt père allait se fourrer sous son cabarouet pour se mettre à l'abri de la rosée, 1l lui prit fantaisie de s'informer de l'heure. Ïl regarde les Trois-Rois au sud et le Charriot au nord. Il en conclut qu’il était minuit. C’est l'heure, que s’dit mon défunt père, que tout honnête homme doit être couché. Comme il allait s’mecbtre sous son cabarouet, v’là-ti pas tout à coup que l’île d'Orléans lui paraît tout en feu. Il saute un fossé, s'acote su une clôture, ouvre des grands yeux et pi il regarde, regarde, . ... à force de regarder, ses yeux qui étaient pas mal troublés s’éclaircirent, et puis il vit un diable de spectacle, allez !
Tous.—Comment ça ! comment ça ?
JOSÉ.— Ecoutez ben. (C'était comme des manières d'hommes, d’une curieuse engeance tout de même. (’avait ben une tête grosse comme un d’ni minotte, amanché d’un bonnet pointu d’une aulne de long, et pi des bras, des jambes, des pieds et des ‘nains armés de griffes! mais pas d’corps pour la peine d’en parler. Ils avaient ben, sous votre respect, le califourchon fendu jusqu'aux oreilles.
FonNTAINE.—Ah ! sainte Vierge ! que ça devait être effrayant. (C'était à peu près comme ce grand escogriffe que j'avais vu dans le jardin du seigneur de Beaumont.
UN soLpaT.—Veux-tu bien te taire, bavard, est-
ce à toi de parler ? Excusez-le, papa José.
AAA 7 pet
Jvsé.—Ah! je l’excuse ben, allez! ça pas reçu d'éducation, vous voyez ben.
FONTAINE.—Pas d'éducation moé qui a été engagé deux mois chez le notaire Bégin ousque y avait des armoires pleines de gros livres.
JOSÉ (continuant son récit).—D'’accord, Fontaine Eh ben ! pour en revenir à mon discours, les yeux de mon défunt père lui en sort. :ent de la tête, mais ce fut bien pire, quand ils commencèrent à sauter, à danser, sans pourtant grouiller de place et à entonner d’une voix enroué comme des loups qu'on étrargle la chanson que voici :
Allons, gai compère lutin, Allons, gai mon cher voisin, Allons, gai compère qui fouille, Comoère crétin la guernouille, Des chrétiens, J'en ferons un bon festin.
bis.
Ah ! les misérables carnivales, se dit mon défunt père, au lieu d’un bon vin, ce sont des chrétiens qu'ils veulent se régaler, les indignes. Et puis après les sorciers continuèrent leur chanson infernale en r’gardant mon défunt père et en l’couchant en joue de leurs grandes dents de rhinoféroce :
Ah ! viens donc, compère François.
Ah ! viens donc, tendre porquet, Dépêche-toi, compère qui fouille, Compère boudin la guernouille, Du François,du François, | bis J'en ferons un bon salois. se
Tout ce que j'peux vous dire pour le moment, mes mignons, c'est que si vous ne mangez jamais d’autre lard que si là que je vous porterai, vous aurais pas d’'hbesoin de dégraisser votre soupe.
us ‘12 ui
DE Sainr-Luc.— Voilà qui est bien riposté, (Ça devait être un brave homme que ce François.
JosÉé.—Oui, j'vous l’assure, mon officier. Mais pour côntinuer mon histoire, les sorciers paraissaient pourtant attendre quelque chose, car ils tournuient souvent la tête en arrière. Mon défunt père y regarde aussi et quoi c’qu’il aperçoit... . Un grand guiabe long comme le clocher de Saint-Michel. Il n'avait qu'un œil, l’guerdin qu'il était, mais ça en valait bien une douzaine ; ça devait être le chef des sorciers. (27 on entend sonner la trompette militaire, José et tous les miliciens prétent l'oreille.)
FONTAINE (/out effaré, se levant pour fuir). —Où se fourrer, ,..... v'là les Anglais!......
DE Saint-Luc.—Rassu. toi, Fontaine, ce ne sont pas les sorciers, ni les Anglais. On fait l’exercice militaire à la division voisine.
.. José.— V'là donc que tout à coup, le géant en-
tonne une ronde infernale en s’accompagnant sur une marmite qu’il frappait à coup pressés et redoublés et tous les diables partent comme des éclairs, si ben qu’ils ne mettent pas une minute à faire le tour de l’île. Ce fut alors qu'ils chuntèrent ceite fameuse romance que mon défunt père n’a retenu que trois couplets, Je vais vous la chanter, mais vous répondrez
Tous.—Oui, oui.
José.-—C'est su not’ terre d'Orléans (bis), Qu'est le pays des beaux enfants (bis).
dr que (Ge ansons à l’entour , Tour, lour. À is).
Coste = IE: cou
Venez-y tous en sourvenants (bis), :
Sorciers, lézards, crapauds, serpents (bis).
Tour, lour (bis), Dansons à l’entour, ; (bis) Tour, lour. té
Venez-y tous en sourvenants (bis), Impies, athées et mécréants (bis).
rt que (bis), ansons à l’entour, .
Tour, lour. } is).
Les sueurs abîmaient mon pauvre défunt père ; il n’était pourtant pas au plus creux de ses traverses, le cher homme. V’là ti pas que tout à coup ousqui s'attendait le moins, il sent deux grandes mains sèches comme des griffes d’ours qui lui serraient les épaules. Il se retourne tout effarouché, pi v’là ti pas qu'il se trouve face à face avec la Corriveau qui s’grimpignait après lui: “ Mon cher François, lui dit la Corriveau. veux-tu me faire le plaisir de me mener danser avec mes amis de l’île d'Orléans ?— Ah! satanée bigre de chienne !” lui cria mon défunt père, c'était le seul jurement qui
se servait, le saint homme et pi encore dans les
plus grandes traverses.
De SainT-Luc.—Diable, il me semble que l’occasion était favorable. Quant à moi, j'aurais juré comme un paien.
José.—C'est pas mal ce qu'il fit. ‘ Satanée bigre de chienne ! (ex appuyant fortement), lui cria mon défunt père, c’est ti pour me remercier de mon De profondis et des autres bonnes prières que j'ai dites à ton intention que tu veux me mener au sabbat. Moi qui pensais ben que t'en avais, au