‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 42 · ÉCURIES UE AE · texte numérisé non relu

ÉCURIES UE AE

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— Vous ne serez jamais assez cruelle envers moi, 9 envers vous-même, répondit Arché, pour persister dans votre refus! oui, envers vous-même, Blanche, car l'amour d'un cœur comme le vôtre ne s'éteint pas comme se un amour vulgaire ; il résiste au temps, aux vicissitudes D de la vie. Jules plaidera ma cause à son retour d’Eu- ql rope, et sa sœur ne lui refusera pas la première grâce M qu’il lui demandera pour un ami commun. Ah! dites pl que je puis, que je dois espérer ! 2

— Jamais, dit Blanche, jamais, mon cher Arché. Les femmes de ma famille, aussi bien que les hommes, n’ont ee jamais manqué à ce que le devoir prescrit, n’ont jamais mi reculé devant aucun sacrifice, même les plus pénibles. du Deux de mes tantes, encore jeunes alors, dirent un jour ER à mon père 1: Tu n’as pas déjà trop de fortune, d’'Ha- né

berville, pour soutenir dignement le rang et l'honneur de notre maison : notre dot, ajoutèrent-elles en riant, y ferait une brèche considérable ; nous entrons demain au le couvent où tout est préparé pour nous recévoir. Prières, aus menaces, fureur épouvantable de mon père ne purent $0 ébranler leur résolution : elles entrèrent au couvent qu’elles n’ont cessé d’édifier par toutes les vertus qu’exige ce saint état.

Quant à moi, Arché, j'ai d’autres devoirs à remplir ; des devoirs bien agréables pour mon cœur : rendre la vie

A Hietorique dans la famille de l’auteur,

n'ont amais mibles.

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14 plir; à la vie

aussi douce que possible à mes bons parents, leur faire oublier, s’il se peut, leurs malheurs, les soigner avec une tendre affection pendant leur vieillesse, et recevoir entre mes bras leur dernier soupir. Bénie par eux, je prierai Dieu, sans cesse, avec ferveur, de leur accorder le repos qui leur a été refusé sur cette terre de tant de douleurs. Mon frère Jules se mariera, j'élèverai ses enfants avec la plus tendre sollicitude, et je partagerai sa bonne et mauvaise fortune, comme doit le faire une sœur qui l'aime tendrement.

De Locheill et son amie s’acheminèrent en silence vers le logis ; les derniers rayons du soleil couchant qui miroitaient sur l'onde paisible, et sur les sables argentés du rivage avaient prêté un nouveau charme à ce paysage enchanteur ; mais leur âme était devenue subitement morte aux beautés de la nature.

Un vent favorable s'éleva le lendemain, vers le soir ; le vaisseau qui avait amené de Locheill, leva l'ancre aussitôt, et M. d’'Haberville chargea José de conduire son jeune ami à Québec.

La conversation, pendant la route, ne tarit point entre les deux voyageurs : le sujet était inépuisable. Arrivé cependant vers les cinq heures du matin sur les côtes de Beaumont, de Locheill dit à José :

— Je m'endors comme une marmotte: nous avons veillé bien tard hier, et j'étais si fiévreux que j'ai passé

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le reste de la nuit sans sommeil ; faites-moi le plaisir de

me chanter une chanson pour me tenir éveillé, | Il connaissait la voix rauque et assez fausse de son 6

compagnon, ce qui lui inspirait une grande confiance dans ce remède anti-soporifique.

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— Ce n'est pas de refus, reprit José, qui, comme k presque tous ceux qui ont la voix fausse, se piquait d’être un beau chanteur, ce n'est pas de refus ; d’autant plus qu’en vous endormant, vous courez risque de vous D casser la tête sur les cailloux, qui n’ont pu guère tenir en place depuis le passage de la Corriveau ; mais, je ne sais trop par où commencer. Voulez vous une chanson sur la prise de Berg-op-Zoom ? 1

— Passe pour Berg-op-Zoom, dit Arché, quoique les Anglais y aient été assez maltraités.

— Hen:: hem! fit José, c’est toujours une petite re. vanche sur l’ennemi, qui nous a pas mal chicotés en 59,

Et il entonna les couplets suivants :

C'est st’1là qu’a p'ncé Berg-op-Zoom (bis) Qu'est un vrai moule à te Deum. (bis) pe Dame ! c'est st’ilà qu’a du mérite

Et qui trousse un siége bien vite,

] Berg-on-Zoom, La Pucelle, prise, le 16 septembre, 1747, par le comte de Loweudhall qui commandait l'armée française. |

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— Mais c’est adorable de naïveté, s’écria de Locheill

— N'est-ce pas, capitaine ? dit José, tout fier de son succès,

— Oui, mon cher José, mais continuez; j'ai hâte d'entendre la fin : vous ne resterez pas en si bon chemin. é |

C’est de votre grâce, capitaine, dit José en portant la main à son bonnet qu’il souleva à demi

Comme Alexandre 1 est petit, (bis) Mais il a bien autant d’esprits (bis) Il en s toute ln vaillance, |

De César toute la prudence.

— “Mais il a bien autant d'esprit” répéta Arché, est un trait des plus heureux | Où avez-vous pris cette chanson ?

—— C’est un grenadier qui était au siége de Berg-op- Zoom qui la chantait à mon défunt père. Il disait que ça chauffait dur, allez, et il en portait des marques ; il ne lui restait plus qu’un œil, et il avait tout le cuir emporté à partir du front jusqu’à la mâchoire ; mais comme toutes ces avaries étaient du côté gauche, il ajustait encore son fusil proprement du côté droit Mais lais sons-le se tirer d'affaire ; c’est un gaillard qui ne se mouchait pas d’un hareng, et je suis sans inquiétude pour

jui Voyons le troisième couplet qui est Vstèque (le derniér). *-- Du + Pa

J'étrillons messieurs les Anglés, (bis), Qu’avions voulu faire los mauvés. (ls) Dame ! c'est qu’ils ont trouvé des drilles

Qu’avec eux ont porté l’étrille !

é à | — Délicieux ! d’honnewr, s'écria de Locheill: ces | Anglais qui ont voulu faire les mauvais ! cés drilles qui ont porté l'étrille ! toujours adorable de naïveté ! Oui, continua-t-il, ces doux et païisibles Anglais qui s’avisent jun jour de faire les mauvais pour se faire étriller à la \peine ; moi qui croyais les Anglais toujours hargneux et

méchants !.... Charmant ! toujours charmant !

F. — Ah damet écoutez, capitaine, fit José; c’est la chanson qui dit cela ; moi je les ai toujours trouvés pas mal rustiques et bourrus vos Anglais ; pas toujours, non plus, aisés à étriller, comme notre guevalle Lubine, qui ést parfois fantasque et de méchante humeur, quand on H frotte trop fort: témoin, la première bataille des plaines d'Abraham.

-- Ce sont donc les Anglais qui ont porté l’étrille, dit Arché?

+ 0 © D © Con tot

José se contents de montrer son moignon de bras, autour duquel il avait entorillé la lanière de son fouet, faute de mieux. EL ,

que (le

l: ces Iles qui é | Oui, ’avisent er à la meux et

cest la

de bras, na fouet,

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Les deux voyageurs continuèrent leur route pendant quelque temps en silence ; mais José, s’apercevant que le sommeil gagnait son compagnon, lui cria :

— Eh ! eh! capitaine, l’endormitoire vous prend ; prenez garde, vous allez, sauf respect, vous casser le nez. Je crois que vous auriez besoin d’une ave chn::" pour vous tenir éveillé. Voulez-vous que ,3 vous «arte la complainte de Biron ? 1

— Quel est-cé Biron ? dit de Locheill

— Ah däâmé ! mon oncle Raoul, qui ést ün savant, dit que c'était un prince, un grand guerrier, le parent et l'ami du défunt roi Heñri IV, auquel il avait rendu de grands services : ce qui n’empêcha pas qu’il le fit mourir, comme s'il eût été un rien derien. Et sur ce que je m'apitoyais sur son sort, lui et M. d’'Haberville me dirent qu’il avait été traître à son roi, et de ne jamais chanter cette complainte devant eux, Ça m’a paru drôle tout de même, mais j'ai obéi.

— Je n'ai jamais entendu parler de cette .complainte, dit Arché, et comme je ne suis pas aussi sensible à l’endroit des rois de France que vos maîtres, faites-moi le plaisir de la chanter,

1 Un ancien seigneur canadien, três-chatouilleux à l’endroit des rois de France, blèmait mon père de me laisser chanter, quand j'étais enfant, la complainté de Biron.

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