‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 3)Chapitre 28 sur 41 · EU · texte numérisé non relu

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fiance qu’a notre bien-aimé roi Louis XV dans notre courage pour défendre sa colonie.

— En attendant, interrompit monsieur d'Egmont, la France envoie si peu de troupes que la colonie va s’affaiblissant de jour en jour.

— Qu'on nous donne seulement de la poudre et du plomb, reprit le capitaine, et cent hommes de mes miliciens feront plus dans nos guerres de surprises, d’embuscades, de découvertes, que cinq cents soldats des plus vaillants corps de l’armée française ; je parle sans présomption : la preuve en est là. Ce qui n'empêche pas, ajouta-t-il un peu confus de cette sortie faite sans trop de réflexion, que nous avons un grand besoin des secours de la mère-patrie, et qu’une bien petite portion des armées, que notre aimé monarque dirige vers le nord de l Europe afin d'aider l'Autriche, nous serait à peu près indispensable pour la défense de la colonie.

— 11 serait bien à souhaiter, reprit le bon gentilhomme, que Louis XV eût laissé Marie-Thérèse se débattre avec la Prusse, et nous eût moins négligés.

— Il sied peu à un jeune homme comme moi, dit de Locheill, de me mêler à vos graves débats ; mais, à défaut d'expérience, l’histoire viendra à mon aide. Défiezvous des Anglais, défiez-vous d’un gouvernement qui a toujours les yeux ouverts sur les intérêts de ses colonies, partant sur les intérêts de l'empire britannique : défiezvous d’une nation qui a la ténacité du &w//-dog. Si la

conquête du Canada lui est nécessaire, elle ne perdra jamais cet objet de vue, n'importe à quels sacrifices : témoin ma malheureuse patrie.

— Bah ! s'écria mon oncle Raoul, des Ecossais !

| De Locheill se mit à rire.

— Doucement, mon cher oncle, dit le bon gentilhomme ; et, pour me servir de votre maxime favorite, lorsque vous retirez les rentes de cette seigneurie : ‘ Rendons à César ce qui appartient à César ; ” j'ai beaucoup étudié l’histoire d’Ecosse, et je puis vous certifier que les Ecossais ne le cèdent ni en valeur ni en patriotisme à aucune nation du monde connu, ancienne ou moderne,

{ — Vous voyez bien, repartit le chevalier, que j’ai voulu

seulement faire endéver tant soit peu mon second neveu de Locheill : car, Dieu merci, fit-il en se rengorgeant, nous nous flattons de connaître l’histoire. Arché sait très-bien la haute estime que j'ai pour ses compatriotes, et l'hommage que j'ai toujours rendu à leur bouillant courage,

— Oui, mon cher oncle, et je vous en remercie, dit Arché en lui serrant la main. Mais défiezvous des Anglais ; défiez-vous de leur persévérance : ça sera Île delenda est Carthago des Romains.

— Tant mieux, dit Jules ; merci de leur persévérance ; ils me donneront alors l’occasion de revenir au Canada avec mon régiment, Que ne puis-je faire mes premières

armes contre eux ici, dans la Nouvelle-France, sur cette

bas RE ARS SE

terre que j'affectionne et qui renferme ce que j'ai de plus cher au monde ! Tu reviendras avec moi, mon frère Arché, et tu prendras ta revanche sur cet hémisphère, de tout ce que tu as souffert dans ta patrie.

— De tout mon cœur, s’écria Arché en serrant avec force le manche de son couteau, comme s’il eût tenu en main la terrible claymore des Cameron of Locheill ; je servirai comme volontaire dans ta compagnie, si je n'obtiens pas un brevet d’officier ; et le simple soldat sera aussi fier de tes exploits, que s’il lui en revenait une plus grande part.

Les jeunes gens s'animèrent à l’idée d’exploits futurs ; les grands yeux noirs de Jules lancèrent des flammes : on aurait dit que l’ancienne ardeur militaire de sa race se manifestait en lui subitement. L’enthousiasme devint général, et le cri de “vive le roi” s’échappa simultanément de toutes les poitrines. Quelques larmes roulèrent dans les yeux de la mère, de la sœur et de la tante, malgré leurs efforts pour les contenir.

La conversation, qui avait d’abord langui, se ranima tout à coup. On fit des plans de campagne, on battit les Anglais sur mer et sur terre, et l’on éleva le Canada au plus haut degré de gloire et de prospérité !

— Y'eu partout, s’écria le capitaine d'Haberville en se versant une rasade, car je vais porter une santé que tout le monde boira avec bonheur: ‘“ Au succès de nos “ armes ! et puisse le glorieux pavillon fleurdelysé flotter

‘ jusqu’à la fin des siècles sur toutes les citadelles de la “ Nouvelle-France !? |

A peine portait-on la coupe aux lèvres pour faire honneur à cette santé, qu'une détonation épouvantable se fit entendre : c'était comme l'éclat de la foudre, ou comme si une masse énorme fût tombé sur le manoir, qui trembla jusque dans ses fondements. On se leva précipitamment de table, on courut dehors: le soleil le plus brillant éclairait un des plus beaux jours du mois de juillet ; on monta au grenier, mais rien n'indiquait qu’un corps pesant fût tombé sur l'édifice (a). ‘Tout le monde derneura frappé de stupeur; monsieur &'Iaberville surtout parut le plus impressionné. Serait-ce, ditil, la décadence de ma maison que ce phénomène me prédit !

Monsieur d’Egmont, l’abbé et mon oncle Raoul, l'homme lettré de la famille, s’efforcèrent d’expliquer physiquement les causes de ce phénomène, sans réussir à dissiper l'impression pénible qu'il avait causée.

On passa dans le salon pour y prendre le café, sans s'arrêter dans la salle à manger, où les gobelets restèrent intacts.

Les événements qui eurent lieu plus tard ne firent que confirmer la famille d'Haberville dans leurs craintes superstitieuses. Qui saît, après tout, si ces présages, auxquels croyait toute l’antiquité, ne sont pas des avertissements du ciel, quand quelque grand malhieur nous menace ? S'il fallait rejeter tout ce qui répugne à notre

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