‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 3)Chapitre 35 sur 41 · SR TS PS · texte numérisé non relu

SR TS PS

autant, en Comptant sur ses doigts, qu'Ononthio paie aux sauvages pour chaque chevelure de l'ennemi.

— La Grand'’-J outre sait que son frèr2 dit vrai, répliqua PInd'en, mais 1l ne vendra pas sa part du prisorinier.

Les yeux du Canadien lancerent des flammes ; il serra fortement le manche de sa hache ; mais, se ravisant toutà-coup, il secoua d’un air indifférent les cendres de la partie du casse-tête qui servait de pipe aux ! ::nçais aussi bien qu'aux sauvages dans leurs guerres le dr ouvertes, Quoique le premier mouvement hostile c'e Duinais n’eût point échappé à l'œil de lynx de son comp: non, il n’en continua pas moins à fumer tranquille ent

Les paroles de Dumais, lorsque de :.ocheill Pavait reconnu, avaient fait renaître l'espérance dans son âme ; et il se rattachait à cette vie, dont il avait d’abord fait le sacrifice avec résignation, en bon chrétien et en homme courageux. Maluré les remords cuisants qui lui déchiraient le cœur, il était bien jeune pour faire, sans regret, ses adieux à la vie et à tout ce qu'il avait de plus cher au monde. Pouvait-il sans amertume renoncer à la brillante carrière des armes qui avait 1llustré un si grand nombre de ses ancêtres? Pouvait-il, lui, le dernier de sa race, enfouir sans regret dans la tombe le blason taché des Cameron de Locheïll? Pouvait-il faire sans regret ses adieux à la vie, en pensant qu’il laisserait la famille d’Haberville sous l’impression qu’elle avait réchauffé une vipère dans son sein ; en pensant que son nom ne serait

prononcé qu'avec horreur par les seuls amis sincères qu’il eût au monde ; en pensant au désespoir de Jules et aux imprécations de l'implacable capitaine ; à la douleur muette de cette bonne et sainte femme qui l’appelait son fils, et de cette belle et douce jeune fille qui l'appelait jadis son frère, et à laquelle il avait espéré donner un jour un nom plus tendre ? Arché était donc bien jeune pour mourir, En ressaisissant la vie, il pouvait encore tout réparer, et une lueur d'espérance ranima son cœur,

De Locheill, encouragé par les paroles de Dumais, avait suivi, avec une anxiété toujours croissante, la scène qui se passait devant lui. Ignorant l'idiome indien, il s’efforçait de saisir, à l'expression de leurs traits, le sens des paroles des interlocuteurs. Quoique la nuit fût un peu sombre, il n'avait rien perdu des regards haineux et méprisants que lui lançaient les sauvages, dont les yeux brillaient d’une lumière phosphorescente, comme ceux du chat-tigre. Connaissant la férocité des sauvages sous l'influence de l'alcool, il ne vit pas sans surprise Dumais leur passer le flacon ; mais, quand il vit l’un d’eux s’abstenir de boire et l’autre étendu mort-ivre sur le sable, il comprit la tactique de son libérateu:' pour se débarrasser d’un de ses ennemis. Quand il entendit prononcer le nom de Wallace, il se rappela que pendant la maladie de Dumais, il l'avait souvent entretenu des exploits fabuleux de son héros favori, sans pouvoir néanmoins deviner à quelle fin il entretenait le sauvage des exploits d’un gucr-

SF:

rier calédonien, S'il eût compris la fin du discours du canadien, il se serait rappelé les quolibets de Jules à propos du prétendu plat favori de ses compatriotes. Quand il vit la colère briller dans les yeux de Dumais, quand il le vit serrer son casse-tête, il allait lui crier de ne point frapper, lorsqu'il lui vit reprendre une attitude pacifique. Son âme généreuse se refusait à voir son ami exposé, par un sentiment de gratitude, à passer par les armes, en tuant un sauvage allié des Français.

# Le Canadien garda pendant quelque temps le silence, chargea de nouveau sa pipe, se mit à fumer et dit de sa voix la plus calme : |

-— Quand la Grand’-Loutre est tombé malade de la picote, près de la Rivière-du-Sud, ainsi que son père, sa femme et ses deux fils, Dumais a été les chercher; et au risque de prendre la maladie lui-même, ainsi que sa famille, il les a transportés dans son grand wigwam, où il les a soignés pendant trois lunes. Ce n’est pas la faute à Dumais si le vieillard et les deux jeunes gens sont morts : Dumais les a fait enterrer avec des cierges à l’entour de leurs corps, comme des chrétiens, et la robe noire a prié le Grand-Esprit pour eux.

— Si Dumais, répliqua l’Indien, ainsi que sa femme et:ses enfants fussent tombés malades dans la forêt, la Grand’-Loutre les aurait portés dans son wigwam, aurait pêché le poisson des lacs et des rivières, chassé le gibier dans les bois, aurait acheté l’eau-de-feu, qui est la médccine des Français, et il aurait dit :—Mangez et buvez,

pes mnthhs. mit

Page 1