‹ Les anciens Canadiens [microforme] (volume 4)Chapitre 23 sur 37 · WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEBSTER, N.Y

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286 Les Anciens Canadiens | son jeune ami, et l’embrassa avec affection : il l'avait va élever, et l’aimait comme son fils Quoiqu'il eût constamment refusé, depuis trente ans qu’il vivait dans la seigneurie du capitaine d'Haberville, de venir vivre au manoir, avec son fidèle domestique, il y faisait éépendant de fréquentes visites, qui duraient souvent au-delà d’une semaine, surtout en l’absence des étrangers; éar, sans éviter positivement la société, il avait trop souffert dans ses rapports avec les hommes de sa classe, pour se mêler cordialement à leurs joies bruyarités

Monsieur d'Egmont, quoique pauvre, ne laïssait pas de faire beaucoup de bien : il consolaït les affligés, visitait les mahdes, les saignait avéc des simples; dont sés études Dotaniques lui avait révélé les vertus secrètes ; et, si ses charités n'étaient pas abondantes, elles étaient distribuées de si bon cœur, avec tant de délicatesse, que les pauvres en étaient plus touchés que de celles plus considérables de bien des riches On sémbli en conséquence avoir oublié son nom pour ne Fappeler que le bon gentil.

Lorsque Mônsieur d'Egmont et scn jeune ami en-

| tèrent dans là maison après une courte promenade aux f

alentours, André méttait sur là table un piat de truites de la plus male ape untige ane toutres à la . crapaydine couvertes de cerfeuil ér0. ‘ {

: — C'est un souper peu dispeñdient, dit le büri gent homme ; ÿai pris les truites moi-même, devant ma porte, y d'une heure environ, et André à té “is na ce

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AL. | matin au soleil levant, dans cet aïbre sec à demi-portée am JS de fusil de ma maison : tu vois que, sans être seigneur, sel À jai vivier et colombier sur mon domaine. Maintenant au | une salade de laitue à la crême, une jatte de framboises, dant une bouteille de vin : ét voilà ton souper, Juies, mou | une L ami! Han sans — Et jamais vivier ét coloibiér, dit celui-ci, n auront pi dans fourni un méilléur repas à un chasseur affamé, dl nêler | Le repas fut trèsgai, car Monsieur d'Egmont sern- D bit, malgré son grand âge, avoir retrouvé la gaieté t pas | de sa jeunesse, pour fêter son jeune ami. Sa conversation, isitait M toujours amusante, était aussi très-instructivé ; car, Sil tüdes D avait beaucoup pratiqué les hommes dans sa jeunêsse, il si ses M avait aussi trouvé dans l'étude une distraction à ses ées | malheurs.

uvres NS -Cornment trouvestu ce vin? dit:il à Jules, qui, bles mangeant comme ün loup, avait déjà avalé quelques avoir | rasades. ventile — Excellént, sur ion honneur, à { — Tu:es connaisseur, ‘mon ami, reprit Mosleus de i en mont ; câr, si l’âge doit améliorér les hommes ét le vin,

> aux! M celui-ci doit être bien bon, ét moï je devrais arriver à ls

ruites perfection, car me voilà bien vite nonagénaire, | à la — Aussi, dit Jutes, vous appellet-on le bon gentil

{ : homme, ntil- — Les Athéniens, dt bannissaient Aristidés en orte, l'appelant le juste. Mais laissons les hommes ét parlons e: du via : j'en bois ratémient moi-même ; j'ai appris à m'en

passer comme de bien d’autres objets de luxe inutiles au bien-être de l’homme, et je jouis encore d’une santé parfaite. Ce vin, que tu trouves excellent, est plus vieux que toi : son âge serait peu pour un homme; c’est beaucoup pour du vin. Ton père m’en.envoya un panier le jour de ta naissance ; car il était si heureux, qu'il fit des cadeaux à tous ses amis. Je l'ai toujours conservé avec beaucoun de soin, et je n’en donne que dans les rares occasions comme celle-ci A ta santé,. mon cher fils ; succès À toutes tes entreprises, et lorsque tu seras de retour dans la Nouvelle-France, promets-moi de venir souper ici et boire une dernière bouteille de ce vin, que je garderai pour toi

Tu me regardes avec | étonnement ; tu crois qu'il est probable qu’à ton retour j'aurai depuis longtemps payé cette dernière dette que.le débiteur le plus. récalcitrant doit à la nature ! Tu. te trompes, mon cher fils ; un homme comme moi ne meurt pas. Mais, tiens, nous avons maintenant fini de souper ; laissons la table du festin, et allons nous asseoir swb. legmine fagi, c'est-à-dire, au pied de ce superbe noyer, dont les branches touffues se; mirent dans les eaux Hapids de cette charmante rivière,

Le temps était magnifique : RAR rayons de la lune, alors dans son plein, se jouaient dans l'onde, à leurs pieds. Le murmure, de l’eau faisait. seul diversion au

calme de cette belle nuit canadienne. Monsieur d’Egmont | garda le silence pendant quelques minutes, la tête pen |

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chée sur son sein ; et Jules respectant sa rêverie, se mit

sau | à tracer. sur le sable, avec son doigt, quelques lignes par M géométriques que À — J'ai beaucoup désiré, mon cher Jules, dit le bon COUP | gentilhomme, de m’entretenir avec toi avant ton départ ir de à pour l’Europe, avant ton entrée dans la vie des hommes, eaux | Je sais bien que l’expériencé d’autrui est peu profitable, coup ! et qu'il faut que chacun paie le tribut Ce sa propre sions D inexpérience ; n'importe, j'aurai toujours la consolation cès à de t'ouvrir mon cœur, ce cœur qui devrait être desséché dans JW depuis longtemps, mais qui bât toujours avec autant de ici et MN force que lorsque, viveur infatigable, je conduisais les rderai D bandes joyeuses de mes amis, il y a déjà plus d’un deimisiècle. Tu me regardais tantôt, mon fils, avec étonnel est M ment, lorsque je te disais qu’un homme comme moi ne s payé À meurt pas : tu pensais que c'était une métaphore ; j'étais citrant À pourtant bien sincère dans le moment. J'ai imploré la ls; un D mort tant de fois à deux genoux, que j'ai fini par cesser ynous À presque d'y croire. Les païiens en avaient fait une ble du M divinité: c'était, sans doute, pour l'implorer dans les à-dire, JS grandes infortunes. Si la physiologie nous enseigne que ouffues À nos souffrances sont en raison de la sensibilité de nos rmante nerfs, et parent de toute notre organisation, j'ai alors

souffert, Ô mon fils ! ce qui aurait (ge Sac petite hommes des plus robustes.

Le bon gentilhomme se tut de nouvea®, et Jules lança quelques pétits:cailloux dans la rivière.

— Vois, reprit, le vieillard, cette onde qui coule’ si

a lune, à. leurs

sion au gmont | je pen

paisiblement à nos pieds ; elle se mélera, dans une heure tout au plus, aux eaux plus agitées du grand fleuve, dont elle subira les tempêtes, et, dans quelques jours, mêlée aux flots de l'Atlantique, elle sera le jouet de toute la fureur des ouragans qui soulèvent ses vagues jusqu'aux nues. Voilà l’image de notre vie. Tes jours, jusqu'ici, ont été aussi paisibles que les eaux de ma petite rivière; mais bien vite tu seras ballotté sur le grand fleuve de la vie, pour être exposé ensuite aux fureurs de cet immense océan humain qui renverse tout sur son passage ! Je t'ai vu: naître, d'Haberville ; j'ai suivi, d’un œil attentif, toutes les phases de ta jeune existence ; j'ai étudié avec soin ton caractère, et c’est ce qui me fait désirer l'entretien que nous avons aujourd’hui ; car jamais ressemblance n’a été lus parfaite qu'entre ton caractère et le mien. (Comme toi, je suis né bon, sensible, généreux jusqu’à la prodigs lité Comment se fait-il alors que ces dons si précieux, qui devaient m’assurer une heureuse existence, aient été

la cause de tous mes malheurs? comment se fait-il, à :

mon fils ! que ces vertus tant prisées par les hommes, | se soient soulevées contre moi comme autant d'en. nemis acharnés à ma perte? comment se fait-il que, | vainqueurs impitoyables, elles m’aient abattu et roulé dans la poussière? 11 me semble pourtant que je méritais un meilleur sort. Né, comme toi, de parents riches, qui m'idolâtraient, il m'était sans cesse facile de suivre les penchants de ma nature bienfaisante. Je ne cherchais comme:toi, qu'à me faire aimer de tout ce qui m’entourait :

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Comme toi, je m’apitoyais, dans mon enfance, sur tout ce que je voyais souffrir, sur l’insecte que j'avais blessé par inadvertancé, sur lé petit oiseau tombé de son nid. Je pleurais sur lé sort du petit mendiant déguenillé, qui me racontait ses misères ; je me dépouillais pour le couvrir, et, si mes parents, tout en me grondant un peu, n’eussent

. veillé sans cesse sur ma garde-robe, le fils du riche Mon-

sieur d'Egmont aurait été le plus mal vêtu de tous les enfants du collégé où il pensionnait. : Inutile d’ajouter que, comme toi, ma main était sans cesse ouverte à tous mes camarades ; suivant leur expression, “je n'avais rien à moi” C'est drôle, après tout, continua le bon gentilhomme en fermant les yeux, comme se parlant à lui-mêmé, c’est drôle que je n’aie alors éprouvé aucune ingratitude de la part de mes jeunes compagnons. L’ingratitude est-elle le partage de l’homme fait? Ou, est-ce un piége que cette charmañte nature humaine tend à l'enfant bon, confiant et généreux, pour mieux le dépouiller ensuite lorsque la poule sera plus grasse ? Je m'y perds ; mais non: l'enfance, l'adoiescence ne peuvent

être aussi dépravées.… Ça serait à s'arracher les cheveux |

de désespoir, à maudire..........

Et toi, Jules, reprit le vieillard après cet a Zarte, as-tu déjà éprouvé l’ingratitride de ceux que tu as obligés, cette ignoble ingratitude qui vous frappe de stupeur, qui perce le cœur comme une aiguille d’acier ?

— Jamais ! dit le.jeune homme.

— C'est alors l'intérêt, conséquence seislie de la

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