‹ Les anciens Canadiens [microforme] (volume 4)Chapitre 33 sur 37 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Wliat tragic tears bedew the eye !

What deatha we.suffer ere we diet

Our broken friendships ve deplore, And loves of youth that are no more.

AL, all on earth: is shad. w, all beyond

Ie substance ; D aartenes e AIS e crea: ;

How «old all, where çhange shali be no !

Youxes Nroeur Tso

UNE NUIT ci LES SAUVAGES...

De s Locheil, après à avoir maudit : son ennemi, après jé avoir ‘déploré lé jour de sa naissance, revint à des 3entiments plus chrétiens, iursque, lié fortement à sn arbre, tout espoir fut éteint dans son cœur : il savait que les sauvages n’épargnaient guère leurs captifs, et qu’une mort lente et cruelle lui était réservée. Rcprenant alors subitement : toute son énergie naturelle, il ne songea pas même at aplorer de Dieu sa délivrance ; mais, repas sant ses offenses envers'son créateur dans toute l'amertume d’ûne âme repentante, | et le pria d'accepter le sacrifice de sa vie en expiation de ses péchés, il pria Dieu de lui ‘donner la force et le courage nécessaires pour souffrir avec résignation la mort cruelle qui l'attendait Le mp ct Que m'importe M

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tout, pensat-il, le jugement des hommes, quand le sonçe de la vie sera passé? Ma religion ne rn’enseigne-t-elle pas que toutn'est que vanité ? Et ile courba avec - résignation sous la main de Dieu.

Les trois guerriers assis en rond à une douzaine de pieds de : Loche:ill, fumaient la pipe en silence. Les sauvages Sont naturellement peu expansifs, et considèrent d’ailleurs les entretiens frivoles comme indignes d'hommes raisonnables ; bons, tout au plus, pour les femmes et les enfants Cependant Talamousse, l’un d’eux, s'adressant à l’homme de l’ilot, lui dit :

...— Mon frère va-t-il attendre longteraps ici les guerriers du portage ?

— Trois jours répondit celui-ci, en élevant trois doigts :

la Grand'’-Loutre et Talamousse pourront. partir demain avec le prisonnier ; le Français, ira les rejoindre au grand campement du capitaine Laynière.

. -— C'est bien, dit la Grand’-Loutre en étendant la mair, vers le sud, nous allons mener le prisonnier au campement du Petit-Marigotte, où nous. attendrons pendant trois jours mon frère avec les guérriurs du portage, pour aller au grand campement du capitaine Launière. 1

, De Locheill crut s'apercevoir pour la première fois que le son de voix de l'homme au bonnet de renard n’était pas le même que celui des deux autres, quoiqu'il parlât leur langue avec facilité. Il avait souffert jusque-

-1 Le Petit-Msrigotte est un étang gibayeux, situé É'enviren-un mille au

sud du lac des Trois-Saumons : les anciens ___— que c'était l’œuvre des castors, à

nfe

Les Anciens Canaviens 249

là les tourments d’une soif brûlante sans proférer »une seule parole : c'était bien le supplice de Tantale, à la vue des eaux si fraîches et si limpides du beau lac qui dormait à ses pieds; mais sous l'impression que cet homme pouvait être un Français, il se hasarda à dire :

— S'il est un chrétien parmi vous, pour l’amour de Dieu qu’il me donne à boire. |

— Que veut le chien? dit la Grand’-Loutre'à son compagnon.

L'homme interpelé fut quelque re sans répondre ; tout son corps tressaillit, une pâleur livide se répandit sur son visage, une sueur foide inonda son front ; mais, faisant un grand effort sur lui-même, il répondit de sa voix naturelle :

— Le prisonnier demande à boire.

— Dis au chien d’Anglais, dit Talamousse, qu'il sera brûlé demain j:et que, Sa bien soif, on lui donnera de l’eau bouillante pour le rafraïchir.

— Je vais le lui dire répliqua le Canadien, mais en attendant, que mes frères me permettent de porter de Veau à leur prisonnier.

— Que mon frère fasse comme il voudra, dit Talamousse : les ‘Visages-pâles ont e cœu: mou comme des jeunés filles,

Le Canadien ploya un morceau | d'écorce de bouleau en forme de cône, et le présenta plein d’eau fraîche au prisonnier en lui disant :

—Qui étesvous, monsieut ? Qui ‘êtes-vous, au nom

de Dieu ! vous dont la voix ressemble tant à celle d'un homme qui m'est si cher ?

— Archibald Cameron of Locheill, dit le premier, l'ami autrefois de vos compatriotes ; leur ennemi aujourd’hui, et qui a bien mérité le sort qui l'attend.

— Monsieur Arché, reBtis Dumais, car c'était lui, — quand vous auriez tué mon frère, quand il me faudrait fendre le crâne avec mon casse-tête à ces deux Canaoua, dans une heure vous serez libre. ! Je vais d’abord essayer la persuation, avant d’en venir aux mesures de rigueur. Silence maintenant.

Dumais reprit sa place près des Indiens, et leur dit après un silence assez prolongé :

Le prisonnier remercie les peaux rouges de lui faire souffrir la mort d’un homme ; il dit que la chanson du visage pâle sera celle d’un guerrier.

— Houa ! fit la Grand’. Loutre, l'Anglais fera comme le hibou qui se lamente, quand il voit le feu de nos wigwams pendant la nuit. #

Et il continua à fumer en regardant de Locheill avec mépris.

— l'Anglais; dit Talamousse, parle comme un homme, maintenant qu’il est loin du -poteau ; l'Anglais est un lâche qui n’a pu souffrir la soif ; l'Anglais, en pleuvant,

1 Canaoua: nom de mépris que les anciens Canadiens donnaient aux Sau-

21e h bou, peu soc'able de sa nature, po:'s8e souvent des cris lamentab es à La vue du feu qu’allument, Ja nuit, dans les bois, ceux qui fréquentent nos forêts canadiennes On croiraitque; dasis leur-fureur, ils vont se : préripiter -, dans les flammes 7 touchent fréquemment de leurs ailes.

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a demandé À boire à ses ennemis, comme les petits

enfants font à leurs mères, Et il fit mine de cracher dessus Dumais ouvrit un sac, en tira quelques provisions, e4

en offrit aux deux sauvages qui refusèrent de manger.

Disparaissant ensuite dans «le bois, il revint avec un flacon d’eau-de-vie qu'il avait mis en cache sous les racines d’une épinette, prit un coup et sé mit à souper. Les yeux d’un des sauvages dévoraient le contenu du flacon. |

— Talamousse n’a pas faim, mon frère, dit-il, mais il a soif : il.a fait une longue marche aujourd’hui et il est bien fatigué : l’eau de feu délasse les jambes.

Dumais lui passa le flacon ; le sauvage le saisit d’une. main tremblante de joie, se mit à boire avec avidité, et lui rendit le flacon après en avoir avalé un bon demiard tout d’un trait. Ses yeux, de brillants qu'ils étaient devinrent bientôt ternes, et la stupidité de l'ivresse commença à paraître sur son visage.

— C'est bon ça, dit l’Indien en rendant le flacon.

— Dumais n’en offre pas à son frère la Grand’-Loutre, dit le Canadien ; il sait qu’il n’en boit pas.

— Le Grand-Esprit aime la Grand’-Loutre, dit celuici, il lui a fait vomir la seule gorgée d’eau-de-feu qu’il ait bue. Le Grand-Esprit aime la Grand’-Loutre, il l’arendu si malade qu'ila pensé visiter le pays des âmes. La Grand”Le utre, l'en. remercie : l'eau-de-feu ête l'esprit à

252. Les ‘Anciens Canadiens Ce sauvage, par rare exception et au grand régret du canadien, était abstème de natute.

— C'est bon l’eau-de-feu, dit Talamousse après un moment de silence én'avançant encote la main vers le flacon, que Dumais retira ; donne, donne, mon frère, je t'en prie ; encore un coup;'mün frère, je t'en prie.

— Non, dit Dumais, pas à présent ; tantôt.

Et il remit le flacon dans son sac.

-— Le: Grand-Esprit aime aussi le Canadien, reprit Dumais après une pause : il l’a visité la nuit dernière pendant son sommeil.

— Qu'a-t:il dit à mon frère ? demandèrent les sauvages.

Le Grand-Esprit lui a dit ‘de rachèter le- ___ fit Dumais.

— Mon frère ment éomm= un Français, s'écria la

Grand'-Loutre ; il ment comme tous les visages-pâles :

les peaux rouges ne mentent pas eux 1

— Les Français nc mentéent jamäis quand ils parlent du Grand-Esprit, dit le Canadien.

Et, retiränt'le flcon du sac, ik avala une demi-gorgée d’eau-dé-vie.

1 Les r-ciens sauvages disaient souvent aux Canadiens : “Mon frère ment comme un Français! 06 qu férait/avoire que Les Ein ‘ététènt plus véridiques,

Un sauvage Sisninlé accusait pui jour, en me présence, un jeune bomme de ss tribu de lui avoir volé une péau de rènard.

— Eh oui, dk le coupable en rlant aux éclats, je l'ai prise; tu la trouveras dans la forêt.

Et 11 lui indique en même teisps 1e Hoë où il l'avait cachée. “

Malgré ce fait, 1e tie Die toi Les. euine MD Mpntthlen de menteurs 0 nd menteur comme un sauvage

Les Ancins Canadiens 262

— Donne, donne, mon frère, dit Talamousse en avançant la main vers le flacon, je t'en prie, mon frère,

— Si Talamousse veut me vendre sa part du prison: nier, fit Dumais, le Français lui donnera une autre traite,

— Donne-moi toute l'eau-de-feu, reprit Talamousse, et prends ma part du chien d'Anglais.

— Non, dit Dumais : un autre-coup et rien de plus,

Et il fit mine de serrer le flacon,

— Donne donc et prends ma part, fit l’indien.

11 saisit le flacon à deux mains, avala un autre demiatd de la précieuse liqueur, et s’endormit sur l’herbe, com plètement ivre.

— Et d'un, pensa Dumais

La Grand’-Loutre regardait tout ce qui se passait d'un air de défiance; et: continua néanmoins à fumier Soie ment.

— Mon frère veut-il à présent me vendre: sa part. du prisonnier, dit Dumais. LA

Qu'en veux-tu faire ? repartit le sauvage. |

— Le vendre au capitaine d'Haberville qui le fera pendre pour avoir brûlé sa maison et son moulin.

— Ça fait plus mal d'être brûlé: d'Haberville boira la vengeance. avec autant de plaisir que Talamousse a pa ton eau-de-feu. | ;

— Mon frère se trompe, le prisonnier soufirira tous les tourments du feu: comme un guerrier, mais il pleurera comme une femme- sion le menace de la corde: le

capitaine d'Haberville. le sait bien... : ST

251 Les” Arcins Canadiens

Mon fière ment eñicore, répliqüä la Gränd”-Loutre : tous lés Anglais que nous avons brûlés pleuraient comme

des lâches, ét aucun d'eux ñ’a etitonné sa chanson de tabi mort comme ün homme. Ils nous auraient remerciés les / de les pendre : il n’y a qué le guerrier sauvage qui pré- bi cé fère le bûcher à la honte d’être pendu comme un chien (4). grair

— Que mon frère écoute, dit Dumais, et qu'il fasse de 4 bien attention aux parôles du visage-pâle. Le prisonnier dédié n’est pas Anglais, mais Ecossais ; ét les Ecossais sont les qu'il sauvages des Anglais. Que mon frère régarde le vêtement tiché

du prisonnier, et il verra qu’il est presque semblable à batts celui du guerrier sauvage.

— C'est vraï, dit la Grand’-Loutre : il n’étouffe pas

dans ses habits. comme les soldats anglais et les soldats C2] du Grand Ononthio qui demeure de l’autre côté du laut grand lac; mais, qu'est-ce que ça y fait ?

“Ça y fait, reprit le Canadien, qu’un guerrier écossais l aime mieux être brûlé que pendu. II pense, comime les doi peaux rouges du Canada, qu’on ne perid que les chiens, qu’il et que s'il visitait le pays des âmes la corde au cou, les, 1 échs guerriers sauvages ne voudraient pas chasser avec lui. à

‘: « Mon frère ment encore, dit l’Indien en secouant la fière tête d’un air de doute: les sauvages ‘écossais sont tou- Les jours des visages-pâles, et ils ne doivent pas avoir le si hs édurage de souffrir comme! ‘les peaux rouges. dej “Et il continua à fumer d’un air pensif.

: = Que on frère prête Poreille à mes paroles, reprit ils Dumais, et il verra que je dis la vérité, |

DUère :

omrmie on de erciés 1 prén (a).

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°OSSais me les ‘hiens,

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‘reprit

* Les Anciens Canüdiens 255

— Parle ; ton frère écoute. | — Les Anglais et les Ecossais, continua le Cadet, habitent une grande île de l’antre côté du grand lac; les Anglais vivent dans la plaine, les Ecossais dans'les montagnes. Les Anglais sont aussi nombreux que les grains de sable de ce lac, et les Ecossais que les grains de sable de cet flot où nous sommes maintenant ; et néanmoins ils se font la guerre depuis autant Ge lunes qu’il y a de feuilles sur ce gros érable. Les Anglais sont riches, leurs sauvages sont pauvres ; quand les Ecossais

battaient les Anglais, ils retournaient dans leurs mon.

tagnes chargés dé riche butin: quand les Ariglais battaient les Ecossais, ils ne trouvaient rien en retour dans leurs nai ‘c'était tout profit d'un ue et rien 7 J'au

“ads les Anglais, s'ils étaient si nombreux, “dit l Grand’-Loutre, ne les poursuivaient-ils pas dans leurs montagnes pour les exterminer tous? “Mon frère: dit

qu'ils vivent dans une même île : ‘ils n'auraient di

\ échapper?

— Houat s’écria Dumais à la façon du sauvage, mon frère va voir que c’est impossible, s’il veut m'écouter.

Les sauvages écossais habitent des montagnes sf hautes,

si hautes, dit D'umaïs en montrstt ïe ciel, qu'une atnée de jeunes Anglais qui les avaient poursuivis, une fois, jusqu’à moitié bosenim) avaient la barbe besoin d qu ils descen:

Le Françals sont tojou np, di din, ne

nr en te canne

’ RTE SGD » - : = Le aa Le De

250 Les Anciens Canadiers

cherchent qu’à faire rire: ils mettront bien vite des matchicotis (jupons) et iront s'asseoir avec nos sguaws (femmes), pour les amuser de leurs.contes; ils ne sont jamais sérieux comme des hommes.

— Mon frère doit voir, reprit Dumais, que c’est pour lui faire comprendre combien sont hautes les montagnes d’'Ecosse,

.. Que mon frère parle; la Grand” -Loutre écoute e comprend, fit l'indien accoutumé à. ce style figuré.

— Les Ecossais ont la jambe forte comme l'orignal, e sont agiles comme le chevreuil, continua Dumiis.

— Ton frère te croit, interrompit indien, s'ils sont tous comme le prisonnier, qui, malgré ses liens, était jones sur mes talons quand nous l'avons amené ici :

il a la jambe d’un sauvage.

{Les Anglais, reprit le Canadieh, sont grands et robustes ; mais ils ont la jambe molle et le ventre gros : si bien que, quoique souvent victorieux, lorsqu'ils poursuivaient leurs ennemis sur leurs hautes montagnes, ceux-ci plus agiles échappaient toujours, leur dressaient des embôches, et en tuaient un grand nombre ;.si bien que les Anglais renonçaient le plus souvent à les poursuivre dans des lieux où ils nattrapaient que des coups et où ils cevaient de faim. La guerre continuait cependant toujours: quand les Anglais faisaient des prisonniers, ils en brûlaient quelques-uns j mais ceux-ci enton-

te des quatws e sont

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mal, € Is sont 3, était né ici :

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tagnes, ssaient si bien s pour- 5 COUPS cepenprisonentonht leur:

crâres

Les Anciens Canadiens 257 de leurs grands-pères, et: dés he: > savaient pas torturer des: guefriers. ñ

— Houa s'écria la Grand’ outre; ce sont des hommes que ces Ecossais !

—Les Ecossais, reprit le Canadien, she pour chéf, il y æbien longtemps de cela, üh brave guerrier nommé Wallace ; quand il partait pour ki guerre, là terre treèmblait sous ses pieds : il était aussi haut que cé sapin, et valait à Jui seule toute-‘une armée. : Il fut trahi par un misérable, vendu pour de l'argent, fait prisonnier et condamné à être pendu. A éetté nouvelle, ce ne fut qu'un cri de rage et de douleur dans toutes lés montagnes d’Ecosse : tous les guerriers se péignirent le visage en noir, on tint conseil et dix grands chefs, portant le calumet de paix, pärtirent pour l'Angleterre. On les fitentrer dans un grand wigwam, ‘on alluma le feu du conseil, on fuma longtemps en silence ; un grand chef prit enfin la parole et dit : Mon frère, la terre a assez bu le sang des guerriers de deux braves nations, nous désirons enterrer la hache : rends-n. 1s Wallace, et nous resterons en ôtages

à sa place = tu nous feras mourir, s'il lève encore le

cassestété contre toi. Et il présenta le calumet au grand Ononthio des Anglais, qui le repoussa de la main en disant : avant que le soleil se couche trois fois, Wallace sera pendu.

Ecoute, mon frère, dit le grand chef Ecossais, s'il faut que Wallace meure, fais-bai souffrir la mort d’un guerrier : on ——— et il présenta de nouveau le

calumet, qu'Ononthio repousse. Les. députés se consul. tèrent entre eux, et leur grand chef reprit: Que. mon frère écoute mes dernières: parales,-et que :son-cœur se réjouisse : qu’il fasse planter onze poteaux:pour brûler Wallace.et.5es dix guerriers, qui.serant fiers de partager il offrit.encore le calumet-de paix, -qu'Ononthio refusa.

— Houa ! fit :la Grand’-Lontre, : c'était pourtant de belles paroles et sortant. de cœurs généreux. Mais mon frère ne me.dit pas pourquoi les.:Ecossais sont maintenant amis des Anglais, et font. lagioupares euxcontre les Français?

— Les députés :stournèrent dnniante montagnes, la rage ‘dans le cœur ; à chaque ti (4)-de mort qu'ils poussaient-avant d'entrer dans les :villes et villages pour annoncer la fn lamentable de Wallace,- tout :le monde courali', aux armes, etla guerre,continua entre les. deux 2ations pendant autant de lunes qu'il y-à de grains de sable dans ma main, dit Dumais en jetant une poignée de sable devant lui Le petit peuple de sauvages était le plus souvent vaincu par les. ennemis aussi nombreux que les étoiles dans une belle nuit ; les rivières coulaient des ‘ eaux de sang, mais il ne songeait pas à enfouir la hache du guerrier. La guerre durerait encore sans. un traître qui avertit des soldats anglais que neuf grands chefs écossais, réunis dans une caverne pour y boire l’eau-defeu, s’y étaient endormis comme notre frère Talamousse.

Men ire rouges, dit Ja: Grand entre: ne: sont

jamais traîtres à leur nation : ils trompent leursennemis, jamais leurs amis Mon frère veut-il.me dire: Er il y a des:traîtres parmi les visages-pâles.

Dumais,: assez embarrassé de: répondre: buste question faite à brûle. pourpoint, continua comme s’il bas rien entendu.

— Les neuf chefs, surpris loin: de. téure arinèsi farent conduits dans une grande ville, .et'tous condamnés à être pendusavant la fin:d'une lune: A cette.triste nouvelle, on alluma des feux la nuit sur toutes les montagnes d’Ecossé pour convoquer:un'grand:conseil. de tous les’ guerriers de la nation. Les:hommes sages dirent de belles paroles pendant trois. jours et trois nuits; et cependant on ne décidait riens. :On fit. la médecine, et un grand :sorcier. déclara, que: le: mitsimanitou: 1 était .irrité contre-ses enfants, et:: qu’il fallait enfouir la::hache ‘pour. toujours: Vingt guerriers peints en noirse-rendirent dans la grande’ ville des Anglaïs,:et :avant:.d'y entrer. poussèrent autanf:. de cris de mort;qu'il :y avait de chefs :captifs On tint un grand conseil; :et:l'Ononthio des Anglais leur-accorda' la paix à condition qu'il donneraient des.ôtages, qu'ils: livreraient leurs places fortes, que: les deux: nations n'en feraient plus qu’une, et que les guerriers anglais et écoss

PA

| 1 Faire la médecine: les suviges n’entreprenaient aucune expédition.

imrortante, soit de guerre, soit de chasse, sans consulter les aurons:

haux par le ministère de leurs sorciers.

Le mitsimanitcu était. le. grand-dieu des sauvages ; et le mondintySieni

démon, einen ares nf sa ous biene

faisant. x 4 Se TE 4 € Le 3 Es Faye

sais combattraient épaules contre épaulés les ennemis du grand Ononthio. On fit un festin qui dura trois jours et trois nuits, et où. l’on but tant d’eau-de-feu, que les femmes serrèrent les casse-tête : car, sans cela, la guerre aurait recommencé de nouveau., Les Anglais furent si joyeux, qu'ils promirent d’envoyer en Ecosse, par dessus le marché, toutes les têtes, pattes:et queues des moutons qu'iis tueraiet + à l'avenir.

— C'est bon, ça, dit l’Indien ; les Anglais sont généreux ! 1

— Mon frère doit voir, continua ’Dumais, qu'un guerrier écossais aime mieux être :brûlé:que pendu, et il va me vendre sa part du prisonnier. Que mon frère fasse son prix, et Dumais ne regardera pas à l’argent.

: =— La Grand’-Loutre ne vendra pas sa prit du prisonnier, dit l’indien : ila promis à Taoutsi et à Katakouï de le livrer demain au campement du petit Marigotte, et il tiendra sa parole On assemblera le conseil ; la Grand’:Loutte parlera aux jeunes/gens, et, s'ils consentent à ne pas le brûler, il sera toujours temps de le livrer à d’Haberville.

.—+ Mon frère connait Dumais, dit le Ganadids: il sait qu'il est riche, qu'il'a un bon cœur et qu’il est homme « de parole; Dumais paiera pour le prisonnier six fois 4 Lécéenvages sont trés-friands de la tête et des pattes des animaux. Je

demandais un jour à un vieux canaoua, quise vantait d’avoir pris part à un festin où sept de leurs ennemis avaient:été mangés, quelle était 1a partie la

plus déliciuse d'un ennemi rôti : 4} répondit sans hésiter, en se faisant cl

quer la langue: Certes, ce sont les pieds et les mains, mon brère,

nis du urs et ie Îles guerre ent si dessus Jutons

nt gé-

| guere t il va > fasse

du pritakouï otte, et sil; la onsen- » livrer

il sait omme ix fois aux. Je

part à un partie la

ant cla-

autant, en comptant sur ses doigts, qu'Ononthio paie aux sauvages pour chaque chevelure de l’ennemi.

— La Grand’-Loutre sait que son frère dit vrai, ré. pliqua lIndien, mais il ne vendra pas sa part du prisonnier.

Les yeux du Canadien lancèrent des flammes ; il serra fortement le manche de sa hache ; mais, se ravisanttoutà-coup, il secoua d’un air indifférent les cendres de la partie du casse-tête qui servait de pipe aux Fr: a1çais aussi bien qu'aux sauvages dans leurs guerres de découvertes. Quoique le premier mouvement hostile de Dumaïs n’eût

point échappé à l'œil de.lynx de son compagnon, il n’en

continua pas moins à fumer tranquillement.

Les paroles de Dumais, lorsque de Locheill Pavait reconnu, avaient fait renaître l'espérance dans son âme ; et il se rattachait à cette vie, dont il avait d’abord fait le sacrifice avec résignation, en-bon chrétien et en homme courageux. Malgré les remords cuisants qui lui déchiraient le cœur, il était bien jeune pour faire, sans regret, ses adieux à la vie et à tout ce qu’il avait de plus cher au monde, Pôuvait-il sans amertume renoncer à la brillante carrière des armes qui avait illustré un si grand nombre de ses ancêtres? Pouvait-il, lui, le dernier de sa race, enfouir sans regret dans la tombe le blason taché des Cameron de Locheill?. Pcuvait-il faire sans regret ses adieux à la vie, en pensant qu'il laisserait la famille d’Haberville sous l'impression qu’elle avait réchauffé une vipère dans sonsein ; sp: PRAPRèAUe son nom ne serait

prononcé qu'avec horreur par les seuls: amis sincères qu’il eût au monde ; en pensant au désespoir ‘de Jules et aux imprécations de l'implacable capitaine ; à-la douleur muette de cette bonne et s’inte’f mme qui l’appelait son fils, et de cette belle et douce jeune fille qui l’appelait jadis son frère, et à laquelle il avait espéré donner un jour un nom plus tendre ? Aïché était donc bien jeune pour mourir, * En ressaisissarit la vie, il pouvait encore tout réparer, et une lueur d'espérance ranima son cœur,

De Locheill, encouragé par les paroles de Dumais, avait suivi, avec une anxiété toujours croissante, la scène qui se passait devant lui. Ignorant l’idiome!' indien, il s'efforçait de saisir, à l'expression de leurs traits, le sens des paroles des interlocuteurs. * Quoique la nuit fût un peu sombre, il n’avait rien perdu des regards haineux et méprisants que lui lançaient les sauvages, dont les yeux brillaient d’une lumière phosphorescente, comme ceux du chatigre. : Connaissant la férocité des sauvages sous l'influence de l'alcool, il ne vit pas sans surprisé Dumais leur passer le flacon ; mais, quand il vit Pun d'eux s’abstenir de boire-et l'autre étendu mort-ivre sur le sable, il comprit da tactique de son libérateu:" pour se débarrasser d'un: de:ses ennemis. Quand il entendit: prononcer le nomde Wallace, il se rappela que pendant la malädie de . Dumaïs, il l'avait souvent entretenu dés exploits fabuleux de.son: héros ré cn À sans ‘pouvoir: néanmoins deviner à

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ux et sycux ceux 8 sous umais ‘s’absble, il

ser cer le die de buleux iner à guer-

rier calédonien. S'il eût compris la fin du discours du

canadien, il se serait. rappelé les quolibets de Jules, à propos du prétendu plat favori de ses compatriotes. Quand il vit la colère briller dans les yeux de Dumais, quand il le vit serrer son casse-tête, il allait lui crier de ne point frapper, lorsqu'il -lui vit reprendre une attitude pacifique. Son âme généreuse se refusait à voir.son;ami exposé, par un sentiment de gratitude, à passer par les crmes, en tuant un sauvage allié des Français.

Le Canadien garda pendant quelque temps le silence, chargea de nouveau sa pipe, se, mit à fumer et dit de sa voix la plus calme : |

-— Quand la Grand’ -Loutre. est tombé malade de la picote, près de la Rivière-du-Sud, ainsi que son. père, Sa femme et ses deux fils, Dumais a été les chercher ; et au famille, illes a transportés dans Se - où il les a soignés pendant trois lunes. Ce n'est pas la faute à Dumais si le vieillard .et.les, deux jeunes gens sont morts : Dumais les a fait enterrer avec des cierges à l'entour de leurs. corps, comme. des chrétiens, et la robe noire a prié le Grand-Esprit pour eux. :

— Si Dumais, répliqua l’Indien, ainsi. que sa femme et ses enfants fussent. tombés. malades. dans .la forêt, la Grand’-Loutre les aurait portés dans son.wigwam, aurait pèché le poisson, des lacs st des rivières, chassé le gibier dans les bois, aurait acheté l'eau-de-feu, qui: est la médecine des Français et il aurait dit 7 Mangez et buvez ,

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mes frères, et prenez des forces. La Grand'-Loutre et sa squaw auraient veillé jour et nuit auprès de la couche de ses dmis français ; et la Grand’-Loutre n'aurait pas dit :—Je t'ai nourri, soigné, et j'ai acheté avec mes pelle. teries l'eau-de-feu qui est la médecine des visages-pâles, Que mon frère, ajouta l’Indien en se rediessant avec fierté, emmène le prisonnier : la peau we rh ne doit plus rien au- visage-pâle !

Et il se remit à fumer tranquillement.

y — Ecoute, mon frère, dit le Canadien, et pardonne À Dumais s’il Pa-caché la vérité : il ne connaissait pas ton grand cœur. Il va parler maintenant en présence du Grand-Esprit qui :écoute; et le visage-pâle ne ment jamais au Grand-Esprit.

— C’est vrai, fit l’'Indien: que mon frère parle, et son frère l'écoute.

— Quand la Grand’-Loutre était malade, il y a deux ans, reprit le Canadien, Dumais lui a raconté son aventure, lorsque les glaces du printemps l’emportaiént dans la chute de Saint-Thomas, et comment il fut sauvé par un jeune écossais, qui arrivait le soir chez le seigneur de Beaumont.

— Mon frère me Pa raconté, dit l’Indien, et il m'a montré les restes de flot où, suspendu sur l’abime, il attendait la mort à chaque instant. La Grand’-Loutre connaissait déjà la place et le vieux cie auquel mon … frère se tenait,

— Eh bien, reprit buste se levant et Otant sa

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Les Anciens Canadiens | 268 casquette, ton frère déclare, en présenc: du Grand- Esprit, que le prisonnier est le jeune écossais qui lui a sauvé la vie ! A

L'Indien poussa un cri terrible, que les échos des montagnes répétèrent avec l'éclat de la foudre, se releva d'un bond, en tirant son couteau, et se précipita sur le prisonnier. De Locheill, qui n'avait rien compris à leur conversation, crut qu’il touchait au dernier moment de son existence, et recommanda son âme à Dieu, quand, à sa grande surprise, le Sauvage coupa ses liens, lui secoua fortement les mains avec de vives démonstrations de joie, et le poussa dans les bras de son ami.

Dumais pressa, en sanglotant, Arché contre sa poitrine, puis s’écria en s’agenouillant :

— Je vous ai prié, mon Dieu ! d'étendre votre main protectrice sur ce noble et généreux jeune homme ; ma femme et mes enfants n’ont cessé de faire les mêmes prières: merci, merci, mon Dieu! merci de m'avoir accordé beaucoup plus que je n'avais demandé ! Je vous rends ‘ ace, Ô mon Dieu! car j'aurais commis un crimg puu. l'1 sauver la vie, et j'aurais traîné une vie rongée de remords, jusqu'à ce que la tombe eût recouvert un meurtrier. |

-— Maintenant, dit de Locheill après avoir remercié son libérateur avec les plus vives expressions de reconnaissance, en route au plus vite, mon cher Dumais : car, si l'on s'aperçoit de mon absence du bivouac, je suis

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perdu sans ressource ; je vous expliquerai cela chemin faisant,

Comme ils se préparaient à mettre le pied dans le canot, trois cris de huard se firent entendre vis-à-vis de J'ilot du côté sud du lac,

— Ce sont les jeunes gens du Marigotte, dit la Grand’- ‘“Loutre en s'adressant à de Locheill, qui viennent te chercher, mon frère; Taoutsi et Katakouï leur auront fait dire, par quelques sauvages qu’ils auront rencontrés, qu'il y avait un prisonnier anglais sur l’îlot; mais ils crieront longtemps avant de réveiller Talamousse, et la Grand’-Loutré’Va dormir jusqu’au retour du Canadien. Bon voyage, mes frères,

Arché et son compagnon eñtendirent longtemps, en se dirigeant vers le nord, les. cris de huard que poussaient les jeunes sauvages à courts, intervalles, mais ils étaient hors de toute atteinte,

— Je. crains, dit Arché.en descendant le versant opposé de la montagne, que les jeunes guerriers abénaquis trompés dans leur attente, ne fasse un mauvais Parti à nos amis, de l’ilot,

—- Il est vrai, répondit son compagnon, que nous les privons d'une grande réjouissance : ils trouvent. le temps Jong au Marigotte, et la journée. de. demain leur aurait paru courte en faisant : rôtir up, prisonnier, De Locheill frisonna involontairement. RE

. Quant aux . deux capaougs. que. nous avons Jaissés, n'ayez ducune inquiétude pour eux, ils sauront bien sc

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%, tirer d'affaire. Le sauvage est l'être le plus indépendant de la nature ; il ne rend compte de ses actions à autrui qu'autant que ça lui plaît. D'ailleurs tout ce qui pourrait leur arriver de plus fâcheux dans cette circonstance, serait, suivant leur expression, de couvrir. la moitié du prisonnier avec des peaux de castor ou d’autres objets, en un mot d’en payer la moitié à Taoutsi et Katakouï. Il est même plus que probable que Ja Grand’-Loutre, qui est une sorte de bel-esprit parmi eux, se contentera de faire rire les autres aux dépens de ses deux associés, car il n’est jamais à bout de ressources. Il va leur dire que Talamousse et lui avaient bien le droit de disposer de la moitié de leur captif ; qu’une moitié une fois libre a emporté l’autre ; qu’ils se dépêchent de courir, que le prisonnier chargé. de leur butin ne peut se sauver bien. vite; ou d’autres farces semblables toujours bien accueillies des sauvages. Enfin, ce qui est encore probable, c’est qu'il va leur parler de mon aventure aux chutes de Saint-Thomas, que tous les Abénaquis connaissent, leur dire que c’est à. votre dévouement que je dois la vie ; et, comme les sauvages n’oublient jamais un service, ils s’écrieront : Mes frères ont bien fait de relâcher le sauveur de notre ami le visage pâle !

De Locheill voulut entrer dans de longs détails Dour se disculper aux yeux de Dumais de sa conduite cruelle le jour précédent ; mais celui-ci l'arrêt.

— Un homme comme vous, monsieur Archibald de

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Locheill, ‘dit Dumais, ne me doit aucune explication. Ce n’est pas celui qui, au péril dé sa vie, n’a pas hésité nn seul instant à s’exposer à la rage des éléments déchaînés pour secourir un inconnu, cé n’est pas un si noble Cœur que l'on peut soupçonner de manquer aux prerniérs sentiments de l'humanité et de la reconnais. gance, Je suis soldat ét je connais toute l'étendue des devoirs qu'impose la discipline militaire. J'ai assisté à bien des scènes d'horreur de la pari de nos barbares alliés, qu'en ma qualité de sergent, commandant quelquefois un parti plus fort que le leur, j'aurais pu empêcher, si des ordres supérieurs ne m'eussent lié les mains : c'est un rude métier que le nôtre pour des cœurs sensibles.

J'ai été témoin d’un spectacle qui me fait encore frénir d'horreur quand jy pense. . J'ai vu ces barbares brûler une Anglaise : c’était une jeune femme d'une beauté ravissante, Il me semble toujours la voir liée au poteau où ils la martyrisèrent pendant huit mortelles heures. Je la vois encore cette pauvre femme au milieu de se: )ourreaux, n'ayant, comme notre mère Eve, pour voile que ses longs cheveux, blonds comme de la filasse, qui lui couvraient la moitié du corps. 1Ïl me sembie

entendre sans cesse sun cri déchirant de: mein Gort !

mein. Gott / Nous fimes tout ce que nous pûmes pour la racheter, mais sans y réussir; car, malheureusement pour elle, son père, son mari et ses frères en la défendant avec Îe courage du désespoir, avaient tué plusieurs sau-

cation.

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vages et entre autres un. de leurs chefs et son fils Nous n'’étions qu’une quinzaine de Canadiens contre au moins deux ®œænts Indiens. J'étais bien jeune alors, et je pleurais comme un enfant. Ducros dit Laterreur cria à Francœur en écumant de rage: Quoi! sergent, nous, des hommes, nous souffrirons qu'on brule une pauvre créature devant nos yeux sans la défendre ! nous, des Français ! Donnez l’ordre, sergent, et j'en échine pour ma part dix de ces chiens de canaouas avant qu’ils aient même le temps de se mettre en défense. Et il l'aurait fait comme il le disait, car c'était un maître homme que

Laterreur, et vif comme un poisson. L'’Ours-Noir, un.

de leurs guerriers les plus redoutables, se retourna de notre côté en ricanant, Ducros s’élança sur lui le cassetête levé en lui criant : Prends ta hache, L’Ours-Noir, et tu verras, lâche, que tu n’aurâs pas affaire à une faible femme ! L’Indien haussa les épaules d’un air de pitié, et se contenta de âire lentement : Le visage pâle est bête ; il tuerait Son ani pour défendre la sgvew d’un chien d'anglais son ennemi, Le sergent mit fin à cette alter-

cation en ordonnant à Ducros de rejoindre notie petit.

groupe. C'était un brave et franc cœur qué ce sergent, comme son nom lattestait. Il nous dit, les larmes aux yeux : Il me serait inutile d’enfreindre mes ordres ; nous ne pourrions saüvér cette pauvre femme en nous faisant

. tous massacrer, Quelle en serait ensuite la conséquence ?

La puissante tribu dés Abénaquis se détacherait de l'alliance des Français, deviendrait notre ennemie, el

combien alors de nos femmes et de nos enfants subi. raient le sort de cette malheureuse anglaise ! Et je serais responsable de tout le sang qui serait répandu. *

Eh bien ! monsieur Arché, six mois même après cette scène horrible, je me réveillais en sursau* tout trempé de sueur : il me semblait la voir, cette pauvre victime, au milieu de ces bêtes féroces ; il me semblait sans cesse entendre ses cris déchirants de wmein Goft / mein Goit ! On s’est étonné de mon sang-froid, et de mon courage, lorsque les glaces m'’entraînaient vers les chutes de Saint-Thomas ; en voici la principale cause, Au moment que la débâcle se fit, et que les glaces éclataient avec un bruit épouvantable, je crus entendre, parmi les voix puissahtes de la tempête, les cris déchirants de la malheureuse anglaise et son : #ein Gott !/ mein Gott !/ 1 Je pensai que c'était un châtiment de la Providence, que je méritais, pour ne l’avoir pas secourue. Car, voyezvous, monsieur Arché, les hommes font Souvent des lois que le bon Dieu est loin de sanctionner. Je ne suis qu’un pauvre ignorant, qui dois le peu d'instruction que j'ai reçue au vénérable curé qui a élevé ma femme ; mais c’est là mon avis.

— Et vous avez bien raison, dit Arché en soupirant.

1 Un vieux soldat. nommé Godrault, qui avait servi sous mon grand-père mé recontait, il y a près de soixante-et-dix ans, cette scène cruelle dont il svait été témoin. Il me disait que i'infortunée victime criait: mein (oft | Ma famille croyait que c'était une faute de prononciation de la part du soldnt, et que ce devait être plutôt: my God / mais il est probable que cette malheureuse femine était hollandaise, et qu’elle criait vraiment : mein Goft.

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Les Anciens Canadiens 27r

Les deux amis s’entretinrent, pendant le reste du trajet, de la famille d'Haberville. Les dames et mon oncle Raoul s'étaient réfugiés dans la ville de Québec, à

la première nouvelle de l’app'rition de la flotte anglaise.

dans les eaux du Saint-Laurent, Le capitaine d'Haberville était campé à Beauport, avec sa compagnie, ainsi que son.fils Jules, de retour au Canaïa, avec le régiment dans lequel il servait.

Dumais, craignant quelque fâcheuse rencontre de sauvages Abénaquis qui épiaient les mouvements de l'armée anglaise, insista pour escorter Arché jusqu’au bivouac où il avait laissé ses soldats. Les dernières paroles de Locheill furent :

— Vous êtes quitte envers moi, mon ami, vous m'avez rendu vie pour vie ; mais moi je ne le serai jamais envers vous. Il y a, Dumais, une solidarité bien remarquable dans nos deux existences. Parti de la Pointe-Lévis, il y a deux ans, j'arrive sur les bords de la Rivière-du-Sud pour vous retirer de l’abime : quelques minutes plus tard vous éticz perdu sans-ressources. Je suis, moi, fait prisonnier, .:er, par les sauvages, après une longue traversée de l'Océan ; et vous, mon cher Dumais, vous vous trouvez à point sur un îlot du lac Trois-Saumons pour me sauver l’honneur et la vie : la providence de Dieu s’est certainement manifestée d’une manière visible. Adieu, mon cher ami ; quelque aventureus: que soit la carrière du soldat, j'ai l'espoir que nous reposeréns la tête sous le même tertre, et que vos enfants et petits-

Les Anciens Canadierïis

enfants auront une raison de plus de bénir la mémoire d'Archibald Cameron of Locheill.

Lorsque les montagnards écossais remarquèrent, au soleil levant, la pâleur de leur jeune chef, après tant d'émotions, ils pensèrent que, craignant quelque surprise, il avait passé la nuit sans dormir, à rôder autour de leur bivouac. Après un léger repas, de Locheill fit mettre le feu à la maison voisine du moulin réduit en cendre ; mais il avait à peine repris sa marche, qu'un émissaire de Montgomery lui signifia de cesser l’œuvre de destruction. ?

— Ilest bien temps ! s’écria Arché en mordant la poignée de sa claymore.

1 Cette maison, construite en pierre, et appartenan' * monsieur Joceph Robin, exi:te encore ; car, après le départ des Anglais, ! anadiens, cachés ‘ dansles bois, éteignirent le feu. Une poutre, roussie par les flammes, atteste cet acte de vandalisme. La tradition veut que cette maison ait été p:éservée de l'incendie par la protection d’un Christ, les autres disent d'une madone, exposée dans une niche pratiquée dans le mur de l'édifice, comme cela se voit encore dans plusieurs anciennes maisons canadiennes.

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