DE LOCHEILL ET BLANCHE
Ga 5 OUT ES NET ARE
Après des privations bien cruelles pendant l’espace de | ! sept longues années, la paix, le bonheur même commena ; çaient à renaître dans l’âme de toute la famille d'Haberville, Il est vrai qu’une maison d’assez humble apparence avait remplacé le vaste et opulent manoir que cette famille occupait avant la conquête ; mais c’était un palais comparée au moulin à farine qu’elle venait de laisser. depuis le printemps. Les d'Haberville avaient pourtant |moins souffert que bien d’autres dans leur position : aimés et respectés de leurs censitaires, ils n'avaient jamais été exposés aux humiliations dont le vulgaire se
ane AMAR. fan <egge + - =
32 Zes Anciens Canadiens
plait à abreuver ses supérieurs dans la détresse : comme c’est le privilége des personnes bien nées de traiter constamment leurs inférieurs avec égard, les d'Haberville avaient en conséquence bien moins souffert, dans leur pauvreté comparative, que beauc «p d’autres dans les mêmes circonstances, {Chacun faïiseut À l’envi des offres de service ; et, lorsqu'il s’agit de rebâtir le manoir e& ses dépendances, la paroisse en masse s’empressa dé donner des corvées volontaires pour accélérer l’oue vrage ; on aurait cru, tant était grand le zèle de chacun, qu'il reconstruisait sa propre demeure. Tous ces braves gens tâchaient de faire oublier à leur seigneur vel des malheurs qu’eux-mêmes avaient pourtant éprouvés, mais qu'on aurait pu croire qu'eux seuls avaient mérités. Avec ce tact délicat dont les Français sont seuls susceptibles, ils n’entraient jamais dans les pauvres chambres que la famille s'était réservées dans le moulin, sans y être conviés: on aurait dit qu'ils craignaient de les humilier, S'ils avaient été affectueux, polis envers leur seigneur dans son opulence, c'était maintenant un culte, depuis que la main de fer du malheur l'avait étreint.1 :
1 Historique. L'auteur se plaît à rappeler, avec bonheur, les témoignages ‘d'affection des censitaires de Saint-Jesn-Port-Joli envers sa famille, depuis plus de cent ans.
Lors de l’abolition de la tenure seigneuriale, il y a neuf ans,les marguïilliers de l’œuvre et fabrique de la paroisse de Saint-Jean-Port-Joli décidèrent que, nonobstant l'acte du parlement à ce contraire, je jouirais du banc seigneurial ma vie durant.
Cette preuve si tonchante d'affection m@ fut communiquée par Pierre Due mas, écuyer, alors marguillier en charge
= . SO me re x 10
ét brie cadres and e 0
mt robe
nt ras Dons
Zes Anciens Canadiens 33
4. Il n’y a que ceux qui ont éprouvé de grands revers de fortune, qui ont été exposés à de longues et cruelles privations, qui puissent apprécier le contentement, la joie, le bonheur même de ceux qui ont en partie réparé leurs pertes ; qui commencent à renaître à l'espérance d’un heureux avenir. Chacun auparavant avait respecté le chagrin qui dévorait le capitaine d'Haberville : on ne se parlait qu’à demi-voix dans la famille ; la gaité française avait semblé bannie pour toujours de cette triste demeure. Tout était maintenant changé comme par enchantement.
Le capitaine, naturellement gai, riait et badinait comme avant ses malheurs ; les dames chantaient sans cesse en s’occupant activement des soins du ménage, et la voix sonore de mon oncle Raorl réveillait encore, dans le calme d’une belle soirée, l’écho du promontoire,
Le fidèle José se multipliait pour prouver son zèle à ses maîtres ; et, pour se délasser, il racontait aux voisins, qui ne manquaient jamais de venir faire un bout de veillée, les traverses, comme il les appellait, de son défunt père avec les sorciers de l'ile d'Orléans, ses tribulations avec la Corriveau, ainsi que d’autres légendes dont les auditeurs ne se lassaient jamais, sans égard pour les cauchemars auxquels ils s’exposaient dans leurs rêves nocturnes.
On était à la fin d'août de la même année 1767. Le capitaine d'Haberville, revenant le matin de la petite
F4 Les Anciens Canadiers
‘rivière Port-Joli, le fusil sur l'épaule et la gibecière bien | “bourrée de pluviers, bécasses et sarcelles, remarqua qu’une chaloupe, détachée d’un navire qui avait jeté l'ancre entre la terre et le Pilier-de-Roche, semblait se diriger vers son domaine, Il s’assit sur le bord d’un rocher pour l’attendre, pensant que c'était des matelots en quête de légumes, de lait ou d’autres rafraîchisse-" ments (a). 11 s’empressa d'aller à leur rencontre, lorsqu'ils abordèrent le rivage, et vit, avec surprise, qu’un! d’entre eux, très-bien mis, donnait un paquet à un des. matelots en lui montrant de la main le manoir seigneurial; mais à la vue de M. d’'Haberville, ce gentilhomme: sembla se raviser tout à coup; s'avança vers lui, lui: présenta le paquet et lui dit :
ÿ 93,77 2 Lu
. % di | o° . Q A . À f — Je n'aurais jamais Ôsé vous remettre moi-même ce paquet, capitaine d’'Haberville, quoiqu'il contienne des nouvelles qui vont bien vous réjouir. L
s hs * air. OT PAS ‘ SN en