‹ Les anciens canadiens [microforme]Chapitre 62 sur 65 · R. LL · texte numérisé non relu

R. LL

ès carte jamais n’occu-

du soir.

e, comactuels terres

paix et s mais rs por-

cadets, Sieur

autre

Certes, personne n'est plus disposé que moi à rendre justice aux grandes qualités du héros américain; lorsque l'on s’entretenait dans ma famille de la mort cruelle et prématurée de notre parent assassiné au début d’une carrière qui promettait d'être brillante, je cherchais à excuser Washington sur sa grande jeuriesse; il n’était alors, en effet, âgé que de vingt ans. Je faisais valoir ses vertus: son humanité, lorsque, vingt-deux ans après cette catastrophe, il prenait en main la cause de ses compatriotes et créait une grande et indépendante nation.

Aussi n'aurais-je jamais songé à tirer de l’oubli cette déplorable aventure, si Washington lui-même ne m'en eût donné l’occasion en cherchant, pour se disculper, à ternir la réputation de mon grand-oncle Jumonville, dans les mémoires qu’il a publiés plusieurs années après la catastrophe.

“Nous étions informés, dit-il, que Jumonville, déguisé en sauvage, “rôdait (was prouwling) depuis plusieurs jours aux environs de nos “postes, et je dus le considérer comme un espion. ”

Cette excuse n'a rien de vraisemblable, parce que Washington ne pouvait pas ignorer que non seulement les soldats, mais les officiers mêmes de l’armée française, portaient le costume des aborigènes: capot court, mitasses, brayets et souliers de chevreuil. Cet accoutrement souple et léger leur donnait un grand avantage sur des ennemis toujours vêtus à l’européenne. De Jumonville ne pouvait non plus, sans une témérité blämable, se rendre directement aux postes des Anglais, qu'en prenant de grandes précautions, les bois étant infestés de sauvages, ennemis des Français, qui, dans un premier mouvement, auraient peu respecté son titre de parlementaire.

Après avoir fait justice de cette accusation d'espionnage à laquelle Washington n’a songé que bien des années après le meurtre, en écrivant ses mémoires, voyons ce qu’il dit, pour sa justification, dans ses dépêches à son gouvernement immédiatement après le guet-apens. Il est nécessaire de faire observer ici que les couronnes de France et d'Angleterre vivaient alors en paix; que la guerre ne fut déclarée par Louis XV qu'après cet événement; que les seules hostilités commises, l’étaient par les Anglais, qui avaient envahi les possessions françaises, et que c'était contre cet acte que Jumonville voulait protester.

Mais revenons à Île justification de Washington dans ses dépêches. Il dit “qu’il regardait la frontière de la Nouvelle-Angleterre comme enva- “hie par les Français, que la guerre lui semblait exister, etc. Que les “ Français, à sa vue, avaient couru aux armes; qu’alors il avait ordonné “je feu; qu'un combat d’un quart d'heure s'était engagé, à la suite du- “ quel les Français avaient eu dix hommes tués, un blessé et vingt et un # prisonniers; et les Anglais, un homme tué et trois blessés; qu'il était # faux que Jumonville eût lu la sommation, etc. Qu'il n’y avait point eu “ de guet-apens, mais surprise et escarmouche, ce qui est de bonne guerre.”

Excellente guerre, sans doute, pour un fort détachement qui attaque à l’improviste une poignée d'hommes en pleine paix! Ce n'était pas trop mal s’en tirer pour un simple major âgé de vingt ans; certains généraux de l’armée américaine du Nord ne feraient pas mieux aujourd’hui, eux qui s’en piquent. Les deux phrases suivantes sont d’une admirable naïveté: “que la guerre lui semblait exister; que les Français, à sa vue, avaient couru aux armes.” Ces chiens de Français avaient, sans doute, oublié qu'il était plus chrétien de se laisser égorger comme des moutons!

Si l'on accepte la version de Washington, comment expliquer alors le cri d’indignation et d'horreur qui retentit dans toute la Nouvelle-France et jusqu’en Europe? On n’a pourtant jamais reproché aux Français de se lamenter comme des femmes pour la perte de leurs meilleurs généraux, ou pour une défaite même signalée: pourquoi alors leur indignation, leur fureur à la nouvelle de la mort d’un jeune homme qui faisait, pour ainsi dire, ses premières armes, s’il avait péri dans un combat livré suivant les règles des nations civilisées? Ceci doit tout d’abord frapper le lecteur qui n'aura pas même lu la version française que je vais citer.

Tous les prisonniers français, et Manceau, qui seul se déroba par la fuite au massacre, les sauvages mêmes alliés des Anglais déclarèrent que Jumonville éleva un mouchoir au-dessus de sa tête, qu’il invita les Anglais, par un interprète, à s'arrêter, ayant quelque chose à leur lire; que le feu cessa; que ce fut pendant qu’il faisait lire la sommation par un truchement qu'il fut tué d’une balle qu’il reçut à la tête; que, sans les sauvages qui s’y opposèrent, toute la petite troupe aurait été massacrée,

M. Guizot, dans ses mémoires sur Washington, après avoir cité le poème “ Jumonville,” des extraits de Hassan, de Lacretelle, de Montgaillard, qui corroborent tous la version de M. de La Place, fait fi de toutes ces autorités consignées dans les archives de la marine française, et s’en tient à la version seule de Washington,

La grande ombre du héros républicain aurait-elle influencé le jugement du célèbre écrivain français? Il n'appartient pas à mb, faible pygmée, d’oser soulever ce voile. Je dois baisser pavillon en présence d'une si haute autorité, me contenant de dire: Washington alors n'aurait jamais dû signer un écrit où les mots assassin et assassinat lui sont jetés

à la figure, comme on le voit dans le cours de la capitulation que j'ai citée,

N'importe; c'est maintenant au lecteur à juger si j'ai lavé victorieusement la mémoire de mon grand-oncle, accusé d'espionnage. Si Jumonville eût accepté le rôle odieux que son ennemi lui prête pour se justifier d'un honteux assassinat, les Français n'auraient pas versé tant de larmes sur la tombe de la victime,

que à s trop léraux i, eux airable a vue, doute, utons!

lors le France s de se lÉraux, n, leur r ainsi ant les ur qui

par la nt que es Anre; que par un les sauée,

cité Île Montt fi de ançaise,

jugefaible ésence ’aurait t jetés hi citée,

torieu- Jumonustifier larmes

Page 1