‹ Les anciens corps d'arts et métiers de NantesChapitre 10 sur 25 · Acte de Réception de Libraire, à Nantes · texte numérisé non relu

Acte de Réception de Libraire, à Nantes

L'an Mil sept cent trente cinq le sixième Jour de Décembre devant nous Jan de Plumangat Conseiller du Roy Juge Prévost Magistrat ordinaire civil et criminel Lieutenant général de Police Conservateur des privilèges de l'Université de Nantes Docteur agrège en Icelle ayant avec nous M^ Nicolas Moricet Notaire royal et Commis Greffier de ce siège.

A comparu le sieur Martin Bailly le quel a dit avoir touiours travaillé de la ditle profession de Libraire depuis plus de trente cinq ans tant a Bordeaux qu'a Paris et austres villes du Royaume de sorte quesetant rendu capable il se seroit présenté aux sindics et adioints et austres maistres libraires et impri-

meurs de cette ville, lesquels lavant trouvé capable d'exercer le dit art de librairie ils lauroient receu et admis en leur communauté et compagnie ainsy qu'il conste par la délibération du premier décembre présent mois escritte sur leur livre d'eux signée a la cliarge de presler serment devant nous a la manière accoutumée au moyen de quoy il requiert quapres les dits sindics et adioints et autres maistres ouys quil fait a cette fin comparoir il nous plaise le recevoir et admettre audit art et profession déclarant avoir satisfait aux statuts arrêts et Règlements de Sa Majesté et Edit du Roy. Ont comparu le sieur Nicolas Verger faisant les fonctions de Sindic de la communauté des marchands M*"" Libraires et Imprimeurs de cette ville aux Ans darrest du conseil ou ordre du Roy du deux du mois de novembre dernier au lieu et place du sieur Jan Vestier qui auroit esté eleu sindic au mois de May de la présente année, Julien Maillard Pierre Rocher François AUexis Cousin Libraires et André Querro adioint de la ditte communauté, Lesquels ont unanimement déclarez consentir conformément a la délibération du premier de ce mois que le dit Martin Biiilly soit receu et admis au serment en qualité de I^ibraire le connoissant capable d'en exercer l'art et ont signé N. Verger Sindic, J. Maillard, P. Rocher, F. A. Cousin, A. Querro adioint.

Ont comparus les sieurs Guillaume Cors premier adioint de la ditte communauté, Antoine Marie Maistre Libraire faisant tant pour eux que pour le sieur Estienne Pelec Marchand libraire ancien adioint lesquels ont déclarez percisler dans l'opposition par eux faite le vingt neuf du mois de novembre dernier suivant la notification qui en a esté faite à nostre greffe et opposent formellement quil soit présentement passé outre a la prestation de serment dud. sieur Martin Bailly jusqu'acequil leur ayt aparu et justiffié par pièces autantiques ou autrement quil a satisfait aux statuts arrêts et règlements concernant la librairie et notament à la délibération prise par la communauté des libraires de cette ville le vingt un novembre dernier, laquelle est aux termes des dits reglemens et ont signé G. Cors p. adjoint. A Marie ancien sindic.

Desquelles comparutions Declnralions et réquisitoire et oppositions avons décerné acte et du consentement du procureur du roy ordonné que la communauté des Marchands maistres Imprimeurs et Libraires de cette ville s'assemblera de moment a autre pour délibérer sur le tout et la ditle délibération raportee estre fait droit ainsy qu'il apartiendera.

Signé : de IMumangal. Signé iMoricet. Signé Murât.

Advenant le neuvième du [)resenl mois de décembre de l'an Mil sept cent trente cincj devant nous .luge susdit, ayant avec nous ledit Moricel nostre Greflier et en [)resence du procureur du roy ont comparu les sieurs Nicolas Verger Sindic, Guillaume Cors et André Querro adioints, Jullien Maillard Pierre Rocher et François AUexis Cousin Maistres libraires de la ditle communauté les quels ont dit qu'en conséquence de nostre ordonnance du sixième du présent mois, La communauté s'est assemblée et par délibération du septième de ce mois qu'ils nous ont représentée, ayant procédé de nouveau aux Examenls et Epreuves de capacité du sieur Martin Bailly sur le fait de la librairie et choses en dépendantes suivant les règlements il a esté trouvé et jugé capable d'exercer et estre admits a la maistrise de libraire et relieur seulement, pourquoy ils consentent qu'en cette qualité il soit receu a prester le serment ordinaire et accoutumé, le dit sieur Cors tant pour luy que pour le sieur Estienne Pelec déclarent lever en tant que besoin l'opposition notiffiee a nostre GrelTe le vingt neuf novembre dernier même celle faite devant nous le jour sixième du présent mois et le sieur Antoine Marie marchand maistre libraire sur le présent a aussy déclaré ne vouloir tirer lesd. oppositions a consequance attendu la délibération prise par la communauté le septième du présent mois sans néanmoins préiudicier a ses droits vers le dit sieur Martin Bailly et tous autres cjuil apartiendera.

Signé Verger Sindic. G. Cors ancien sindic et premier adjoint. A. Querro second adjoint. A. Marie ancien syndic. F. A. Cousin. J. Maillard. 1^. Rocher.

Des quelles comparutions déclarations consentement et retormalions nous avons décerné acte En conséquence du consentement du procureur du Roy avons permis audit Martin Bailly d'avoir et tenir boutique ouverte en cette ville ou fauxbourgs pour y exercer l'art de la librairie et chose en dépendantes aux droits privilèges et libériez y attribuez avec delTenses a toutes personnes de l'y troubler sur les peines qui y échoient parce qu'il prcstera serment de se bien et fîdellement comporter dans ledit art et d'en garder et observer les statuts et règlements même de porter honneur et reverance aux sindics adioints et anciens maistres de la ditte communauté ; lequel serment le dit sieur Martin Bailly a présentement fait devant nous la main levée le dit jour et an que devant.

Signé, M. Bailly Signé, de Plumangat. Signé, Murât. Signé, Moricet. »

Les premières presses d'Imprimerie signalées en Bretagne, auraient été établies à Nantes en 1480 pour la publication d'un bréviaire, puis à Vannes, et à Rennes en 1488. Le plus ancien imprimeur dont il est question pour notre ville fut Estienne Larcher, qui avait ses ateliers dans la Rue de l'EclielIerie. Dans les premières années du xiv'' siècle, on voit Baudouj'n, qui établit ses ateliers près de la communauté des Carmélites; Nicolas Desmarets et F'rançois Favrerie, dont l'imprimerie fut levée près le carrefour Saint-Nicolas. Aucun d'eux ne semble y avoir fait grande fortune, pas plus que de nos jours, ajoute mélancoliquement C. Mellinel, dans la nomenclature des Imprimeurs de Nantes qu'il a insérée en son ouvrage sur la Milice et la communauté de Nantes, et à qui j'emprunte ces renseignements.

En 1622, les libraires et les imprimeurs furent en procès les uns avec les autres, à l'occasion du débit des livres, et des profits plus grands que faisaient quelques-uns d'entre eux en n'observant pas les statuts du corps et les Règlements de la librairie. Ceux qui se conformaient aux Règlements se plaignirent le 19 juin à l'université, et demandèrent sa jonction ; la chose était juste, et leur fut accordée.

2Juillet 1722(1).

« A eslé fait lecture de la lettre de Monseigneur le Garde des sceaux, écrite le 8 Juin dernier à M. le Lieutenant Général de Police de la ville de Nantes. Et sur ce ouy le Procureur du Roy en ses conclusions, le siège fait deffence à tous Imprimeurs d'impriner aucuns nouveaux ouvrages, surtout en matières qui ont rapport à la religion, qu'ils n'ayent esté veus et approuvez par le s"* Abbé de la Vieuville, Doyen de l'Eglise de cette ville et Grand Vicaire du Diocèze, a peine d'être procédé contre eux cxtraordinairemcnt. »

« Le Procureur du Roy remonstre qu'il a esté adressé aux officiers de Police, de la part de Monseigneur l'Intendant, un arresl du conseil qui ordonne, entre autres choses, que pour empescher que dans les bal lois de livres qui arriveront de Rouan, pour les libraires de cette ville, il ne s'introduise de mauvais livres, il est nécessaire que les dits ballots soient représentés devant le principal officier de Police, pour être ouverts et visités... »

Les Imprimeurs et Libraires, et les relieurs, portaient « d'azur à trois écussons d'argent, rangés en fasce, et accompagnez de deux livres ouverts d'or, l'un en chef et l'autre en pointe. ))

Il semble que les libraires aient affectionné le quartier avoisinant S"'-Croix. Dans une lecture faite en janvier 1903, à la Société archéologique par M. de Boceret, nous rencontrons le nom d'uncertain nombre de marchandslibraires, etleuradresse est identique : Isaac Brun et Bailly demeurant au commencement de la fosse, mais tous les autres, Guillaume (^orse, Querro, Pierre Doïitte, A. Marie, Maillard, Pierre Rocher, Sébastien et Pierre Maréchal, Jean Vêtu, sont désignés comme demeurant dans la Haute et Basse Grande Rue.

On rencontre dans les ventes de médaillers des jetons de cette corporation.

(1 et 2) Arcliives de la Ville, Il H, non inventorié.

Il y aurait lieu de parler aussi des Imagiers, que l'on divisait en deux catégories, 1" ceux que Ton voit travailler d'abord sur os, buis, ivoire, « ceux qui taillent cruchefis », mais qui à l'occasion savaient joindre à leur travail la confection des manches de couteaux, et des saints de toutes catégories ; 2" les Peintres-Imagiers, qui peignaient et barbouillaient de cou leurs crues depuis les plus minces objets d'ameublement jusqu'aux tableaux et aux miniatures (1). N'oublions pas les Patenôtriers, ou fabricants de chapelets.

Nous ne devons pas omettre les Cartiers, confondus dans l'origine, mais dans un état d'infériorité notable, avec les Peintres, les enlumineurs et les mouleurs de statuettes peintes. Ce n'est qu'à la fin du wi*" siècle qu'on les voit se former en corps Juré, mais leur nombre fut assez restreint au début.

Les cartes, nous le savons, furent d'abord peintes, et non gravées sur bois comme on l'a dit; aussi voit-on les femmes exercer le métier, et même en plus grand nombre que les hommes, tout au moins jusqu'à la fin du xv^ siècle. Plus tard, dès que les cartes furent devenues une source de revenus pour l'Etat, on en restreignit la production à un très petit nombre de villes; on en cite six en 1631, Thiers, Toulouse, Troyes, Lyon, Limoges et Rouen. On les fabriqua en différentes matières, en ivoire, en nacre, en satin brodé, mais les plus communes furent toujours celles en papier, ou plutôt en carton formé de plusieurs feuilles de papier superposées.

(1) Voici une afficlie, de l'année 1754, qui me semble appartenir à un industriel de ce genre.

« Beville et Latour, Peintres de Paris, tiennent Manufacture de Tapisseries peintes, du meilleur goût, et des couleurs les plus durables, imitant parfaitement les ouvrages des Gobelins de Paris, soit en païsages, personnages, histoires sacrées ou prophanes, et tout autre goût de desseins les plus nouveaux, comme Berain, Vatau, et Chinois, etc.

Ils font aussi Tableaux, Paravents, Perspectives et autres décorations d'Eglise, de cliand^re, de jardin, ou de théâtre, et entreprennent généralement tous ouvrages de Peinture.

Ils demeurent à Nantes, rue Saint-Nicolas, chez M. Gautier, Peintre, dans la maison de M. Bellol, Marchand. »

Sans vouloir prétendre rivaliser avec ceux des villes de Troj^es et de Rouen par exemple, les cartiers avaient un commerce suivi à Nantes.

A la date du 9 Mars 1723 (1), les carliers-cartonniers demandent à être érigés en communauté et corps de métier, et sollicitent la confirmation du projet de statuts joint à leur requête.

Le 2 du dit mois, les Juges de Police de Nantes estiment valable leur demande, ff sauf pour l'article 7 qui parait trop gêner le public, en ce que la plupart des quincailleurs de la ville sont en possession et en usage de vendre en détail des cartes et d'en faire venir du dehors, quand on n'est pas satisfait de la qualité de celles qui se fabriquent à Nantes. Et il est dit qu'au cas où les dits cartonniers entreprendraient de surenchérir les cartes, il y sera pourvu par les Juges de la police de Nantes selon l'exigence des cas, faute de quoy il sera permis aux quincailleurs d'en faire venir d'ailleurs, si bon leur semble ».

Dans une autre liasse, nous trouvons, mais sans date, la pièce suivante :

« Requête(suivie d'autorisation I du sieur Jean-Baptiste (^amproger, Cartier, lequel, ayant épousé la veuve Moussin, qui avait continué la manufacture de son mari sous l'enseigne du Quartier du Roij, demande à lever son enseigne et y employer son nom. Deux exemplaires de ses annonces sont joints à la demande; sur l'un est ajouté le mot F^NTIERRE] et sur l'autre PIQUET. Voici comment était formulée son annonce de vente : « Cartes superfines et très coulantes pour l'Amérique et la France, fabriquées par Moussin, à Nantes ». En tête on lit : « De par le Roi, le principal bureau des belles cartes à jouer est au Pont d'Erdre à Nantes ».

Il y avait, 8. Basse-Grande-Rue, un cartier du nom de M. Massé; un autre, Beauvais, fabriquait des cartes en tous genres, 14, rue du Pas-Périlleux.

(1) Arcliives de la ville, Hil, non Inventorié.

J'en trouve un sur Saint-Denis, qui en 1717 fut soumis aune visite ordonnée sur dénonciation prol3al)lenient de commerce illicite: Il déposa, dit le procès-verbal, entre les mains du directeur de la ferme des droits sur les cartes à Nantes, « un moule à portraits de cartes espagnoles semblable à une feuille empreinte des dits portraits, et on lui fit la saisie de 1180 Jeux de caries imparfaits, 9459 jeux parfaits et cachetés et 800 jeux imparfaits à portraits d'Espagne ».

Au xviii^ siècle, Propectus d'un nommé Lyet Hugues (( cartes très fines faites par Hugues Lyet, marchand car/tier du Roydemeurantau Port au vin proche la Bource à Nantes».

Un autre, Sigogne, plaisantant avec son nom, place devant sa demeure une enseigne représentant la fable du renard et de la cigogne dont une épreuve est déposée aux archives et voici sa réclame : « cartes très fines par Pierre Sigogne M'^ fabriquant de touttes sortes de belles cartes dans le nouveau/goùt et des mieux conditionnée ; le dit Sigogne est aussi M'^ de touttes sortes de Papiers fins, superfins, et commun de touttes espèces, de touttes grandeurs et de touttes qualité tans pour/ l'Ecriture que pour le dessein, registre, Envelope, et autres pro/priétés et vend généralement tout ce qui sert à l'écriture ceux qui souhaiteront l'honnorer de leur protection trouve ront le plus fidelle de leurs serviteurs rue ( ) à Nantes.

Une autre réclame, nous le montre installé Rue S'^-Catherine, à Nantes.

Page 1