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MONUMENTS MÉGALITHIQUES

cerf. Ils cultivaient les céréales, le froment, l'orge, le mil ; ils avaient des meules à l)ras pour écraser le grain, et on a trouvé des restes de galettes rondes, cuites, sans doute, sans levain. Parmi les plantes textiles, on ne trouve guère que le lin ; il servait à fabriquer des filets, des cordages, des franges, des tissus ; les fuseaux sont rares, mais les fusaïoles sont fréquentes.

Nous ne connaissons rien de l'agencement du costume. Des matières colorantes, ocre jaune et rouge, cinabre, peroxyde de fer, semblables à celles que l'on a découvertes dans les foyers de l'époque du renne, ont été trouvées dans les fonds d'habitation et les sépultures, et des figurines d'argile de l'époque néolithique semblent présenter des tatouages. Il est donc probable que la coutume de se teindre le corps était alors très répandue. Ce n'était, d'ailleurs, pas la seule parure. Les coquillages et les dents d'animaux, qui formaient les colliers et les pendeloques à l'âge du renne, sont remplacés par des grains d'enfilage, le plus souvent en pierres tendres : calcaire blanc, gypse, ardoise.

Le trait le plus original de la civilisation néolithique est la construction de ces monuments primitifs, formés d'énormes blocs, auxquels on a donné le nom de dolmens et d'allées couvertes ^ On les trouve tantôt à découvert, tantôt enveloppés dans un tertre, à la base duquel sont disposés des cercles de pierres. On ne peut guère douter que les dolmens ne soient des tombeaux. La destination d'autres monuments mégalithiques, les menhirs (pierres fittes, pierres debout), souvent groupés en longues files (alignements), ou en cercles (cromlechs), est encore incon-

1. Sur les dolmens, outre Déclieletle, Manuel d'archéologie, I, p. 373-429 (bibliographie, p. 389, n. 2), voir : A. Bertrand, Archéologie celtique et gauloise, 2" éd., 1889, p. 100-190; Cartailhac, La France préhistorique, 2" éd., 1896; Fergusson, Les monuments mégalithiques de tous pays, trad. Hamard, 1878; Montelius, Der Orient und Europa, Stockholm, 1899; S. Reinach, Revue archéologique, XXI (1893), p. 195-226, 329-367; XXII (1893), p. 34-48.

nue. Ces monuments n'ont pu être dressés et construits que par une société fortement orj^anisée en vue d'el^orts communs.

Les sépultures sous dolmen ne sont pas les seuls modes employés à l'époque néolithique ; on trouve aussi Tinhumation en pleine terre, dans des grottes naturelles ou artificielles, dans des coffres de pierre. Les corps sont tantôt allongés, tantôt assis, repliés ou accroupis. L'incinération est exceptionnelle. Le mobilier des tombes se compose surtout d'ol)jets de parure, d'armes et d'outils.

Les types antliropologiques sont multiples et variés '. En France, ils semblent pourtant se répartir en deux groupes : un groupe dolichocéphale, dit des Baumes-Chaudes, et un type brachycéphale, dit de Grenelle ou de Furfooz. On a trouvé en Suisse des restes d'hommes de très petite taille rappelant les Pygmées des anciens. En Autriche, en Suisse et en Allemagne on a relevé, comme en France, un mélange de dolichocéphales et de brachycéphales. Dans les Iles Britanniques [long barrotvs) et en Russie, on n'a retrouvé que des dolichocéphales. En Espagne, en Portugal, en Suède, on a trouvé des dolichocéphales, mélangés de quelques brachycéphales.

Il semble que les figures humaines très stylisées, sculptées sur des parois de grottes, sur des dalles, sur des menhirs, sur des rochers, sont des représentations de divinités analogues à celles que présentent les antiquités égéennes. Quant aux signes en forme de bâton recourbé, de joug, de peigne, de hache, d'écusson, que l'on trouve gra-

1. Pour la bibliographie, consulter: S. Reinach, Description raisonnée du musée de Saint-Gerin,iin-en-Lat/e, 1, p. 128. Voir ainsi: G. Hervé, Revue mensuelle de V Ecole d'Anthropologie de Paris, 1H92, p. 80 ; 1894, p. 393 ; 1895, p. 18 ; 1899, p. 265 ; J. Boddoé, The races of Britain, Londres, 188') ; Moulelius, Les temps préhistoriques en Suéde, trad. S. Reinach, 1895; Carlailhac, Les âges préhistoriques de l'Espagne et du Portugal, 1886 ; Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, I, p. 482-487; et les bibliographies de L'Anthropologie.

ROUTE DE l'ambre 39

vés sur les monuments mégalithiques armoricains, ainsi que les cupules ou écuelles creusées sur certains blocs erratiques, il est, pour le moment, téméraire d'en donner une explication symbolique.

Outre les relations par mer que démontre le jalonnement le lont^ des côtes de certains monuments ou objets, comme lidole féminine stylisée que Ton trouve depuis l'Asie Mineure et l'Archipel jusqu'à la Péninsule ibérique, la Gaule et même les lies Britanniques ', ou comme le type des sépultures dolméniques, qui est répandu depuis la Syrie jusqu'au sud de la Suède, en passant parle Caucase, la Crimée, l'Afrique du Nord, la Péninsule ibérique, la France, les Iles Britanniques, la Hollande, l'Allemagne du Nord et le Danemark, on peut démontrer l'existence de quelques routes fluviales et terrestres -.

La route de l'ambre est peut-être celle que l'on peut déterminer avec le plus de sûreté. En plus des réalités de l'archéolog-ie, nous avons des témoignages historiques et légendaires, résumés de traditions qui peuvent remonter à une très haute antiquité.

Le nom de l'ambre, f,Kv/,- po^j , apparaît pour la première fois dans \ Odyssée ; des marchands phéniciens otTrent à la femme du roi de Syra un collier d'or où était enchâssé de l'ambre 3. L'ambre, comme l'étain, était apporté de l'extrémité occidentale de l'Europe. Il venait, disait-on, d'un fleuve qui se jette dans la mer du Nord et que les barbares appelaient Eridan ^ Cet Eridan fut de bonne heure confondu avec l'Eridan qui se jette dans la mer Adriatique, et quand la légende tenta d'expliquer l'origine de l'ambre, c'est sur les bords du Pô qu'elle plaça les sœurs de Phaéton, changées en peupliers pendant qu'elles pleuraient la

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