‹ Les anciens peuples de l'EuropeChapitre 46 sur 303 · Hérodote, V · texte numérisé non relu

Hérodote, V

un caractère conjectural, mais elles présentent l'avantage de s'appliquer à des peuples bien connus.

Le vocabulaire commun aux langues indo-européennes permet d'esquisser un tableau varié, s'étendant de l'organisation sociale c» la personne humaine, et de l'agriculture à l'industrie '.

La famille est déterminée par des noms de parenté à sens très précis ; outre le père, la mère, le fils, la fille, le frère, la sœur, on désigne par des mots spéciaux la femme du fils; le père, la mère, le frère, la sœur du mari ; la femme du frère du mari. Le mot qui signifie « mari » veut dire aussi (( maître de la maison ». Si les degrés de parenté sont bien fixés pour la famille de l'homme, ils sont vagues et divers pour la famille de la femme; la situation de la femme était donc différente dans les diverses peuplades, et les rapports de parenté du mari avec la famille de la femme étaient très variables.

En dehors du groupe social représenté par la famille immédiate, on trouve un mot pour désigner le groupe de maisons et le chef de village. Le nom du roi n'est attesté qu'en sanskrit et dans les dialectes les plus occidentaux, et le mot désignant l'ensemble d'un peuple est commun seulement aux dialectes de l'Ouest. Il n'y a pas de mot désignant la ville dans le vocabulaire commun des Indo-européens. Le mot signifiant « lieu fortifié » appartient à plusieurs langues, mais non à toutes.

Les noms relatifs à la religion sont très différents dans les diverses langues indo-européennes. Il en faut conclure que chaque tribu avait ses dieux particuliers. Il n'y a aucun nom

1. A. Meillet, Introduction à Vélude comparative des langues indoeuropéennes, 3« éd., 1912, p. 364-404. Hirt, Die Indogermanen, ihre Verhreitung, ihre Urheimat und ihre Kultur, Strasbourg, 1903-1907. O. Schrader, ReaUexikon der indogermanischen Altertuniskunde, Strasbourg, 1901. S. Feist, Kultur, Ausbreitung und Herkunft der Indogermanen, Berlin, 1913.

propre de dieu, aucun nom pour le sacrifice, le rite ouïe prêtre. Mais quelques noms d'astres et de phénomènes naturels sont re^-ardés comme divins dans l'Inde et dans la Grèce, et une conception g^énérale de la divinité se révèle par quelques épithètes : « divin, immortel » (tandis que l'homme est qualifié de mortel ou de terrestre), « donneur de richesse ».

Le système de numération est décimal. Les unités forment trois groupes : 1° « un » ; 2° <( deux, trois, quatre » ; S** de « cinq » à « dix » . Les dizaines, qui sont exprimées par des dérivés du mot « dix », sont, à partir de soixante, influencées par d'autres systèmes : duodécimal, vigésimal, etc. « Cent » s'exprime par un dérivé de « dix ». Il n'y a pas de nom indo-européen pour « mille ».

Les parties du corps sont désignées par des termes communs : tète, yeux, oreille, nez, bouche, dent, os, ongle, intestin, rate, cœur, coude, épaule, hanche, aisselle, derrière, nombril. Le mot pour u main » est variable.

Les Indo-Européens connaissent le groupement des animaux domestiques en troupeaux ; ils ont des noms pour le bœuf et la vache, le mouton et la brebis, le cheval et la jument, le bouc et la chèvre, le porc et le sanglier, le chien et la chienne, l'ours, le loup, le cerf, la souris ; parmi les oiseaux : l'aigle, la grive, la grue, l'oie, le canard. Les noms des poissons sont en général spéciaux à chaque langue. Parmi les animaux aquatiques, deux noms anciens désignent la lovitre et le castor. Le serpent est connu, ainsi que divers insectes : la mouche, le frelon, la guêpe, l'abeille, et le ver.

Il y a un nom pour le bois et quelques noms d'arbres : le hêtre, le bouleau, le saule, le chêne.

L'agriculture est attestée par l'existence d'une racine signifiant « labourer » ; des noms de céréales (souvent confondus), pour l'orge, le froment, l'épeautre ; un nom pour la paille ; le mot qui désigne le grain n'est connu que dans

les langues qui possèdent la racine signifiant « semer ». Le nom de la pomme et du pommier n'existe qu'en slave, lituanien, germanique, celtique.

L'alimentation semble avoir comporté surtout la viande des animaux sauvages ou domesti((ues ; la nourriture végétale, à en juger par le petit nombre de termes communs, était peu variée. Le lait et le beurre étaient connus. La boisson fermentée était Ihydromel.

Les noms d'outils et d'objets sont très variables, par exemple ceux qui dans les diverses langues désignent la hache. Les noms de la roue sont aussi assez divergents. Mais il y a accord entre les diverses langues pour désigner l'essieu, le moyeu, l'action d'aller en char, le bateau, la poupe, la rame et l'action de ramer.

Parmi les métaux, le nom le mieux attesté est celui du cuivre ou du bronze. Pour l'or, l'argent, les noms sont apparentés, mais non identiques. Le fer semble avoir été inconnu à l'époque de l'unité indo-européenne.

On pourrait songer à reconstituer la civilisation des Indo-Européens non seulement par la comparaison des langues indo-européennes, mais aussi par la comparaison des coutumes que les anciens historiens ont attribuées à divers peuples indo-européens. La communauté des coutumes entre ces peuples résulte soit d'emprunts mutuels, soit d'un ancien héritage. Lorsqu'il s'agit de peuples voisins, l'emprunt est plus vraisemblable ; lorsqu'il s'agit de peuples éloignés, il est plus probable que les traits de civilisation qui leur sont communs remontent à l'époque de l'unité. Malheureusement, si nous connaissons depuis l'époque historique la situation géographique de ces peuples, nous ignorons leurs déplacements antérieurs. En tout cas, les nombreux rapports qu'olîre la civilisation des Gaulois avec celle des Germains ^ peuvent s'expliquer par

1, Dottin, Manuel pour servir à Vélude de l'Antiquité celtique, 2« éd., p. 450-452.

le voisinage des deux peuples. Les rapports outre les Celtes et les Perses sont plus inattendus. Il est curieux que chez les uns et les autres les sacrifices ne puissent avoir lieu sans la présence d'un druide ' ou d'un mage -, que les Celtes ■^ comme les Perses ^ traitent d'insensés ceux qui élèvent aux dieux des statues et leur supposent une forme humaine, et que les enfants, chez les deux peuples •"", ne paraissent pas devant leurs pères. Mais Strabon avait déjà remarqué que les Ligures qui se rapprochaient beaucoup des Celtes par leur manière de vivre, étaient de race différente °.

Quelle est la région qu'habitaient en commun les Indo- Européens? Cette région ne peut être exactement déterminée. On a pendant longtemps cru et enseigné que le centre primitif des Aryens était le plateau de l'Asie centrale, où riaxarte (Syr-Daria) et l'Oxus (Amou-Daria) prennent leur source. Cette thèse, émise pour la première fois en 1820, attaquée dès 1848 par des géologues, des anthropologistes, des philologues et des linguistes, n'est plus acceptée aujourd'hui. L'origine européenne des Indo-Européens semble démontrée ~.

Les mouvements des Celtes se sont produits vers le sud ; ceux des Cimbres et des Teutons, peuples germaniques, ont pris la même direction. 11 est probable qu'antérieurement à ces invasions, ces peuples indo-européens étaient établis encore plus au nord de la région qu'ils occupaient.

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