‹ Les anciens peuples de l'EuropeChapitre 7 sur 303 · DATE DES DOCUMENTS GRECS · texte numérisé non relu

DATE DES DOCUMENTS GRECS

La date des documents utilisés est, certes, un élément important de la critique. La géographie politique de l'Europe, en ces époques lointaines de migrations fréquentes, a souvent varié, et tel peuple, qui habitait l'Europe H une époque déterminée, pouvait avoir passé, au siècle suivant, en Asie Mineure. Les anciens historiens ont pu nous conserver d'utiles notions que des historiens plus modernes ont rejetées comme étant en contradiction avec la géographie politique de leur temps. Ce fait, souvent mis en lumière par H. d'Arbois de Jubainville, a vigoureusement éclairé des textes jusqu alors obscurs. Pourtant il faut prendre garde, aussi, non seulement que des textes d'origine assez récente nous ont été conservés sous le nom d'anciens auteurs ^, mais encore que les moyens d'information des premiers historiens étaient moins parfaits que ceux de leurs successeurs et que le recul des temps n'a pas toujours été nuisible à la recherche de la vérité. Lorsque Ephore, par exemple, au iv® siècle avant notre ère, écrivait que quatre peuples occupaient les extrémités du monde, à l'orient les Indiens, au midi les Ethiopiens, à l'occident les Celtes, au nord les Scythes, il fixait par une généralisation hardie non pas la géographie politique des extrémités du monde, mais les limites extrêmes de la connaissance de l'univers qu'avaient les Grecs de son temps, et, si Ephore eût été mieux informé, il n'aurait, sans doute, pas été aussi simplement afïirmatif -. A mesure que les rensei-

1. Tels sont les ouvrages mis sous le nom de Scylax et de Scymnos. L'authenticité de Hécatée même a été mise en doute. A. et M. Croiset, Histoire de la littérature rjrecque, II, 1898, p. 541, 546; V, 1899, p. 120. Cf. J. Loth, Revue celtique, XI, p. 232.

2. Au dire de Strabon (II, 1, 41), Timosthène, amiral de Ptolémée Philadelphe, Eratosthène (275-196) et ceux qui les ont précédés ignoraient complètement la géographie de llbérie et de la Celtique, et mille fois plus encore celle de la Germanie et de la Bretagne, celle du pays des Gètes et du pays des Bastarnes. Sur les sources des anciens historiens grecs, voir E. Egger, Annuaire de V Association pour V encouragement des études grecques, 1875, p. 1-15.

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gnenients se précisent, les dénominations de peuples deviennent de moins en moins générales.

La méthode applicable à cette science, sinon de la préhistoire, à tout le moins de la protohistoire, est singulièrement complexe. Aucun de nos historiens n'a été contemporain des faits dont il nous a conservé le récit. La valeur des notions qui, à travers les siècles et par les bouches ou les écrits de tant d'hommes divers, nous sont parvenues, ne pourrait être appréciée exactement que si nous connaissions et les sources des premiers historiens et la vigueur de leur esprit. Pour les sources, nous pouvons supposer, au moins en ce qui concerne les peuples établis sur les rives de la Méditerranée, qu'elles ont été fournies par les premiers navigateurs. Ceux-ci ne rac(mtaient pas tout ; les intérêts de leur commerce les obligeaient à dissimuler les routes qui conduisaient aux entrepôts des marchandises dont ils voulaient se réserver le monopole. Ainsi, les Phéniciens avaient si bien caché au monde la connaissance des îles de l'étain (Cassitérides) que Ion hésite encore sur leur identité. Quant aux peuples de l'intérieur, la connaissance n'en vint aux Grecs qu'assez tard, à mesure que des relations commerciales s'établissaient entre eux et ceux qu'ils appelaient les barbares. Le plus souvent, c'était la tradition seule, avec ses légendes, avec ses incertitudes et ses incohérences, qui renseignait l'historien. Quelquefois pourtant celui-ci avait pu avoir connaissance des archives locales ; les Turdules avaient des traités d'histoire que les historiens de ribérie ont pu consulter ; les Perses avaient des archives officielles où Hérodote a largement puisé. Mais il était rare que les peuplades eussent conservé des traditions remontant à une haute antiquité. Quand elles n'avaient ni longs souvenirs, ni archives anciennes, elles pouvaient, de bonne foi, se dire autochthones.

Quels que fussent les matériaux mis en œuvre, la valeur de l'historien est peut-être l'élément le plus essentiel de

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