‹ Les anciens peuples de l'EuropeChapitre 8 sur 303 · VALEUR DES HISTORIENS GRECS · texte numérisé non relu

VALEUR DES HISTORIENS GRECS

notre critique. Or, si nous pouvons juj^er par nous-mêmes des qualités d'un Hérodote, d'un Thucydide, d'un Strabon, nous ne connaissons la plupart des premiers historiens grecs que par de courts extraits ou de brèves citations qui ne portent que sur des faits précis et qui ne permettent guère de se faire une idée, même sommaire, de leur méthode et de leur esprit. Il convient, semble-t-il, de s'en rapporter souvent sur leur compte à l'opinion qu'ont émise les écrivains éminents qui ont pratiqué leurs œuvres. Lorsque Thucydide nous engage à nous méfier des compositions des logographes, faites plutôt pour flatter l'oreille que pour suivre la vérité *, nous sommes tentés de suivre le conseil qu'il nous donne. Il semble raisonnable de souscrire à l'opinion de Strabon -, exprimant en ces termes sa haine vigoureuse de Damaste : « Un autre tort d'Eratosthène est de citer trop souvent, soit qu'il les réfute, soit qu'il accepte leur témoignage et qu'il s'en serve, des écrivains qui ne méritent au fond que l'oubli, un Damaste, par exemple, et ses pareils, tous gens que, même pour ce qu'il y a de vrai dans leurs livres, on ne devrait jamais ni citer ni croire. Les seuls témoignages, en effet, qui puissent faire autorité, sont ceux d'écrivains recommandables, habituellement exacts, ou qui, s'il leur arrive parfois de passer les choses sous silence ou d'en parler trop brièvement, ne cherchent du moins jamais à tromper. Mais le témoignage de Damaste ! Autant vaudrait citer celui du bergéen Evhémère et de tant d'autres comme lui dont Ératosthène, tout le premier, dénonce et raille le frivole bavardage. »

Il conviendra donc de se garder, et d'une confiance trop aveugle aux premiers logographes, et dune défiance trop sceptique à l'égard des jugements sévères que des hommes comme Thucydide et Strabon ont portés sur eux. Il sera

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