‹ Les anciens postes du lac Saint-LouisChapitre 3 sur 6 · PEROU · texte numérisé non relu

PEROU

qu'il avoit mis pour habitant sur cette terre le nommé

St-Germain, mais ayant appris que l’on soupçonnait le

dit sieur de Saint-Germain de faire le commerce, il l’en rétira aussitost et aujourd’huy le Sr de Breslay y à étably une mission d’Algonquins pour laquelle le Roy lui a accordé une pension de 400 livres. Cette mission est d’une très grande conséquence ; si la colonie avait le malheur d’avoir la guerre avec les Iroquois, elle couvrirait en partie l’Isle de Montréal” (vol. 22. p. 206).

Le même jour, 19 octobre 1705, M. de Vaudreuil personnellement écrivait au ministre : “ Je vous diraay seulement, Monseigneur, que je ne suis point surpris après cela de ce que l’on a écrit contre le nommé St- Germain, et du prétendu commerce que je luy ai fait faire. Il est vray que les Srs Chevalier de Callières et de Beauharnoiïs, m'ayant donné une concession, J'avais affermé ma terre au dit St-Germain, qui, ayant depuis longtemps un établissement au bout de l'Isle de Montréal, où il demeure avec toute sa famille, estoit plus à portée qu’un autre de la faire valoir ; mais c’est une chose de fait aussy, qu'il y à plus d’un an ou dix huit mois que je luy ai ôÔté, parce qu'il m'estoit revenu qu'il y faisoit un commerce, et marque que ce n'a jamais été mon intention qu'il y en fût fait, c'est que, sans avoir reçu vos ordres, je l’ay cédé au Sr de Breslay, qui y a étably une mission d’Algonquins.” (vol. 22, p. 242).

Le 23 octobre 1708, les MM. Raudot écrivent au ministre : “ Les sauvages du Sr de Brelay ne sont point des sauvages bien domiciliés ; tout l'hiver ils vont en chasse avec leurs femmes et leurs enfans ; il ne reste au village que quelques vieillards qui ne peuvent marcher ; l’été, ils se rendent à la mission ; à la suite, ils pourront se domicilier comme les autres.

‘ “Si l’on a fait descendre à Montréal ces sauvages leurs pelleteries au bout de l'Isle et qu'ils ne commerçassent leur castor avec ceux du Sault lequel par ce moyen iroit tout aux anglois. A l'égard de la proposi-

tion du Sr de Brelay d'établir une maison auprès de ces. sauvages pour leur vendre ce qu’ils auraient besoin, ce serait par ce moyen enrichir un particulier et faire un tort considérable à Montréal qui seroit privé de leur commerce. Aïinsy que les Srs Raudot croyent, Monseigneur, qu'il faut laisser les choses en l’état qu'elles sont parce que, suivant l'occurence des tems, on ‘donne les ordres qui paroissent nécessaires.

‘ Les Srs Raudot ont fait donner aux sauvages du dit Sr de Breslay quelque peu de poudre et de plomb et. les aident de tems en tems....

“ Le Sr de Breslay à établi une maison et une chapelle, comme il s’est donné l’honneur de vous le mander, au milieu des sauvages de la mission dont il est chargé ; cet établissement luy coute au moins ce qu'il vous marque et il vous sera très obligé, si vous voulez bien lui en faire donner le remboursement ; il sera nécessaire d’augmenter la chapelle et 1l vous supliroit de vouloir aussi luy accorder quelque chose pour cette augmentation.

“ Les Srs Raudot vous remercient, Monseigneur, de la gratification que vous avez bien voulu luy accorder: et des ornemens que vous leur marquez leur faire envoyer ;.1ls peuvent vous assurer qu'il emploira toujours utilement toutes les grâces que vous voudrez bien luy procurer de Sa M. A l'égard des ornemens, ils ne sont point venus cette année et les Srs Raudot en écrivent à M. Begon pour qu'il les fasse charger sur le vaisseau du Roy l’année prochaine. ”

Les dix volumes, récemment arrivés de Paris, démontrent, hors de doute, que tous les marchands du lac Saint-Louis, que l’on appelait tantôt “ Haut de l'Isle” tantôt “la Chine ”, jouissaient du privilège de faire la traite en dehors de Villemarie et dans leurs habitations particulières et que assez souvent les autorités fermaient les yeux même lorsqu'ils trafiquaient en dehors de leurs maisons : En 1681, Perrot, l’ancien gouverneur de Montréal, faisait un commerce de 50,000 livres par an au fief Bruçy, vis-à-vis le Bout de l'Isle, malgré ses démêlés

M 27 DRE 2 2 Rte er Mans LE er TT F " 4

La,

Jaute 16 Ro

antérieurs avec le gouverneur-général. (Vol, 6, p. p. 189,190).

M. de Denonville écrit le 13 novembre 1685 que le sieur de Chailly( Louis de Berthé, sieur de Chaïlly, ancien cadet au régiment Carignan-Salières) avait vendu son magasin du Bout de l'Isle et qu'il passait en France, emportant avec lui une fortune de 40,000 livres. “Je dois vous informer, Monseigneur, continue M. de Denonville au ministre, que le sieur Chailly, venu en ce pays avec rien, s’est fait donner une concession au bout de l'Isle de Montréal, où il a fait très bien ses affaires par les traites qu’il y a faites contre les deffences qui ne permettent pas d’en faire aïlleurs qu’à Villemarie ; les derniers jours que j'y étais, il fut sur-

- pris en fraude, ayant retenu chez lui au bout de l'Isle

une partie des pelteries qu’en canot venant des Outa- OUaCS il devait aporter toutes au marchand qui la équipé”. (vol. 7, p. 62, aussi vol. 8, p. p. 18 et 200—Berthé de Chailly alla se fixer près de La Rochelle (Id, 8,

* Le 14 novembre 1685, de Denonville se plaint encore au ministre des “particuliers qui en été vont faire des cabanages (sur l’Isle de Montréal pour y vendre en détail toutes choses et l’hyver approchant se retirent’ —{vol. 7, p. 99). En vain le ministre avait enjoint à M. de LaBarre le 18 février 1685 ‘“d’empêcher le commerce qui se fait au bout de l'Isle” et de “restablir la foire à Montréal” (vol. 7, p. 286). Le 20 août 1685, de Denonville informait le Ministre que si les coureurs de bois sont forcés de rentrer à Villemarie, “tous nos marchands sont ruinées par les avances qu'ils ont fait

des marchandises ” (vol. 7, p.16). L'année suivante,

1686, les plus gros marchands de Villemarie, entr'autres Aubert de La Chesnaye et Le Ber suppliaient le marquis de Seignelay de laisser les habitants du Canada continuer à faire le commerce, même dans la profondeur des bois. Ils attestent que les habitants n’entretiennent leurs familles que de la traite des pelleteries et,

Page 1