CHAPITRE III
LE GHLORAL
|:i 1. Découyerte. Emploi : a. Ingestion gastrique. 6. Injection iQtra-veine use. Précautions, c. Injection inlra-péritonéale. — §2. Physiologie du chloral : a. Action sur le cœur. 6. Action sur les vaisseaux, r. EfTets sur la respiration, sur la température, sur la cornée. — § 3. Emploi chirurgical. Inconvénients et dangers. — § 4. Emploi en physiologie. Théorie de l'action chloralique. Dédoublement.
§ 1. Découverte. — Emploi.
Le chloral C*H CP 0', découvert en 1832 par Liebig, étudié plus tard par Dumas et Staedeler, a été introduit en thérapeutique en 1869 par Oscar Liebreich. Les expériences instituées par le physiologiste allemand eurent un grand retentissement et provoquèrent des recherches nombreuses. On s'en fera une idée d'après cette indication, due à Pollak, qu'en moins de cinq ans, de 1869 à 1874, il a paru au delà de 312 mémoires sur cet objet.
Nous n'avons pas à faire ici l'histoire complète de cette substance. (Voir Decaisne, Bévue des sciences médicales, t. XV, 1880.)
Nous nous contenterons de rappeler que le ehloral, introduit d'abord dans la pratique comme hypnotique et liyposihénisant, a été préconisé plus tard comme anesthésique. Administré par voie gastrique ou rectale, il n'est, en réalité, qu'un hypnotique ou analgésique : pour exercer une action anesthésiante, il faut qu'il soit introduit dans les veines {Oré, 1872).
Le chloral est employé à l'état d'hydrate de chloral, obtenu en mettant le chloral anhydre en présence de l'eau. Ce corps est très soluble dans l'eau. En solution concentrée, il est très irritant. 11 peut, appliqué sur la peau, produire alors le rubéfaction, la vésicalion et même l'escharification. Son action sur les muqueuses n'est pas moins énergique : son emploi non réglé peut produire des ulcères gastriques (Testut). Les injections sous-cutanées ou endermiques ont été abandonnées en raison de l'extrême irritation qu'elles produisaient : elles ont déterminé des phlegmons, des gangrènes, des décollements considérables, que Vulpian et Giraldès signalèrent les premiers.
Il ne reste donc que trois voies d'administration ; l'ingestion gastrique, l'injection intra- veineuse et l'injection intra-pcritoncalc.
a. Ingestion gastrique. — L'introduction dans l'estomac ne permet qu'une action hypnotique ou analgésique. Le chloral ainsi administré ne se rattache h la véritable aneslhésie qu'en tant qu'on associe son action au chloroforme; c'est ce qui a lieu dans la méthode mixte de Trélal. Pour obtenir l'effet soporilique, il sufiit d'une dose de 2 grammes; pour l'efTet analgésique incomplet, il faut pousser à 4 ou 6 grammes en vingt-quatre heures. Mais les doses élevées exposent dcjà aux vomissements, à la cépha-
ISO LES ANESTIlÉSIQrES.
lalgie et aux vertiges. — Les doses massives intro-, duites par la voie stomacale ou la voie rectale pour-' raient â la vérité produire une anesthésîe générale;' mais on créerait ainsi des dangers beaucoup plus grands que ceux du chlorolorme.
A. Iqjection intra-veineuse. Piécantions. — Le procédé de l'injection inlra-veineuse a été employé par Oré (de Bordeaux) en 1872. Ou pique la veine, préalablement gonflée, avec une cauule-aiguille, et l'onr injecte de 4 à 10 grammes de chloral dans une so-* lulion au 1/4. On obtient ainsi rapidement le som-* meil et une anesthésie complète.
L'injection doit être poussée très lentement, afin d'éviter deux accidents auxquels expose la pénétration rapide, à savoir : la production de caillots sanguins et d'embolies consécutives et, en second lieu, une syncope cardiaque mortelle dont le point de départ est dans le contact du chloral avec l'endocarde^
c. Injection intra-péritonéale. — Cil. Richet a proposé, pour les opérations pliysiologiques sur le chien, l'in-' jection directe de la solution de cliloral dans le péritoine (5 décigrammes par kilog. d'animal). On obtiendrait ainsi une anesthésie complète sans menace de syncope et sans accidents inflammatoires. [Soc. rfe iï/«/., 21 décembre 1889.)
^ 2. Physiologie du chloral.
Nous dirons deux mots des effets du cliloral sur les dilTérents appareils organiques,
fi. Action BUT le cœur. — Le cœur est particulière^ ment sensible à l'action du chloral injecté dans le^ veines. Si l'on ne prend point les précautions parti-'
culières dont nous venons de parler, afin que la substance n'arrive que très diluée au contact de la paroi de l'endocarde, on voit se produire une syncope brusque et définitive. On peut admettre, dans ce cas, une irritation des nerfs sensibles de l'endocarde, qui est réfléchie sur le pneumo-gastrique et a pour effet d'arrêter le cœur en diastole.
Cet accident étant évité, on observe ordinairement un ralentissement des batlements. Il est vraisemblable que celte modération esl due à deux causes ; l'une indirecte, c'est la vaso-dilalation générale provoquée par le chloral ; l'autre directe, tenant à une excitation du pneumo-gaslrique, moins violente que celle qui tout à 1 heure enlrainait la syncope. Dans le cas d'empoisonnement avec uae dose trop forte, le cœur est arrêté en diastole. On le trouve, à l'autopsie, dilaté et distendu par un sang noir et poisseux; ce qui tient à ce que la syncope cardiaque est habituellement précédée par l'arrêt de la respiration.
Ces indications suffisent à faire comprendre que le chloral, à cause même de sa tendance à favoriser les syncopes cardiaques, esl un anesthésique dangereux.
b. Action sur les vaiBseaux. — Le chloral provoque une dilatation générale des vaisseaux. C'est là un fait caractéristique de l'histoire de cette substance et un fait intéressant dont les physiologistes ont tiré parti pour leurs études. Chez les sujets chloralisés, on note une rougeur persistante de la face marquée surtout aux joues, aux oreilles et aux conjonctives. La vascularisalion de l'œil et de l'oreille, chez le lapin, est comparable à celle qui se montre après k section du grand sympathique cervical.
LES anesth£siqi:ks.
Cette congestion s'observe dans tous les organes {Cl. liernard). Il y a une hyperliémie générale des m,:^ueuses, poumons, foie, rate, rein, mésentère. Cette hyperhcmie peut être poussée jusqu'à la ru]h lure des vaisseaux de moindre résistance et à la production d'ecchymoses. La congestion du rein et les ecchymosesqu'elie entraîne expliquent l'hématurie observée par Vulpian chez le chien. Les méninges et le cerveau participent à cette vascularisatîon universelle. Hammond (de New-York) l'a observée directement Hur le cerveau du lapin et à l'ophtalmoscope sur la pupille rétinienne des sujets chloralisés. — On voit, en résumé, que, sous le rapport de son effet sur la circulation périphérique, le chloral se rapproche de l'élhcr et qu'il se sépare nettement du chloroforme. — L'hyperhémie cutanée provoquée par le chloral peut être le point de dépari d'une éruption exanthématique spéciale, analogue au rascb scarlatiniforme observé par Mayor et Martinet.
c. Effet BUT la respiration; Bar la caloriflcation ; sur la cornée. — Le chloral à dose aneslliésique exerce un effet non moins perturbateur sur la respiration ; cet effet se traduit par l'irrégularité et la faiblesse des mouvements respiratoires, qui deviennent diaphragmatiques, superficiels et saccadés. 11 est à noter que ces troubles et l'arrêt définitif auquel ils peuvent aboutir rapidement ne se produisent plus lorsque l'on a sectionné les pneumogastriques (Fr. Franck). L'action s'explique par une irritation des nerfs sensitîfs de l'endocarde, conduite au centre respiratoire.
La chloralisation entraine, toutes choses égales d'ailleurs, un abaissement de température plus grand que la chloroformisation ou l'éthérisalion.