I.E CHLORAL. ISa
On a signalé le fait curieux que, dans l'anesthésie chloralique, l'insensibilité de la cornée se produisait après celle de la peau, contrairement à la règle générale. La muqueuse de la sous-cloison nasale serait la partie du tégiimt;nt qui serait aneslhésiée la dernière.
g 3. Emploi chirurgical. — Inconvénients L et dangers.
■ Le chloral en injections veineuses produit une anesthésiation très complète. Oré avait constaté ce fait à l'occasion d'injections chloraliques pratiquées chez des tétaniques. Cette observation lui suggéra l'idée d'y recourir dans les opérations chirurgicales, il présenta les résultats de sa pratique au Congrès de médecine de Bruxelles en 187.o- Ils se résumaient en 5i succès sur 53 opérations. Deneffe et van Wettcr (de Gand) employèrent également le procédé dans un assez grand nombre d'opérations.
Cependant la méthode ne s'est pas répandue. !1 y a d'ailleurs d'excellentes raisons à cet échec : Cruveilhier, Tillaux, Lannelonguefde Bordeaux), ont trouvé, à la suite de l'opération, des caillots volumineux dans les veines.
Les inconvénients et les dangers de la méthode peuvent se résumer ainsi :
1° Inconvénient du mode d'introduction d'une quantité assez considérable de solution dansune veine, que l'opérateur est quelquefois obligé de dénuder;
2° Possibilité d'une syncope cardiaque primitive, mortelle, au moment où le premier flot de la substance arrive an contact de l'endocarde;
18* I,K3 ANKSTHÉSIQIES.
3' D'une manière générale, imminence des syncopes cardiaciues, qui constitiienl le danger principal des anesthésiations; )c chloral favorise aussi les. troubles respiratoires;
4° Le chloral ne permet point l'économie du sang,
La dilatation vasculaire qu'il détermine facilite ^ entretient des hémorragies ditTuses, qui épuisent le malade et gênent l'opérafeur.
Pour toutes ces raisons, le chloral est un mauvais aneslhésique lorsqu'il est administré îsolémenl. Employé concurremment avec d'autres anestliésiques, dans les méthodes mixtes, il apporte quelques-uns des inconvénients qui lui sont inhérents. — On utilisé le chloral avec des succès divers dans Ift tétanos, l'eclampsie et dans la pratique des accou^ chements.
Ces inconvénients n'offrent plus la même gravita lorsqu'il s'agit d'opéraLions physiologiques : aussi lé chloral est-il fréquemment employé dans les vivisections pratiquées sur le chien et presque exclusivement dans les vivisections sur les grands animaux, ilne, cheval (Arloing, Dastre et Moral).
^ 4. Emploi en physiologie. — Théorie de l'action chloralique. — Dédoublement en chloroforme et formiate alcalin.
On est loin d'être d'accord sur la manière dont là chloral abolit la sensibilité : une des hypothèses qui raUié le plus grand nombre de physiologistes, i surtout de chimistes, consiste àadmellrequelechlord produiU'anesthésie par le chloroforme provenant dfl son dédoublement; sous l'influence des alcalisdusang^
LE CDLOIIAL.
îl se séparerait, en effet, en chloroforme et forniiates alcalins, surtout Formiate de soude. Celle théorie a été combattue pourtant par un graud nombre de physiologistes, tantenFrance qu'en Allemagne, par exemple par Hammarsten,Rajewsky, Musculus, etc., qui n'ont retrouvé le chloroforme ni dans l'air expiré, ni dans le sang des anîmauxchloralisés.Un second argument c'est que divers produits de substitution chlorés de la série des acides gras analogues au chloral agissent comme le chloroforme, sans donner cependant par ^décomposition aucune trace de ce corps.
^k Ou a encore insisté sur les arguments suivants : Hfe'abord la faible quantité de chloroforme mise en ^^ibe^té, quantité qui est notablement moindre que celle du chloral employé; en second lieu, sur l'opposition des effets déterminés par le chloroforme et le chloral, le premier contractant les vaisseaux, tandis que le chloral les dilate : enfin, sur ce que la sensibilité cornéenne est perdue avant la sensibilité cutanée avec le chloral, tandis que c'est le cas inverse qui se produit avec le chloroforme et avec tous les antres anesthésiques.
Arloing [Thèse de Lyon, 1879) a essayé de concilier ces contradictions. D'après ce physiologiste, le dédoublement aurait lieu réellement : dans le sang, le chloral se transformerait en chloroforme et en formiate de soude. L'effet anesthésique serait dfl au chloroforme; les effets vasculaires, le ralentissement du sang, l'arrêt du cœur et de la respiration, au formiate alcalin, ou plutôt à la résultante des actions du chloroforme etdu formiate. L'étude directe des effets produits par le formiale serait en accord avec cette conclusion. D'autre part, l'effet anesthésique du chlo-
I8S LES ANESTH^IOUES.
roformc serait facilité parce que. le dédoublemenl ayant lieu au contact même des éléments nerveux, tout le chloroforme produit serait actif; et cette circonstance ferait tomber l'objection de l'eifetrelalivement considérable de doses assez faibles.
A l'appui de son opinion, l'auteur rappelle ce qui se produit avec cerlaios tissus végétaux, tels que ceux de la sensitive. L'irritabilité de la sensîtive est abolie lorsque cette plante absorbe du chloroforme par ses racines; elle ne l'est pas par l'absorption du cbloral. Cela tiendrait à ce que les tissus de la sensitive, ayant une réaction acide, ne permettent pas le dédoublement du cbloral, tandis que, chez les animaux affectés par cette substance, le milieu sanguin offre, au contraire, l'alcalinité convenable à ce dédoublement.