CHAPITRE IV
LE [(ROMURK D'ETHYLE
H. Propriétés. — Composition. — Emploi dubromure d'élhyle, — r§ 2. Physiologie : o. Action sur le système nerveux. Suppression de la phase d'eicitation. Intervalle des actions sur . sur In moelle. — 6. Action sur le cœur et sur les - r.. Action sur la respiration, sur les sécrétionB, les organes digestifs. ^ g 3. Emploi chirurgical et médical. § 4. Avantages et inconvénients.
§ 1. Propriétés.
- Composition. d'éthyle.
Emploi du bromure
Le bromure d'éthyle [C*H'Br ancienne notation, C^H^Br notation atomique] a été découvert en 1829 par SeruUas, C'est un liquide incolore, d'odeur agréable; lourd (densité, 1,43); volatil fpoint d'ébullition, iO"!) ; soluble dans l'alcool et dans l'éther en toutes proportions; très peu soluble dans l'eau. 11 n'est pas inflammable : une allumette peut en être approchée sans que ce liquide prenne feu; un jet du liquide pulvérisé dirigé sur la flamme d'une lampe à alcool ne s'enflamme point. II est utile de savoir que, lorsqu'il est pur, son odeur est éthérée et suave.
18K LES ASKSTIIÉSIQCES.
et qu'au coulraire, lorsqu'il a une odeur désagréable, il la doit à ce qu'il n'a pas été convenablement rectifié, et qu'il contient dosdérivés bromes nuisibles à l'organisme. Le produitcommercialeslle plus soiiventimpur.
Nnnneley (lic Leeds), en 1849, a étudié son actioQ sur les animaux (clials) ; il reconnut très exaclemenl les particularités que les expériences plus récentes onl popularisées, et il ne cessa, depuis cette époque, de l'employer dans sa pratique pour les opérations sur les yeux et les oreilles et de le préconiser à toate occasion. Ed. Robin [AcaJ. des Se, 1851) anesthésia des oiseaux par des inhalations de ses vapeurs, et cela sans danger. Vutzeys, en Belgique, et Rabuleau [Sociélé de Biologie, 1876j avaientinsislé, à leur tour, sur ses propriétés anesthésiques, comparables à celles du chloroforme, supérieures à celles de l'étber.
L'extrême volatilité de ce corps a engagé quelques expérimentateurs à le mélanger à l'alcool pour le rendre plus maniable (Wood).
§ 2. Physiologie.
a. Action Bur le syBtâme nerveux. SuppresBÎon de la phase d'excitation. Intervalle des actions sur le cerveau et la moelle. — L'étude physiologique du bromure d'é- Ibyle est encore fort incomplète. Rabuteau (1876. Acad.Sc. elMém.Sof. BioL, 1880) a essayé son action sur les piaules : celles-ci, enfermées dans une enceinte saturée de ses vapeurs, meurent après que leurs feuilles se sont flétries etnorcies, tandis qu'elles survivent à l'action de l'éther dans les mêmes conditions. La germination des graines est arrêtée ; le plus souvent l'arrêt est délinitit.
LE BROMUBE d'ÉTBYLE.
Sur les animaux, il agil comme un anesthésique très puissant, et son action est caractérisée par hi rapidité avec laquelle elle se produit et par la brusquerie avec laquelle elle cesse, sans laisscrde traces. De plus, et c'est là une conséquence qui découle des explications générales que nous avons données à propos des aneslhésiques, on n'observe pas l'agitation violente que produit l'élher ou le chloroforme. Enfin, la substance, n'exerçant point d'action irritante ni caustique sur la peau ni les muqueuses, ainsi que fait le chloroforme, n'expose pas au danger de la syncope primitive ou laryngo-réflexe.
On rendrait compte, en un mol, de l'action comparée du bromure d'éthylc, en disant que la moelle, le bulbe et les hémisphères cérébraux sont plus sensibles à son action qu'à celle de l'éther et du chloroforme, de telle sorte que la période d'excitation est, pour ainsi dire, brtilée dans tous les cas. La phase de paralysie des activités nerveuses est atteinte d'emblée sans être précédée de la phase d'exaltation de ces activités, au moins d'une manière appréciable.
Un autre caractère n'est pas moins intéressant au point de vue physiologique. Le bromure d'élhyle présente le caractère fondamental d'un excellent analgésique. L'écart entre l'impressionuabililé des hémisphères et celle de la moelle par le bromure est plus considérable qu'avec les anesthésiques ordinaires. La perte, de connaissance est rapide (1 à 3 minutes); l'anesthésie vraie, plus tardive (3 à 5 minutes}. Un long intervalle s'écoule donc entre le moment où l'agent frappe le cerveau et celui où \\ frappe l'axe nerveux. Ce serait là, d'une fai;on générale, une condition lavorablo. Elle entraîne pourtant cette con-
!•• LES A^CeSTBËSIQTZS.
sf>queocc désavaalageuge que les réllexes moteurs |ier&istent quelque temps alors que le sujet est déjà insensibilisé : la résolution masculaire n'est pas com- |jlèle.
Mais ces deux raraoléres sont loin d'être absolus, L'excitation médullaire eslincoalestablementmoiodre qu'arec le cbloroforme; elle se traduit pourtant quelquerois par une ri^dité musculaire qui peut persister assez longtemps, et qui ne disparaît que lorsque déjà l'aneslbésie est confirmée. En tous cas, la résolution musculaire est tardive.
b. Action sur le esar et sur les russeaux. — L'action du bromure sur la circulation se rapproche de celle de l'éther et du cbloral; elle s'éloigne de celle du chloroforme. Comme les deux premiers agents, celui-ci dilate le réseau capillaire (coagestioQ modérée de la face). D'après Ott, il amplifierait le pouls, l'accélérerait et accroîtrait la pression sanguine; d'après >>'ood. il diminuerait celle pression, fait qui sérail plus conforme à ce qu'on peut attendre de la dilatation du réseau sanguin. Ces deux auteurs sont d'accord pour conclure, de leurs expériences sur la grenouille, que le bromure agit directement sur le cœur, les muscles et ganglions. Quant à la dilatation capillaire, elle se traduit chez l'homme par la congestioD plus ou moins forte qui s'observe, au début, à la face, au cou, h la [loitrine.
c. Action Bur les sécrétions, sut la respiration, Bur les or- (fanes digestifs. — La respiration augmenterait légèrement de fréquence au début; mais bientôt elle est régularisée et raleotie.
Le bromure d'étbyle produit une excitation glandulaire très vive, une sudation abondanle, un ptya-
LE BROMDBE II ÉTHÏLE. 191
lisme 1res marqué. Cette excitation glandulaire est un des inconvénients dii bromure, parce que la salive et des mucosités abondantes viendraient obstruer le pharynx si l'on n'avait soin de les enlever à mesure.
Le larmoiement est assez abondant.
On ne s'entend point relativement à l'action nauséeuse du bromure. Agnew, Haynes, Norton, Prince, croient les vomissements plus i'réquents qu'avec les autres anesthésiques ; d'après d'autres, Conner, Lewis, ils ne le seraient pas davantage, La pupille, généralement dilatée, peut cependant présenter des alternatives de resserrement et d'agrandissement.
i^ 3. Emploi chirurgical et médical.
L'Iiistoire des anesthésiques nous ollVe une série de réinventions continuelles ; c'est le cas pour le bromured'étbyle. 11 fait sa première apparition en 1849, où Nunnely, do Leeds, l'emploie couramment; puis, presque oublié, il reparaît trente ans plus tard dans la pratique des chirurgiens américains. L. TurnbuU, de Philadelphie (1877-1880), l'essaye sur les animaux, sur lui-même, et l'utilise dans plus de cent opérations. R.-J. Lewis (de Philadelphie) en fait usage dans la pratique hospitalière avec le plus grand succès (janvier 1880, Médical Times), et il le considère comme le meilleur agent anesthésique connu, ("c fut à ce moment que M. Terrillon l'introduisit en France et le préconisa pour Fanesthésie locale (voir plus loin). Bientôt après, il en fit usage pour l'anes- Ibésie générale. MM. Berger, Verneuil, Perrier, l'essayèrent dans leurs services hospitaliers, f. Bourneville et d'Olier ont employé le bromure
LES ANEBTHËSIQUeS.
(l'c-lhylc cliez des hysitîriques, et réussi souvent, par ce moyen, à faire cesser les phénomènes nonvulsifs ou à faire passer les malades de la phase du clownisme à celle du délire. Chez les épilcptiques, le Iraitemeot prolongé aurait diminué le nombre des arcès, et le bromure administré pendant l'accès aurait ou diminué ou supprimé les convulsions. [Mém. Snc. Biol., 1880.) Enfin, nous avons signalé (liv. I, cb. II) l'usage qui a été fait du bromure dans la pratique obstétricale. Celle application n'esl qu'une conséquence de la propriété analgésique que nous venons de signaler.
§ 4. Avanta-ges et inconvéaients.
Les essais physiologiques et cliniques n'ont pas encore été suivis assez méthodiquement pour permettre de juger définitivement de la valeur du bromure.
D'après ce qui précède, les avantages seraient ; 1° la rapidité de l'action; 2" l'absence d'agitation 3° la production facile de l'analfçésie; 4° la sécurité en ce qui concerne la syncope primitive respiratoire ou même cardiaque, la substance n'exerçant point d'effet irritant sur les muqueuses, Lewis et les partisans du nouvel aneslhésique prétendent même qu'il expose beaucoup moins que le chloroforme au danger de la syncope secondaire ou bulbaire, et qu'en conséquence il n'y a presque pas à redouter d'accidents cardiaques, mais seulement à surveiller la respiration. Toutes ces ass ertion s sont conformes à théorie générale, que n|^^Kissaient certainemi pas les auteurs qui le^^^^nlses : il reste jt, si, en fait, elles soni^^^^^kles. Di
trois causes d'accicleuls qu'offrent les auesthésiques, le dernier (apnée par intoxicaLion profonde) serait seul II redouter; mais, par contre, il le serait à un plus haut degré.
Les inconvénients seraient les suivants :
1" L'excitation glandulaire, avec tout le cortège de difficultés qu'elle crée liabituellement, par exemple dans le cas de l'éthérisation : râles, obstruction des voies respiratoires, action nauséeuse;
2° L'action du bromure d'étliyle sur les petits vaisseaux le constitue en état d'infériorité vis-à-vis du chloroforme au point de vue de l'écmiomie du sang, particulièrement dans les opérations sur la face ;
3° La résolution musculaire est incomplète, ou, tout au moins, tardive;
i° Si les analogies physiologiques ne sont pas trompeuses, l'action paralysante prédominante du bromure d'éthyle doit noua faire préjuger que, pour les opérations de longue durée, il offrira des dangers supérieurs à ceux de l'éther et du chloroforme.
D'ailleurs, ses partisans le recommandent surtout dans les opérations rapides, qui ne demandent point une anesthésie très profonde, non plus que la résolution musculaire, telles que dilatation anale, fissures ou hémorroïdes, fistules, rupture des ankyloses.