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CHAPITRE VII

LA COCAÏNE. — SON ACTION (lÉNEHALE

. Découverte de la cocaïne. Ses propriétés. Ses usages. — hg a. Pliysiologie de l'action cocaliiique ; u. Phyablogie géné- — h. Physiologie spéciale : La cocaïne est uu curare seur aitîf. — Œ. Agitation. — p. Analgésie, — t- Vas o-con striction. :. Actioa sur la respiration, sur la cbaleur animale, soi' L -l'œil; sur les muscles lisses; sur les glandes. — g 3. Applications Uà la chirorgie; accidents cocaïniques. — § 4. Traitement des raccidents. — § 5. Esplicalion des effets et de l'action intime de r'Ia cocaïne.

. Découverte de la cocaïne.

Ses usages.

- Ses propriétés.

La cocaïne (C"H*'AzO*) esl extraite de la coca (Ery- Ihroxylon Coca), plante cultivée en Bolivie et dans certaines localités des Andes, du Pérou, de la Nouvelle- Grenade et de la Répiibliqne Argentine. Depuis une époque reculée, les habitants de l'Amérique du Sud ont employé les feuilles de coca; ils s'en servaient sous forme de clûque, en les milchant mélangées à de la chaux ou à des cendres alcalines. Les Espagnols, au moment de la conquête, en ont trouvé l'usage

Sm us JI!IKSTntâlQl-ES.

établi. La vertu de ces feuilles sérail d'abolir la faim et la soif, et de permcllre. sans Tatigiie, une dépense de forces coasidérable. Le premier effet est une impression de chaleur suivie d'engourdissement de h langue et du pharynx, puis une sorte de stimulation qui dissipe les sensations de la fatigue, de la Taim et de la soif. L'action se résume eu une excitation générale des échanges nutritifs, traduite par l'augmentation de l'urée et de l'acide phosphoriques excrétés. (Fleischer). La cocaïne produit une exagération des combustions organiques, qui, souvent répétée, fiait par amener !a ruine physiologique de l'organisme et explique la maigreur et le marasme des vieux « Coqueros » (Duchesne). La coca serait donc le contraire d'un aliment d'épargne, au lieu d'en être le tv-pe, ainsi qu'on le croyait il y a quelques années.

Les feuilles de coca ne sont guère employées aujourd'hui en thérapeutique. On l'ait usage de l'alcaloïde qui peut en être extrait, la cocaïne, encore appelée par quelques chimistes êrythroxyline. Les feuilles contiennent, en réalité, trois produits différents :

i'Une cocaïne cristallisée (3p. 1000), qui est celle qui doit être employée, en physiologie el pour les applications chirurgicales, à l'état de sels solubles, d particulièrement à l'état de chlorhydrate de cocaïne, Mais on peut retirer de ces mêmes feuilles deux autres substances qui ne peuvent servir en médecine, k savoir: 2° une cocaïne amorphe (5 p. 1000) et neutre, absolument iaactive, et une cocaïne liquide (2 p. 1000), douée de propriétés toxiques el convulsivantes, mai& non anesLhésiques, car elle est sans action locale sur Is conjonctive. (Laborde-Duquesnel, Mém. Soc, Diol. 1884 et 18 avril 1885.)

La cocaïne aurait été découverle et isolée pour la |)remière fois par Gardeke (1855) sous le nom d'érythroxyline (Knapp, Médical Record,^^ octobre 1884). Elle aurait été découverte une seconde Tois en 1857 par Samuel R. Percy (de New-York), qui aurait isolé le principe actif de Térythroxyline, et montre que son clilorhydrate possédait la propriété singulière d'émousseret de paralyser la sensibilité de la langue. Dépendant l'on attribue généralement sa préparation à Niemann, élève de Woehler (1859), et la connaissance de sa propriété d'anesthésier la muqueuse linguale à SchrofT, de Vienne, (1862). — La cocaïne, qui est un alcaloïde non volatil et peu solubie, forme des sels solubles, et est ordinairement employée A l'état de chlorhydrate.

Cette substance a été utilisée de dèu\ manières : |)our Vanesthém locale et pour Vanesthésie ffénérale. Comme anestbésique local, nous en parlerons plus loin, dans un chapitre spécial. C'est l'action anestbésique localisée qui a été la première connue : elle a été utilisée (1878) parCh. Fauvel et Coupard, dans les affections douloureuses du pharynx et du larynx. Mais déjà antérieurement on connaissait l'action remarquable exercée sur l'œil par cet agent. Instillé dans l'œil, en solution à 1/100, à la dose de cinq à dix gouttes, elle produit l'anesthésic de la cornée et la dilatation de la pupille. L'action est complète au bout de 10 minutes et dure 30 minutes. Le fait a été signalé d'abord (16 octobre 188 1) par Karl Koller (de Vienne), et bientôt vérifié par un très grand nombre d'ophthalmologistes. La cocaïne est aujourd'hui d'un usage répandu : elle constitue l'un des plus précieux auxiliaires de la chirurgie oculaire.

LES A?(ESraKSKil>i:S.

Mais U cocaïne a été précODisée aussi et employée poar i'aiiestbéste géDéralc. — C'est à ce point de vue ifoe Doos devons fiûre conoatlre les travaux dont elle «élérofefelile b part dc<; pliysiulogistes cl des chi-

S S. Physiologie de l'action cocaînîque.

«. Pbxsologîe Eésérate. — Le rôle de la cocaïne, en tant qu'aueslliésique gcnéral, a donné lieu à de DODibreuses discussions. En résumé on peut dire que la plupart des physiolùg^slcs qui en ont bien étudié raclîoQ refusent de leraofier parmi les unesthésiques génèraui. Us lui reconnaissent seulement la faculté de produire Vanalgésie. El celte analgésie générale limitée au tégument coïncide avec une hyperexcilabililé ncuro-oiusculaire qui forme avec celle-ci ubi coulrasle remarquable.

L'un des caractères des véritables atieslhésiqueSi c'est l'universalilc de leur action. Cl. Bernard a mia celle propriété bien en lumière à propos du chloroforme et de l'éther, qui agissent sur tous les éléments anatomiques. on peut dire sur toutes les formes d* protoplasme, qu"il soit animal ou végétal, et sur toutes ses variétés, depuis la cellule d'épitheliud vibratile jusqu'à la cellule du ferment levilre de bicrB, sur toutes les activités physiologiques, depuis la seiu sibilité consciente jusqu'à la germination.

Ce caractère se retrouve-t-il chez la cocame?P. Rft' gnard et K. Dubois le contestent. 1*. Regnard déclara que, tandis que les alcaloïdes de l'opîum et des strychnées, la belladone, etc., arrêtent la fermen-^ lation alcoolique, c'est-i-dire l'activité vitale de laie-

vûre, Saicharomyces cervisise, à dose égale la cocaïne n'agit point. Elle finit toutefois par exercer une action toxique, mais aune doselOOfoisplusforteetdanades conditions où beaucoup d'autres substances étrangères, et qu'on ne peutmème regarder comme toxiques, seraient capables de troubler la fermentation. {Soc. BioL, 17 janvier 1885.) D'un autre côté. H. Dubois conteste l'action de la cocaïne sur la germination.

D'autre part, et tout au contraire, A. Charpentier (de Nancy) affirme cette action de la cocaïne à la fois sur la fermentation et sur la germination. U suffit d'employer des doses convenables. Ces doses n'ont rien d'excessif, etleuracMon n'est pas une intoxication banale, mais bien une véritable anesthésie. Les intoxications banales, en effet, suspendent la fermenlalion et la germination d'une manière définitive, en tuant la levure ou la graine. Au contraire, le caractère de l'aneslbésie est de suspendre les phénomènes d'une manière temporaire, de telle sorte qu'ils repartent lorsque l'on éloigne l'agent perturbateur. C'est précisément ainsi que les choses se passeraient avec la cocaïne, qui suspend la vie de la levftre et de la graine d'une manière temporaire, et qui suspend de même l'activité de tous les éléments organiques, nerf moteur de la grenouille, muscle {Laborde), etc. Elle arrête, en particulier, les mouvements des înfusoires, et l'auteur cite un infusoire à chlorophylle qu'il a eu l'occasion d'étudier, le Zygosebms orbmdaris, dont les mouvements sont supprimés et la fonction chlorophyllienne anéantie avec une dose de ) cent-millième, résultat qui n'est obtenu qu'avec des doses de strychnine 20 fois plus considérables et des ifoses d'atropine 100 fois plus grandes. Il est vrai que, dans ce

CHL. les- fKaAs- — éMtifî pw la rocainc ne rcpammÊtaâ p^L A. C^vp-alia-. S»r. £/<,/. . 1 1 janvier inSi.7fi«nn-l8S.HBÛI885. 2lcléce[nbre I88i.j f,lBcac^Be.kNriefiprésentaDlquelque3tdes vêrilables anestlié- I* WM ie b physiologie géaérale, I et cenx-d for quelques traits.

Ce& liiCi'retea s'aeeestneol encore lorsque I'od esMmame soa aelioB sorles animaux et sur l'tiomine aa poial 4e rae ck b. pfay>iol<^ie spéciale.

k. WyiM ig M ffifiili J« eoaîBe est on ennTe ses^ ■tit — On peut faire pàictrer le chlorhydrate de caioe (tans récoDomie de dea\ manières : soit eii> iojeclioos son&-cutan<*es. soit en iajcclious veioeuses, Si Ton opère sur le obieo, la dose physiologique non mortelle pour l'iDJeclioD intra-Teipcuse eslde2"'""par kilogramme d'animal. La dose de 3"°"' est mortelle. Naturellement les doses peuvent être beaucoup pluî considérables en injections sous-cutanées; mais alors les phénomènes sont moins réguliers, à cause desvariationsconsidérables que peut présenlerlabsorption

Les phénomènes généraux produits parla cocaïne' introduite dans le sang présentent un intérêt considérable pour la physiologie et ont provoqué un grand nombre de recherches, parmi lesquelles nous rappellerons celles deVulpian, J.Grasset, Arloing, Laborde, Zuntz, von Anrep, M. Laffont, etc. Le tableau des effets produits par cet alcaloïde a été (racé par tous les observateurs, et la théorie en est aujourd'hui à j>eu prés complète. Celte théorie éclairera mieux les faits et permettra de les mieux comprendre :

D'une façon générale, la cocaïne ne peut être rangée parmi les anesthésiques généraux. La véri-

table anesthésie ne survient qu'à la fln, comme un phénomène ultime de l'intoxication cocaïniqiie, alors que la vie de l'animal est en danger. On a pu dire que l'action de la cocaïne était la conlre-parlie de celle du curare. Tandis que le curare exerce son action sur l'appareil terminal des nerfs moteurs, la cocaïne agit sur les extrémités nerveuses sensitives. Ils respectent l'un et l'autre les fonctions de la continuité des nerfs et n'impliquent que les terminaisons. Dans les deux cas, les troncs nerveux eux-mêmes ont conservé leur excitabilité, ou même la présentent à un degré exagéré. En second lieu, tandis que le curare à doses convenables paralyse les plexus nerveux vaso-constricteurs intra-vaseulaires, la cocaïne au contraire les surexcite.

Cette formule contient l'explication de tous les phénomènes observés.

1. Agitation. — Les premiers effets appréciables sont dus précisément àThyperexcitafailité musculaire réflexe. Avec la dose physiologique, l'animal commence à manifester une extrême agitation. Le chien ne reste plus un moment en repos : il obéit à des impulsions motrices irrésistibles ;ilexécute desmouvements violents, continuels, affolés, qui se prolongent pendant des heures entières. Si la dose est plus élevée et voisine de la dose toxique, ce sont des accès convulsifs, (ils font défaut chez les animaux à sang froid}, des spasmes, des décharges tétaniques. A cet égard, le tableau extérieur offert par l'animal cocaïnisé ressemble à celui de l'empoisonnement strychnique. Ces manifestations excito-motrices sont naturellement en proportion des doses administrées et présentent des degrés en rapport avec la masse de l'agent

fli la n(B4ilé4F>K4W»aa dus l'appareil neneux. Aice eeUe «xlrèoie agitation 3 ou moins profonde dpvcMBatpcnylMrifae.CecfMiLraste de l'agilaliDD H ée Ttmià^nr. et Vamtsthésit l^umeoUtire et de li MmnH^îié Matrice, est, es qodque sorte, le Irait txndérêlifBe de rnopoùonneiDeDl cocamique. Au de yécUrét- . raBwal ae sent plu^ les conlacUn! les îwpwtneioT da Boode extérieur : son tégumeDl est eiMBMe BW eardo^pe inerte qai établit iine tiarnin raHn lu et les objets qui l'entourenl : il ne voit fias, il n'enleod pins, ne goûte, n'odore plus; II est eoapé de toute» ses commuoicatioDs avec le dehors. El pourtant, à l'intérieur de celte enveloppe inerte, il peut parfaitement sentir, et même plus vivement qua l'ordinaire. Les troncs nerveux sensilifs présenleat une fav~perexcitabililé notable : leur pincement, les irritations de toute nature que l'on peiil porter sur eus, provoquent des douleurs intenses et des mouvements réflexes peut-être exaltés.

Tel est. au moins, le degré extrême, qui ne ?>e réalise pleinement que dans le cas d'intoxication profonde. L'animal n'arrive à cet étal qu'en traversant plus ou moins rapidement des stades intermédiaires où l'action peut s'arrêter. La succession de ces stades est réglée par les lois générales que nous avons plusieurs fois exposées. .Ainsi l'analgésie superficielle, qui s'étend à tout le tégument, pourra être peu ma^ quée chez le chien. \m peu plus accentuée chez, le lapin, davantage encorechez la grenouilleetle cobaye. Les diverses sensibilités cutanées pourront disparaître successivement, et l'animal sera capable de sentir nu contact sans l'être de sentir la douleur. Les

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