IV
les cliarmos iiaturols, les (jualitôs du jounr roi : «Ah! vous redoublez mes alarmes, » s'écriail-elle. Erilin cette incertitude (jui la tourmentait, plus en vue de son père que d'elle-même, tomba loul à i'ail. [.e duc d'Ântin, le marquis de Beauveau, vinrent solennellement réclamer la main de Marie; le duc d'Orléans l'épousa au nom de Louis XV; la cérémonie eut lieu à Strasbourg ; le mariage fut célébré de nouveau à Fontainebleau par le cardinal de Rohan; et ce n'était pas un songe, la fille de Stanislas l'exilé, Marie était bien reine de France.
On chercha longtemps le mot de cette union incroyable. On crut l'avoir trouvé en le rapportant à un conseil dt; la marquise de Prie au duc de Bourbon, premier ministre depuis la mort du régent. C'était elle, disait-on, qui lui avait inspiré d'appuyer le crédit dont il jouissait alors sur la reconnaissance d'une princesse qui lui devrait son mariage avec Louis XV; elle lui avait désigné Marie, et Marie était devenue reine de France.
Marie sentit que la main du Très-Haut seule l'avait conduite à cette haute fortune; elle comprit le rôle auquel l'Éternel l'appelait, et l'accepta sans restriction. Les grandeurs la trouvèrent telle que l'infortune l'avait laissée, bonne, douce, modeste et pieuse. Les pauvres seuls connurent à ses dons qu'elle était reine. Ses devoirs de chrétienne, d'épouse et de mère, se partagèrent tellement sa vie, qu'il n'en restait pas une heure au plaisir; et longtemps elle fut heureuse. Elle avait la tendresse du roi toute entière et le ciel bénissait leur union. Marie avait donné naissance à deux princes, à huit princesses; et peut-être, dans le secret de son cœur, s'effrayait-elle d'une prospérité si longue vis-à-vis de celui qui afflige ceux qu'il aime, quand Dieu, qui l'aimait toujours, voulut l'affliger de nouveau. Le roi changea pour elle. Jusqu'alors, il avait trompé l'espoir des courtisans assez corrompus pour essayer de le perdre afin d'assurer leur crédit sur ses égarements. Dieu permit qu'il cédât enfin à leurs sollicitations perverses; il se laissa entraîner à des excès indignes de son rang. Marie redoubla pour lui de tendresse; elle l'implora, l'adjura de revenir
moins à elle (|irà t;i Ncrlu, ([u';! la I'imiicc. (pi il Ir.tliissail |);ir une coiuliiilc si peu (lij:;ii(' dVIlo cl de lui. ('. Clail moins sa Icn- (liTSsc qui' son àiiic (juc iMarie sCllVayail de voir compromise. Vaincs Icnlalivcs! Louis n'ccoula rien. Alors Marie, encore une lois, ccuirha son iront résigne sous la main cpii rra|)pc. Elle se réfugia dans l'amour divin ; elle s'efïorça de vivre au milieu ^les désordres qui rcnlouraient, comme n'y vivani pas. Sa chaste prière s'éleva plus ardente du sein de cette cour où l'on ne priait pas, comme si elle eût voulu prier pour tous; elle ollrit sa douleur en expiation des plaisirs que Dieu n y sanctionnait pas; elle alla jusqu'à demander au ciel de nouvelles douleurs, pourvu qu'elles fussent comptées au jour du saint tribunal à l'époux (|ui l'oubliait. Et Dieu l'exauça encore une fois. Son père, rappelé de nouveau en Pologne, avait dû renoncer une fois encore aux prérogatives de roi. On lui avait seulemeut concédé les duchés de Bar et de Lorraine, qui devaient retourner à la couronne de France après sa mort ; et cette mort arriva comme un dernier brisement de cœur au moment où Marie venait de perdre le dauphin, père de Louis XVL Ces deux morts la frappaient à la fois dans le passé et dans l'avenir. Le cœur de son père avait été son refuge dans .ses douleurs; son fils en avait été la consolation vivante : quand tous deux vinrent à lui manquer, Marie sentit que c'en était fait' d'elle pour ce monde ; une maladie de langueur la conduisit en peu de mois au tombeau ; son médecin cherchait vainement à la rassurer sur elle-même. « Ah ! disait-elle, rendez-moi mon père et mon fils, et je vivrai ! » Elle mourut, et les rejoignit le 5 juin 1758 : elle alla changer une couronne périssable, dont elle n'avait senti que les épines, contre cette couronne promise à ceux qui pleurent, à ceux qui souffrent, à ceux simples de cœur et d'esprit. Les regrets et le titre de sainte s'attachèrent à sa mémoire. La cour s'arrêta dans ses plaisirs pour la pleurer. On se rappela alors sa douceur, sa dignité, sa tolérance, cet esprit si distingué, si fin, dont elle se défendait comme d'une tentation, et qui, loin d'être une arme, n'était jamais ({u'un baume sur ses lèvres.
C'était son mot au cardinal de Floury se plaignant que la multiplicité des afTaircs lui faisait perdre la tète. 'Miardez-vous-en bien, lui avait-elle dit; ce serait une mauvaise afïaire pour nous; où trouver la pareille?» C'était encore sa réponse à l'une des dames de sa cour ([u'elle s'était (empressée d'aller voir la sachant malade; pour arriver à cette dame, il lui avait fallu monter un escalier difficile, fort étroit, et connue la malade s'en excusait et l'en remerciait d'autant plus : «Eh quoi! lui avait répondu la reine, oubliez- vous que le chemin le plus difficile nous devient le plus doux quand il mène à ceux que nous aimons? » Enfin, comme il n'était pas une misère à laquelle Marie n'eut laissé le denier de l'aumône, il n'était pas une àme dans laquelle elle»n'eùt laissé tomber l'une de ces bonnes paroles, véritable aumône du cœur, qui encouragent à vivre et qu'on n'oublie jamais.
Aussi, quand, revenant sur les désordres qui signalèrent ces temps et préparèrent de loin la catastrophe qui devait fermer le dix-huitième siècle, on se demande pourquoi le châtiment frappa les innocents et non les coupables, Louis XVI et non Louis XV, on ne s'étonne plus en rencontrant sur le trône Marie, cet ange en prière dont les mains, levées au ciel comme celles de Moïse sur la montagne, détournaient les fléaux suspendus sur celte société folle et impie ; mais au jour où la mort fit tomber ces mains pures et les croisa dans le sépulcre, la main du Seigneur, elle aussi, s'abaissa sur la France, et le sang du fils paya pour les fautes de l'aïeul, et Louis XVI expia pour Louis XV.
.IuLiA Michel.
f. ,-.^ir a^^" -S.V
LE {\m\) umm.
FUS UMOl K DK LOIIS XV
Nommer le Daupliin fils de Louis XV et père (les rois Louis XYI , Lou is XVIII et Charles X , c'est rappeler l'idée de la vertu, des lumières et dr la piété.
Sa naissance (4 septembre 1729 ) répandit par toute la France une joie sans mélange, et qui fut partagée par les cours étrangères.
Doué des plus heureuses dispositions, le jeune prince mérita dès sa plus tendre enfance l'afifeclion de ceux qui l'entouraient. Il parcourait un jour la table chronologique des rois ses ancêtres. Son précepteur lui demanda auquel il aimait mieux ressembler : (^A saint Louis, répondit le Dauphin.» Ce vœu n'était
DKAa'D IiAUPHIN
LiLh ijei-t^uet