‹ Les anges de la terreChapitre 14 sur 19 · ISI · texte numérisé non relu

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,j,,o„nil bi.'M vitr. Dov.'iuu" 1.-. iruuur Ar .laciM.'S ri lailirrr (lu diàlraii, cil.' n.l clHir^.V <lc dislril....-.- 1." l.nl a lu..s l.'s pauvres petits orphelins dont ina.laïu.' I':iisal.."ll. rlail la n.r.v. T'est à celte oceasion (pie madame (1(> Travamicl c.mposa la chanson si populaire et s. louchante de Pmuix Jarques, quand

fétim prh de toi. \ , .

Jusqu'alors les vertus de madame Elisahelh n avaient ete que des vertus privées; sa vie s'était é(H)ulée dans la solitude, i/aimables(pur de Louis \Vl jouissait de cette douce ielicite que l'on éprouve au sein de l'amitié et de la nature. Mais ce fut à l'heure de l'adversité, au milieu des terribles calamités qui altligèrent sa famille, qu'elle se montra grande et forte, et queson caractère s'éleva encore pour lutter courageusement contre la fatalité des circonstances.

Déjà l'orage grondait sourdement, l'esprit de révolte, la division, les guerres intestines régnaient dans ce beau pays de France, qui présentait un aspect si riant peu d'aïuiées auparavant. " .

Lors de la naissance du premier dauphin, la ville de Pans avait donné un bal où le roi et la reine assistaient. Une Ibule innombrable de Français se pressait autour de Louis \VI en criant : Vive le roi !

(( Mais si vous voulez qu'il vive, dit en riant ce l)on prince, ne l'étouftez donc pas ! ... »

Et cette scène se passait un 21 janvier ' ! Maintenant la liberté du monarque est menacée, l'idole esl descendue de son piédestal, et chaque jour lui enlève quelquesuns de ses privilèges. Ce descendant de saint Louis devait passer successivement par toutes les misères delà destinée humaine.

Madame Elisabeth, qui avait vécu dans la retraite, loin des plaisirs delà cour, loin des fêtes, ne quitta plus sa ftunille dès (qu'elle la vit malheureuse. Son frère la supplia en vain d'abandonner la France, d'imiter ses tantes et le comte d'Artois.

• (> tnl le 21 janvier I7'.»3 (pie Louis XVl lui iMiinoi»' ;i la fureur du [U'upli--

«}\i\ \)\;u{' rsl ici, dil-cllr .incc ciirriiir; l<i iiioil sriilc me s(''parera de vous. »

l,(' lOaoùl \l\)'l, iiiir |Hi|>iila(r m délire a\ail, ('ii\alii le cliàleaii des Tuileries el demandai! la reine à i^'raiids cris; une leninie lii illanle de iiiàce el de niajesle s'avance au dcNiiid des l'urieuv... c Ce n'esl |)as la reine, mais madame IJisahedi, sV'i-ria M. de Sainl-Pardoux. ('cuycr de celle princesse.

— Taisez-vous, monsieur; (pie diles-vous là? répojid avec calme riiéroicpie sœur du roi; laissez-les dans Terreur, je vcnis en supplie, sauvez la reine! I:lpargnez-letn- un crime. Ali! plùl au ciel qu'ils se» l'ussenl liompés! »

Madame Klisahelh suivil au Temple i>ouis\\Iet Marie-Antoinelle ; "elle adoucit leur caplivilé par son dévouement el sa résignation. Les nobles captifs avaient (l(>scendu les marches du trône pour languir dans une prison, mais ils pouvaieid encore supporter leurs malheurs, ils étaient ensemble!... Souvent les prisonnières se réunissaient dans la chambre du roi, (pii continuait l'éducation de ses enfants. Tandis qu'il leur donnait des leçons de morale et de philosophie, les princesses s'occupaient de travaux à l'aiguille.

Un jour que madame Ehsabeth cassait son fil avec ses dents parce qu'on lui avait ôté ses ciseaux, le roi s'en aperçut et lui dit : « Que n'étes-vous encore dans votre maison de 3[ontreuil ! il ne vous manquait rien alors.

— Mon frère, répondit la bonne Elisabeth avec sa voix douce et persuasive, il ne me manque rien quand je suis auprès de vous, mais votre bonheur nous mancjue. »

Quelquefois le roi s'endormait après diner; sa famille, le contemplant avec vénération, s'agenouillait alors et priait Dieu

de protéger une. tête si chère Mais ces prières ne furent pas

exaucées. Bientôt le roi fut arraché des bras de sa femme et de

ses enfants. Longtemps ils ignorèrent son sort On relégua

le petit dauphin dans une autre partie du bâtiment. Puis Alarie- Antoinelle fut conduite aussi à la Conciergerie. Madame Klisabeth et Madame Kovale demandèrent inutilement à la suivre.

('.('Ile s('|tiiriili(»ti lui ('Icnirllr. l'Jlcs ne dcviiiciil plus la revoir ! . . .

Kcsh'c seule Jivee sa nièce après la iiiori de la l'eiiie, iiiadatiie Klisabetli ii'eiil plus |)()iir chambre (juiiiie cuisine d ('lai )!•('(' au troisième étage de la piison. Tii vieux lit de saiiiile à moitié rompu el (piehpies mauvaises chaises dépaillées en composaient tout rameubleinenl. Mais son courage ne l'abandonna pas dans ce misérable asile, parce cpi'elle le puisa dans la reliii;ion. Klle devint une seconde inere jiour sa nièce lors((ne h; tribunal révolutioiniaire lui eut enlev('' ses parents. Nous la voyons, oul)liant la moii (pi'on lui prépare, veiller sur une tête si chère, el. confianh' en Dieu, lui laisser le soin de sa destinée.

Le malin, appuyée sur sa misérable couche, et levant les veux vers le ciel, elle s'écriait avec résignation : «Qno m'arrivera-t-il aujourd'hui, o mon Dieu? je n'en sais rien ; tout ce que je sais, c'est qu'il ne m'arrivera rien que vous n'ayez prévu, réglé, voulu et ordonné de toute éternité. Cela me suffit. J'adore vos desseins éternels et impénétrables ; je m'y soumets de tout mon cœur pour l'amour de vous ; je veux tout, j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout, et j'unis ce sacrifice à celui de mon divin Sauveur. Je vous demande en son nom, et par ses mérites infinis, la patience dans mes peines, et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voulez ou permettez.»

Madame Élisabetb supportait toutes les bumiliations, disant comme Jésus-Christ sur la croix . « Pardonnez-leur , ô mon Dieu, car ils ne savent ce qu'ils font.» Sa patience et sa douceur ne désarmèrent pas ses juges : les méchants ne comprennent pas la grandeur d'âme.

Le 9 mai 1794. madame Elisabeth venait de se coucher, quand elle entendit Duvrir les verroux. Elle se hâte de passer su robe. L'air sinistre et le ton brusqiu^ de ceux qu'elle voit entrer lui annoncent quelque nouvel acte de tyrannie :

Citoyenne, descends tout de suite, on a besoin de toi.

— Ma nièce reste-t-elle ici ?

C'est la première pensée qui la frap[)e, et non le sort (pii l'attend.

— (rhi nr te rciiiinlc ims : lui s'rii (uoipvvtt.

Madame Klisaltclli |>rrsst' sa iiialluMircwsc iiircc ('(nilrc son nrur, (*t pour calmer sou cllVoi, clic dil : .S'oz/rr IraïKiiiillr : je rais reniuiitcr

— Non, In ni' rcnumlti-ds jxis, r(''|»oii(i avec un rire cruel uu des assislaiils ; |u-(M1(1s lou hounel de nuit, l'.llc ohcil, relevé la jeune prinoossc, (|ui tombe dans sosl)ras, lui dil d'espérer loujours en Dieu, d èlre soumise à sa volonté, el la quille pour ne plus la revoir.

PendanI (ju'on rédiije le procès-verbal de décharge du geôlier, on l'accable d'injures, d'insultantes ironies. Klle monte en liacre avec l'huissier du tribunal révolutionnaire, el, conduite à la Conciergerie, elle est le lendemain jugée et condamnée '.

Ouelques heures après, et au milieu d'une foule égoïste et cruelle, avide de spectacles et d'émotions, madame Elisabeth paraît, assise dans une ignoble charreUe et entourée de vingtquatre victimes , parmi lesquelles on compte Léoménie de Brienne, ex-ministre de la guerre; la veuve de M. de Montmorin, Mégrel de Sérilly et son épouse. Sa marche funéraire ressemble à une marche Uiomphale; jamais elle n'avait été plus belle ; sa figure est empreinte d'une légère pâleur qui n'accuse ni faiblesse ni désespoir ; quelques boucles de cheveux d'un noir de jais s'échappent de son bonnet, et rehaussent l'éclat de son beau front; ses grands yeux à demi voilés par de longs cils s'élèvent quelquefois au ciel, où elle semble chercher sa place. Auprès d'elle, une dame âgée écoute en silence les douces et éloquentes paroles qui s'échappent de la bouche de cette vierge sainte. Dans cet instant solennel elle trouve des mots qui consolent et persuadent. L'espérance d'une vie future la soutient,

car elle croit à limmortalité de Tàme Madame Elisabeth

contemple avec calme cette raasse compacte qui l'environne ; et son regard s'arrête sur des bouquets de fleurs que beaucoup de personnes portent à la main. In parfum de roses embaume

' Éloge liistorique. par M. Antoine Ferrand.

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