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r.iir iuilour d'elle, un piH'Inm de jnireh' seiidde éiiinner de ses lèvres... Des roses au milieu de ce lugubre drame, h colé de la morl ! étrange contraste, amère dérision! I.à voiture est arrivée l'instrument est prêt Tous ces martyrs demandent
à l'auguste princesse la permission de l'embrasser avant de mourir. File voit rouler vingt-qualre tètes à ses pieds, le sang jaillit jusque sur elle... puis rexéculeur des hautes œuvres la saisit, il écarte son fichu par un mouvement brusque.
« Monsieur , s'écrie-t-elle avec une expression d'indicible pudeur, au nom de votre mère, couvrez-moi. » T/exécuteur éprouve un sentiment de respect involontaire : tant est fort l'ascendant de la vertu. Une minute après, le monde comptait une victime de moins et une sainte de plus. Elle n'avait que tr€nte ans.
M" Émilik Marckl.
LE DUC l)K LA ROCIIEFOI'MyLT-LUNfiOllRT.
Sur la lin (l'une magnifique soirée du mois d'août 1821, deux hommes parcouraient lentement les allées sinueuses ^^ d'un vaste et riant parc, dessiné dans quelquesunes de ses parties d'après .1 l'ancienne méthode française , et embelli dans quelques autres par des créations plus récentes dans le genre anglais. Ces deux hommes étaient évidemment de conditions fe= bien différentes, et cepen- ^^ (tant une douce intimité semblait les avoir rapprochés et les montrait unis. Celui des deux qui attirait d'abord les regards était un vieillard de haute taille, à la figure douce et bienveillante, à l'attitude pleine à la fois de
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ÎIÎCON&IAIÎSAN.^-
DELA ROCHF.FOUCAUI.D LIANCOURT .
Litîi.Becquet .
noblesse et de huiihomie. Sans son grand air d cùl rappelé Franklin, dont la Franee gardait encore le souvenir; sans son expression de bonté, il eût donné l'idée du vertueux mais austère Montausier. Son costume était modeste; aucune marque distinctive ne parait sa boutonnière ; rien sur lui n'indicpjait un rang élevé, et cependant il suffisait de le voir pour deviner, dans sa simplicité même, la double illustration de la naissance et de la vertu. Son compagnon, plus jeune que lui de quelques années, avait une de ces physionomies rudes et franches qui peignent la probité et laissent entrevoir le besoin du dévouement. Ses vêtements, qui étaient ceux des artisans les jours de repos, annonçaient un homme du peuple momentanément enlevé à ses habitudes quotidiennes. Tous deux causaient en marchant, avec une familiarité qui d'un côté était digne, et qui de l'autre paraissait respectueuse. On* découvrait donc qu'url lien quelconque les unissait, et en appréciant l'inégalité de leurs conditions, on devinaitque celien devait être la reconnaissance.
Le site qui les entourait était ravissant ! Une -végétation admirable, des eaux limpides, des bois remplis de silence, des fabriques bruyantes d'activité, des prairies animées par des troupeaux de génisses des plus belles espèces, des ouvriers laborieux ou des passants affairés, du calme et du mouvement ; pour luxe de mystérieux ombrages, pour utilité des champs fertiles, tout était réuni pour attirer les regards et remuer profondément les cœurs. Le noble vieillard semblait faire les honneurs de ce beau séjour à. son rustique compagnon, et tous les deux, toujours marchant et causant, arrivèrent bientôt au pied du perron d'un château, et se placèrent devant une table sur laquelle un domestique en riche livrée venait de mettre deux couverts.
Ce parc, ce château, c'est Liancourt; ce noble et simple vieillard, c'est François-Frédéric-Alexandre duc de la Rochefoucault; ce bon artisan, c'est le pêcheur Vadentun.
Il n'entre pas plus dans nos idées personnelles que dans le plan de cet ouvrage de faire l'histoire de la vie politique du duc
(le la Uochcroiicaiill ; loiilrlois, |i()iir ('\|ili(iii<'r rc (|ui itrrrcdc, iKuis soniiiics ohliiiis (l'ciili'cr dans (|ii('l(Hi('S (Idails ctraiii^crs à noire siijcl; mais nous le Icroiis aussi hrièveiiuMil (|U(' possihlr, cl nous nous liAlcrons d'arrivor au récit dcMM'Ilc; cxisIcTU'c loulr consacrée à I iunelioialion morale et au l)i(Mi-èlre matériel de riiunianilc.
Iji 1792, lors lie la lerrihle cl lunesle journée du Hhioùt, le duc de. la Rochcl'oucault connuandail, pour le roi Louis XVI, la provinee de Normandie. A|)rès avoir longtemps maintenu la lidélilé douteuse des lrou[>es de ligne, et paralysé les mauvaises dispositions de la garde nationale de Kouen, il dut céder à l'empire des circonstances eu abandonnant un poste qui n'était plus tenable, et qui avait d'ailleurs cessé d'être utile par suite de l'emprisoimement du roi. La conduite du duc de la Rochefoucault avait été si ferme , son autorité s'était si bien lait sentir tant qu'il lui était resté une ombre de possibilité delà faire respecter, que lorsqu'il fut forcé de l'abdiquer, il passa presque sans transition de la position élevée de gouverneur de province et de général d'armée, à l'humble et périlleuse condition de proscrit. Il dut dès lors chercher à sauver sa vie, et comme ses adversaires n'étaient plus que des bourreaux, il ne crut pas qu'il y eût du déshonneur à lui à chercher son salut dans la fuite.
Il gagna à travers mille périls les bords de l'Océan, dans l'espérance de pouvoir passer en Angleterre. Errant, poursuivi, obligé de changer chaque jour de gite et de déguisement, il allait tomber entre les mains des assassins qui avaient découvert ses traces, lorsque le zèle d'un ami lui fil trouver une barque sur laquelle il put quitter le rivage inhospitalier de cette France qu'il aimait toujours et qui proscrivait l'homme qui devait lui être si utile plus tard. Cette barque appartenait à un brave pêcheur nommé Vadentun, et à cette époque où tous les rangs de la société comptaient des traîtres, Vadentun sachant qu'il sauvait un proscrit, et qu'ainsi il se dévouait lui-même à la mort, accomplit sa noble tâche avec un zèle dont l'heureux résultat fut sa première et sa plus douce récompense.
■ Nous ne suivrons pas 1(3 duc de lu Uoclicloucaull dans son oxil, dont le tenipss'écoula en Angleterre! d'aljord, et ensuite aux l'jats-Unis; mais nous le retrouverons en France, où le premier besoin de son cœur fut de rechercher l'homme qui l'avait soustrait au glaive inexorable des lois révolutionnaires. 11 découvrit Vadentun, lui donna des marques de sa munificence, et. avec cette délicatesse des âmes élevées, il comprit qu'il resterait encore ingrat erivers son sauveur s'il n'ajoutait pas le don de son amitié à l'offre de ses bienfaits.
Voilà donc Vadentun, le pauvre pécheur, devenu l'ami du noble exilé rentré dans sa patrie. Chaque année, à l'anniversaire du jour où il avait sauvé le duc, il venait à Liancourl, et M. de la Rochefoucault lui faisait, comme à un hôte aimé, les honneurs de cette élégante demeure. Un monument élevé dans le parc était destiné à perpétuer le souvenir du dévouement de l'un et de la reconnaissance de l'autre, lorsque tous deux auraient cessé d'exister; et voilà comment nous avons été amenés à montrer à nos lecteurs, pour première page de cette utile et noble vie, une circonstance qui suffirait à elle seule pour, faire chérir cette mémoire si féconde en généreux exemples.
■ Pendant son séjour en Angleterre M. de la Rochefoucault s'établit à Bury Saint-Edmonds? dans le comté de Suffolk, et i\ y retrouva Arthur Young, qu'il avait autrefois connu et accueilli en France. Ce fut une bonne fortune pour lui, qui voulait mettre à profit les jours de son exil, que de pouvoir puiser dans les entretiens du célèbre agriculteur des connaissances dont il pourrait plus tard enrichir sa patrie. Tandis qu'il vivait à Bury dans une situation plus que médiocre, une vieille demoiselle du pays qui l'avait pris en amitié lui laissa sa fortune par testament. M. de la Rochefoucault n'avait rien emporté de France, il ne savait pas s'il y rentrerait jamais ; cette vieille demoiselle n'avait que des parents éloignés et dans l'aisance ; néanmoins l'exilé rechercha les héritiers auxquels on l'avait préféré, et il leur restitua tout ce qu'on lui avait légué, à l'exception d'un seul schelling qu'il conserva en souvenir de la testatrice.
Puis il parlil pour 1 VMitMi(|U(', oii il tlcnicura jusqu iiu uu»- Miciil où les lois conlir les i m ni^ri's cessèrent d'ùlrc appliiiuées avec aulaiil de sévérité. La. connue en Angleterre, il étudia avec soin les mœurs du pays, les divers systèmes d'adtniinslralion, les découvertes et les perieclionnenients de l'industrie, et surtout les améliorations dans le régime des prisons. Ces diiVérentes observations lurent consignées dans des écrits (pi il publia en 170i), aussitôt son retour en France.
Ce fut d'abord à Paris (pi'il s'établit et qu'il lut encore obligé de se caclier pendant quekiue temps. Mais il n'attendit pas son entière liberté pour répandre sut sa patrie les lumières qu'il avail recueillies dans ses voyages. Du fond de sa retraite, sous le coup d'une condanniation (|ui pouvait toujours le frapper, il révéla les mystérieux bienfaits de la vaccine, cette grande découverte du dix-builième siècle que le philosophisme attribuait au hasard pour se dispenser d'en remercier la Providence. M. de la Rocliefoucault, dont les biens étaient vendus ou encore confisqués, contracta un emprunt dont il consacra le produit aux expériences qui devaient convaincre le peuple de la possibilité de se préserver désormais d'un fléau qui faisait tant de victimes. On sait combien de préjugés furent vaincus et quels résultats immenses sont dus à cette première tentative ; mais se souvienton encore de l'homme de bien auquel on la doit? Voilà ce que nous cherchons à croire, sans y parvenir assez pour nous dispenser de le rappeler.
Avant son départ pour l'émigration et pendant qu'il remplissait à la cour sa charge de grand maître de la garde-robe, le duc de laRochefoucault avait employé ses heures de loisirs à des études , à des recherches qui révélaient la direction future de sa vie. Les hôpitaux, les prisons, les dépôts de mendicité, l'avaient vu tour à tour s'occuper de leurs intérêts avec une-sollicitude et une intelligence qui devaient plus tard produire d'immenses résultats. A ces trésors des méditations de sa jeunesse étaient venus se joindre les fruits de l'expérience de ses voyages , et libre enlin de l'emploi de son temps, il pul commencer cette longue
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sci'ir (l';i('li()iis ii<»l)l('s cl iililcs (jui lui Viiliircnl rcltc iniiiôrissablc popularité qui environne la mémoire des hommes de bien. U(;mis en possession de sa terre daLiancourt, qui n'avait pas été vendue, il y fit l'essai d'une foule d'établissements qui furent ensuite imités dans tout le royaume. L'agriculture, l'industrie, l'administration, recueillirentle bienfait des liimièresde cette intellii!;enee toujr)nrs inspirée par l'amour de l'humanité. De 1799 jusfiu en 1S27, il ne se fit pas en France une seule fondation utile que le duc de la Rochefoucault n'en fut l'auteur, le protecteur et quelquefois le soutien. Nous avons parlé de la vaccine, qui arracha des millions d'individus à la mort; parlons maintenant des caisses d'épargne, qui sauvent les trois quarts de la France de la misère et qui moralisent le peuple en lui enseignant l'économie : c'est encore au duc de la Rochefoucault qu'on en doit l'établissement, et c'est à Liancourt que l'épreuve en fut faite. Avant lui, les prisons renfermaient pêle-mêle les détenus de tous les âges; le duc de la Rochefoucault fit un mémoire pour démontrer la nécessité de séparer les jeunes criminels des autres, afin de les ramener plus façdement à la vertu, et son projet fut exécuté. On lui doit aussi la création des dispensaires où les malades indigents reçoivent gratuitement tous les secours qu'exige leur état, et l'adoption de la méthode de Lancastre, qui met l'instruction élémentaire à la portée de toutes les fortunes, et de toutes les intelligences. Ce fut aussi à Liancourt qu'on fit l'essai de l'enseignement musical d'après le système de Choron, sous la direction de Choron lui-même, et partout et toujours le noble fondateur vivifiait par sa présence et soutenait par ses conseils ce que son esprit avait conçu et ce quesa.charité avait exécuté. Il ne se bornait pas à jeter la semence d'une institution, mais il voulait encore en suivre le développement et en apprécier les résultats. Aussi infatigable dans son activité qu'ingénieux dans ses inspirations pour le bien, il avait l'instinct de l'utilité et la patience de l'exécution. Il faudrait écrire des volumes pour faire connaître toutes les infortunes privées qu'il a secourues, toutes les larmes qu'il a essuyées, toutes les entreprises qu'il a encouragées. Descendant quelquefois des hautes
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splièn's (le riiiimiinitf, il ;ill.-iil MUilciiir le jt.iiiMC arlislc découragé, ou (loimail au lillcralcui' uuiuuui cucorc les moyens dv sortir de l'obscurile. Kl toujours siuiplc, aiiuanl le l)ien pour l'unique plaisir de le l'aire, il arriva plus d'une l'ois (pu* ceux (pu recurcnl srshienl'ails ne virent pas la main (jui les avait répandus sur eux.
A tant de vertus publiques, le duc de la Rochefoucault joignait toutes les qualités privées (jui font l'agrément de la société et \o bonheur d('la lamille. Un esprit eliarmant, une gnice parfaite, une politesse naturelle, une douceur inaltérable, le faisaient adorer et respecter de tous ceux qui l'approchaient. Jamais chef de maison ne comprit mieux tous ses devoirs et ne les remplit avec plus d'exactitude. Toutes les vertus lui étaient faciles, parce ([u'i1 en avait la longue habitude; tous les dévouements lui semblaient des obligations, parce ([ue la charité n'avait pas laissé dans son cœur de place à l'égoïsme. Quand il était généreux il croyait n'être que juste, et quand il rendait un service il se regardait comme obligea la reconnaissance ; enfin il avait, comme dit .Montaigne, une de ces âmes (jui se collent à tous les malheurs pour en prendre leur part, et ime de ces vertus singulières qui n'ont pas de côté infirme.
C'est en 1827 que le duc de la Rochefoucault termina la longue et honorable carrière dont nous venons de donner une si imparfaite analyse. Sa fm fut douce, calme et honnête comme sa vie, et ceux qui assistèrent à ses derniers moments durent puiser beaucoup de consolation et d'espérance dans le souvenir de toutes les belles actions qui lui avaient frayé les voies du ciel.
Maroi'is dk Poudras. .
~f- ■• .i>N L/ A\;yt^^:. i
Litji-Lecquet.,
LA TOm D'AllVEIl(ii\E.
La Tour d'Auvergne (Théophile Malo Corret de}, né à Carhaix, en basse Bretagne, le 23 octobre 1743, descendait d'une branche non légitimée de la maison de Bouillon.
Jl porta le même nom que Turenne, et lui ressemblait à beaucoup d'égards ; même physionomie , même prudence, même bravoure; mais Turenne fut battu, changea de parti, la Tour d'Auvergne,
toujours vainqueur, demeura fidèle à la patrie, vécut et mourut
sous les banières nationales.
Voué, dès sa jeunesse, à IV-tal militaire, il était sous-lieute-
imul (liiMs les inousquclaircs, lorscju'il jKissii ;m service (l'I'spaliiie. Devenu iiide de nxmy du duc de (Tillon, qui ((tniiuaiidiiil l'nrniée Ci»llioli(iue, il se trouva au sié^^c de .Malion, oii il lit des prodiges de valeur.
hejà il moiilrail ce counige, ce sanj^'-IVoid doiil il donna depuis lanl de preuves éclatantes. On le reinanjuail toujours aupremier ranp; dans les assauts, <'t le dernier dans les retraites.
On le vil, un jour, dans une etlroyable mêlée, relever un blessé, le charger sur ses épaules, le porter loin du champ de hataille, le panser, le placer hors de ralteinle du feu eiuiemi. revenir prendre son poste, combattre et décider la victoire.
Pour récompenser ses services, une somme assez considérable lui fut envoyée [)ar le roi d'Espagne, avec la décoration del'un de ses ordres. 11 refusa l'argent, en observant qu'un soldat qui fait son devoir doit se contenter de sa paye. Quant à la décoration, il la garda, en témoignage de son respect pour celui qui l'en honorait.
il était, comme Bayard, modeste et vaillant; et il avait, de plus que le héros qui arma François V chevalier, le savoir et la science.
Fait capitaine en 1779, au régiment d'Angoumois, il alla en 1782 servir en Amérique, en qualité de volontaire, à côté des la Fayette, Ségur, Alexandre de Lamette, et autres Français.
A l'âge d'environ cinquante ans, il s'était retiré en Bretagne, avec une modique pension qui suffisait à ses besoins. Méditateur. penseur profond, sans ambition, garçon, et vivant seul, il faisait ses délices de l'étude, lorsque la première révolution française éclata. 11 en adopta les principes et en détesta les horreurs.
En 1793, il était employé à l'armée des Pyrénées Occidentales, lorsque l'auteur de cet article, qui l'a connu, y servait lui-même '. La Tour d'Auvergne, placé à l'avant-garde, en deçà
' Dans les chasseurs cantabres, compagnie Moncey. L'illustre Moncey est mort depuis maréchal de France et gouverneur des Invalides. l/autei:r a quitté le service à la lin de nui. avec le grade de capitaine quartier-maître au 12'' de hussards.
(VAnihiilt', vers la Uidnssoa, ('(tminiuidail un corits dr liuil cents i;n'ria(liers ' (|ii()n a|tp('lail à jusl(! lilrc la colonne infernale.
Il l'allail le voir, dès le grand malin, visilanl seul les poslos cl ses grenadiers, dans les caixines (ju'ils s'élaieut coiislruiles avec de la terre, d/3 la paille et quelque peu de bois; une clièvre au poil fauve l'accompagnait. Elle était devenue sa favorite, et en quelque sorte sa nourrice. Hardie, intrépide comme son maître, elle le suivait souvent au milieu du feu, à travers les balh^s et les obus. L'intérieur de la tente du capitaine la Tour d'Auvergne offrait un mélange à la fois singulier et curieux. Là se voyait Brimelle ', broutant l'herbe, attachée à un piquet. Ici une grande jV/f/e, un pain de munition ; car son ordinaire se composait de l'ordinaire du soldat; puis, sur une petite table basse, quelques livres, une carte géographique déployée, du papier, des plumes et une écritoire de bois avec une grosse pipe d'écume de mer; une couverture de laine étendue sur quelques bottes de paihe, qui formaient son lit ; à côté, un bidon de fer-blanc plein d'eau, son unique boisson. Au pilier de la tente, un manteau bleu suspendu, deux pistolets, deuxsabres, une lunette d'approche ; et dans un angle, inaperçu par les profanes et couvert d'un morceau de serge verte, un crucifix fixé aux parois du logement nomade, attestait sa piété. Voilà le ménage, le palais de celui qui avait refusé les faveurs du pouvoir et les jouissances du luxe.
La Tour d'Auvergne était chargé de faire toutes les reconnaissances militaires. Sentinelle avancée, il semblait être l'œil de l'armée, en même temps qu'il en était l'exemple et la gloire. Quand il partait pour une de ses promenades, il prenait avec lui cent à cent cinquante de ses intrépides grenadiers. On le voyait marcher avec ardeur en disant à sa troupe d'une voix mâle et inspirée : c Camarades t il fera chaud aujourd'hui ; mais aussi, à nous la victoire ! «
Souvent, dans ses excursions matinales, il approchait de très-
' Et non do huit mille, commo l'on! ('frit qnelciucs biographes. - C Via il sa rlièvro.
— I!KÎ —
pW'S les poslos ospap^nols, (i Iciirculcv.i île l.i sorte le cunp qu'iln avaionl (U^ VawU'v colc dr la rivière.
Dans toutes ses atlaipies, il se mollirait eiief prudent el avare (lu sang dos sions. Il ne Méfj;]i gelait au( im des uioyons qui assurent le succès sans coinproinellre le soldat.
Après avoir établi une halle derrière un rocher, près d'une grotte ou d'un niassild'arbres, el disposé ses senlinelles perdues, il se postait de manière à veiller ï^ur tous; alors posant son épée près de lui, il appelait linmeltc, (pii a<courail; puis, il promenait une main caressante sur le dos de la bonne béte, il lirait de sa poche une lasse de cuir bouilli et se mettait en devoir di^ traire le ])aisible animal, el buvait ([uelques gorgées de son lait.
C'est de la Tour d'Auvergne (lue notre infanterie apprit à se servir avec succès de la baïonnette. A tout instant il exposait sa vie, que la mitraille et le plomb meurtrier respectaient toujours. Son chapeau, son manteau, ses habits, furent souvent criblés de balles, ce qui faisait dire à ses soldats qu il axait le (Ion (le les charmer.
(Commandé avec sa colonne pour le passage de la Bidassoa, dans une affaire générale, il fit preuve d'un courage, d'un calme extraordinaire, surtout à la prise des batteries dites de Louis XIV, el à l'assaut donné à la ville de Saint-Sébastien, où il monta le premier, en s'écriant : « A moi ! grenadiers ! baïonnettes en avant ! ... «
Un délégué de la Convention près l'armée, ayant tous les pouvoirs de l'autorité suprême, lui offrit un jour sa protection (f.le l'accepte, répondit la Tour d'Auvergne. — Voulez-vous être général? — Non. — Prenez au moins le commandement d'une demi-brigade ; je vais vous le faire donner. — Merci ; je désire rester avec mes grenadiers ; mais puisque vous voulez bien prendre quelque intérêt à ce qui me concerne, veuillez leur faire donner des soi^liers, dont ils manquent absolument; j'en prendrai volontiers aussi une paire pour moi, j'en ai besoin ; mais si vous aviez des bottes, cela serait encore mieux.»
Le représenlanl du |H'L.pl.' '. (Honno, prrsqucMonliis d'avoir à n'accorder qu'une demande aussi nnninu>, se k\la d'y sous-
crire
Il serait Iroo long de rappeh^r tous les traits de courage, d'héroïsme, de désintéressement qui ont signalé ce guerrier sans |)eur et sans reproches.
\ latlViire à'Andaye, il s'avança seul vers une église isolée, dans la campagne, depuis longtemps abandonnée des fidèles, et où un grand nombre d'ennemis s'étaient réfugiés. Tl .les somma de se rendre; sur leur refus, lui-même brisa les portes à coups de hache. Épouvantés, en le reconnaissant, les ennemis
mirent bas les armes.
Quoiqu'il ne fût que simple capitaine, l'esUme qu on lui portait, le cas que l'on faisait de ses talents militaires et de son expérience, le faisaient appeler à tous les conseils. Les généraux Léonard Muller, Moncey, FrégeviUe, Castelvert, Alex. Dumas?. del'Espinasse, Jumel, tous les autres chefs, officiers et soldats de l'armée, avaient pour lui fe plus haute estime et la plus tendre affection.
Après la paix, ayant voulu se retirer dans ses foyers, il s'embarqua pour la Bretagne; mais les Anglais, qui couvraient l'Océan de leurs corsaires et allaient souvent s'emparer de nos bâtiments marchands jusque dans nos ports, prirent le vaisseau qu'il montait, et le conduisirent en Angleterre, oii il souffrit beaucoup dans sa captivité et ne fut échangé que quinze
mois après.
La Tour d'Auvergne, à sa sortie des pontons delà Grande-Kretagne, vintà Paris, dans l'espoir d'y jouir d'un repos acquis par tant de fatigues, en cultivant les lettres, qu'il aimait autant que la gloire. Il alla se fixer à Passy, dans un très-petit logement. Religieux et savant, il avait déjà publié ses Origines gmhnse^, lorsqu'il entreprit un glossaire en quarante-sept langues, et un (1 ictionnaire francrm-ceUigue .
I C'était (iaicau, de Sainic-Foy.
•^ Père (le notre litK'raleur aclucl.
Il liMv.iilliiil a\('c ij;(>nl cl coiisliiiicc im milieu de ses livres, supporliuil l.i |);iiivrele ;ivec conra^r,'. Dans les eamits. il avail élô S()l)re comme un Sparliale; à Passy, il vivail de privalioiis; car il parlaiitviil ce (lu'il appelait son superflu avec d'anciens camarades moins heureux (|ue lui.
Il avail refuse'' les dons du prince de Houilion, comme il avait rerusé ceux du roi d'Kspa^nc. A son rclour d'Afiglclerre. d'où il arriva dénué de (oui, il alla voir le ministre, qui voulait lui (aire compter 1,200 francs. Il prit seulement 120 francs en disant que s'il avait de nouveaux bemins, il reviendrail.
La paix avait été de courte durée; la guerre écla(a de nouveau, et vint dans la retraite de la Tour d'Auvergne lui apjirendre qu(> l'uniciue (Mifant de son ami le Brigand, vieillard octogénaire, venait de lui être enlevé par la conscription, quoique ce jeune homme fût sa seule consohdion, et par son travail son unique ressource.
La Tour d'Auvergne, le cœur palpitant d'émotion et de souvenirs glorieux, court au Direet'oire ' pour demander la faveur de remplacer, sous les drapeaux, le fils de son ami, qu'il supplie de rendre à son père. L'âge et les fatigues avaient hlancbi la tète du héros; mais le voyant plein du feu de sa première jeunesse, il fut accepté et dirigé sur le quartier général de l'armée d'Helvétie (1799), que commandait alors Masséna. Il s'v rendit par journées d'étapes, avec une feuille de route, le sac au dos, un bâton blanc à la main. Dans cet équipage, il était impossible de contempler ce noble vieillard, armé et vêtu comme le dernier* des fantassins, cheminant pédestrement vers un poste d'honneur, animé par le seul héroïsme de la vertu. Sans éprouver un profond attendrissement.
Pendant son séjour à l'armée, il fut nommé, après le 18 brumaire, membre du Corps Législatif; il en reçut la nouvelle officielle en même temps que l'invitation d'aller giéger avec nos
' Alors le pouvoir exécutif se composait de cinq membres nomtrtés par la C.onvenliim nationale, ('."est ce pouvoir souverain, appelé Directoire, siégeant au Petit-I.uxemliour^. (pii gouvernail la France. La Uéveillère-Lepaux en était le président.
irprésL-nlanls. Mais il rclusa aancplcr rr ii.)UV(>au poslc. .'ii (lisanl qui/ savait défmà'e lea lois, mais non les faire. •
Passé, en IHOO, à l'ariurc du lUiiii, l(^ général Boniiparlo. qui était devenu premier consul, lui olVrit en vain un grade supérieur. 11 vécut à l'armée du l\hin comme il avait vécu à l'armée des Pyréijées Occidentales , en camarade affectueux et serviable. Les soldatsd'appelaient leur père, il les nommait ses enfants, et les traitait comme tels. Sur les champs de bataille, c'était en effet un père qui les conseillait, veillait sur eux. les défendait; et sa bourse leur était toujours ouverte, aussi bien
que son cœur.
Le premier consul, voulant honorer une si belle vie, prit un arrêté qui le nomma premier grenadier de France, et lui fit remettre solennellement un sabre d'honneur pour récompenser
sa bravoure ' . . , , . ,
La Tour d'Auvergne, en acceptant ces dons, que l'austerite et la simplicité de ses mœurs repoussaient, refusa la . pension affectée à ces faveurs si légitimement.acquises.
Le héros prit son rang dans la quarante-sixième demi-brigade, dont il partagea dès lors les fatigues et les lauriers. Sa gloire ne rayonna pas longtemps dans ce corps si distingué par
sa bravoure.
Le 27 juin 1800, à la bataille de Neubourg, combattant au premier rang, animant tout par son exemple et son courage, un hulan. autrichien le perça au cœur avec sa lance. Il tomba dans les bras des soldats, en prononçant ces derniers mots : (( Grenadiers ! vengez-moi ! ... »
Les grenadiers un moment surpris par la douleur, se réveil-
i Ce fut sur le rapport de Carnot, alors ministre de la guerre, que cet arrêté fui pris Le ministre v retrace les belles actions de la Tour d'Auvergne. « C'est lui, dit-il „ au premier consul, qui compte le plus d'actions d'éclat : car tous les braves l'ont ,, nommé le plus brave: modeste autant qu'intrépide, il ne s'est montré qu'avide de ., gloire et a refusé tous les grades. .. Aux Pyrénées Occidentales, le général rassembla toutes les compagnies de grenadiers, et pendant toute la campagne ne leur nomma point de chef. Le plus ancien capitaine les commandait c'était la Tour d'Auvergne; et bientôt ce corps fut nommi' par l'ennemi /« colonne infernale.
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lèiviil l'oiniiK' cil siirsaul, scmMabk's à iiiic lioiim' à (|iii on vioiil (rcnlcvtT si's pclils, cl iirciil un carn.i^c allVciix dv Iciiiicmi, dont Icscorpsmoils, cillasses aulour ilu prciiiicr^rcnadicr (.le France, loniicrcnl à celui-ci une liécalonibe sanglante '. • La inorl de la Tour d Auvergne causa un deuil général.
Ses obsèques lurent dignes de sa réputation. Des branches de chêne et de laurier niarcpicrcnt la j»lacc.où ses restes inorlcls étaient déposes. Tous les grenadiers de larinée vinrent lui rendre les honneurs militaires et un dernier hommage. Leur attitude silencieuse et trislc, leur visible émotion, les larmes qui roulaient dans les yeux et sur les joues bronzées de ces mâles visages, attestaient la perle (jue l'armée avait faite.
L'un des grenadiers, en le déposant dans sa demeure éternelle, prononça ces simples paroles, interrompues plusieurs fois par les sanglots de ses camarades :
« Pendant sa vie, il n'a jamais tourné -le dos aux assaillans; plaçons-le comme il a vécu, le visage en face de l'ennemi. »
Ce qui fut exécuté aux cris de : « Gloire à d'Auvergne 1 » Sa fosse retentit ensuite des détonations des armes à feu de tousles soldats, (jui défdèrent devant lui en le saluant pour la dernière fois.
On lui éleva un modeste tombeau, sur lequel on lisait : « A la mémoire de la Tour d'Auvergne, premier grenadier de France, tué le 27 juin 1800.»
Le général DessoUe, commandant en chef l'armée, .fit mettre à l'ordre du jour que l'on coijserverait son nom sur les contrôles, exemple unique dans les annales militaires et qui vaut à lui seul tous les éloges; et, chaque fois qu'on faisait l'appel, à ce nom glorieux de la Tour d Auvergne, le plusancien de la compagnie, répondait : « Mort au champ dlionneur! »
Son cœur embaumé était porté dans une boîte d'argent, par le premier sergent, comme une relique, à la tète de la compagnie.
' Les anciens sacrifiaient en hécatombe aux dieux cent bœufs et plusieurs animaux de différentes espèces.
l'aiiiii les pcrsoiiii.iiics du dix-liuilirnif sircic. ijui ont ^xircouru avec le plus d ('(Hal la carrière des armes et se sont fait remarquer dans la vie civile, il n'en est point quLofTrent, comme la Tout d'Auverp;ne, un assemblable plus |)arfail de loulcs les vertus.
11 élail aussi simple dans ses goûls que dans ses mœurs. Son désintéressement allait jusqu'à l'abnégation. Douéil'une sensibilité égalera sa bravoure, on le trouvait toujours prêta compatir aux peines d'aufrui et à le^ soulager. Son àme était fière ; pourtant, son caractère doux et humain tempérait ce qui'paraissait en lui, au premier abord, delà rudesse ou de l'austérité. *I1 ne'voulut ni honneurs, ni grades, ni richesses. Il sut toute sa vie rester pauvre et indépendant, et refusa le don d'une terre que sa famille lui offrait; savant et modeste, il vécut" en. héros et mourut simple soldat. Il était brun, d'une stature ordinaire, mais vigoureuse; il avait les traits fortement maTqués; son œil vif et doux exprimait tour à tour la bonté, le courage et le génie. Il savait vingt-sept langues, et ne faisait point parade de son savoir.
La ville de Carhaix fut son berceau. Et ses concitoyens lui ont élevé une statue.
A. E. DE Saintes.
M. DE JIONTVON,
\a\ charité, toujours la charité, c'est la vertu que nous retrouvons partout, sous tous les traits, dans tous les âges , lorsque nous allons à la recherche de ces êtres élus qui furent les protecteurs et les amis du genre humain.
La charité ardente, inces- '^ santé, dévouée, tel est le plus beau caractère dont 5^^ brillent au fond les anges ^^ de ce monde, telle fut S^ par excellence la vocation sainte de M. de Mont von.
Son amour pour la justice et la protection due à tous lès hommes devant la loi, se manifesta dès son entrée dans la ma-
DE MOKTYOX.
^isLraluiT. Il n'avait (juc vin^l-d(;u\ ans loisquL', lmi 1750, il lui nommé avoral du roi au C)iàl(;lt!t, après les é.ludcs los plus brillantes, .les plus solides, et montra dans l'exercice! de ses* (onctions une telle probité, tant de désintéressement, tant d'inllexible attacbement à ses principes, (ju'on le sufnonnna b; (jrenadier de la robe. Expression beuLeuse.comm(3 toutes ccîlles (jue trouve la voix po})ulaire, ce glorieux surnom le proclamait, en quelques mots, l'intrépide défenseur des droits,- b; gardien non moins intrépide cpii veillait à l'exécution des devoirs, la senlin(#le de la justice, le soldat toujours prêt à montera l'assaut pour obtenir ce qui était juste.
C'est ce qu'il prouva d'une manière éclatante lorsque, appeléavant l'âge et au moyen d'une honorable dispense, dans une des plus importantes sections du conseil d'État, il s'agit de faire de ce Qpnseil une commission illégale app,elée à juger au criminel un magistrat en (|ui le gouvernement d'alors voyait un ennemi. Tous les conseillers-courtisans s'étaient ' levés pour voter cette mesure que sollicitait le pouvoir; mais un autre pouvoir sollicitait plus impérieusement que tout autre M. de Montyon, c'était le pouvoir de la conscience et du sentiment du* devoir, le pouvoir de la justice. Le jeune maître des requêtes y obéit, et s'opposa seul à l'infraction de la loi.
Que lui importait la disgrâce qu'il subit quelques années après? Ne trôuvait-il pas en lui les plus pures consolations en se rappelant combien de malheureux il avait arrachés .à la' mort, à la mort la plus cruelle, à la mort par la faim, lorsqu'il était intendant de la province d'Auvergne?. Une famine s'étant tout à coup déclarée dans cette contrée, les hommes, exténués par le besoin, n'avaient plus la force de travailler aux champs, et ainsi se préparait une nouvelle année de disette ; les femmes éplorées voyaient avec désespoir leurs enfants étendre leurs bras vers elles en leur demandant, par leurs cris, par leurs gestes, du lait, du pain; elles n'avaient pas un morceau de pain dans la huche, pas une goutte" de lait dans leurs mamelles taries. Tout allait périr de niisère, de détresse; mais M. de Montyon était
l;i, il rliiil riche, loul If iiioiidt' (levait avoir du |hiiit de uic^nii' (jne lui; c'est ce cpiil s'elail dit dans sa justice, sceur de sa clwirite; aussitôt des travaux |)ul)lics ordonnés à ses Irais el qui enibellirenl la villo d'Aurillac . donnèrenl do (juoi vivre à une population" nombreuse; des approvisionnements eurent lieu à la voix de lintencLuit; la province fut sauvée, et bénissant d'une voix unanime M. de Montyon, elle couvrit par un concert d'actions de irràces les paroles de blâme que faisait entendre contre lui un ministre irrité.
Aussi un monument fut-il élevé à M. de Montyon par^ habitants de l'Auvergne. Les sympathies des populations reconnais- •santes ne permirent pas que cet homme vertueux restât longtemps ef complètement disgracié, l'ne place de conseiller d'Etat lui fut départie, el bientôt il fut nommé chancelier de la maison de l'un des princes de la famille royale ; voici à quelle occasion : l'n jour, il attendait une audience du roi, et, près de lui, attendaient également de jeunes seigneurs de la cour. Ceux-ci, ne rêvant qu'élégance et mode nouvelle, ne manquèrent pas de remarquer le costume antique, la large perruque de M. de Mon- •tyon, et de la remarque au sourire il n'y eut qu'un pas; puis voici qu'un prince aussi jeune et aussi étourdi qu'eux, venanti» passer, encouragea l'expression de leur gaieté en y prenant part. Le roi le sut, et adressa au prince de sévères reproches sur sa conduite envers un magistrat distingué tant par les qualités de l'esprit que par celles de l'àme Le prince réfléchit. Il vint le lendemain trouver le roi : « Sire, j'ai pensé, lui dit-il, à réparer » mon tort envers M. de Montyon. La place de chancelier de naa" « maison est encore vacante ; je viens demander pour lui cet » emploi. » M. de Montyon fut appelé sur-le-champ aux fonctions de chancelier du comte d'Artois.
Ses hauts talents allaient peut-être lui valoir la simarre de garde des sceaux au moment où éclata la révolution de 1789. et l'un des plus cruels fléaux de cette grande convulsion fut sans doute l'exil que M. de Montyon dut s'imposer loin de ses compatriotes, qui. auraient eu tant J^esoin de ses secours et de
son ii[)|)ni imimMlial. Il croyail du moins laisser derlMerc lui des londalions inattaquables, créées pai- lui, sons le voile de l'anonyme, dès l'année 1782, un prix ailnuel de 1200 francs pour récompenser l'ouvrage le plus utile aux mœurs, et un autre prix de la même somme, destiné à l'auteur de l'action la plus vertueuse. L'Académie IVancaise était chargée de décerner l'une et l'autre couronne , à la vertu en préceptes, à la vertu en action ; mais le gouvernement révolutionnaire supprima tout à la fois et les fondations pieuses et l'Académie à laquelle le soin en avait été départi. Toutefois, dans le cours de quelques années qui s'écoulèrenl depuis son retour de l'émigration, de 1815 au 26 décembre 1820, terme-de sa belle vie, M. de Montyon réalisa tous .les actes de charité qu'il aurait pu accomplir pendant sa longue absence. Les- méditer, telle avait sans doute été la consolation des jours, passés loin de la patrie, et à son dernier moment il ordonna que ses bienfaits fussent éternels. Une riche dotation fuf consacrée par sa volonté' suprême à compléter admirablement l'œuvre de charité qui prend 'soin des malades pauvres dans l.es hôpitaux dont Paris a un luxe si magnifique. Naguère encore, il ne se passait pas de jour sans que l'on rencontrât des hommes, des femmes, pâles, épuisés, chancelants, appuyés aux murs, assis sur les bornes des rues, mendiant d'une voix éteinte, d'une main amaigrie, et racontant aux passants qui les interrogeaient comment ils sortaient de l'hôpital, mais à peine guéris, sans force encore pour travailler, sans pain, sans ressource. Ils avaient échappé à une. maladie entourée de soins ; ils allaient succomber à une convalescence dénuée de tout soutien, de tout bien-être, à une convalescence accablée de misère. Il n'en est plus ainsi à présent. Grâce à M. de Montyon, les pauvres malades n'ont plus à redouter le moment où ils se porteront mieux et devront céder leurs lits à d'autres; s'ils reçoivent des secours au rnoyen desquels ils peuvent se procurer un asile, se rétablir et retrouver des forces qui leur permettent de- se livrer au travail, c'est M. de Montyon qu'ils doivent bénir : l'ange des convalescents pauvres est M. de Montyon,
C'est ce (lu'il lui loule sa vie, aii^c. ariii;(^ invisible de cliarilé. l'iw lainillo tombée (le l'aisance dans l;i détresse souHrail-elle, au fond d'un j:;aletas, tous les liiaux d'une indii^enee d'autant plus allVeuse (lu'elle succédait à l'abondance, d'autant plus complète et désespérée (pi'elle se repliait sur elle-même el se dérobait pudi([uemenl à tous les regards: oh! il était un an<j;e dont les yeux voyaiiMit les douleurs les plus secrètes, les j)lus recueillies, un ani^e cpii ne vivait ici-bas (pie pour les épier, les découvrir, et la malheureuse rainille s'en apercevait bientôt en recevant de mystérieux seeours. Au milieu des misères de la révolution, souvent les habitants de ce pays d'Auvergne dont M. de .Montyon fut le bienfaiteur, virent descendre sur eux de nouveaux bienfaits (jue le rayon voilé d'un ange leur avait apporté d'un .lointain exil. Ces Français expatriés à Londres apprirent ctussi qu'ils avaient cet ange près d'eux, mais ils ne l'apprirent que par sesTDonnes- œuvres.
M. de Montyon porta donc de lui-même le jugement le |dus fondé, et se rendit toute justice lorsque dans un mémoire adressé au roi proscrit, en 1796, il écrivait ces lignes : « Si je » puis me féliciter de quelques actions louables, j'ai pris plus » de soin pour les cacher -que .d'autres n'en ont pris pour en » cacher de répréhensibles. »■ En effet, que de fois les académies ayant exprimé le regret de n'avoir qu'un prix à décerner lorsque plusieurs concurrents le méritaient, reçurent d'un anonyme les fonds destinés à récompenser ces diverses œuvres d'une valeur égale? Ne nous a-t-onpas raconté la lutte qui s'établit entre un jeune écrivain pauvre et un bienfaiteur anonyme qui voulait venir à son secours? « Je n'accepte le bienfait que » sous la condition que je connaîtrai mon bienfaiteur, » disait avec délicatesse l'homme de lettres. « Je ne montrerai jamais la » main qui répand le bienfait , " répondait l'anonyme avec la modestie de la charité ; mais la clwirité est ingénieuse, et soyons bien sûrs que celle de l'anonyme, qui n'était autre que M. de Montyon, trouva le moyen de venir en aide au pauvre et noble auteur sans révolter la fierté de sa misère.
i'r lui 1,1 niorl seule (|ui souleva le voile de M. de .Moiilyoïi (M, lit eoiiriailre h l.i l'^raiice (|uelle était cette luaiii eacliée (jui avawépandu tant de bien. M. de Montyon léguait son irnm'cnse fortune en plus gnmde parti»; aux l)ureaux de bienfaisance et aux liopitaux; aussi, chose touchante, vit-on de toutes parts accourir par centaines, à ses funérailles, des pauvres qui pleuraient, comme s'ils eussent perdu un père.
Et pourtant, à son dernier soupir, il s'était reproché (h^navoir pas fait aux hommes tout le bien quil aurait pu et par conséquent dû leur faire, scrupule admirable d'une àme tendre <[ui n'est jamais satisfaite d'elle-même, parce que la charité, passion sainte, est avide, fervent;?, insatiable. La charité de M. de Montyon a cependant élevé au milieu de notre société d'immortels monuments. Tant (]ue.dura sa longue vie, constamment préoccupé du sort des classes pauvres et du soin de l'améliorer, au physique connue* au moral, il a appelé à la continuation de ce soin pieiix les hommes éclairés de toutes les époques h venir. Le talent et le génie sont ses éternels exécuteurs testamentaires. Grâce à ses riches fondations , des concours annuels sont ouverts pour rechercher les moyens de rendre moins malsaines certaines professions , et des prix sont destinés à récompenser les remèdes les plus utiles au corps. C'est l'Institut qui décerne ces prix.
Le premier soin de M. de Montyon en rentrant dans sa patrie avait été de rétablir les fondations que 1793 avait anéanties, et les actions vertueuses, les ouvrages utiles purent encore espérer d'autre récompense que celle d'une conscience satisfaite. L'Académie française reprit avec joie les fonctions que lui confiait un bienfaiteur caché.
Ce fut certainement une belle et féconde pensée (\ue celle d'encourager la publication d'ouvrages uliks aux mœ'ws et la composition de livres tels que l'artisan, le jeune homme, les ouvrant avec empressement pour se reposer de leurs tra- ; vaux par les plaisirs de l'imagination et de l'intelligence', y trouveraient de salutaires préceptes de morale et de conduite,
soil flivcis le imoikIc, soiI envers le ciel. I.'aveijir, mieux eiicoi'e (|ue iioli'c cpociue . a|»|U-('ci(M*a le stTvict' rendu à la socic'^pai M. (le Monlvon, it)rs(|u'il a ouvert une carrière honiirle c^ure aux écrivains, don! noire siècle a du reste une (lé|>loral)le abondance, lïouvrage le plus utile aux mœurs sérail peul-èlre celui doiil le Inil lendrail à melire en i^arde les jeunes gens (jui p'im- Hcnl pour (ji'nic une anlrur de rimer, conire celte croyance funesie dans une prétendue vocation, et serait assez eflicacc pour les détourner de ces illusions fatales. Ouel succès utile et proiilahle n'obtiendrait pas cet ouvrag»' (jui les déciderait às'en tenir au métier ou à l'iridustrie de leurs pères, et à préférer au périlleux métier d'auteur la charrue ou le compas, qui les feraient vivre honorablement! Il est des jours oii, plus que jatïKiis, les écrivains doivent être des instituteurs public^s; nous sommes essentiellement dans ces jours; voilà pourquoi M', de Montyon a senti qu'il rendrait un service éminent à son pays *en faisant un appel à tous ceux qui se sentent capables d'écrire des œuvres utiles, et d'obéir à sa voix en donnant aux hommes des livres bons et salutaires.
Un livre bon et salutaire entre tous, c'est un recued (jue publie annuellement l'Académie française, c'est le récit des belles actions auxquelles M. de Montyon a voulu que ce corps illustre décernât aussi les prix attribués par lui aux actions vertueuses. Livre magnifique dont M. de Montyon estbien réellement l'auteur, puisque sans lui il n'existerait pas; il nous montre les plus humbles et les plus admirables vertus dans les galetas les plus dénués, dans les plus humbles chaumières; c'est un superbe trophée de tous les dévouements qui se résument par le beau mot de -charité. Ici, c'est une femme qui ne vit que pour veiller auprès dés malades, une jeune fille dont toute la jeunesse's' est pieusement passée à soutenir son père, sa mère infirme, et qui partage encoi*e son morceau de pain sec avec des orphelins ; là. c'est un homme qui ne p'eut voir un incendie sans s'v précipiter pour disputer des malheureux aux flammes; un autre que les vagues les plus formidables n'effrayent pas quand
il s'iigil (le sauver (1rs iiaiilVatif's ; là des scrvilcurs, bien rares (le nos jours, (fui se sont allaeliés à leurs niaîlres loinlx's dans la détresse , (|ui out IravailN' luiil et joui- et men(li('' pour eux! Am(^s sublimes, saintes manifestations de la (liviiiil('', tous ces anges de charité et de dévouement s'enveloppaient dans leurs ailes. M. de Montyon a voulu qu'ils eussent un touchant triomphe public. Chacjue ann(3e, ils sortent, un jour, de leur pieux mystère; de pâthétiqiies narrations apprennent, ce jour-là, à la réunion de tout ce que Paris a de plus brillant et de plus élevé, les actes sublimes d'abnégation qui ont mérité les prix de vertu à d'humbles et modestes créatures. Ici l'exemple vient d'en bas resplendir aux yeux d'un auditoire ému qui salue des mêmes applaudissements le nom de ces pauvres vertueux, du vertueux riche M. de Montyon ; et ces noms, prononcés ensemble avec un égal respect, rendent un éclatant témoignage de l'égalité qu'établit la vertu entre les hommes.
Ernest Focinkt.
■■"jii^i^-
Les Vosges sont une longue clinîne de mon- Uignes (jui se divise en plusieurs branches. .L<»
première suit à l'esl le cours du Rhin ; la seconde se joint aux Cévennes, autres montagnes du Languedoc , enfin, la troisième vient au nord se perdre dans y'\\)â^ le département des Ar- % dennes. C'est dans l'un' des cantons les plus âpres et les plus sauvages de cette dernière branche des Vosges que" vivait, il y a environ un demi-siècle, une population aussi inculte que ses champs, aussi rude que les pierres qui rendaient impraticables les chemins d'un village à raulre. La religion n'était, parmi ces hommes à demi barbares, que le retour, de certaines pratiques supersti-
LOL'IiE 5CHEPLER.
Litk Becquet.
N<>? THOlîAS .
lieuses; à nriiuMoniiaissaieiil-ils I Kvanji;ilt' de nom. ^Mi.uil a des lois, à de la morale, ils ne savaient ce (jue (fêlait, cl chez eux comme chez les sauvages, la force décidait seule de ce qui était juste ou injuste. Aussi ignorants que méchants, ces malheureux étaient encore plus pauvres faute d'industrie; ils ne tiraient qu un médiocre parti de leurs terres, et dans les mauvaises années étaient exposés à mourir de laim.
Un pasteur, instruit de cette misère, entreprit de civiliser cette population dont personne ne s'occup^jit, perdue qu'elle était dans ses montagnes.
M. Frédéric Oberlin aurait pu focilemént vivre à laise dans un pays riche-, parmi des hommes éclairés, bons chrétiens, capables d'apprécier ses talents et ses vertus ; mais il savait que le devoir d'un apôtre de l'Evangile est d'acquérir, à tous prix, des âmes à Dieu ; ainsi il quitta les plaines fertiles de l'Alsace pour venir s'établir chez les sajivages du Banc de la Roche.
Le premier bien cfue M. Oberlin partagea avec ses ouailles fut celui de son instruction agricole, afin de les disposer à l'amour de Dieu par la reconnaissance : il leur enseigna comment ils devaient s'y prendre pour tirer un bon parti de leurs terres en friche. La récolte du blé manquait souvent, et de là d'affreuses famines ; le pasteur planta des pommes de terre pour y suppléer. Les fruits sauvages sont presque tous amers et malsains : M. Oberlin montra comment, au moyen de la greffe, la pomme la plus revèche, la cerise la plus acide, deviennent des fruits délicieux. Les racines sauvages furent de même remplacées par de bons légumes. Cet accroissement de richesses changea tout à coup les mœurs des habitants du Banc de la Roche. Quand ils ne devaient un bien-être-précaire qu'à la chasse ou à la rapine, peu leur importait d'avoir des maisons plus semblables aux huttes des nègres qu'aux demeures des peuples civilisés. Devenus cultivateurs, ils sentirent le besoin de se construire des granges pour serrer leurs récoltes, des greniers où leurs grains se conserveraient d'une année à d'autre, des^ écuries, des étables; et un grand nombre d'entre eux devinrent maçons, char-
pciilitTs, l'ouNrcms; c Clainit aiilaiil d liomiiics arraclirs à la vil' oisive (.'( va^'ahoiidc Os iioiivcaiix besoins aiiiciirrciil aussi (les relations avee les villes voisines, et les cjinaux une Ibis-ouverls, la civilisalion coula à plein bord cIk'z nos sauva!i;es.
M. Oberlin s'élail l'ail maître d'école en nièuK; temps (pi'ajrrilulleur; il apprenait aux erd'ants à lire l'Kvangile; ceux-ci rapporlaieiU dans leurs familles les nouvelles idées qu'ils puisaicîut dans les livres saints, et ces idées d'ordre, d(; |)rol)ité, de soumission, de miséricorde, trouvaient crédit auprès des gens qui avaient (|uelque chose à perdre, et commençaient à trouver la viç assez douce pqur apprécier les lois divines et humaines qui les protègent. Le bon pasteur enseignait aussi aux mères comment elles devaient s'y prendre pour préserver la vie de leurs enfonts au maillot de mille accidents auxquelles sont exposées ces frêles existences. Avant l'arrivée de M. Oberlin au Banc de ta Roche, plus des deux tiers des enfants mouraient dans le premier âge. Ces pauvres petits, mieux nourris, mieux soignés d'après ses conseils, s'élevèrent presque- tous.
L'aisance dans les ménages, les mœurs plus douces, et les |)ratiques hygiéniques, amenèrent une telle augmentation dans la population, que M. Oberlin dut fonder plusieurs manufactures pour employer les bras que l'agriculture laissait oisifs. En même temps qu'il fondait ces établissements, il eut soin de les mettre en relation avec des maisons de commerce des villes voisines ;.de sorte que les produits s'écoulaient avec facilité. Ces contrées jadis si pauvres devenaient de plus en plus riches.
Tant de bienfaits de la part du })asteur étaient payés par la plus vive reconnaissance et la plus entière confiance. M. Oberlin se servit de ces sentiments pour éclairer de plus en plus ceux qu'à si juste titre il regardait comme ses enfants; il leur apprit ce dernier enseignement et le plus précieux de^ tous, à rapporter à Dieu la gratitude des biens qui leur arrivaient dans le monde, à supporter avec constance les revers inséparables de la nature humaine, à espéreV une autre vie, éternelle et bienheureuse, prix de lobéissance à notre Père qui êtes aux deux, et
(l(3ramoiir du prochain. (Icltc morale, pénétrant dans dcsrtnurs déjà [jréparés à la soumission, y porta de bons IVuils. Les délits et les querelles devinrent de plus en plus rares* au Banc de la Koelie. Une bienveillance mutuelle' anima les nouveaux convertis, et ces montagnes, signalées naguère comme un repaire de [)rigands, devinrent l'asile des vertus.
•Les succès de >l. Oberlin, tout en remplissant son cœur de joie, agrandissaient tellement sa tache, qu'il |)ressentait le moment où il ne pourrait plus y suffire, lorsque le ciel lui elivoya un aide, dans la personne de Louise Sciieppler, l'héroïne de notre conte véritable. Celte jeune paysanne, à peine âgée de quinze ans, jouissait dans sa famille de l'une de ses laborieuses aisances dues aux enseignements du pasteur. Ses parents comptaient la garder chez eux jusqu'à son mariage ; mais elle, poussée par une sainte vocation, préféra entrer au service de M. Oberlin, afin de prendre part aux œuvres de sa charité.
De cet instant, le pasteur vit ses forces physiques doubler; il eut à ses ordres des jambes jeunes et infatigables, des mains alertes et adroites, et mieux que tout cela, un cœur dévoué, un esprit intelligent qu'aucun obstacle n'arrêtait. Louise, devenue l'aide, le messager, souvent le guide de son maître, allait de cabane en cabane porter des secours et des consolations ; toujours active et bonne, elle -exécutait les intentions du pasteur, de façon à en augmenter encore le prix. Mais là ne se borna pas son mérite : non contente de prouver par son zèle combien elle était digne de lui être associée, elle l'étonna encore en le devançant par son génie bienfaisant. Ce fut elle qui, la première, remarqua l'embarras que les enfants en bas âge causent dans les ménages d'artisans ou de laboureurs, et trouva le moyen d'y remédier.
Si dans une pauvre famille la mère consacre son temps à soigner les enfants, elle n'apporte point sa part de salaire dans la JDOurse commune, et chez les ouvriers il faut de nos jour« ([u'aucun de ceux qui ont la force de travailler restent oisifs ; dé la sorte, ce sont des êtres débiles de corps ou faibles d'esprit.
(les SiViM's ;i peine sorlics de rciilaïK'c, des .iirulcs loiilrs piVics ;i V iciilrcr, (|iiisoiil, ;ui loijiis, chargées de la surveillanoe.de la. l'ainille. De là (anl d'ellVoyables accideiils : le l'eu mis aux mai sons par des jeux iiuprudenls, les cliules el les coups qui eslropienlou deligurenl les eiilanls, les alURjucs des juiiiuaux ni;d laisanls; les einpoisoimemenls, suite de la déteslable.liahilude des enl'aïUs de porter à leur houclie tout ce (|u'i|s tiennent dans leurs mains, el d(> leur insaliid)le gourmandise, qui les fait mordre à tout ce (pii ressemble à un fruit ou à une friandis(\ Knfin. tpiand par miracle ces pauvres abandonnés évitent ces acc[deids, rien ne peut les sauver des dangers de la paresse, de l'indépendance, du vagabondage, dont ils prennent la funest(^ habitude.
Louise Scheppler, ayant vu ces choses de près au Banc de la Roche, eut l'idée de rassembler autour d'elle les enfants de deux à sept ans, et de les garder pendant que leurs parents étaient occupés de leurs travaux. Ayant promptement reconnu le bon effet de cette mesure, elle fit construire,- à ses frais, une salle spacieuse pouvant contenir de cent à cent cinquante enftmts. Là elle les occupait d'exercices à la portée de leur âge, leur enseignait à prier Dieu, à vivre entre eux sans querelle, à obéir au moindre signe, et à se tenir propres . la saleté étant aussi malsaine pour les enfants que désagréable à voir.
Ainsi, ces salles d'asile pour l'enfance, dont la France et l'Angleterre sont fières à juste titre, incontestable progrès de la civilisation, ont été improvisées dans les Vosges par la servante d'un.pasteur, homme de bien, mais pauvre, comparé aux riches de la terre; ignoré, perdu dans un coin du globe, n'ayant d'autre pouvoir que l'ascendant de la vertu.
Louise Scheppler vécut ainsi plusieurs années, toujours au service de M. Oberlin, qu'elle continuait à seconder dans ses bonnes œuvres en même temps qu'elle consacrait aux pauvres son patrimoine, dont la mort de ses parents l'avait mise en possession. Le pasteur et sa servante, ayant voué ainsi leur vie au service de l'humanité, durent connaître tout le bonheur dont on
pciil jouir CM ce inonde; mais la vieillesse viiil pour eux comme polir les e^^oisles ou les méchants; les lois de la Providence sonl immuables à ce! égard ; les hommes peuvent suivre des roules ditrérenles dans la vie, mais tous marchent du même pas du berceau à la tombe. Les jours les mieux employés n'ont (pie douze heures ; les bonnes œuvres préparent la vie éternelle dans le ciel, lAais ne peuv(>nt rien |tour prolonger celle de la terre.
Le pasteur, de beaucoup plus âgé tjue sa servante, fut h' premier atteint par les intirmités de la vieillesse. Alors la courageuse Louise suffi! à tout; heureusement les hommes et les femmes dans la force de.l'àge n'avaient besoin d'aucun secours; grâce à M. Oberlin, le travail ne pouvait pas leur manquer, et la voix de leur bienfaiteur, toute affaiblie qu'elle était, suffisait pour les maintenir dans la ligne des devoirs religieux. Mais les infirmes, les vieillards, l*e$ enfants, ne pouvaient se passer de soins et de consolations. Louise avait pourvu au bien-être des derniers par l'établissement de la salle d'asde; aux autres Louise porte des bouillons, des médicaments. Elle trouve le moyen de prodiguer à tous des soins et des consolations ; rien ne l'arrête; ni les distances, ni les mauvais chemins, le froid, la pluie, les orages si terribles dans les montagnes, ne suspendent point sa marche. Quand le jour lui manque, elle marche la nuit, et trouve, comme par miracle, de l'argent, du temps, des forces pour suffire à tout. 11 est vrai qu'elle ne compte pour rien ni les fatigues ni les dangers, qu'elle n'accorde pas un 'instant à la paresse ni aux plus innx)centes distractions, et sacrifie son bien, sans réserver une obole pour elle-même.
M. Oberlin, sentant sa fin approcher, et présageant que Louise serait dans le besoin sur ses vieux jours, la légua, par son testament, à ses enfants. MM. et M"*"^ Oberlin, pleins de vénération pour cette vertueuse fille, voulurent lui donner une part égale à la leur dans le modeste héritage de leur père. Mais Louise Scheppler, toujours dévouée et s'oubliant elle-même, dut refuser un présent <jui diminuait leur aisance; mais elle de-
niaïuia rotnnu' r('M'omp<Mis(' (le ses lioiKHMltlcs services lu permission de joindre le nom de son maître au sien.
Plus lard, rVeadénneFraneaise, instruite des belles aelions de Louise Oherlin Sclieupler, lésa récornpensiVs en faisan l participer celle véritable liéronie de la charili^ au prix do dix mille francs que M. de Monlyon a londô pour èlre donné annuollemenl à la vertu.
M"" Alida dk Savh;\ac.
ILS TROIS PLKSASS.
N».^ TilOaAS
LES TROIS PERSAXS.
y.e petit village de KhosroV, appartenant anciennement à la Perse, maintenant à la Russie, devait payer un impôt extraordinaire équivalent à cinq mille francs environ de notre monnaie. C'était plus que tout le village ne valait peut-être. Ses habitants sont misérables, \ peu industrieux, mais honnêtes, et connaissent le. devoir qui les unitau souverain. Toutefois il ne leur vint point à l'esprit de s'adresser à lui ; il était si loin, d'ailleurs., de leur pauvre pays. Ils se mirent adéplorer leur triste sort, sans chercher d'abord a 1 adoucir.
- ils —
l.c (l('SfS|Miir clail ,111 lund de Ions les cd mis, il cl.iil |)rml s(n toulos ces ligures naguère si heureuses, car la Perse, vous le savez, est le |»ays des plus doux rêves, celui où l'on vil le plus par riiuagiualion ; le pays (jui donna naissance aux ravissanl(N Péris. Mais, hélas! (iuan<l la l'aiin, la misère, son! là, (pii vonl NOUS eircindre. |»ressanles, inexorables, el (jiie l'hoiizon esl couvert d'un crêpe de deuil, il n'y a plus de (huix |)ays, de doux rêves, de heau soleil.
Pouf éviter les maux i[u ils prévoyaient, les hahiliuils de Khosrow durent prendre un parti extrême; ils empruntèrent les cinq mille l'rancs dont ils iïvai(Mit besoin, aux musulmans, en acceptant ]a proposition que leur firent ceux-ci de leur donner connue garantie leurs champs, leurs maisons, et eux-mêmes, c'est-à-dire, que les Persans devaient rester les esclaves des ma- . hométans et travailler pour eux jusqu'à parfait payement de* la somme versée pour l'impôt qu'ils devaient.
Ce fut une rude et -cruelle journée que celle où s'accomplit cette résolution ; il ne s'agit plus de payer le tribut maintenant, mars de s'actiuitter pour être libres.
«-Xhl disait l'un des plus anciens du conseil assemblé ce jour-là, ah! si le bon Français que j'ai connu et qui est.venu dans ce pays il y a trente ans, y était encore, s'il était près de nous pour nous^conseiller, nous aider, il nous sauverait, lui, j'en Suis certain!
— Mais, dit un autre, s'il, ne vient pas à nous, est-ce qu'on né pourrait pas aller à lui? Je m'en chargerais, moi. — : Et moi aussi. — Et moi aussi, )) répétèrent après celui-là deux autres Persans.
('eux qui s'offraient ainsi pour libérer leurs frères, étaient David, fds de Gabriel ; Kiril, fds de .loussouf, et Joussouf, fds de Jouanna.
(( Mais je ne sais pas le nom de ce Français, reprit le vieillard qui avait parlé le premier, j'ignore aussi quelle ville il habite.
— Qu'importe, répondirent les trois Persans, le ciel nous guidera; et puis d'ai-lleurs, une fois en France nous lUrom nos
malheurs; loiil ce (|iii .iium \m ('(riir nous aidera ; Ions ceux ([ui auront un père, une nic're, uno Ibmme, des onl'anls, se seiTtironI pris de |>ili('' pour nos Irnuncs, nos inèros, ol nos enfants esclaves.»
Sans secours, sans ari^ent, et souleiuis seuleinetil ]»ar leur croyan'ce en la bonté divine, ceux qui se dévouaient ainsi partirent accompagnés de toutes les bénédictions de leurs compatriotes, suivis (le leurs pensées et de leurs vœux.
Ils francb'irent les extrémités de la Perse, et pénétrèrent dans la Turquie d'Asie par la Nalolie. Puis ils traversèrent la chaîne du Caucase, car ils espéraient des secours en parcourant des cités chrétiennes, et cela leur fil préférer la plus longue route.
Mais dans ces villes somptueuses, à Stavropol, à Kizliar, où tant de riches logent dans des palais, la charité du pauvre fut la seule qui ne faillit pas à nos voyageurs.
il en fut ainsi partout sur la route qu'ils continuèrent de parcourir : le pain de la chaumière, l'hospitidité sur la paille, formèrent leurs bons jours; il y en eut où les pauvres gens se couchèrent le soir, après une marche écrasante, au bord d'un grand chemin, la tète appuyée sur une pierre en guise d'oreiller, étroitement serrés l'un contre l'autre, afin de se garantir des atteintes d'un froid rigoureux, et n'ayant d'autte couverture qu'une neige épaisse. Mais qu'ils eussent dormi sur là terre durcie, ou bien qu'un lit plus doux leur 'eût été offert par l'iiospitalité, jamais ces hommes généreux n'accordaient au repos une heure de plus que ce qui'était strictement nécessaire; ils eussent éprouvé comme un remords d'agir autrement; car l'image désolée de leurs familles qui comptaient les minutes de leur absence, se trouvait toujours présente à leur esprit, et tous trois n'avaient plus qu'un seul et même cœur pour comprendre la sainteté de leur mission.
Ils venaient de quitter Minsk, leur chemin eut été de se diriger vers Dantzick et de payer là leur passage poui- un port de France, car plus ils avançaient, plus ils se fortifiaient dans cette pensée que le Français qui avait séjourné dans leur pays, et
(ioiil ils iit> sasaiciil m Iciioiii. ni la (Iciiiciirc, ni la iirofcssioif, t'iait |)()iniaiil le seul (]iii |)ùl k's.si'coiiiir et les aider dans l'dMivrc sacrée (jii'ils avaieiil enlrcj^riso.
Aller à Daiil/iek, ce ii'elail pas le plus diriicile, niais<-(tiiiineiil s'y (Mnbaniucr sans ari2;enl?
« Allons à Sairit-PéUu'sboui'g, se dirent encore les voyilgeurs; là, tout le monde a de la fortune; de nombreuses aumônes nous permettront de pousser juscpi'à \>'ilna ; et de Wilna, nous irons gagner la Tranee. »
Ils se dirigèrent donc vers Saint-Pétersbourg ; mais Tunique fruil (ju'ils retirèrent de ce voyage fut celui d'un passe-port visé pour Wilna.
A Wilna, une nouvelle déception, un cliagrin nouveau les attendait. En parcourant les rues de cette populeuse cité, les malheureux Persans perdirent une attestation signée de leur évêque, laquelle affirmait qu'ils étaient chrétiens, et s'en allaient au nom de leurs frères, esclaves des musulmans, poiu- recueillir \a somme nécessaire à leur liberté.
Privés de cette pièce importante, la seule qui jusque-là les eut préservés des formalités exigées par l'au-torité des différents pays où ils avaient passé, les voyageurs se virent près d'être emprisonnés comme espions; heureusement que dès le premier jour de leur arrivée à Wilna ils s'étaient présentés chez le prieur des franciscains, où l'attestation suivante leur avait été délivrée sur leur prière ; ■ • , "
((■Je soussigné, et porte à la connaissance de tous ceux qui ces présentes verront, que les catholiques persans (porteurs des présentes) avaient un certificat de leur évéque, annonçant que les enfants desdits catholiques persans étaient retenus en esclavage par suite de l'impossibilité où étaient leurs parents d'acquitter les impositions exigées. J'affirme avoir vu le certificat en question dans notre couvent de ^Yilna le 11 du courant ; les catholiques persans l'ayant perdu en traversant le cimetière de notre couvent et la rue Trocka, il est de mon devoir de déclarer qu'ils avaient réçllement le certificat de leur évéque. En foi de
(|Uoij(' Icui'jn (liMivrc les pirscnles, sij^nùcs ih' ma iiuiiri cl sr(îl. léos du sccaudcnuliv couiiimiiauU'', le 15 juin IS.'iS. Timolliée Isseiorwigl, prieur des fraiioiscains de Wilna. Contresij^iK' jioui rauthenlicilé delà signature ci-dessus, Cynriski, évèque, i)r(''lai doyen de la cathédrale de Wilna.»
Ils quittèrent Wilria peu de jours ;iprès y être arrivés, traversant toujours à pied la Prusse, le Hanovre, la Westplialie d les Pays-Bas; puis, continuant leur pénible marche, les pauvres Persans atteignirent un jour un [)oint élevé d'où leurs yeux aperçurent des dômes, des clochers, des tours, des monuments de toute espèce. Paris enfin se montrait à leurs yeux éblouis. On était alors en novembre : brisés par la latigue, en- '^ourdis par le froid, presque mourant de faim, les malheureux trouvèrent jiéanmoins au fond de leur cœur de ferventes ac- . tiens de grâces pour le Dieu tout-puissant qui les avait guidés, bien qu'à travers mille périls, au but où tendaient leurs vœux, car ils n'en doutaient plus, c'était bien là Paris, c'était de là que, selon eux, s'élèverait pour leurs frères le salut et la liberté. Plus légers, pleins d'espoir, les larmes dans les yeux, les mains unies, nos Persans entrèrent dans la capitale, regardant chacun de ceux qu'ils voyaient passer, avec une interrogation et un sourire sur les lèvres, comme s'ils croyaient trouver en lui le Français qu'ils venaient chercher, et comme s'ils eussent espéré reconnaître en le rencontrant cet homme mystérieux qu'ils n'avaient jamais vU, et sur la bonté duquel pourtant ils fondaient toutes leurs espérances.
A l'aide de quelque peu d'argent dont ils étaient possesseurs encore et (juils n'avaient conservé qu'à force de privations, les voyageurs trouvèrent un gîte dans le plus triste et le plus modeste hôtel du faubourg Saint-Marceau.
Une fois établis dans la chambre enfumée qu'ils devaient habiter tous trois, n'allez pas croire que ces hommes de l'Orient se mirent à considérer avec tristesse le logement misérable que le hasard leur avait-procuré. Non certainement, et si à cette heure les rêves de leur jeunesse étaient loin d'eux ^ si la poésie
j)rillaMl(> ('( |>;irruiiu>c Ai' rihiciil ii a\ail |)ii ciilrcr là de |)riir (le s'y souiller, la loi, douce cl clmslc coiiipaj^iic de la cliarilc (|(ii Icsavail S(Ui(cims, consoles, la loi, (\\\\ ne dédaiiinc ni le lit d'Iiopilal Jii la conclie du piisonniciK les suivit dans cet asile de la pjuivrelé, el ses rayoïuienients en lirent un palais |)()ur l<^s Persans dévoués, (|ui se dirent uprès leur prièfe en se couclianl sur un urahal (|ui leurscnd)la doux : " Dieu nous a conduils vei's la France, il achèvera son (cuvre, en i:;ui(lanl près de nous ce bon Français (|ue nous cherclions ; lions-nous donc à lui, el reposons en paix. i) Ce fut pour eux une nuit heureuse et tranquille que celle qu'ils jiassèrent dans la ville ou leur bienfaiteur idéal devait être; mais le lendemain vinl apporter ses soucis; nos voyaiïeurs se levèrent dès le malin pour faire connaissance avec l'innnense labyrintbe qu'on ap})elle Paris, et dans [equel ils ne pouvaient même se faire comprendre; la misère'«[iour eux allait ■ revenir peut-èlre plus poia;nanle que jamais ; les jours s'écoulaient, malgré leurs recherches, sans apporter aucune lumière sur ce qu'ils souhaitaient si ardemment; en sorte que ces nouveaux frères de la rédemption ne priaient plus Dieu pour eux- . mêmes, mais le suppliaient d'accorder à leurs frères esclaves le courage et la pati^^nce nécessaires pour attendre leur retour incertain el raccomj)lissement de leur sainte entreprise.
Leur prière fut entendue ,*leurs vœux exaucés ; celui qu'ils venaient chercher vint à eux, poussé par cette main divine dont ils n'avaient jamais dénié la puissance. Un jour, jour heureux, on ouvrit leur porte, et M. Jouannin, le célèbre orientaliste, se présenta; c'était lui, c'était le Français qui avait passé à KhosroAV, dont le nom leur avait été inconnu jusque-là, nom qu'ils apprirent de sa bouche même pour ne plus l'oublier jamais, ni leurs frères de Khosrow, ni leurs enfants, ni leurs petits-enfants.
Envoyé près des étrangers comme le seul qui put se faire comprendre d'eux, pour savoir le but de leur voyage et de leur séjour à Paris, M. Jouannin écouta -avec attendrissement l'histoire si touchante et si simple des voyageurs persans, et •
celui lui (jiii, (Ic'sccinoiiionl, les lïilid.i dnns les (lérnjMTlics qu'ils vojilaicnt Hiin'.pour arriver au l)ul (juils sélaicril proposé.
Ému (le pilié à la vuo de leur rni-sère, saisi (radriiiralioii à l'aspect de leur vertu, M. le euré de Sainl-IHienne du ^lont les recommanda à son prone, eu apprenant aux fidèles (piel avail été le charitable motif de leur voyage.
Dès lors, de toutes parts la bienfaisance ofl'rit des secours en argent, des vêtements, un gîte coin euaMe: deux familles aisées, étrangères au quartier qu'ils habitaient, voulurent les dé-frayer de toutes leurs dépenses, et par les soins du curé de Saint-Étienne du Mont, une souscription fut ouverte en leur faveur. Le roi donna cinq cents francs, la reine, le duc d'Orléans, de charitable mémoire ; sa femme, la princesse Hélène ; enfin madame Adélaïde, envoyèrent chacun cent francs.
Quatre mille francs ayant été réunis furent expédiés aux missionnaires de Saint-Lazare à Constantinople, après quoi les .trois Persans partirent de Paris. Leur voyage était payé jusqu'iY Lyon ; là, on ouvrit pour eux une nouvelle souscription qui produisit six cents francs; Marseille leur en fournit autant.
Cependant, arrivés à Ronie, où l'on devait leur faire passer ce trésor de la charité qu'ils avaient amassé à force de courage, la somme ne se trouva pas encore complète. Instruit de cette circonstance, un homme de cœur et de talent, M. Curmer leva cette difficulté. Placé par ses rapports de tous les jours au milieu de personnes dans l'àme desquelles le cri du malheur ne reste jamais sans écho. M". Curmer implora l'assistance des arts pour compléter l'œuvre cte la charité chrétienne. Une loterie fut ouverte à son domicile, et le produit en fut envoyé aux Persans, qui espéraient recevoir à Rome ce complément nécessaire à l'accomplissement de leur œuvre. Leur attente ne fut point trompée. Ils purent retourner dans leur pays. Ils le firent avec facilité; et l'àme remplie d'allégresse, ils purent enfin délivrer leurs frères.
Il n'est pas besoin de dire comment la trinité^ des trois Persans fut accueillie par le village de Khosrow. Leur dévouement
iiviiil s;m\(' (Tiil liuiiillcs. Lciiis coinp.ilriolcs cm les rcvoyaril pIcnraitMil de joie cl de hoiiliciir. Ils les molliraient à leurs pères, à leurs l'eiiunes, à leurs lils. à leurs eufanls, eoninie les envoyés de Dieu ; les larmes se eoulondent avec les emhrassemenls ; ils appellent sur leur tcHe les faveurs du ciel ; tandis (jue David, lils de (iabriel ; kiril, tils de Joussoui'; et .loussoul'. lils de .louanna, respectueux et soumis, sont aux pieds des vieillards (pii leur ont donné le jour, et reçoivent liund)lement leur bénédiction, aux acclamations de tous ceux dont ils ont brisé les l'ers. Telle est la récom[)ense du courage, tel est le fruit de la vertu. Nouveaux Vincent de Paule, les trois Persans, sans le savoir, avaient rempli le vo'u du saint fondateur de la rédemption des captifs.
M'- Tu. MioY.
llLll. iJcCUU-
KOK XHOIIAS .
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JBAX-BAI'TISTE IIB LA SALLK
FONDATEUR DF.S FCOI.KS CIIRF.TIENNES.
Quand les lecteurs (pii doivent parcourir le livre des Anges de la terre arriveront à ce nom de Jean- Baptiste de la Salle, ils poseront un instant le volume, et ils chercheront dans les replis de leur mémoire ce nom qui ne se sera pas présenté d'abord à leur esprit. Puis, ne trouvant aucun souvenir qui le leur rappelle, ils pas- J^^J^Çlr: seront peut-être avec raâ^S^^ pidité et indifférence ces
pages qui portent, à leur commencement, un nom célèbre,
oublié dans les débris du passé; à leur fin, un nom obscur,
perdu dans le bruit du présent.
Et cependant la vie qu'elles racontent fut bien pure, bien
belle, bien utile! Cet homme, dont le nom est inconnu, qui au-
mil (lu avoir do slalucs, cl doiil il ne rcsir <in imc iiiciiioirr iricciiaiiu' cl une loinhc itiiiorc»', lui le coiiliniialciir de l'aMiyrc admirable de saint ^ iueeiil d(^ Paul. Il i'iil |diis eiieore, car il la eoinpléla en (jueliiue sorte, en donnant la iiourrilure de l'Ame et de rintelli^enee à Ions ces eidaiils arrachés aux horreurs de l';d)aniLon. A Dieu ne plaise (pie nous cherchions à diminuer les mérites du saint apoire du dix-septième sièelc^mais nous oserons nous étonner que loi'scpie son souvenir est dans tous les coeurs, celui de Jean-Baplisle soit banni de tous les esprits, et nous nous affligerons que la postérité, qui laisse ordinairement l'ingratitude aux contemporains, ne se soitjpas môme réservé en cette circonstance le droit si doux de la justice et de la réparation.
En 1663 vivait, en Champagne, une de ces familles de magistrature dont l'existence austère et édifiante était l'exemple des cités qu'elles habitaient et l'honneur des vieux temps de la monarchie française. Louis de la Salle, conseiller au présidial de Reims, était le chef de cette famille, et réunissait à l'illustration d'une noblesse ancienne et sans tache toutes les vertus héréditaires ([ui depuis des siècles avaient fait chérir et respecter son nom. C'était un homme jeune encore, d'un caractère grave, d'un extérieur imposant, mais d'une charité douce et d'une bonté parfaite. Il était marié, depuis quinze ans environ, à Nicole Moët de Brouillet, femme bonne et pieuse comme il était pieux et bon, et cinq enfants avaient été les fruits de cette union, que nulle faute, nul chagrin n'avaient troublée dans son bonheur ni altérée dans sa sainteté. A l'époque dont nous parlons, l'ainé de ces enfants, qui était un garçon, pouvait avoir douze ans, et dans la pensée de son père il était destiné à lui succéder un jour dans sa charge, et à devenir alors le guide et le protecteur de ses frères et sœurs. Les traditions de la famille le voulaient ainsi, et M. de la Salle se sentait d'autant plus disposé à s'y conformer, que son fils annonçait dans sa maturité précoce toutes les qualités qui font le bon magistrat. On venait de décider que le jeune Jean-Baptiste, aussitôt après sa pre-
mièro corniiuimon, parlinul pour P.>ris, ..ii il ..rlicvcniil ses (Hucles sous la direction d'un vieil ami de sa laïuillc \nvsi\n une circonstance imprévue changea suhilcnieiil la irsolulioii prise et retarda de plusieurs années le départ projeté.
r/était le lendemain d(Ma pieuse cérémonie qui avait donne au jeune de la Salle la robe viriles du clnislianisme; son père et sa mère étaient réunis dans une espèce de petit vestibule qui servait, pendant la belle saison, de parloir à la sainte tribu, et ils causaient de l'absence prochaine et de l'avenir de leur enfant. Le digne magistrat cherchait à puiser des consolations dans la pensée que son fils continuerait après lui sa vie si noblement utile, et, sur des jeunes vertus de Jean-Baptiste, il ne demandait à Dieu que de veiller sur des jours aussi précieux. Nicole Moët, les yeux baignés de larmes, mais le sourire de la résignation sur les lèvres, l'écoutait, lorsque la porte s'ouvrit lentement, et donna passage au cher objet de tant de sollicitude
et d'amour.
(c Nous parlions de toi, mon fils, dit la tendre et pieuse mère en attirant doucement l enfant sur son cœur : hélas! ce sera bientôt notre seule joie dans ce monde.
— Vous parliez de moi, répondit Jean-Baptiste ; eh bien, moi, je viens aussi pour vous en parler, si vous le trouvez bon.
— Voyons, qu'as-tu à nous dire? reprit à son tour M. de la Salle en promenant ses doigts dans la belle chevelure blonde et bouclée du futur conseiller, car c'était ainsi qu'on l'appelait depuis qu'il avait été question de l'envoyer à Paris.
— J'ai à vous dire, repartit l'enfant avec douceur et fermeté, que je ne veux pas être magistrat. »
Le visage de M. de la Salle devint sombre, celui de sa femme
pâlit.
« Tu ne veux pas être magistrat 1 dit le père en cherchant a maîtriser l'émotion que lui causaient ces mots qui renversaient ses plus chères espérances : quels sont tes projets?
Je vous ai souvent entendu dire, à vous, ma mère, et à vous aussi, mon pèr(\ ipie vous désiriez qu'un de vos enfants
lui piTtrc, et je viens V(His (IciiijiikIci', vous supplier île |)eiinellrcque eel enlaul soi! uioi.»
Le visage de M. de la Salle s'éclaircil ; niadiime de la Salle pressa une seconde lois l'enlant sur son cœur.
(( Mon ami, lui dit le premier, lu es bien jeune pour |»rendre une semblable résolution ; en as-tu examiné toute la gravité? Sais-tu bien à (juoi lu t'engages?
— Je n'ai rien examiné, reprit l'enlant, dont le Iront rayonnait d'inspiration,, mais j'ai entendu une voix (^ui m'apjxîlail, et avant de la suivre, j'ai voulu savoir si vous y consentiez.
— Songe, mon fils, que tu es l'ainé de ma famille, et que tu dois me remplacer un jour à venir près de tes frères et sœurs.
— N'est-ce pas une raison de plus pour me consacrer à Dieu? et si je lui appartiens, ne deviendrai-je pas un meilleur protecteur pour les miens? Vous me reconnaissez un droit d'aînesse, laissez-moi prendre celui-là.»
M. et madame de la Salle s'interrogèrent du regard, et, comme les gens qui ont l'habitude de s'entendre, ils se comprirent aussitôt.
(( Écoule, Jean, lui dit son père après avoir réfléchi quelques instants, un parti pris d'une manière aussi subite demande à être examiné avec calme dans les causes qui l'ont inspiré; nous en parlerons, ta mère et moi; en attendant, demande à Dieu, dans l'innocence de tes prières, de nous éclairer tous les trois.»
A six mois de là, le jeune de la Salle était au séminaire ; cinq ans plus tard il avait un canonicat dans la métropole de Reims; quelque temps après il entrait dans la maison de Saint-Sulpice, à Paris, ce qui était la première de ses pieuses ambitions réalisées.
Il y poursuivait ses études avec une ardeur toujours croissante; sa douceur angélique, sa piété sincère, le faisaient aimer et respecter de tous, lorsqu'il eut la douleur de perdre sa mère, et presque immédiatement son père. Il supporta ces deux malheurs avec un courage et une résignation inouïe dans un cœur aussi tendre, et puisant un surcroit de force et de nouvelles
— 11'.) — viTlus dans le; suiilimcnl d.; ses nouveaux (l(;vuirs, il courut a Uclnis pour régler l'avenir de la jeune famille (pie Dieu lui œnliait comme pour l'inilier à la \i(! (lui lui élail réservée.
Il y demeura di\-liuil années sans se permellre une semanie d'absence; il y recul le sous-diaconat, le diaconat, la prêtrise ; l'ut curé de la paroisse de Saint-Pierre, directeur de la maison des sœurs de l'Eniant-Jésus, dont il régénéra l'institution; et enfin il y jeta, sous l'abri tutélaire de la vieille basilique de Saint-Remi, les premiers fondements de rétablissement le plus utile qui ait jamais existé ; nous voulons parler c/cs fràï^s àa écoles chrétiennes.
Tout ce qu'il eut à vaincre d'obstacles, à surmonter de dégoûts, à ramener d'oppositions, à désarmer d'envies, est incalculable. Il trouva des protecteurs, mais ces protecteurs l'abandonnèrent ; il rassembla des disciples, mais quand il voulut les soumettre à une règle sévère, ces disciples le trahirent après l'avoir quitté. Les gens de bien qui l'avaient d'abord encouragé vinrent lui conseiller de laisser tomber son entreprise, rien ne put rebuter sa persévérance ni même ralentir son zèle. Plusieurs fois la maison qu'il avait fondée le vit, seul et sans ressources, continuer son œuvre et lui recruter de nouveaux appuis; sa sérénité, sa confiance eu Dieu, ne se démentirent pas. La calomnie attaqua sa vie, il y répondit par la sainteté évi- . dente de sa conduite; la famine désola le royaume et ferma les ^sourcesde la charité, il pria, et Dieu lui envoya des secours 'inespérés; ses supérieurs diocésains voulurent détruire son institution naissante, il sut leur résister sans manquer au respect qu'il leur devait et sans sorfir de son humilité ; on l'accusa d'ambition, il employa toute son influence à faire nommer un directeur à sa place ; on l'obligea à reprendre la chaîne de ses fonctions, il s'y résigna tout en protestant de son indignité; il fut frappé, injurié, couvert de boue par ce peuple dont il instruisait les enfants, il chercha les moyens de les mieux instruire encore. Enfin un moment de trêve arriva au miheu de tant d'épreuves, et pour première consolation à toutes ses souf-
fraïu'es. il piil lomlcr à (juise, à Kcllicl, à Laon, à Cliàlt'uu- Sainl-Ponicii, des rlahlissiMiicnls scmhlaMcs à celui (ju'il avail f'uiulé à Heiins.
Tant de perstWéraïu'e suivie de si J)eaux résultais le firent bientôt appeler à Paris, où sa maison principale fut établie prés de Saint-Sulpice d'abord, et ensuite à Vaugirard. Là les difficultés (|u'il avail nMiconlrées à lleirns se présentèrent de nouveau, et il dut reconunencer la lutte, si longtemps soutenue, contre des obstacles bien plus sérieux et des ennemis bien autrement puissants. Après de nombreuses alternatives de succès et de revers, il vil les principales villes du royaume réclamer les bienfaits de son institution tout en continuant à mécoimaître les touchantes vertus du fondateur. 3Iais que lui importait à lui, pauvre instrument, d'être délaissé, pourvu que son œuvre fût triomphante, et qu'elle eût jeté d'assez profondes racines dans le présent pour pouvoir étendre ses rameaux jusque sur l'avenir ! Brisé de fatigue, accablé d'infirmités, le vénérable père de la Salle, comme on l'appelait alors, se réfugia dans une petite retraite près de Grenoble, d'où son zèle le fit bientôt sortir quand il apprit que son absence était funeste aux. intérêts de son institution, qui de la France était passée en Italie. Il revint donc au milieu de ses frères, et lorsque tant de sollicitudes et de travaux auraient dû lui mériter du moins la récompense du repos, de nouvelles persécutions, et des embarras de toute espèce l'obligèrent à transférer sa maison de Paris à Rouen, puis de Rouen à Paris, d'où il dut la ramener encore dans la capitale de la Normandie. Ce fut là que, sentant ses forces diminuer, il songea à se donner un successeur digne de l'œuvre de sa vie entière, et qu'il eut le bonheur de le trouver dans le frère Barthélemi, l'un de ses plus saints disciples. Alors il ne s'occupa plus que de sa fin, et après avoir obtenu de ses frères la promesse qu'ils n'abandonneraient jamais la pieuse tâche qu'il leur léguait, il rendit doucement son àme à Dieu, le vendredi saint, 7 avril 1719, n'étant encore âgé que de soixante-huit ans.
Nous lie croyons |>;is pouvoir mieux Icrmincr cvWv mpide analyse; «ju'en cilanl deux extraits, l'un tir/' des an;liives du séminaire de Saint-Sulpirc, à la dale de 1G8() ; l'autre pris sur les registres de la paroisse de Saint-Sever de Rouen, en 17.*i4.
Voici comment s'exprimait M. Leschassier, supérieur de Saint-Sulpice, dans une note que eliacun peut vérifier :
f( M. de la Salie lut toujours lidèle observateur de la règle, » et très-exact aux exercices de la communauté ; sa conversation » fut toujours honnête et douce ; il ne m'a jamais paru avoir )) mécontenté personne, ni s'être attiré aucun reproche. Quand » il est revenu à Paris pour prendre les ordres, j'ai reconrm en « lui de merveilleux progrès dans toutes les vertus. Tous ceux » qui l'ont connu en ont vu des preuves dans sa conduite, sur- « tout dans la patience avec laquelle il a soufTert les mépris » qu'on faisait de sa personne. »
Voici maintenant comment M. le curé de Saint-Sever, qui avait été autrefois un des adversaires du vénéral)le de la Salle, terminait le discours qu'il prononça en remettant aux frères les restes mortels de leur fondateur.
« Ce serait ici le lieu, suivant le cérémonial ordinaire,
» de dire quelque chose de la noblesse de son extraction ; mais )) le généreux mépris qu'il fit des espérances que lui pouvait » donner une naissance distinguée m'apprend à me taire. Je » ne relèverai point non plus les qualités éminentes de son » esprit et de son cœur, et l'avantage de son extérieur, qui ren- » dait sa piété vénérable à tous ceux qui le voyaient ; mais je ne » saurais m'empêcher de préconiser ici sa charité, son zèle et » son humilité, sources fécondes de toutes les vertus chrétien- » nés et apostoliques, qui, l'élevant au dessus de toutes les » choses visibles et périssables, ne le firent vivre que pour ado- » rer son Dieu, ne le firent penser que pour le prier, parler que » pour le louer, et travailler et souffrir que pour le mériter. Ce » sont là, mes chers frères, les témoignages que je me sens )> obligé de rendre à la mémoire d'un si saint prêtre, dont j'ai » reçu les derniers moments, et avec qui j'ai eu des relations
— i:vi —
» assez clroilcs pondaul 1rs dnix dmiirrcs lumrcs de sa vie. » Fasse le ciel (iii(> ee précieux dépôt (jue je remets dans cette » église soit un i^at;(> enlre votre communauté et moi de l'union » que je souhaite entretenir, et (pi'c^lle passe à mes succes-
» seurs! ^'
Nous avons à peine esquissé celte vie si pleine qui demanderait la majestueuse ampleur de l'histoire, et (pi'il nous a fallu réduire aux étroites proportions de la l)io^ra|)hie. Nous lâcherons de suppléer ;\ tout ce qui manciue ;i notre analyse en mettant en peu de mots sous les yeux de nos lecteurs les résultats de l'œuvre du vénérable de la Salle.
Cette œuvre existe maintenant dans toute l'EuropcN et elle envoie ses frères dans toutes les parties du monde ([ui les réclament. Les colonies françaises en ont depuis longtemps, les Amériques du Sud viennent d'en demander. En France l'institution compte dix-huit cents frères ou novices qui instruisent gratuitement plus de cent cinquante mille enfants pauvres. Elle a aussi quelques pensionnats excellents où les élèves n'ont à payer exactement que leur nourriture, l'insiruction ne pouvant dans aucun cas être rétribuée. Quelques-uns de ces frères sont peintres, sculpteurs, musiciens, et se font un bonheur d'enseigner les arts comme ils initient dans les sciences. Leur méthode est parfaite, leur douceur et leur patience inaltérables, comme si chacun d'eux cherchait à imiter les vertus de leur saint fondateur.
Maintenant nous demanderons aux hommes de bonne foi si nous avons exagéré lorsque nous avons avancé que la mémoire de Jean-Baptiste delà Salle devait briller même auprès de celle de saint Vincent de Paul?
Marquis de Foudras.
Lith-Becquet.
LE PETIT Wmi
Le vent soufflait avec violence; le ciel, chargé (le nuages, ne montrait pas une seule étoile pour guider le navigateur; la iner houleuse allait se brisant contre les récifs, de la côte , comme si elle eût espéré déplacer ces éternels obstacles de ses éternelles violences.
Malgré ces symptô- ^ mes menaçants, le patron Romilly comman- (hi que l'on mit à la f. mer son beau bateau de ^r^ pèche le Napoléon, u Les ^^^^^WW tempêtes ont été si fréquentes dans les derni'ers mois de 1842, que si on n'avait pris le parti de les braver, le poisson aurait manqué au marché, et
le |);iiii dans la liiiclic du pn-liciir. » (l't'laii ce <|iir Ir palrori rt'poiidail à sa riMiiinc, (|iii, les larmes aux yeux, h; si]|)|»liail dr lie [uiiiil s'(ixp()S('r ainsi. « Mon Dieu, disail la Irisic Marie, c'est braver, lasser la l'rovideiice , (|ue d'aller clierelier des dangers cerlains. Knlends-(u sonlller le vt-nl et gronder la mer* Tn su('('ond)eras ; et moi. cjue deviendrài-je, ainsi (jue mes' pauvres enfants ? — .le le l'ai déjà dit, il faut du poisson aujourd'hui. «D'ailleurs, je n'ai pas nonnué mon bateau Ir Napoléon pour (|n il reste sur la grève au moindre orage. Son étoile ne l'a pas encore abandonné, et j'espère bien qu'il ne trouvera pas son Waterloo sur l(^s éeueils de la cote. — Laisse au moins au logis notre fils aine. — François? Quand je le voudrais, il n'y consentirait pas. C'est le meilleur mousse de tout Courseilles. Vois-tu, femme, lu ne sais pas quel brave enfant est notre fils. — Et tu as le cœur de le conduire à la mort? — Chacun son métier,» répondit le patron en s'éloignant pour échapper aux sollicitations de sa femme.
Deux matelots devaient monter le Napoléon avec Romilly et son fds. La fdle de l'un et la sœur de l'autre s'en vinrent pleurer sur la grève pour les empêcher de partir : ces pauvres créatures furent dédaignées, on les renvoya à leurs fuseaux, et toutes deux sagenoudlèrent à côté de la femme du patron, qui priait ^ ^ devant l'image de la ÎVotre-Dame des Consolations pour le retour de son mari et de son fils.
Jamais devant une table splendide, entouré de toutes les recherches du luxe et de la bonne chère, égayé par des vins généreux et de joyeux propos, on ne reporte sa pensée sur ce que ces monstres marins qu'on étale avec tant d'orgueil devant les convives ont coûté de périls-et d'angoisses aux aventureux habitants des côtes de l'Océan.
Le bateau mis à flot, quatre hommes le- montèrent : Romilly, ses deux matelots et son fds âgé de douze ans. La nuit était si froide, que, quelque habitués que fussent ces gens aux intempéries des saisons, ils sentaient leurs membres engourdis. Longtemps il fut impossible de songer à la pèche, la mer étant trop
mauviiisc; H \v juilroM -ouvmiail loujoui^ Nns L- 1ai-r, aliii d'iWiliT les écueils doiil la <'ole est lu''riss('M,'. <( llciiiruscmcnl, disait-il, le vent souffle d(; l'ouest, et si la mer est grosse, le Napoléon est solide. » Ouand il se crut assez éloigné pour ne plus craindre d'être jeté à la cote, il dit à ses compagnons : .c lielevons les fdets.» Les trois hommes se mirent à l'ouvrage. «Eli bien . père ! cria François, qui serrait les voiles afm de maintenir le bateau au large. - Les fdets sont lourds, mon enfant, la pêche est bonne, nous ne nous repentirons pas d'être sortis.»
En cet instant le vent sauta brusquement au sud-ouest et redoubla de violence; les fdets sont abandonnés pour courir au secours du bâtiment. Le père RomiUy se précipite à la barre, les matelots ferment les panneaux ; François grimpe au màt, prêt à exécuter les ordres qu'il prévoit. Tous s'apprêtent à tenutête à cette terrible bourrasque. Efforts impuissants, un coup de mer jette le bâtiment sur le côté, et la lame furieuse , balayant le pont, emporte le patron et les deux matelots.
François reste seul accroché à la mâture. Le navire est incliné, s"es agrès touchent les vagues ; la nuit est tellement obscure, que l'on ne distingue rien à quatre pas. Cependant le brave mousse ne perd pas courage : son père, ses amis sont à la mer, d songe à les sauver. Il saisit deux cordes, qu'd attache solidement aux manœuvres; d passe le bout de l'une dans sa ceinture, et tenant l'autre dans sa main droite, prêt à la donner à celui des naufragés qu'il pourra joindre, il crie : " Père, où êtes-vous?car due pouvait le voir. — Courage, enfant, tiens- • toi bien; ne quitte pas le màt,» répond le père, qui se débat au mdieu des vagues en furie. Mais ce n'est point sa vie, a lui, que François cherche à conserver, c'est celle de son père d'abord, et des autres naufragés ensuite. Malgré la nuit qui ne lui permet de rien distinguer, il s'élance à la mer; guidé par la voix du patron, il parvient à le joindre, lui fait prendre la corde qu'il tient à la main droite, et tous deux s'aident mutuellement, s'efforcant à remonter sur le pont de leur navire a moitié couché dans les flots ; deux fois la vague les en éloigne ;
niiu> ciiliii.lc ciel prolciic leurs cllorls, ils soni sur le |miiiI : le palfoii rcud i^ràcos à Dieu. Kraurois u'unil pas sa voix à ccllt' de son pÎTc; sa làvUe, à lui, n'cUiil pas cnlionMiicnl accomplie: (les deux lualclols, l'uu avait disparu, l'autre naiijeait le long du bord, appelant du secours; il ialhiit une oreille hien allenliveel bien exercée pour dislinliucr une voix luiniaino à travers les nigissernents «le la tempête «|ui va toujours grandissant. François entend les cris de détresse de son compagnon ; il va se jeter de nouveau à la nier pour le secourir, lors(pie la Providence, touchée de son généreux dévouement , |>ermet qu'un second coup de mer relève le bâtiment, et la vague porte sur le pont le matelot miraculeusement sauvé.
Tous trois réunis, les braves marins s'embrassent en rendant grâce à Dieu de leur délivrance. Ils donnèrent aussi des regrets à leur compagnon submergé. » Il était vieux, dit le matelot, il n'aura pu lutter contre la lame. — La vigueur ne suffit pas toujours pour se tirer de .là; je n'en manque pas, Dieu merci, et sans mon garçon, je ne sais trop ce qui allait m'arriver.» François, plus heureux de ce mot de son père qu'il ne l'eût été du don d'une couronne, saute au coude Romilly et l'embrasse avec transport.
Cette joie devait être de peu de durée; un péril plus terrible que celui auquel il vient d'échapper menace le Napoléon. Une chandelle allumée, laissée imprudemment dans la chambre du navire, a été renversée par la bourrasque ; elle a mis le feu aux paillasses de l'équipage, et -déjà les flammes gagnent les écoutilles. D'un côté l'incendie, de l'autre la mer toujours en furie. Le matelot et le patron restent atterrés, ils désespèrent de leur salut ; l'enfant conserve seul sa présence d'esprit. « À la barre, père ! gouvernez sur la lame.» Le patron obéit machinalement, il ne sait ce que son fils va faire ; pour lui, il n'a ni idée ni volonté. Le brave François songe à combattre ses ennemis l'un par l'autre. Il va aux panneaux, qu'il ouvre bien vite ; une vague énorme se précipite sur le pont du navire, et s'engoufïrant dans la chambre v éteint l'incendie. François referme aussitôt les
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panneaux; un U'I auxiliaire aurait pu devenir dangeieux (;l submerger le l'rèle bàtinieiil(|u'il venait de sauver.
Lo lendemain de cette nuit d'orale, le bateau p(V-lieur entrait au port de Cherbourg ; un peu plus tard, le bonhomme liomilly présentait son fds sur le port, et le proclamait avec orgueil son sauveur. Le peuj)Ie et les matelots se pressaient autour d'eux pour mieux entendre le récit. Tous voulaient voir le brave enfant dont le courage et le sang-froid au milieu des périls leur semblaient surnaturels. Les officiers de la marine royale venaient aussi serrer la main de François; ils lui prédisaient qu'il serait un jour des leurs, et placerait son nom à côté des noms glorieux de Jean Bart, et de Duguay-Trouin.