‹ Les anges de la terreChapitre 6 sur 19 · L:th deEecQuçt · texte numérisé non relu

L:th deEecQuçt

leur; lOccidcnt, auconlrnirc, (l.ins Ions les ngos cl ii l(ml<s les époques l'ail les plus grands ellorls pour diviser la puissance législative et la remettre aux mains de plusieurs. En Orient se succèdent les grandes monarchies, les empires de Baclrianc, d'Assyrie, de Médie, de Perse, etc. ; en Occident Itt Grèce, l'Italie, la Gaule, la Germanie partagent le pouvoir législatif entre divers ordres de citoyens. En vain le con<juérant macédonien veut étendre sur l'occident le sceptre qu'il a ravi aux descendants de Djemschid ; séduit par les dogmes religieux et politiques de Zoroastre, il conçoit* le projet d'une monarchie universelle; sa. pensée le dévore, il succombe; son empire s'écroule, et Rome reçoit la mission d'en briser les derniers débris.-

En vain le peuple roi, pour mettre de l'unité dans le gigantesque empire qu'il a conquis, abdique son autorité et la confie à ses Césars. Des mystérieuses profondeurs de la. forêt hercynienne, ce grand chemin des nations, comme dit énergiquemenl un de nos illustres historiens, s'élancent les barbares ; ces hordes ignorées, jusque-là sans nom. renversent l'unité monarchique, dont l'établisseipent avait coûté tant de sang à tous les peuples du monde romain, et elles remettent en question l'avenir des nations occidentales.

Bientôt on voit s'' élever un nouveau promoteur des idées orientales, Karl le Grand, génie puissamment organisateur ; il relève le principe de l'unité monarchique ; il semble l'avoir fait triompher en Europe : néanmoins ses faibles fils ne pourront continuer le colossal ouvrage qu'il leur lègue, et ils disparaîtront devant la féodalité.

La féodalité, qui nous parait au point de vue du dix-neuvième siècle une époq'ue de despotisme et d'oppression, n'était que le premier fait de la division du pouvoir. Avec la féodalité le principe monarchique subsistait encore; mais l'autorité devenait le partage des r-ois et des nobles, c'est-à-dire de toute une classe

l'ait historique,, remarquable . celui de l'antagonisme qui sépare profondément les principes fondamentaux du gouvernement chez les Orientaux et chez les peuples xle l'Occident.

()ui avait contiuis s(»ii iiKicpciKlancc. La l'cddalilt' rlail donc un i-clour vers les anlicjurs principes i^^invcrncincnlanx de l'Occident, le partage de la puissanee législative. Aussi on vitsiiecessivenient s'orL^Miiiser les réjtuhliques italiennes, les villes impériales, les villes lianséaticpies de rAllenia}j;ne, les eoinnuines de Franee et d'Angleterre, les Waldsteltes de l'Helvétie, et surtout nos états généraux d'où devait sortir le gouvernement représentatif de la France.

One fut pas cependant sans luîtes, sans combats, sans martyrs, que la liberté traversa le moyen âge. Les républi([ues italiennes, vassales nominales de l'empire germanique, durent repousser, les armes à la main, les.prétentions des empereurs leurs suzerains. Afliiiblies par leur résistance, elles s'éteignirent au sein de leurs discordes intestines. Leur rcMe avait été d'enseigner aux grandes cités du nord à (juel degré de puissance pouvaient s'élever les classes bourgeoises, le tiers-état, comme on s'exprimait en France. Tombées sous l'autorité de princes souverains, ces républiques jadis si puissantes, cette Florence, cette Pise, si riches et si magnifiques, cette superbe et orgueilleuse Gênes, ne pouvaient plus rien pour la liberté. Un petit peuple obscur, confiné dans les vallées et sur les pentes abruptes des Alpes et du Jura, releva aussitôt l'étendard de l'indépendance et de la puissance populaire, les Helvétiens ; la Providence leur avait assigné cette mission. C'est d'un de leurs héros, d'un des fondateurs de la liberté helvétique et en même temps d'un des précurseurs de la liberté moderne, que nous allons, non pas retracer la vie, mais rappeler la courte et brillante histoire. C'est à tort qu'on a voulu révoquer en doute l'existence de Guillaume Tell ; Muller, auteur de l'histoire des Suisses, a recueilli sur ce personnage, à la fois glorieux et obscur, des renseignements de la plus incontestable authenticité. Sans nous arrêter à discuter ce que chaque phase de la romanesque histoire de Tell peut avoir de plus ou moins probable, nous la conserverons intacte, pour ne pas affaiblir ce qu'elle a de dramatique et de touchant. Au treizième et au quatorzième siècle, l'Helvétie, province.

dclaclicc (le l'aïKicii royaiiiiic d'Arles, laisail partie de. ICiiipin' germanique. Divisée en deiixceiilsliers, eoinlés ou l)aroni<'s, (|ui relevaient immédiatement du l'empereur, on voyait sur son territoire quatre villes impériales et les trois Waldslettes, oucantons libres d'Uri, de Schwitz. et d'Unlerwalden, considérés comme prinripautés suzeraines de l'empire, mais n'obéissant à aucun vassal inq)érial. Albert l" d'Autriclie, fils de Uodolplie de Jiaj>sbourg, après' avoir tué. de sa propre main, à la bataille de Gœlheîm, son compétiteur Adolphe de Nassau, reçut la couronne des Césars, en 1298. Parmi les titres de la famille de Hapsbourg, le plus précieux était celui d'avoué ou de défendeur des Waldstettes, titre qui avait élevé les descendants de Gontran le Kidie au-dessus des autres possesseurs de fiefs de l'Helvélie, et avait conduit Rodolphe IV, de Hapsbourg, au trône impérial. Albert, oubliant l'origine de la fortune de sa maison, résolut de convertir en souveraineté le patronage qu'il exerçait sur les Waldstettes. Les Helvétiens, jaloux de leur noble privilège d'indépendance, refusèrent de reconnaître d'aussi injustes prétentions. Mais le fier et ambitieux Albert profita de la puissance ([ue lui donnait le titre , de chef de l'empire pour faire occuper les trois cantons par les soldats impériaux, et les livrer au caprice despotique d'un gouverneur impitoyable, le landvogt Gess- 1er. Cet homme n'obéit que trop- ponctuellement aux ordres de l'empereur; il accabla de vexations les' habitants des Waldstettes. Dans l'année 1307, trois des principaux citoyens des trois cantons, StaufTacher d'Uri, Walter Furst de Schwitz, et Melchlhal d'Unterwalden, se réunirent secrètement sur le sommet du Griitli, et là jurèrent à la face du ciel de rétablir la liberté et de chasser les troupes de l'usurpateur. Chacun d'eux travailla avec ardeur à préparer ses concitoyens à la grande lutte qu'il fallait soutenir. Malgré tout le mystère dont ils s'entouraient, le landvogt eut quelques indices de la conspiration ; furieux, mais ne sachant sur qui sévir, il fit élever un mat sur lequel on arbora, par dérision, un bonnet, symbole de la liberté dont les Helvétiens avaient été dépouillés, et il ordonna .que ceux des cantons qui

|>iiss('r;iii'iil (IcNiiiil ce iiioimiiiciil d Opprolirc llcrliisscnl le iH'iiou. Willu'lin ou (iuilliuiiiic l'i'll. du Nillai:»' de nurgclii dans le canloM d'I ri , i;êiidn' de W aller l'iirsl cl un des diels du ('Oin|d(>l, refusa d'obéir au landNoiil e( de s'Iuitnilier dcvanl le sii^ne de l'asservisseiuenl de sa pairie. Les salrlliles iU'rèlenl (iuillaunie el le li-aîuenl devanl le lyran. — « Pourquoi, dit ("iess- 1er, eni'reins-lu niesorilres? ne suis-je pas le représenlanl d'Alherl Ion souverain? — Les hoinnies des Waldslellessonl libres\ ils n'onl de souverain que Dieu seul. — Ouoi! tu oses nier (fVie lu sois le sujet de l'empereur? — Je suis d'I'ri ; Lri relève de l'empire; mais dans nos vallées on ne connail ni seigneur ni sujet. — Vassal, tais-toi, ou je te forcerai d'avouer que je suis le maître de ta vie. — Comme le lammer-geyer ' est le maître-de la vie d'un agneau sans défense. — Misérable! tu mourras.... Mais non. Tu es, dit-on, le plus habile chasseur des montagnes, lu peux racheter ta vie. Ton fils sera conduit devant la porte du Burg, et si tu es assez adroit pour frapper une pomme placée sur sa tète, tu retourneras à Burgeln. — Fais-moi donc conduire au supplice.^ Non, de par le ciel! je l'ai dit, tu obéiras., sinon ton fils sera torturé sous tes yeux, e),après sa mort, qui sera lente... je te livrerai au bourreau.»

L'ordre du landvogL reçut son exécution; ni larmes, ni prières ne purent le fléchir; l'enfont est amené au milieu de sa famille éplorée et d'un immense- concours des pasteurs des Waldstettes ; il est lié devant la demeure de Gessler; on lui bande les yeux, et bientôt Tell parait chargé de chaînes, entouré de gardes... Le cruel landvogt insulte à sa victime. « Tell, ta main n'a jamais tremblé, ton coup est sur : sauve ta vie el celle de ton fils. Déliez le prisonnier. » 3Iais Guillaume a .pris son parti : il ne montrera aucune faiblesse devant r.iulrichien ; il compte d'ailleurs sur Dieu qui protège l'innocence et le bon droit. » Qu'on m'apporte des flèches, » sécrie-t-il. Un soldat lui (Ml donne plusieurs; Tell les examine attentivement; il en

' Le grilToii des Alpes, la plus grande espèce daigle.

clioisil (l(Mix, (iK'l ruiic dans son s(mii ri la second*' sur son arhalrlc. La ponnn(3 latalo csl placée,- l'are lendu; un silence solennel règne autour de l'intrépide chasseur des montagnes; le Irait sil'lle, le Init est alteini, cl reniant se jette d.ins les bras de son père. La landvogt |)àlit, sa victime va lui écliapper. « lell. tu es libre, dit-il en lui jetant un sombre regard. — l^t toi, tu es sauvé! A'ois cette ilèche ; si le sang de mon tils eut coulé, elle serait maintenant dans ton cœur. » Le tyran frémit du danger ({u'il a couru ; un archer aussi adroit est le plus dangereux des ennemis; si jamais ils se trouvaient en présence ?... Mais non, il ne s'y exposera pas. Gessler fait un signe, les soldats impériaux se jettent sur Guillaume, l'entourent et l'entrainent dans la forteresse où réside le tyran. La foule, épouvantée de ce nouvel acte de farouche despotisme, s'écoule, non sans penser à l'heure de la vengeance. Guillaume doit consumer ses jours dans les horreurs d'un cachot : c'est l'ordre du landvogt; et comme il craint -que les habitants des Waldstettes ne prennent les armes pour lui arracher sa victime, il la conduira lui-même sur les terres impériales.

La nuit est venue, nuit à jamais célèbre dans les fa:stes de l'Helvétie; une barque est appareillée sur la rive du lac de Lucerne ; Gessler s'y embarque avec Guillaume chargé de chaînes et plusieurs archers. Soudain le vent s'élève, les flots bondissent, la tempête mugit et se déchaîne, les éclairs déchirent les sombres nues, la foudre gronde, elle éclate avec fracas. Bientôt la barque devient le jouet des vents et des vagues; nul bras n'est assez ferme pour tenir le gouvernail au milieu de ce conflit du ciel et des eaux ; nul. ... un seul peut-être ? et c'est le prisonnier. Le danger devient de plus en plus menaçant, on va périr. . . mais le coupable Gessler ne peut sans frémir envisager la mort. <( Tell, s'écrie-t-il éperdu, la liberté pour toi si tu sauves ma vie! » On s'empresse de briser les chahies du captif; il se jette au gouvernail ; la barque obéit à son bras puissant, elle fend les flots, elle touche un rocher sur la rive ; Guillaume s'élance, du pied repousse la barque au loin et disparaît. Cependant les im-

pcriiuix |>r(>l('i,M's. j);ir l;i proximilc du rivMi:;»', piirvicimciil à div\*^vv rtMiiharciilioii. ol ils prcmu'iil Icnc à Kiisiiacli au inonuMil oïl (luillauiin' y arrivai! ; il rcioniuiîl ses ciiiiciuis, il va relonibvï vn k'ur |>()iiv()ir; déjà (icssicr le dcsiiiuc à ses salcllilcs. In seul moyon de salul reste à (iiiillaiime; eu s'é('lia|)|)aid de la Itaripie il s'est emparé d'une arbalèle; il se relournc, s'arrête un instant, et le landvojijt a ecssé de vivre. Profitant de la stupeur (pii i'raj>|)e les soldats, T(>ll |)rend \i\ fuite et trouve un refuge eliez SlaulVaeher. Les eonjures saisissent l'oceasion, ils s'arment; les trois cantons jurent pour dix ans une alliance défensive que les événements changèrent bientôt eu un pacte fédératif perpétuel.

L'empereur Albert convoqua les vassaux de l'empire pour marcher contre ceux que, lui parjure, ne rougit pas d"ai)[)eler rebelles; il ne vit pas même briller leurs piques redoutables. Son neveu, Jean de Souabe, qu'il avait dépouillé de ses domaines, l'assassina au passage de la Reuss. Tous les efïbrts des princes de la maison d'Autriche échouèrent contre les intrépides pasteurs des W'aldstettes. L'armée autrichienne trouva son tombeau dans les défdés de Morgaten, en 1315 ; et malgré la reconnaissance de la ligue helvétique par l'empereur Louis de Bavière, la lutte se prolongea jusqu'en 138G; il fallut que le dévouement héroïque d'Arnold de Winkelried, assurât la victoire de Sempach sur Léopold d'Autriche, pour mettre la liberté helvétique hors de toute atteinte. Bientôt la ligue fédérale s'étendit : déjà en 1332 Lucerne, en 1351 Zurich et Glaris, en 1352 Zug et Berne étaient entrées dans la hgue; Saint-Gall en 1405, Fribourg en 1478, Bàle, Schaffliouse et Appenzell en 1501 y accédèrent, ('/est du nom du canton de Schwitz que nous avons fait le mot Suisse par lequel nous désignons l'antique et héroïque Helvétie.

Guillaume Tell, après avoir combattu glorieusement pour l'indépendance de sa patrie, mourut, en 1354, dans une inondation qui renversa le village de Burgeln.

Deux monuments simples et religieux conservèrent la mé-

moiro do co Ik'tos i\o la liborlo : un<,' clinix'llo sur rcniplacomfnl, (le sa maison, cl imc aulrc sur le rocher où il pril l(!rrc«'n échappant à la vengeance du landvogt.

.lean-Marlin Tell. d'Allinghausen, mort en 1084, a Hé le dernier descendant de Guillaume.

Ch. Delattrk.

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IIICIIEL lli; i;il(IFIÎAL.

Si une vie laborieuse, austère, vouée à l'exercice des vertus clu'étiennes et au bonheur des hommes, mérite de servir de modèle à tous les cœurs bien nés, c'est surtout par le courage qu'elhexige dans ces luttes politiques où les partis s'arment des intérêts du ciel pour assouvir leur ambition ^ --l:^=^^- pt leur vengeance.

Telle fut la vie de Michel de IHôpital ; ce grand homme nacjuit en 1505, à Aigues-Perses, où son père Jean de l'Hôpital exerçait la profession de médecin." Aigue-Perses est situé au centre de la Limagne, ce magnifique verger de la France, encadré par les montagnes où dorment les volcans éteints de

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l'Auvergne ol du l-'orc/. Les sites les plus l'innls, une terre l'erlile, (le belles eaux, les riches moissons prodiguées par le eiel à l'activité du laboureur, tel est le spectacle qui fortifia dans l'àme du jeune Michel le sentiment religieux. En suivant les excursions botaniques de son père, il apprit à remonter directement vers Dieu, pour le bénir dans l'harmonie de la création, comme dans le détail de ses œuvres, sans s'égarer à la suite des interprètes divers dont l'orgueilleuse raison allait servir de prétexte pour ensanglanter la terre.

La langue d'Homère et de Platon était sortie depuis moins d'un siècle des ruines du bas-empire : le latin seul leur avait survécu ; latin barbare, hérissé d'expressions d'origine germaine ou celtique, il était devenu en cet état l'idiome naturel du clergé et des professions libérales. .Michel de l'Hôpital, doué d'un sens droit et d'une intelligence précoce, s'attacha avec amour, sous la direction de son père, à l'étude de la langue de Virgile et de Cicéron. Un exercice trop dédaigné aujourd'hui, la composition des vers latins , éveilla dès l'enfance son génie poétique , aux mêmes sites que devait immortaliser un jour la muse française de Delille.

Sous le charme de ces inspirations il traversa l'Auvergne, en 1522, pour aller suivre ses cours de droit à l'université de Toulouse. François I" régnait depuis huit ans ; le connétable, Charles de Bourbon, venait de quitter la France dans le but criminel de combattre sa patrie. Jean de l'Hôpital, médecin de ce prince, égaré par la reconnaissance, passa la frontière avec lui ; il fut poursuivi comme son complice; l'état s'empara de ses biens. Michel de l'Hôpital se vit arrêté au même titre, et jeté dans la prison publique de Toulouse. Là, s'isolant des malfaiteurs, ilretrouvait une compagnie d'élite: à côté de Virgile, d'Horace et des saintes Ecritures, confidentes de ses joies et de ses chagrins , les fondateurs de la jurisprudence romaine révélaient à ses méditations les trésors de leur sagesse.

François I", informé de ces poursuites, rendit la liberté au jeune l'Hôpital, déchargé de toute prévention de complicité, et

lui |)('i-mil diillcr rejoindre son piMV à Milan. Vvn de Icnips a|)r('s, rarnir(> IVanraiso, ronlréeon llalic nul le siège devant cctle ville, KiMilornio dans la place où son devoir le retenait au elievet des malades et des Messes. Jean deriiopilal exigea (jue son (ils eessài de partager avec lui ee pieux oi'liee, et le i'orea de s'échapper, déguisé en nudetier.

Michel se rendit à Padoue. dont l'université était alors la plus florissante de l'Italie; il y resta six ans, partageant ses travaux entre la lés;islalion et les bonnes lettres : il y étudia spécialement les œuvres du Dante, de Pétrarque, de l'Ariosle et du Tasse.

Nous le retrouvons plus tard à Rome, investi des fonctions judiciaires en qualité d'auditeur de rote.

Le traité de paix de 1534 lui a rouvert la France ; il y court, préférant au brillant avenir qui l'attend à Rome la perspective même de l'indigence au sein de sa patrie. Il arrive à Paris, dénué de toute ressource, sans espoir de se faire rendre les biens confisqués sur son père, mais riche de son courage, de son instruction et de sa probité; il se fait inscrire avocat au parlement. Il a grand'peine à trouver ce premier client, ce premier procès, (jui, dans s^ profession, fixe l'avenir d'un jeune homme; il le plaide enfin, sans autre honoraire que la conscience d'avoir fait triompher la cause de l'équité : ce succès en amène d'autres. Dégagées de ce fatras hérissé de citations grecques et latines, bibliques ou profanes, qu'on nommait alors l'éloquence, ses plaidoiries, sans l'enrichir, commandaient l'estime des magistrats, et sa conduite exemplaire au barreau gagnait leur confiance. Son désintéressement, son aversion pour tout ce qui ressemblait à de l'intrigue, captivèrent surtout le lieutenant criminel, Jean Morin, qui lui donna sa fille en mariage. Cette union lui permit d'entrer conseiller au parlemen.t de Paris.

Le droit de juger était alors une propriété aliénable à prix d'argent, et les magistrats avaient droit à un supplément de salaire, connu sous le nom d'épices. Nul ne les gagnait mieux que lui ; à l'audience, il donnait aux -jeunes conseillers l'exemple de l'assiduité, de l'application ; rentré chez lui, il s'occupait sans re-

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lard ni rclnclic (k's iioiiibrcuscs aU'aircs doiil l«' rappoii lui /'lail coiilié, (3l achcvail (l(( nii'irir son opinion sur les (jucslions à résoudre, dans l'inlcrvalh^ onirc les plaidoiries et I arrèl.

Les vacances n'apporlaii^nl aucune trôve h ses (Hudes; lobjel seul en élail dillërent : il lisait et annotait les ii;rands (''crivains de ranti({uité, les mémoires liistori([ues des. loinville, des Froissart, des C-onuiiines, et retrempait son àme aux sources des saintes Ecritures.

Il n'avait pas dissimulé à ses collègues son o|)inion contre la vénalité des charges judiciaires; il sentait d'ailleurs (jue l'inlluence de ses exemples serait prescjue nulle sur la discipline intérieure du parlement, tant ({u'il ne la fortifierait pas par l'autorilé d'une position supérieure. Or, les préventions de Franrois 1" poursuivaient jusque sur le fils la fidélité du père au connétable de Bourbon ; d'ailleurs Michel de l'Hôpital se préoccupait tristement de la cruelle mission qui allait être confiée à la magistrature du royaume, à la lueur de l'incendie que le président d'Oppède venait d'allumer, au nom du parlement d'Aix, à (labrière, à Merindol et dans vingt autres villages qui tenaient à prier Dieu à la manière 4es Vaudois.

Après la mort de François I", en 1547, le chancelier Olivier le présenta à Henri H, comme son ami, fit valoir ses anciennes relations avec la cour de Rome, et le lit nommer ambassadeur au grand concile que le pape venait de transférer de Trente à Boulogne. Cette translation, qui avait pour objet de dérober le concile à l'influence de Charles-Quint, n'eut point ce résultat. L'Hôpital revint à Paris au bout de deux ans, après avoir utilisé ses loisirs par la composition d'un grand ouvrage de droit ; mais il y rentra, apprécié par le cardinal de Lorraine, qui le désigna à Henri H comme le plus digne de la surintendance de la chambre des comptes.

Dans sa nouvelle charge, l'Hôpital se montre l'ennemi intraitable des malversations et fait revivre les anciennes lois qui garantissent la fidèle gestion des deniers de l'état.

Cependant Henri U parvenait à grand'peine à contenir 1 un

— lOV —

|»ar laiilif les tlids aiiil)ilirii\ (|iii allairiil se (lis|)iJlrr le rovaiimc sous les haiiiucrt's lioslilcs du |)a|)r cl de C.alvm. Il iiKMirl. cl k'S sccla leurs (le la rciunnc se soulrvcul dans iircscjuc tdulcs les proviiKTS. A leur liMc se luonlrciit liiuidcniciil encore le roi de .Na\ai're, Aiiloiiic de llourhoii, plus liardiuicul sou Ircrc. le |>riu(c de Coudé, cl les deux CluUillons ^d'AudcIol cl Coliiiuv ; les princes de Lorraine le cardinal cl les (îuiscs prcn ncnl la direchon du parti calholique. Ils oui donné [)our épouse à l'riuiçois 11 leur nièce Marie si Iragiiiueuient célèbre quel- (jucs années après sous la couronne des Sluarl, el ils conij)lenl dominer à l'abri de son inviolabililé. l/JIopilal est nommé cliancelier de France, pour lenir leur ambilioii en échec. Ce choix, qui aunonçail un changement lieureux dans le système du gouvernement, fut l'œuvre de Catherine de Médicis : <( Elle » avak cru voir en lui un honune qui, pour |>ri\ d'une élévation » inespérée, se vouerait tout entier aux intérêts de sa puissance, ). dit M. de Lacretelle Des Guerres de relùjion, t. 2*=); Michel » de l'Hôjiital, ajoute l'éloquent historien, ne chercha point s'il » devait plus aux Cuises qu'à la reine mère; mais il se souvint » de ce qu'il devait à l'humanité, aux lois et à*sa patrie. »

La conspiration d'Amboise, ourdie par les protestants, venait d'être châtiée avec une inflexible sévérité. La guerre civile était flagrante; le cardinal de Lorraine voulut suspendre sur toutes les tètes le glaive de l'inquisition espagnole; l'Hôpital, au contraire, mit tout son zèle à détourner ce fléau, et s'il consentit à rendre un premier édit sévère à l'excès, il en confia l'exécution au clergé régulier, qu'il voulait ramener à une discipline plus rigide. Il ne dissimula pas au parlement de Paris sa répugnance contre toutes les mesures violentes, el iï annonça l'intention de convoquer les états généraux (les anciennes assemblées représentatives du royaume) et un concile national.

Les états furent convoqués à Orléans, pour le 5 décembre 1560. Dans l'intervalle, l'Hôpital fît suspendre la condamnation prononcée contre le prince de Condé, à la mort de François H; il fit déférer la régence à la reine mère, le titre de lieutenant gé-

tirral de la coiirinwic à Aiiloinr de Pxmrlxm ; cl sous ces hriirnix auspices, il ouvrii les clals dOrlcans par un discours doiil cpiclques lignes suffisent pour faire connaître son beau caractèro .-

« Ces assemblées ont été sagement établies afin que le roi en- » tende par lui-même les plaintes et connaisse la vraie situation )) des affaires de ses peuples; connaissance qu'il ne peut ^nière » avoir lorsqu'il n'entend que le rapport, souvent peu fidèle, de ••) ceux qui l'approchent. Les souverains s'y instruisent de leurs » devoirs; on les engage à diminuer les anciennes impositions. » à n'en pas faire de nouvelles, à retrancher les dépenses su-. » perflues qui ruinent l'état, à ne plus vendre les charges, les » emplois et les offices, à n'élever aux dignités de l'Église que » les sujets capables de les remplir. »

Puis, faisant allusion aux luîtes religieuses : « Nous avons fait » maintenant, dit-il, comme les généraux malhabiles qui, pour » mener tous leurs soldats au combat, dégarnissent les places et » les laissent sans défense. Nous devons, au contraire, nous mu- ■» ;iir d'abord de vertus, de bonnes œuvres, de la parole de Dieu » et de la prière. Ne prouvons pas que nous haïssons les hommes » 'plus que les vices et les erreurs ; il faut incessamment priei- » pour eux, afin qu'ils reviennent de la voie de l'erreur au » chemin de la vérité ; et l'on doit cependant retrancher ces » noms odieux, que l'ennemi du genre humain a forgés, de lu- » thériens, huguenots, papistes ; il ne faut retenir que le beau » nom de chrétien. »

Ces salutaires maximes brillent également dans son discours d'ouverture des conférences de Poissy. Ce simulacre de concile entre les docteurs de la foi protestante etdela foi catholique aigrit les esprits, loin de les calmer; une nouvelle guerre civile devient imminente. L'Hôpital se montre encore l'éloquent défenseur d(^ l'humanité; et devant les états, réunis à Saint-Germain, il propose et fait accepter l'ordonnance de janvier 1562, connue sous le nom à'édit de tolérance. Cet édit suspend jusqu'à la détermination d'un concile national les peines prononcées par les édits précédents contre les assemblées des religiohnairés, leur permet

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