‹ Les Anges du foyer (volume 2)Chapitre 11 sur 15 · LB PETIT VKBRE D*EAU-DE-VIE · texte numérisé non relu

LB PETIT VKBRE D*EAU-DE-VIE

GepesdaDt, arrivé au champ, et tout en m'occupant du labour, je commençai à ruminer ce que Picou arait dit.

Le prix de ce petit verre du matin était, dans le fait, peu de chose ; mais, répété chaque jour, il finissait par produire trente-six francs dix sons ! Je me mis à cal« caler tout ce que Ton pouvait ayoir avec cette somme.

Trente-six francs dix sous! dis-je en moi-même, c'est, pour les gens en ménage, une chambre de plus au logement, c'est-à-dire de l'aisance pour la femme, de la santé pour les enfants, de la bonne humeur pour le mari.

C'est le bois de Thiver, on le moyen d'avoir du soleil à domicile quand il n'y a que de la neige au dehors.

C'est le prix d'une chèvre dont le lait augmente le bien-être du ménage.

C'est de quoi payer l'école où le garçon apprend à lire et à écrire.

Puis, retournant mon esprit d'un autre côté, j'ajoutais:

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Trente-six frmcs dh ^m$ ! Notre Yoisin Pierre ne paye poiat davantage pour la location des deux arpents qu'il cultive et qui nourrissent sa famille 1 C'est juste rintérèt de la somme que je devrais emprunter pour acheter au commissionnaire du bourg le cheval et la charrette qu'il veqt vendre. Avec cet argent dépensé chaque matii)i au détriment de ma ssnté, je puis me faire un état, élever une famille» ramasser les épargnes nécessaires à mes vieux jours*

Ces calculs et ces réflexions décidèrent de mou ave< nir« Je surmontai la mauvaise honte qui m'avait fait

céder une fois aux sollicitations de Picou ; j'épargnai sur mes premiers gains ce qu'ils m'auraient fait dépasser au cabaret, et bieutût je pus entrer en marché avec le voiturier auquel j'ai succédé.

Depuis j*ai toujours continué à calculer chaque dè« pense et à ne négliger aucune économie, tandis qne Picou persévérait, de son côté, dans ce qu*il appelle la vie des bons enfants* Vous voyez où cela nous a conduits tous deux. Les haillons du pauvre homme , sa

LE PETIT VERRE d'bAU -DE -VI B 203

vieillesse avant Tâge, le mépris des honnêtes gens, et mon aisance, ma santé, ma bonne réputation, tout vient d'une habitude prise. Sa misère, c'est le petit verre d'eau-de-vie qu'il boit en se levant, comme mes joies sont les deux sous épargnés chaque matin.

DRAK LE FARFADET

An siècle dernier, virait dans la petite ville de Gail* lac, en Languedoc, un jeune marchand et qui, se trouvant en âge de s'établir, cherchait une femme. Pourvu qu'elle fût douce, spirituelle, riche, jolie et de bonne famille, peu lui importait le reste; car Michel savait qu'il faut mettre de la modération dans ses désirs* Malheureusement, il ne voyait personne à Gaillac qui lui parût digne de son choix. Toutes les jeunes

elles y avaient quelque défaut connu, sans parler de

ceux qu'on ne connaissait pas. Enfin on lui parla d'une demoiselle de Lavaur, douée de qualités sans nombre et d'une dot de vingt mille écus. Cette dernière somme était précisément celle qu'il fallait à Michel pour s'établir : aussi tomba-t-il sur-le-champ très-amoureux de la jeuQe fille de Lanuf. Il fut présenté k la famille, qui lui trouva bonne mine et l'accueillit favorablement. Mais la jeune héritière avait plusieurs prétendants entre lesquels elle hésitait : après quelques pourparlers, il fut donc décidé qu'ils se réuniraient tous à une soirée, et qu'après les avoir comparés, les parents ' et la jeune fille choisiraient.

Au jour conveEU, Michel partit donc deGaillac ponr Lavaur^ Il avait mis iuiomâme dans con porte-muteau oe qu'il avait de plus galant : un habit yeTtrifumme, une veste goi^ de pigeon, upe culotte 4e velours noir, des baa de soie à fourchette d'argei^t, des souliers i boudes, ua oeil de poudre et un ruban de queue satiné* Sou ebeval était enharnaché d'une résille à longues firanges destinées à chasser les mouches, d'une bride

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