‹ Les Anges du foyer (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · LE BOUVREUIL DU PÈRE MARC · texte numérisé non relu

LE BOUVREUIL DU PÈRE MARC

entendre tout à coup une modulation éclatante. Le goût de la vie lui était revenu ; en retrouvant ses habitudes il reprenait ses chansons. Jamais, sa voix n'avait retenti si modulée et si sonore ; elle remplissait la petite chambre du pauvre tailleur. Repassant l'un après l'autre tons ses airs connus, il semblait épuiser toutes les mélodies de la joie et du printemps. Plus sage que tant d'hommes, il avait refusé l'opulence pour conserver sa vie paisible et son modeste asile ; il chantait, dans son langage, les beaux vers de Virgile : « Heureux qui dort sous le toit où il est né et voit les épis mûrs de son doux royaume 1 >

Cher oiseau, dont la sagesse m'est tant de fois revenue à la mémoire pour m'éclairer ou me raffermir, ah ! que n'as-tu pu communiquer à tous l'amour de la simplicité, le besom de la modération ! Pourquoi ton chant joyeux qui monte au ciel n'est-il pas compris de ceux qui passent ? Il semble dire à tous :

— Resserrez vos désirs dans les limites de votre domaine ; c'est la modération des vœux qui fait l'abon-

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dance des ressources ; il faut à l'homme peu de chose et pour peu de temps,

Voilà ce que la Yoix de Primeyëre me répôtait encore il y a quelques jours; mais j'ai cessé de l'eutendre : Toiseau est parti pour ne plus revenir.

Depuis quelques mois déjà le travail avait diminué pour le père Marc; puis enfin il a cessé. Le vieux tailleur a dû accepter l'occupation qu'on lui offrait^ loin d'ici, chez un maître. Il part au point du jour et ne rentre qu'à la nuit close, si bien que Primevère ne le voyait plus. L'oiseau s'est vraisemblablement attristé, car, il y a quelques jours, j'ai trouvé sous l'escalier le vieux tailleur sa cage à la main. J'ai salué Primevère en félicitant mon voisin d'avoir un si joyeux ami qui lui tenait lieu de société et de famille.

-^ C'est-à-dire, a4-il répliqué^ qu'il m'en tenait lieu autrefois. Tout le jour, pendant que je tirais l'aiguille, il me camait gentiment, et quand venait l'heure du d^ner j'avais de la musique comme les princes. Mais à cette heure tout est changé, i Dès que je suis debout

LE BOUYHEUIL DU PÈRE MARC itô

il faut partir, et je ne reviens qu'après le soleil couché, si bien que lorsque je sors, Primevère n'est point encore éveillé, et lorsque je rentre il est déjà endormi. Nous ne nous voyons que le dimanche. Gela ne peut pas continuer. Monsieur, Primevère s'attriste d'être toujours seul, et, à vrai dire, ce n'est pas une vie pour un oiseau chanteur; il lui faut des oreilles qui l'écoutent, des voix qui lui répondent : aussi ai-je pris un grand parti... je donne l'oiseau 1

À ces mots il a commencé à tousser et il s'est échappé brusquement. — Pauvre père Marc! puisse Dieu lui tenir compte de son dévouement. S'il est vrai qu'un simple verre d'eau donné au pauvre sera apprécié au royaume céleste, j'espère qu'on y tiendra compte du plaisir sacrifié, ne fût-ce qu'au bonheur d'un oiseau 1

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