LA ROCHE PERCÉE
la main sur eux, et personne ne la portera quand je pourrai l'empêcher.
— Tumemenacesirepritle propriétaire furieux; voilà donc le prix de ma patience ou plutôt de ma sottise ! . . . Dieu me damne I tu n'en abuseras pas plus longtemps. Paie-moi les loyers arriérés ou je te chasse dès ce soir, à l'instant môme.
Morvan tressaillit.
— Vous ne ferez pas cela, monsieur, s'écria-t-il.
— Non, dit Royer exaspéré ; eh bien 1 c'est ce que aous allons voir! Veux-tu me payer?
— Hélas ! vous savez que je ne le puis.
— Alors, je prends mon droit, dit le propriétaire. Et arrachant la clef restée à la porte de la cabane, il
quitta brusquement Claude et disparut dans le sentier.
Le paysan demeura d'abord immobile de stupéfaction ;
puis emporté par la colère, il s'élança à la poursuite du ca-
baretier ; mais les cris de ses enfants effrayés l'arrêtèrent
tout à coup. Il pensa aux suites d'une lutte entreprise
contre cet homme ; il entrevit un procès, la prison peut-
être ; Pierre et Renée abandonnés sans appui I... Cette image fit tomber subitement son irritation. Il revint aux deux enfants, les prit par la main et demeura quelques instants debout et indécis devant sa cabane refermée. Devait-il retourner vers M. Royer pour s'efforcer de le fléchir, ou se rendre tout de suite chez son cousin? Après quelques instants de réflexion, il s'arrêta à ce dernier parti. Le jour venait seulement de tomber ; en pressant le pas ils pouvaient encore arriver assez tôt pour trouver les maisons deDinan ouvertes. Il prit un panier déposé dans un petit appentis, et qui renfermait quelques restes de provisions; puis, encourageant Pierre et Renée à le suivre, il remonta la colline pour gagner Kelern, et de là le chemin qui conduisait à Dinan.
La présence des enfants le forçait à marcher lentement, et, plongé dans ses tristes réflexions, il ne prenait point garde à ce qui l'entourait. Cependant le ciel se couvrait de plus en plus; de lourds nuages chassés par le vent de mer enveloppaient les dunes; et, au mo-