‹ Les anges du foyerChapitre 3 sur 16 · CORNET DE L'EPICIER · texte numérisé non relu

CORNET DE L'EPICIER

C'était un de ces populeux et charmants villages si nombreux dans les environs de Paris, mélangés de maisonnettes de laboureurs et de villas élégantes bâties à la lisière du bois, parmi les vignes et les vergers. Le soleil du matin égayait la petite place couverte de moineaux effrontés qui se disputaient les graines égarées dans la poussière; les ménagères, en manteau de nuit, allaient de seuil en seuil pour les causeries et les provisions du matin. On voyait s'ouvrir successivement les petites

boutiques établies çà et là, et les marchands suspendre lentement à leurs étalages les échantillons destinés à attirer les chalands.

L'un d'eux avait déjà tout mis en place, et, debout à sa porte, il regardait les bras croisés ses voisins moins diligents.

C'était un jeune marchand aux mouvements prompts et à la mine éveillée, dont l'enseigne portait ces mots, écrits en majuscules dorées: denrées coloniales.

L'épicier (puisqu'il faut l'appeler par son n^'m) était établi depuis peu dans le village. Il suffisait, pour s'en convaincre, de voir la nouveauté des marchandises exposées, la splendeur de la devanture récemment enjolivée d'arabesques, et l'éclat immaculé du comptoir. Aussi échangeait-il à peine avec quelques-uns des passants un salut de connaissance, et nul ne s'arrêtait pour s'informer, selon l'usage, de la manière dont il avait passé la nuit.

Aristide Giraud (c'était le nom de notre jeune marchand) eût peut-être pris son parti de n'avoir point à

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