‹ Les anges du foyerChapitre 9 sur 16 · LES DEUX PORTR A ITS · texte numérisé non relu

LES DEUX PORTR A ITS

— Tiens, c'est M. Dubois, reprit le fermier d'un air de connaissance ; bonjour, monsieur Dubois, ça va bien, et la vôtre ?

— Pas mal, merci; vous voilà donc en voyage?

— Gomme vous voyez ; je viens de Montrichard pour une ferme.

— Est-ce que vous quittez celle où vous êtes ?

— Quoi ! vous ne savez pas, s'écria Jean-Baptiste ; le vieux sans cœur me l'a retirée.

— Quel vieux sans cœur ?

— Eh bien 1 le bourgeois donc ; il a mis à ma place le grand Thibaud ; vous savez le grand Thibaud, que son père a eu une affaire à la correctionnelle ; des gens de rien I Eh bien ! le vieux pince-mailles lui a donné la préférence parce qu'il offrait trente louis de plus.

— Et il vous a renvoyé, vous qui étiez là de père en fils depuis plus de cent années?

— Voilà ce que c'est que la reconnaissance des

richards, répliqua Jean-Baptiste avec amertume : vous

leur défrichez le terrain, vous faites leur fortune, et

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quand le moment est venu de manger un pauvre morceau de pain, ils vous mettent sur le pavé. Mais je lui revaudrai ça, aussi vrai que je suis un homme ; je le lui revaudrai.

— Peut-être bien que tout vient du notaire? objffcta Dubois.

— Non, non, reprit le paysan : c'est le monsieur qui a voulu la chose, même qu'il est venu exprès dans le pays.

— Vous l'avez vu ?

— Ah ! bien oui ! j'y suis allé deux fois; il était malade, censé. C'est si fier, voyez-vous, ça ne reçoit jamais de pauvre monde comme nous; il aurait peur que notre vue le salisse. A l'autre voyage déjà j'avais pas pu le voir.

— Ahl bahl

— Non, j'avais trouvé que les enfants, et qui sont pas beaux, je vous assure, ni polis, ils me regardaient comme une bctc curieuse. Après ça, tel père, tel fils. Seulement c'est eux qui en ont été pujiis cette fois,

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VU que je leur apportais un lièvre, que j'ai remmené dans ma gibecière et que nous avons mangé à la ferme. Ah I c'est qu'il ne faut pas me marcher sur la tête à moi î

— Vous avez raison, père Baptiste, dit Dubois en lui frappant sur l'épaule ; comme disait défunte ma mère: un paysan vaut un évoque quand il a son pain cuit.

— Oui, mais c'est pas l'idée de l'autre, reprit le fermier en secouant la tête; ça veut trancher dans le grand, ça ne se trouve jamais assez riche ; et pourtant Dieu sait qu'on ne lui refuse rien 1 Vient-il pas encore d'obtenir que la nouvelle grande route passerait droit au milieu de sa propriété; sans parler du grand étang qu'on lui a donné à dessécher et des prises d'eau qu'on lui permet. Au jour d'aujourd'hui, voyez-vous, monsieur Dubois, il n'y a que les intrigants qui réussissent: aussi quand vous voyez quelqu'un riche et puissant, vous pouvez dire d'avance que ça doit pas être grand'chosede bon.

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— Ail ! ne croyez point cela, monsieur, interrompit un petit voyageur à figure douce et pâle, qui avait jusqu'alors écouté en silence les plaintes de Jean-Baptiste; s'il est des maîtres durs et ingrats, il en est de reconnaissants et de généreux. J'en ai pour ma part un exemple.

— Vous avez trouvé un bon maître ? demanda le paysan avec une sorte d'incrédulité.

— Assez bon pour me faire grâce de trois années de fermage à la suite d'une épidémie qui avait enleva tous mes bestiaux.

— Trois années ! répéta Jean-Baptiste émerveillé.

— Et encore a-t-il obtenu une bourse pour mon fils aîné que j'allais être obligé de retirer du collège.

— Dieu me sauve! si je trouvais un bourgeois de cette pâte, je lui bâtirais une chapelle, s'écria le paysan.

— Sans parler des bons procédés de sa famille 1 ajouta le second fermier; le jour du nouvel an ne passe jamais sans que la demoiselle envoie des livres à mon

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