‹ Les anges gardiens, romanChapitre 7 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

De la terrasse, on regarda s'éloigner la petite voiture poussée par Andrée, vers le gros ormeau qui dressait à une soixantaine de mètres son tronc énorme et sa ramure puissante parée de jeunes feuilles vertes comme des feuilles de cresson. Rosalie l'escortait, et aussi le baron, qui adorait ses deux tardillonnes. Il alla jusqu'au gros ormeau, y demeura un instant pendant que la bonne s'installait. Puis il s'en revint vers le château, tandis que Rosalie s'éloignait vivement dans la direction du tennis.

Un peu courte de jambes, mais active, solide d'haleine, Rosalie hâtait le pas, elle courait presque : et, tout en courant, elle riait. A quoi? A l'ineffable grâce de cette après-midi, jeune comme elle-même, qu'agitaient des souffles indécis et doux, pareils aux aspirations vagues et tendres dont Rosalie elle-même se sentait agitée, et qui débordait, comme elle-même, de joie, d'espoir, d'ardeur à vivre. L'humble orpheline étrangère engagée au Val d'Anay pour cinquante francs par mois, l'institutrice à tout faire qui se levait dès six heures chaque matin et s'écroulait de fatigue, le soir, vers onze heures, sur son lit solitaire, sans avoir parfois la force de dégrafer son corsage, n'avait guère lieu, semblait-il, de remercier la destinée... Pourtant Rosalie était heureuse au Val d'Anay, d'un bonheur tellement intense qu'elle n'en avait jamais

connu de pareil alors que vivaient son père et sa mère et qu'elle menait entre eux l'existence d'une fille de petits commerçants embarrassés dans leurs affaires. Sans effort, elle s'était adaptée à sa nouvelle condition : elle était née pour obéir, pour servir. Quand elle prononçait ces mots : M. le baron, Mme la baronne, elle ressentait de l'orgueil. Elle jouissait de l'ancienneté de la famille où elle travaillait, du respect dont cette famille était environnée dans le pays, de ce train de maison qui lui paraissait somptueux auprès de la mesquinerie où s'était développée son enfance. Surtout elle admirait et aimait ses maîtres. Ce qu'il y avait dans leurs vertus mêmes de conventionnel, d'étréci par l'esprit de caste, ne la choquait pas : en revanche, leur désintéressement la ravissait, et aussi leur charité, leur générosité, leur sincère mépris de l'argent. Ses parents à elle avaient été honnêtes au sens vulgaire du mot, c'est-à-dire incapables de voler un objet ou une pièce d'or: mais ladres, grippesous, usant de roueries infimes pour écouler la marchandise défraîchie, consciencieux par intérêt avec les clients habituels, trompant hardiment le client de passage. Au Val d'Anay, Rosalie respirait une atmosphère morale plus limpide; le baron et la baronne donnaient sans compter, pour les œuvres ' catholiques, leur temps et leurs biens; le mensonge était consi-

déré comme déshonorant, même par les enfants; on préférait être malhabile en affaire que d'y paraître roué ou avaricieux. Pour les gens de service, ils étaient traités selon l'ancienne tradition : avec une familiarité protectrice. Rosalie, ayant eu les oreillons peu de temps après son entrée au château, avait été soignée par la baronne elle-même, comme par une mère, sans souci de la contagion. Elle gardait de cette maladie un souvenir ému : et ce n'était pas une figure de rhétorique que de dire qu'elle se serait jetée au feu pour sa maîtresse. Elle chérissait aussi les enfants : Henriette, simple et gaie, Hector et Jean, insupportables, mais coeurs d'or, et les irrésistibles jumelles. Quant au baron, elle entretenait pour lui dans son cœur un sentiment complexe qu'elle ne cherchait nullement à analyser. L'admiration pour le physique s'y confondait avec le besoin de s'humilier, d'obéir, tout en ne ressentant aucune crainte en sa présence, en ne s'estimant, au contraire, jamais si heureuse que quand il était là, quand elle le voyait, l'écoutait. Elle le jugeait tutélaire et infaillible. Si par hasard elle le touchait (comme tout à l'heure où leurs fronts s'étaient frôlés au-dessus du berceau), elle éprouvait un émoi délicieux, un émoi de dévote qui a baisé une relique et se sent toute parfumée de sainteté. Et peut-être était-ce surtout au souvenir

de ce contact que souriait l'innocente Rosalie Boisset, tout en hâtant le pas vers le tennis. Mais elle souriait aussi à la lumière caressante, à l'atmosphère savoureuse, à l'herbe fine, aux arbres d'un vert jaunâtre ou bleuâtre, à l'haleine nonchalante d'une brise d'est qui jouait avec l'air enivrant, à tout ce que contient d'appels à la vie et à l'amour une radieuse après-midi de mars qui semblait une après-midi de mai.

Quand elle arriva au tennis, une partie s'achevait : Berthe et Guy d'une part, Mag et Josette de l'autre, abandonnaient la place aux trois petits Ropart d'Anay, lesquels enjoignirent aussitôt à leur institutrice de compléter le quadrille... Sandra et Fanny, assises côte à côte sur un banc, conversaient avec Jacques. Mag et Josette s'enfoncèrent ensemble dans la forêt. Guy emmena Berthe jusqu'à l'étang, la fit monter en barque, godilla parmi les roseaux vers cette partie incurvée du rivage où de hautes futaies de bouleaux, courbés vers l'eau, projetaient une ombre féerique : quelques saules trempaient même leurs ramures dans la surface immobile. Fanny Smith affectait ce jour-là de ne plus s'occuper de son élève : et Berthe, de son côté, paraissait avoir reconquis son indépendance et accepter résolument son rôle de fiancée. Jacques, vêtu avec une extrême recherche, quitta le banc, s'étendit aux pieds de Sandra et de Fanny devenues silen-

cieuses, et se mit à réciter des vers d'Henri de Régnier. Sandra, sensible à la poésie autant qu'à la musique, écoutait, son pur visage incliné vers Jacques; Fanny, concentrée, secrète, les lèvres serrées, rêvait, — tournant le dos à l'étang où la barque qui portait Berthe et Guy avait déjà disparu sous l'ombre des saules penchants. Et sur tous ces êtres, agités de passions diverses, planait l'ardente et douce sollicitation de la, jeune saison amoureuse.

Dans la forêt, Mag et Josette marchaient d'un bon pas; Josette, connaissant les lieux depuis son enfance, servait de guide. Elles échangeaient, tout en se hâtant, des répliques précipitées.

— Pouvu qu' ils n'aient pas eu de panne !

— Et surtout, pourvu qu'ils ne se soient pas égarés! Ce n'est pas commode; tous les pattes d'oies se ressemblent.

— J'ai dessiné l'itinéraire du mieux que j'ai pu, dit Josette.

Le chemin peu à peu se voilait de fougères et d'ajoncs, s'étrécissait : puis il se perdit. Josette piqua alors résolument à travers le taillis, dans une direction où, moins dense, moins enchevêtré, il laissait deviner une percée prochaine. Soudain elle s'arrêta.

— L'auto, fit-elle à voix basse.

Un ronflement s'accusait, s'approchait. Elles

avancèrent encore. Comme elles atteignaient la clairière où s'étoilaient cinq routes, une voiture grise, ayant la forme d'un gigantesque obus, débusqua, freina, stoppa. Bolski sauta à terre, puis Letzling, qui avait mené. L'endroit était si évidemment solitaire que les deux femmes osèrent se montrer. Et leur joie, à toutes deux, fut tellement vive qu'elles oublièrent salutations et politesses, — qu'elles s'oublièrent l'une l'autre : Mag courut à Bolski avec une ferveur d'amoureuse, et, s'il y eut plus de pudeur dans l'élan de Josette, si elle donna seulement sa main nue, son poignet nu aux lèvres de Letzling, elle n'en fut pas moins assez troublée pour ne pas même apercevoir le long baiser d'amants qu'échangeaient Mag et Bolski. Mag se dégagea à temps pour n'être pas vue de son élève.

— Pas ici, souffla-t-elle à Bolski... Viens... laissons-les.

Elle regagna avec Bolski le couvert des bois, tandis que Josette demeurait debout, immobile, liée par la main aux mains de Letzling, sous le grand jour, près de l'auto arrêtée, qui palpitait vite et bas comme le souffle d'un chien aux écoutes. Ils se regardaient les yeux : leurs visages se livraient l'un à l'autre. Le romanesque de ce rendez-vous les ravissait; qu'ils se fussent rejoints si exactement à l'heure prévue, parmi cette tiédeur forestière,, par cette gloire de la

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jeune saison, cela leur semblait une fatalité propice, une amitié du destin enfin rallié à leur amour.

— Je suis heureuse, murmura Josette.

Lui, débordant d'idéalité germanique, et prêt sincèrement, en cette heure-là, à tous sacrifices, avenir, famille, tout, pour emporter dans ses bras la fine créature dont les yeux l'aimantaient, s'écria :

— Venez... je vous en supplie... Partons...

Il montrait l'auto du regard. Elle sourit, à la fois choquée et reconnaissante.

— Vous êtes un grand fou... Qu'est-ce qu'on dirait de nous, grand Dieu!

Mais lui, subissant cette fascination irrésistible qu'exerce sur la volonté d'un homme ardent l'amour avéré d'une vierge innocente, insistait :

— On dira ce qu'on dira... Votre père aimera encore mieux céder... Je vous jure, Josette... Venez, Mag et vous : je vous conduirai toutes les deux dans un appartement que Bolski a loué; je vous jure que je n'en passerai pas la porte et que Mag ne vous quittera pas. Votre père cédera : il n'a peur que du scandale, que des journaux. Venez.

Et près d'elle, tout près de son visage, comme il la sentait émue, il dit :

— Ma Jo délicieuse. Ma temme.

Elle eut presque une défaillance à ce mot, dont il profita pour effleurer son visage. Mais elle se dégagea aussitôt, farouche sans feinte.

— Adolf... Ce n'est pas bien! Laissez-moi. Du reste il faut que je rentre. Nous n'avons que quelques minutes. On s'apercevrait... Mais je suis heureuse de vous avoir vu. Pauvre ami!... Faire plus de deux cents kilomètres pour me parler cinq minutes! C'est gentil! Ah ! Mag me fait signe de revenir.

En effet, Mag et Bolski reparaissaient. Ils étaient silencieux. Mag, d'un geste de la tête, rappelait son élève.

— Je ne veux pas vous quitter, je ne veux pas! répétait Letzling. Quand vous verrai-je, à présent?

— Hélas ! fit-elle, les yeux subitement noyés. Je ne sais plus... Cela devient impossible. Papa est si monté contre vous!...

Il lui retenait les doigts, mais ces doigts inquiets essayaient instinctivement de se dégager. Alors, la peur de la perdre lui donna l'audace des paroles que depuis longtemps il voulait et n'osait pas prononcer :

— Venez avec Mag, une fois... une fois seulement...

Il ne dit pas où, il ne dit rien de plus ; elle avait compris; elle l'avoua par sa rougeur. Elle n'eut pas la rébellion qu'il attendait. Elle était

trop malheureuse elle-même, trop triste à l'idée de ne plus rencontrer le fiancé choisi : qu'il dépendît d'elle de vouloir ou de ne pas vouloir la séparation, cela lui fit du bien. Elle ne répondit rien; et lui n'insista pas. Mag et Bolski les rejoignaient. Il causèrent un moment tous les quatre, avec des allures et des mots de mondains, ils se séparèrent comme si leur rencontre eût été la coïncidence heureuse de deux promenades. Et, tandis que l'institutrice et son élève se hâtaient vers le Val d'Anay, elles entendirent le ronflement de l'auto grise gronder, diminuer, disparaître, jusqu'à n'être plus apporté à elles que par bouffées espacées et décroissantes. Un grand cri de sirène mourut loin, bien loin...

Josette marchait en silence, à côté de Mag. Elle s'étonnait que l'espoir chantât dans son cœur et s'en voulait de cet espoir illicite. Relevant la tête vers Mag, elle la vit soucieuse. Elle se pendit affectueusement à son bras :

— Quelque chose va mal, pour vous?

Mag répondit simplement :

— Bolski a joué encore, et il a perdu.

— Est-ce que je peux vous aider, Mag?

— Oh! non... c'est trop gros. Merci, ma chérie. N'en parlons pas. Il s'arrangera. Et vous?... De quoi êtes-vous convenue avec le comte?

Josette allait répondre, quand elle entendit l'appel de son nom à une faible distance:

— C'est Guy, fit-elle. On doit nous chercher. Elle doubla le pas, devançant Mag. Au premier tournant, Guy l'accosta.

— Tu m'appelais?

— Oui... Je t'avais vue partir par là... Je vou lais te voir. Je suis bien misérable, ma petite sœur.

— Berthe?

— Oui... Oh! Mag, vous pouvez rester, dit Guy à l'Allemande, qui s'écartait exprès. (Et il poursuivit sa confidence.) Vous avez vu. J'avais pris Berthe avec moi dans la barque... Nous avions abordé surla petite presqu'île. Berthe était plus simple, plus gentille, plus naturelle aujourd'hui. Je ne l'avais jamais vue ainsi. Il me semblait que j'avais enfin le dessus sur la diablesse anglaise. Nous nous sommes étendus au bord de l'eau. Elle m'a laissé parler mariage... dire des dates... en juillet prochain... quand j'aurais passé ma thèse... Elle s'intéressait à mes travaux de chimiste, qui ne sont pourtant guère amusants. Elle voulait visiter mon laboratoire, avenue Vélasquez. Elle était délicieuse. Alors...

Il hésita.

— Alors quoi?...

— Je t'assure, Josette, ce n'est pas par peur de te choquer que j'hésite... Mais c'a été si ridicule!... Enfin, voilà... J'ai pris Berthe dans mes bras et je l'ai embrassée... vivement, peut-être

trop vivement... Seulement, puisque nous étions d'accord, quel mal y avait-il? Croirais-tu qu'elle m'a tout à coup repoussé avec une violence... comme si... enfin... comme si j'étais un chemineau qui l'attaquait. Elle s'est sauvée, elle n'a pas voulu remonter en barque, elle a couru le long de la berge. J'ai ramé au plus court pour arriver avant elle au tennis. Elle appelait : Fanny! Fanny! La damnée Anglaise a couru à sa rencontre. Et j'ai eu l'agrément de les voir, de ma barque, se jeter dans les bras l'une de l'autre, comme deux échappées d'un naufrage.

— Oh! dit Josette... Pourquoi as-tu fait cela, Guy?... Berthe est impressionnable. On ne traite pas en cocotes les jeunes filles qu'on veut épouser.

Comme un enfant grondé, Guy baissait la tête, s'excusait.

— - Je t'assure... je n'ai rien fait d'inconvenant. J'ai serré Berthe contre moi... comme on serre sa fiancée. Et puis, il faisait trop beau, trop tendre autour de nous. Ce n'est pas ma faute.

Mag souriait mystérieusement. Elle regardait Josette, et, connaissant bien son élève, devinait le trouble, la suggestion amoureuse que cette confidence du frère insufflait à la sœur. A la vérité, Josette pensait: « Pourquoi Berthe a-t-elle fait cela? Guy l'aime. Guy veut l'épouser, et elle l'aime... Elle est absurde. Mais moi, alors moi?

Si Adolf avait commis l'imprudence de Guy, je ne me serais donc pas sauvée de même?... Oh! non... Oh! non... »

— Voulez-vous un conseil, monsieur Guy?

dit Mag.

Ils avaient toujours été bons camarades, et Guy savait gré à l'Allemande de son dévouement pour cette petite sœur qu'il chérissait.

— Conseillez toujours, dit-il.

— Laissez Berthe confire auprès de Mlle Smith, ne vous occupez pas plus d'elle que si elle n'existait pas, et faites la cour à Yvonne Haumont- Manin, qui est folle de vous et qui la vaut mille fois.

— Mag, dit Guy, vous êtes immorale.

Pourtant, quand ils eurent rallié les autres et

qu'on se rendit à la terrasse pour le thé, il suivit le conseil de Mag et, puisant le désir de la revanche dans son amour-propre blessé, parut ne pas voir la nervosité et les yeux rouges de Berthe. Il alla s'asseoir auprès d'Yvonne, qui ne dissimula pas son plaisir.

Les Corbellier, les Haumont-Segré rentraient à Paris dans leurs voitures respectives; ils quittèrent le Val d'Anay aussitôt après le thé. Les Croze et les Haumont-Manin prenaient le train, après dîner. Le dîner fut gai. Josette ne pouvait chasser de son cœur une chanson d'espérance,

suscitée par l'entrevue de la journée, parle récit de Guy, et aussi par ce printemps insidieux. Les petites Haumont-Manin entouraient Guy, Alice et Nanie favorisant, d'une naïve impudence, son rapprochement avec Yvonne. Mag dissimulait ses soucis avec sa bonne humeur habituelle. Quant à Rosalie, les petits Ropart d'Anay s'amusaient à la faire boire, malgré les remontrances souriantes de la baronne. A vrai dire, le repas fini, comme le Champagne avait abondamment coulé, une saine et bruyante gaieté animait toute la tablée, surtout Henriette, le baron et Rosalie.

Une partie de <r lanturlu y> entretint cette humeur jusque vers dix heures, moment de la séparation. L'omnibus du château attendait les Parisiens pour les mener à la gare. Il faisait si doux que le baron grimpa sur le siège et prit les rênes des mains du cocher. Rosalie, qui se sentait la tête lourde et que le grand air de ce beau soir sollicitait, demanda la permission d'accompagner Mag. On arriva à la gare tout juste à temps pour que les partants montassent dans le train, après de rapides embrassades... Quand Rosalie et le baron regagnèrent l'omnibus, un coup de brise humide leur frôla le visage. Le temps changeait. Le baron boutonna son pardessus et dit au cocher :

— Charles, vous conduirez.

Il entra dans la voiture et s'assit à côté de

Rosalie. Comme la jeune fille se reculait pour faire place à son maître, il la prit familièrement par le bras et la retint :

— Il commence à faire frais, dit-il. Réchauffons-nous.

Il affecta d'être frileux, de se pelotonner, et, quand l'omnibus s'ébranla, il garda dans sa main le bras de sa voisine. Deux kilomètres environ séparaient la gare du château. On traversait des bois; l'obscurité était presque complète dans la voiture, mais des reflets jaunes dansaient à l'avant, à droite et à gauche de l'ombre formée par le siège. Le baron entendait la respiration de Rosalie, inégale, agitée. Il lui demanda, d'une voix qui se faussait :

— Petite, vous êtes bien?

Elle mit à peine un son dans sa réponse :

— Oui... monsieur le baron, très bien.

Il lui tenait toujours le bras. Soudain il la sentit plus proche de lui, touchant son épaule. La plume d'une toque dont elle était coiffée lui chatouilla l'oreille. Il balbutia, ne sachant vraiment pas s'il l'attirait ou si c'était elle qui se serrait :

— Ma petite... Ma chère petite!

Maintenant elle était toute collée à lui; contre

son gilet, cette jeune gorge se soulevait et s'abaissait. Il se pencha et mangea à même dans les grosses lèvres douces de la jeune fille, comme dans une figue. Elle balbutiait:

— Oh! Monsieur le baron... Madame... Madame la baronne est si bonne... si bonne!...

Et, tout en disant cela, elle lui rendait son baiser maladroitement, éperdument.

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