‹ Les Angines à fausses membranesChapitre 13 sur 46 · Hauttement, Th . Paris · texte numérisé non relu

Hauttement, Th . Paris

9 avril 1892.)

n’ont pas de tendance à acquérir une très grande épaisseur : elles ont en moyenne 1 à 2 millimètres. On peut,

‘ avant de les détacher, constater que tantôt elles sont enchâssées dans la muqueuse, qui est un peu saillante autour d’elles, que tantôt, au contraire, leurs bords sont relevés au-dessus de la muqueuse.

Elles siègent de préférence sur les amygdales qu’elles peuvent, en devenant confluentes, recouvrir entièrement ; mais elles n’épargnent pas non plus les autres parties de la gorge; elles occupent alors, — par ordre de fréquence, — le voile du palais, la luette et les piliers. Jamais l a' paroi postérieure du pharynx n’est envahie — sauf exception très rare, — non plus"que" la portion osseuse de la voûte palatine. Quand les fausses membranes recouvrent aussi l’isthme du gosier et la luette, qui n’est d’ailleurs jamais complètement engainée, on comprend que l’analogie avec l’angine . diphtérique est bien grande.

Elle l’est d’autant plus, que l’adénopathie - qui 1 n’existe pas. dans les manifestations secondaires de/ la syphilis, est ici presque constante sauf dans un cas, rapporté par MM. Balzer et Barthélemy, où elle faisait défaut. Les ganglions péripharyngiens sont le plus souvent pris, mais les ganglions sous-maxillaires peuvent être envahis, soit isolément, soit en même temps que les ganglions parotidiens, au point de constituer un bubon parfois volumineux. Cette adénopathie est rarement très douloureuse ; elle n’est pas suivie de suppuration.

Lestroubles généraux du début s’apaisent d’ordinaire assez vite. Par contre, les phénomènes douloureux

peuvent persister pendant toute la durée de l’angine ; la dysphagie, la salivation abondante, les irradiations vers l’oreille sont 'dés accidents habituels. Quelquefois la doùleur survient par accès et elle est alors assez forte pour arracher des cris au malade, ce qui contraste avec l’indolence presque complète qui est quelquefois l’apanage des plaques muqueuses amygdaliennes.

L’angine pseudo-membraneuse syphilitique peut se montrer à titre de symptôme isolé, comme chez la malade dont M. Robin a rapporté l’histoire, et dans des cas de ce genre, la pâleur de la face, l’engorgement des ganglions sous-maxillaires et parotidiens, la présence sur les amygdales, la luette et une partie du voile du palais d’une couenne identique à la couenne diphtérique rendent le diagnostic presque impossible. De mèmè encore, lorsque l’apparition des plaques muqueuses pharyngées s’accompagne de laryngite syphilitique et que l’aphonie, quelquefois même un léger tirage viennent s’ajouter au tableau clinique de l’angine pseudo-membraneuse, il est presque impossible de ne pas songer à la diphtérie. Mais, souvent aussi, il existe en même temps que les fausses membranes pharyngées, d’autres plaques muqueuses de la bouche-ibu de la région génitale, de la roséole, de l'alopécie qui indiquent clairement l’origine des accidents.

Les plaques muqueuses dipthéroïdes n’ont que peu de tendance à la guérison spontanée. Mais sous l’influêoce du traitement, on les voit rétrocéder avec une grande rapidité. Le plus ordinairement, la fausse membrane se désagrège, elle perd sa consistance élastique, se transforme en un magma facile à dissocier; au-dessous

d’elle, on aperçoit une surface ulcérée qui bientôt bourgeonne et se répare sans perte de substance. Plus rarement la fausse membrane paraît revenir sur elle-même. Ses bords se décollent, se relèvent et elle tombe pour ne plus se reproduire, laissant au-dessous d’elle une muqueuse intacte.

L’étiologie des angines syphilitiques pseudo-membraneuses est inconnue. Nous ignorons tout à'fait dans quelles conditions la surface d’un chancre ou d’une plaque muqueuse prend une apparence diphtéroïde. On a incriminé l’abus du tabac et de l’alcool, le refroidissement, mais il ne semble pas qu’aucun de ces facteurs ait une influence bien démontrée.

L’analogie de ces fausses membranes avec.celles de la diphtérie est purement objective : jamais une angine de ce genre n’a donné lieu à une angine diphtérique vraie ; la guérison, plus ou moins rapide, est la règle, sans que jamais il survienne aucune des complications soit tardives, soit précoces, de la diphtérie.

L’analogie est frappante entrée la transformation pseudo-membraneuse du chancre syphilitique et celle de la plaque muqueuse; dans les deux cas, il y a même aspect de la fausse membrane, même adénopathie, etc. ; souvent même, il est difficile de distinguer ces deux variétés d’accidents. En effet, l’induration de l’amygdale existe aussi bien quand elle est le siège de plaques muqueuses que lorsqu’il s’y est développé un chancre; les plaques muqueuses sont comme le chancre, très souvent unilatérales; enfin la guérison peut être aus^Wngue dans un cas que dans l’autre.

^Artgines pseudo-membraneuses de la fièvre typhoïde.

— L’angine à fausses membranes est une complication rare de la fièvre typhoïde, elle est pourtant bien connue depuis les travaux d’Oulmont 1 , d’Aran, de Peter -, etc. Elle peut survenir à toutes les époques de la maladie; cependant elle se montre plus souvent après le deuxième ■ septénaire, quelquefois pendant la, convalescence : alors la fièvre se rallume, elle s’accompagne de vomissements, de céphalalgie; on a même cité une nouvelle éruption de taches rosées. Les fausses membranes ont une grande tendance à envahir tout le pharynx; elles sont épaisses, plus ou moins adhérentes, se désagrégeant sans peine, parfois peu faciles à distinguer de l’exsudât pultacé, uniquement composé de cellules épithéliales qui recouvre si souvent, la gorge des typhiques. L’engorgement ganglionna ire - - - e st — très fréquent; cependant il faisait défaut dans la moitié des cas observés par Oulmont. On trouve des ulcérations au-dessous de la fausse membrane. Ainsi que le fait remarquer M. Peter, il y a alors coexistence du mode ulcéreux de la fièvre typhoïde et du mode pseudo-membraneux de la diphtérie. Toutefois, cette disposition n’est pas constante : l’angine pseudo-membraneuse de la fièvre typhoïde n’est pas essentiellement une angine typhique» dont la surface s’est diphtérisée comme la plaque muqueuse syphilitique : très souvent, il y a simplement coïncidence de la fièvre typhoïde et de la dipthérie.

On a rapporté (Oulmont) des observations d’angine diphtérique survenant épidémiquement au cours de la fièvre typhoïde.

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