Virchow, Arch. f. Patkolog. Anat. uni Physiol, 184T
LA FAUSSE MEMBRANE 79
se développe. La fausse membrane du larynx répond bien à la description de Bretonneau : elle n’est due qu’à un processus exsudatif; il n’y a pas d’altération de la muqueuse, elle mérite le nom A’inflammation croupale que l’on devra également donner aux autres exsudats fibrineux, à celui de la pneumonie, par exemple. Au contraire, dans le pharynx, la genèse de la fausse membrane est tout autre; elle est causée par une nécrose de la muqueuse : la fausse membrane, véritable diphtérie , est le résultat du sphacèle de la muqueuse. Dès lors, l’opposition est complète, en Allemagne du moins, entre les fausses membranes laryngées ou croupales (exsudatives) et les fausses membranes pharyngées ou diphtériques (nécrotiques) ; elles sont dues à deux maladies absolument différentes. Ainsi dans les angines pseudo-membraneuses, il y a nécrose de l’épithélium, sous forme d’une membrane blanc jaunâtre ou grise, adhérente aux parties profondes, qu’il ne faut jamais confondre avec l’exsudât croupal '.
1. Comme on le voit, au sens anatomique, le mot diphtérie signifie nécrose superficielle de la muqueuse pour la plupart des auteurs allemands et la maladie de Bretonneau est décrite par eux sous le nom de diphtérie épidémique. C’est ainsi que Loffler (1884) distingue la diphtérie, maladie primitive, et la diphtéritis, altération anatomo-pathologique particulière des tissus qui peut s’observer en dehors de la diphtérie. Certains auteurs (Weigert) décrivent sous le nom de productions pseudodiphtérigues les fausses membranes qui adhèrent intimement à la muqueuse saris être formées dans son intérieur, se distinguant ainsi d’une part des fausses membranes croupales, de l’autre des fausses membranes diphtériques vraies. Il va sans dire que dans le cours de cet ouvrage le terme d’angine, de fausses membranes pseudo-diphtériques ne s’appliquera qu’aux angines pseudo-membraneuses qui ne renferment pas le bacille de Klebs- Lôffler, quelle que soit leur signification au point de vue anatomique.
80 LES ANGINES A ' Wagner 1 va plus loin encore. Pour lui, qu’il s’agisse du croup ou de la diphtérie, le processus est le même : f il y a toujours au début inflammation de la muqueuse, caractérisée par l’accumulation de jeunes cellules et de leucocytes, mais surtout par l’altération des épithé- . liums. Les cellules se déforment, elles poussent des prolongements multiples (en bois de cerf), tandis que leur protoplasma devient granuleux et que leur noyau disparaît; ce sont ces prolongements qui s’anastomosant entre eux donnent lieu à l’apparence réticulée, fibrillaire des fausses membranes. Comme on le voit, il n’est plus question ici d’exsudât d’origine vasculaire.
Il y avait donc deux théories en présence. D’une part, la théorie épithéliale et nécrosique, de l’autre la théorie exsudative. Aujourd’hui on a renoncé à ce que chacune d’elles avait de trop exclusif et la plupart des auteurs, en Allemagne et en France, ont adopté une opinion éclectique : ils considèrent tous la diphtérie comme une même maladie susceptible de revêtir diverses formes anatomiques suivant les points .où elle se développe.
En Allemagne, Monti 2 , à l’exemple de Senator, de Weigert, de Stendener, pense que les exsudats fibrineux développés sur les muqueuses (pseudo-diphtérie de Weigert) se composent en grande partie de tissu fibrillaire venu des vaisseaux et de jeunes cellules provenant 1 de l’épithélium; il y a en même temps infiltration de la muqueuse par des globules de pus et des cellules
1. Wagner, Die Diphtheritis und der Croup des Rachens... Arch. der Heilkunde, 1866.
2. Monti in Real Encycl. d’Eulenburg, 1886. Art. Dii'htheiuk.
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