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BAG.II/LE DIPHTÉRIQUE

ensemencer des tubes de sérum j les colonies ainsi obtenues se sont montrées très virulentes (Roux et Yersin). Ce fait- explique comment les fausses membranes peuvent, au bout d’un temps fort long, devenir un agent redoutable de contagion.

Caractères microscopiques. — Le bacille de Lôffler se colore bien par toutes les couleurs d’âniline ; le meilleur liquide pour le rechercher dans les fausses membranes et étudier ses caractères est le bleu de Lôffler, ou encore le bleu composé de MM. Roux et Yersin ». Il ne. se décolore pas par la méthode de Gram.

Dans les fausses membranes examinées sur des coupes après durcissement dans l ’alco ol, les bacilles se présentent quelquefois dans les parties les plus superficielles, sous la fonde d’une couche continue ; plus souvent, ils forment de petits amas entourés de fi brin 6- et d’autres microbes, qui rendent quelquefois leur rechercle assez difficile, mais ils sont toujours dans les zones les plus anciennes de la fausse membrane j jamais ils ne pénètrent à l’intérieur de la muqueuse. Ils n’envahissent pas — même dans les cas de diphtérie grave — le tissu cellulaire sous-muqueux. Récemment pourtant, Spronck 2 les a découverts dans le tissu cellulaire qui entoure la plaie de la trachéotomie.

Le bacille de la diphtérie n’existe que dans les fausses

i. Ce bleu se prépare en mêlant une partie de violet dahlia en soluùon aqueuse à 1 0/0 à 3 parties d’une solution analogue de vert de methyle et en ajoutant de l’eau jusqu’à ce au’nn obtienne une belle teinte bleue pas trop foncée. 4

% Sronck, Zur Kenntniss der pathogenen Bedeutung des Klebs Loeffler schen Diphteriebacillus. Cent-Bl. f. allgem. Pathol « vath Anatomie, 1890, S. 217. l l '

membranes. On ne le trouve jamais dans le sang ni dans les viscères. C’esf là un fait capital au pom de vue de la pathogénie des symptômes de la diphtérie.

Quand ils proviennent des cultures, les bacilles de Lôffler sont de petits bâtonnets, ayant à peu près la longueur du bacille de la tuberculose, mais deux fois plus épais, parfois légèrement incurvés. Lorsque la culture est âgée, ils se colorent inégalement les extrémités fixent la matière colorante avec plus d intensité, ce qui pourrait faire croire à l’existence de spores ; on trouve quelquefois de véritables formes d’involution, en massues, en poires. Les formes les plus pures appartiennent aux colonies développées sur sérum. Sur ce milieu, M. Martin 1 distingue, d’après leurs dimensions, trois variétés de bacilles : les bacilles longs intriqués,

enchevèlrés qui représentotpourlui levr,,bac.Ue de la

diphtérie, les bacilles courts disposes parallèlement les uns aux autres, et les bacilles moyens. « Les colonies de ces trois formes ne se distinguent pas sur sérum; cependant, les bacilles courts donnent des colonies plus blanches, plushumides, dontla description rappelle celle des pseudo-bacilles donnée par Lôffler. En général, dans le bouillon, ces bacilles gardent les formes allongées et trapues qu’ils avaient sur sérum. Nous regardons les

bacilles courts, disposésparallèlementles uns aux autres,

comme très bénins, les moyens comme peu toxiques, les bacilles longs et intriqués comme les plus toxiques. » Inoculations aux animaux. - Aucun animal, meme

litut Pasteur, 1892, p. 335. ^

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parmi les commensaux de l’homme, ne prend spontanément la diphtérie. Il paraît bien démontré aujourd’hui que les diphtéries du veau, des pigeons, des poules, sont des maladies absolument différentes de la diphtérie humaine. La souris et le rat sont réfractaires au bacille de Lôffler; on peut leur injecter dès doses considérables de cultures virulentes sans déterminer aucun accident. Les poules, les pigeons, les lapins et les cobayes sont, par ordre de réceptivité croissante, très sensibles au virus diphtérique.

Inoculés sous la peau, le cobaye et le lapin succombent au bout de 3 ou 4 jours; si l’on fait usage de cultures très virulentes, à la dosé d’un centimètre cube, la mort peut survenir en 24 heures. Au point d’inoculation il se produit un œdème grisâtre, gélatineux. Chez le cobaye, on constate en plus de l’hypertrophie ganglionnaire généralisée, une pleurésie double souvent sanguinolente et de la tuméfaction des capsules surrénales. Le lapin inoculé dans les veines succombe avec les mêmes symptômes qu’après l’inoculation sous-cutanée. Les lésions histologiques de la diphtérie expérimentale ont été étudiées récemment par Babès : elles sont très semblables à celles delà diphtérie humaine.

L’inoculation sur les muqueuses donne lieu à la production de fausses membranes, pourvu qu’il y ait excoriation préalable de l’épithélium; le badigeonnage avec une culture de bacilles de Lôffler échoue sur une muqueuse saine. C’est ainsi qu’on peut déterminerde belles fausses membranes sur la muqueuse vaginale des cobayes, sur leplancher de la bouche chez lepigeon, sur laconjonctive du lapin (Babès), Chez le lapin, le badigeonnage de la

trachée après trachéotomie produit des symptômes analogues à ceux du croup ; la température s’élève, il y a du tirage, de l’abattement et au bout de 24 à 36 heures la mort survient. On trouve alors la trachée et les grosses bronches tapissées de fausses membranes.

Quelquefois, quand la culture est d’une faible virulence, l’animal ne succombe pas tout de suite ; alors au bout de quelques jours on constate un affaiblissement des membres postérieurs qui gagne ensuite lespiembres antérieurs ; la marche est impossible, puis la paralysie devient définitive et la mort arrive dans le marasme sans qu’il y ait eu de convulsions.

La lésion de la muqueuse nécessaire pour obtenir la production des fausses membranes peut être insignifiante. Tangl 1 a pu déterminer des fausses membranes dans la trachée du lapin après une simple inoculation par piqûre avec une seringue 'de Pravaz ; Spronck a obtenu des résultats analogues.

MM. Roux et Yersin ont montré que l’on pouvait obtenir de très belles fausses membranes sur la peau dépouillée de son épiderme ; il suffit, chez le lapin, d’appliquer un vésicatoire sur la peau de l’oreille ; quand l’épiderme est tombé, on badigeonne la région ainsi excoriée avec une culture virulente ; les fausses membranes apparaissent au bout de 18 heures et peuvent se renouveler pendant plusieurs jours. La seule précaution à prendre est d’empêcher la dessiccation de la peau. Pour cela, on enferme l’oreille dans un petit sac en.caoüt-

1. Tangl, Arbeiten aus dem puthologisch-anatomischen Institut lierausgegeben von Baumgarten. Bd I, Heft I, S. 85,1891.

BACILLE DIPHTÉRIQUE

chouc en ayant soin de ne pas trop comprimer les vaisseaux de la base.

Les fausses membranes expérimentales ressemblent d’une façon complète à celles de la diphtérie humaine. Elles ont été bien étudiées par Tangl et par Babès. Elles se composent de débris épithéliaux, de globules blancs et de fibrine granuleuse. Les bacilles, que Lôffïer d’ailleurs n’avait pu découvrir, y sont en petit nombre; on peut les réensemencer.

Quel que soit le mode d’inoculation que l’on choisisse, muqueuses, peau, tissu cellulaire, voie veineuse, on ne trouve jamais à l’autopsie de bacilles dans le sang; ils n’existent que dans l’œdème au point d’inoculation. On a même pu démontrer qu’ils disparaissent au bout de 16 heures environ du corps de l’animal.

Variations de virulence. — Le véritable bacille de la diphtérie est celui qui est susceptible d’amener la mort du cobaye ou du lapin au bout d’un temps plus ou moins long. Cette définition est nécessaire, car il existe un bacille ayant avec lui la plus grande ressemblance mais qui n’est pas virulent : les animaux inoculés ne succombent pas, ils ne sont même pas malades. Ce bacille, signalé parLoffler 1 , qu’floffmann 2 avait ensuite trouvé dans le mucus buccal d’enfants sains, a été rencontré par MM. Roux et Yersin 40 fois chez H 7 enfants examinés. Les recherches deBeck 3 ontabouti à des résultats analogues. La question de savoir si ces deux bacilles n’en forment qu’un seul a été vivement débattue. On s’est

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