‹ Les Angines à fausses membranesChapitre 24 sur 46 · Beck, Zeitschrift für Hygiene, Bd. VIII · texte numérisé non relu

Beck, Zeitschrift für Hygiene, Bd. VIII

attaché à trouver dans les caractères de forme et de culture des éléments distinctifs. Pour Lôffler, le bacille véritable est plus gros, plus renflé, ses colonies sont plus blanches, il pousse mieux sur gélose (Hoffmann). Pour Baumgarten, les deux bacilles' appartiennent à une même espèce : il n’y a entre eux qu’une différence de virulence.

Cette opinion est celle de MM. Roux et Yersin. Le pseudo-bacille est peut-être plus court, il pousse mieux dans le bouillon et se développe à une température un peu moins élevée, mais ce ne sont pas là des caractères suffisants pour séparer complètement les deux bacilles : ils considèrent que le bacille pseudo-diphtérique est un bacille diphtérique dépourvu de virulence. Pour le démontrer il faudrait faire recouvrer au pseudo-bacille sa virulence et inversement, rendre inoffensive d’une façon héréditaire une culture de bacilles virulents : or on n’y arrive pas. Ce qu’on peut faire, à la vérité, c’est rendre très virulent un bacille qui l’était fort peu, mais ' ôn échoue quand on veut faire subir le même changement à un pseudo-bacille non virulent.

II faut donc toujours essayer la virulence d’un bacille provenant d’une angine à fausse membrane pour être en droit d’affirmer qu’on se trouve en présence d'un véritable bacille diphtérique. En général cependant, le simple examen des tubes de sérum peut suffire; les colonies de pseudo-bacilles en effet sont beaucoup moins nombreuses que celles du bacille vrai, il faut les chercher avec grand soin pour les apercevoir, à l’inverse des bacilles de Lôffler dont les colonies sont toujours très abondantes.

BACILLE DIPHTÉRIQUE

Le pseudo-bacille ne se rencontre pas seulement dans la bouche des personnes saines ou atteintes d’angines banales, on le trouve aussi dans les fausses membranes à côté des bacilles virulents, mais il y est généralement en petite quantité ; c’est là un point sur lequel tous les auteurs sont una'nimes. Du nombre plus ou moins grand de colonies non virulentes sur les tubes ensemencés avec des fausses membranes, on pourrait même, d’après MM. Roux et Yersin, tirer de précieuses indications pour le pronostic de l’angine. Ces auteurs ont remarqué en effet, que dans la diphtérie maligne il y avait fort peu de colonies qui ne fussent pas virulentes, que dans les bénignes il y en avait davantage èt qu’elles devenaient de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que la maladie tendait à guérir. Aussi, « considérant que le bacille non virulent est très rare dans les diphtéries mortelles, qu’il est plus abondant dans les diphtéries bénignes, qu’il devient plus commun quand l’an- ' gine marche vers la guérison et qu’il y en a plus chez ceux qui viennent d’avoir la diphtérie que chez les personnes saines, on acceptera difficilement que ces deux microbes sont absolument étrangers l’un à l’autre. » La coexistence des deux bacilles dans la même fausse membrane, le remplacement d’une variété par l’autre quand la maladie guérit seraient la meilleure preuve qu’il ne s’agit là que de deux variétés d’une même espèce.

Partant de cette idée, ces auteurs pensent que si le plus souvent la contagion de la diphtérie est causée par l’introduction dans la bouche d’un microbe virulent, il peut se faire également qu’elle soit due à une modification dans la virulence d’un pseudo-bacille hôte habituel

de la cavité buccale. « On peut admettre, disent-ils, que dans certains cas les diphtéries qui succèdent aux fièvres éruptives ont pour origine les bacilles sans virulence présents dans la bouche ; ils deviendraient virus actif sous des conditions encore inconnues. »

Moment d’apparition du bacille. — Heubner avait pensé que le bacille diphtérique n’apparaissait dans les fausses .membranes que le troisième jour. C’est là une opinion erronée. Babès et Lôffler ont- pu constater sa présence dans les premières 24 heures. Même, Morel, Roux et Yersin, Escherisch ont pu le déceler dans la salive quelques heures avant l’apparition des fausses membranes ; bien plus, les phénomènes généraux étaient parfois très prononcés avant qu’il n’y eût d’angine pseudo-membraneuse proprement dite.

Les bacilles persistent dans la gorge après la disparition des fausses membranes. C’estun fait, signalépar Roux et Yersin, dont l’importance clinique est très grande. II y a, en effet, des croups qui succèdent à des angines très légères, si éphémères, même, qu’elles ont quelquefois disparu au moment où les premiers symptômes de la laryngite pseudo-membraneuse, toux, voix couverte, commencent à se montrer. Le diagnostic est alors souvent très hésitant : on ne sait si on a affaire à un croup inflammatoire ou à un croup diphtérique. M. Martin a fait voir que l’ensemencement du mucus pharyngien permettait dans ces cas de déceler en quelques heures la présence du bacille diphtérique ; il a observé que sur 34 croups sans fausses membranes pharyngées au moment de l’examen 21 étaient diphtériques, 12 ne l’étaient pas. Le bacille peut même persister plus long-

BACILLE DIPHTÉRIQUE

temps encore dans la gorge; on l’a trouvé virulent quatorze jours après la disparition des fausses mèmbranes ; des cas de ce genre expliquent comment certains sujets qui paraissent être tout à fait guéris, peuvent néanmoins contaminer leur entourage.

Trouve-t-on le bacille de la diphtérie virulent chez des individus sains qui n’ont pas eu la diphtérie ? C’est une question capitale au point de vue de la spécificité du bacille. Loffler 1 , sur 30 expériences de contrôle, l’a rencontré une fois chez un individu bien portant. Hoffmann, dans 11 cas de rougeole sans altération pathologique du pharynx ou du larynx, a isolé un bacille identique par sa forme et sa virulence, à celui de la diphtérie ; mais dans tous ces cas il n’est pas absolumentdémontré qu’il n’y ait pas 1 eu auparavant de fausses membranes pharyngées. II n’y a que deux faits bien avérés où on a trouvé le bacille de Loffler chez des sujets parfaitement sains, sur plus de 400 expériences de contrôle, et encore Loffler ne regarde-t-il pas ces faits comme absolument concluants. Il considère que la propriété d’amener la mort du cobaye ne constitue pas un attribut pathognomonique du bacille diphtérique; il y a plusieurs bacilles qui tuent le cobaye en amenant un œdème hémorragique aupointd’inoculation. Maisseul, le bacille diphtérique a la propriété de sécréter dans les cultures un poison spécial qu’il faut toujours [rechercher avant d’affirmer, dans les cas où il n’y a pas eu de fausse membrane, qu’on est vraiment en présence du véritable

1 .Loffler, Der gegenwarlige Stand der Enlsleliung der Diplitheri (Deutsche Medizin. Wochenschr., 1890.)

bacille diphtérique. On sait en effet (Roux et Yersin) que les cultures du bacille pseudo-diphtérique ne contiennent aucune substance semblable. C’est ce poison diphtérique qu’il faut connaître, parce qu’il est le principal agent des symptômes de la diphtérie.

Le poison diphtérique. — Les cultures du bacille diphtérique âgées de 15 à 20 jours, après avoir été acides, sont redevenues alcalines. A ce moment, si on les filtre sur une bougie Chamberland, on obtient un liquide absoument clair, privé de microbes, contenant le poison diphtérique. Injecté à la dose d’un ou deux centimètres cubes sous la peau du cobaye, il amène en S ou 6 jours la mort de l’animal; l’autopsie montre des lésions identiques à celles qui suivent l’inoculation des bacilles virulents.

La quantité de liquide filtré nécessaire pour tuer le cobaye, est d’autant plus faible que la culture est plus ancienne: si elle est âgée de deux ou trois mois, un dixième de centimètre cube peut suffire. De même la production du poison est d’autant plus grande que les bacilles employés pour ensemencer la culture sont plus virulents. — Le lapin et le pigeon sont également très sensibles à l’injection de cultures filtrées sous la peau.

Injecté dans les veines, le bouillon filtré tue le lapin à la fiose d’un cinquième de centimètre cube. Chez les chiens, un centimètre cube suffit quand on fait usage d’une culture très toxique 1 .

1. Il ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage d’exposer les tentatives de vaccination contre la diphtérie. Brieger et Fraenkel (Berl. Kl. Woch., \ 890, décembre) ont établi qu’on

bacille diphtérique

MM. lloux et Yersin ont montré qu’on pouvait précipiter le poison contenu dans les cultures filtrées en les traitant par le chlorure de calcium ; le phosphate de chaux qui se forme alors, fixe la toxine diphtérique et on recueille un précipité blanchâtre qui tue les animaux à la dose de quelques centigrammes; de même l’évaporation dans le vide ou la précipitation par l’alcool, permettent d’obtenir le poison sous un très petit volume.

Cette toxine diphtérique est remarquable par sa faible diffusibilité. Par là, elle s’éloigne des substances cristalloïdes. La dialyse du bouillon filtré et privé de germes s’accomplit avec une grande lenteur. Ce fait explique dans une certaine mesure comment les paralysies expérimentales — à l’égal desparalysies humaines — sont tardives et ne s’observent que plusieurs jours après la disparition complète des fausses membranes.

La nature chimique de ce poison n’est pas encore très bien connue. MM. Roux et Yersin considèrent que c’estun composé voisin des diastases. Pour le démontrer, ils s’appuient sur un certain nombre de caractères qui le rapprochent de cette classe de substances. Comme les

pouvait rendre un animal réfractaire à l’inoculation sous-cutanée en lui inoculant 10 à 20 c. c. de bouillon chauffé à 60”. L’immunité n’est acquise qu’au bout de 10 à 15 jours environ. Les expériences de Behring ( Zeitsch. f. Hygiène, XII, I) sont beaucoup plus concluantes. Il rend les animaux réfractaires par plusieurs méthodes, soit par le prodédé de Brieger et Fraenkel, soit en inoculant aux cobayes des cultures additionnées de quantités décroissantes de trichlorure d’iode ou des liquides d’épanchements pleurétiques provenant de cobayes morts de diphtérie expérimentale. Depuis il a pu, en injectant dans le péritoine du sang de cobaye ainsi immunisé, guérir les animaux après inoculation préalable du bacille de Lôffler virulent.

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