‹ Les Angines à fausses membranesChapitre 29 sur 46 · Troje, Berliner Medicin. Gesellschaft, février · texte numérisé non relu

Troje, Berliner Medicin. Gesellschaft, février

termine la scène. Quand la trachéotomie a été pratiquée, elle est presque toujours suivie de l’apparition d’une broncho-pneumonie.

L’angine pseudo-membraneuse secondaire, consécu tive à la rougeole et surtout à la scarlatine, lorsqu’elle est vraiment d’origine diphtérique, est presque toujours une angine mixte à laquelle la présence du streptocoque imprime une grande gravité.

La forme bacillo-coccique de l’angine est moins bien connue. Il semble cependant (Barbier, Ruault) que les fausses membranes y soient plus épaisses, plus molles que dans la forme diphtérique pure; le cou est enflé, mais il ne présente pas la tuméfaction considérable que l’on rencontre habituellement dans la forme précédente ; les symptômes d’infection font défaut et l’état général du sujet ne paraît pas en rapport avec la gravité apparente de l’état local : le plus souvent la guérison survient.

Il importé de remarquer que même dans la forme bacillaire pure, il y a toujours quelques colonies de cocci. C’est leur abondance plus grande qui permet, dans certains cas, de distinguer une forme coccique; mais on voit en somme qu’il n’y a là qu’une question de degrés et que l’histoire clinique de cette dernière forme d’angines diphtériques appelle encore de nouvelles recherches. Cependant, un fait qui se dégage déjà de leur étude, c’est leur très grande bénignité. MM. Roux et Yersin, les premiers, ont signalé que la présence de cocci nombreux à côté du bacille de Lôffïer devait presque toujours faire porter un pronostic favorable.

jES angines pseudo-diphtériques 125

Nous appelons ainsi les angines pseudo-membraneuses où on ne retrouve jamais le bacille de Lôffler et où la fausse membrane paraît produite par d’autres microorganismes. On pourrait encore leur donner le nom d’angines diphtéroïdes, mais cette dénomination, parfaitement exacte au point de vue étymologique, a été souvent détournée de sa signification véritable par Lasègue et par d’autres auteurs qui l’appliquaient aux variétés bénignes, atténuées, de la diphtérie. Ayant à parler ici d’accidents qui ne relèvent en aucune façon de la diphtérie, nous croyons préférable de choisir une expression qui n’expose à aucune confusion, tout en rappelant les ressemblances entre les vraies et les fausses angines diphtériques. Entre les angines dont nous avons à nous occuper et celles de la diphtérie, il n’y a pas seulement en effet une différence de gravité, il y a une différence de nature ; d’un côté, les accidents sont dus à un bacille spécifique, de l’autre ils semblent causés par d’autres micro-organismes.

Il est un premier point indispensable à établir : c’est que le bacille de Lôffler n’est pas seul capable de produire des fausses membranes, mais que d’autres microbes possèdent la même propriété, et cela non seulement dans la gorge, mais sur toutes les muqueuses : « Les fausses membranes des muqueuses, dit M. Gornil, sont

toujours la manifestation d’une maladie infectieuse bactérienne, souvent absolument étrangère à la diphtérie. »

A cet égard, rien n’est plus instructif que l’étude de la forme pseudo-membraneuse de l’infection puerpérale. Signalée par Chomel, Hervieux, Maygrier, elle a été récemment étudiée d’une façon complète par M. Widal *. Cet auteur a fait voir que la muqueuse utérine pouvait être tapissée de fausses membranes fibrineuses, blanchâtres, incrustées plus ou moins profondément, existant soit seules, soit en même temps que les autres manifestations de l’infection puerpérale, et qu’alors on trouvait dans l’exsudât, dans le sang, dans le pus, un même micro-organisme, le streptocoque pyogène. Voilà donc un microbe capable de produire soit du pus, soit l’érysipèle, qui peut à certains moments déterminer des fausses membranes au milieu desquelles on le trouve à l’état de culture pure. Baumgarten s’est même appuyé sur ce fait pour soutenir que la diphtérie génitale et la diphtérie épidémique — celle qui donne lieu à de l’angine — n’étaient qu’une seule et même affection. Son opinion, à laquelle il a d’ailleurs renoncé depuis, est démentie par ce que nous savons du bacille de Lüffler, de sa propriété de produire des fausses membranes et un des accidents les plus remarquables de la diphtérie, les paralysies. Mais un point reste hors de doute : la possibilité pour un streptocoque, et en particulier pour le streptocoque de l’érysipèle, de provoquer l’apparition d’un exsudât pseudo-membraneux.

1. Widal, Infection puerpérale et érysipèle. Th. Paris, 1887.

De même le staphylocoque est susceptible de produire des fausses membranes.

Nous avons observé dans le service de notre maître M. Rendu un malade atteint de pleurésie purulente à staphylocoques chez lequel trois jours après l’opération de Pempyème il se développa sur les lèvres de la plaie une fausse membrane longue de 2 centimètres, épaisse de 3 millimètres, blanche, très' résistante, composée presque uniquement de fibrine. Elle se renouvela pendant trois jours. L’examen bactériologique, pratiqué à deux reprises, permit de constater uniquement des staphylocoques dans les mailles du réticulum fibrineux.

M. Gornil a montré que chez le porc l’entérite pseudomembraneuse pouvait être produite par les microbes qui habitent normalement l’intestin.

Enfin la clinique est intervenue. Elle a établi que dans certains cas d’angines à fausses membranes, le bacille de Lôffler faisait défaut. Tantôt, on trouve le streptocoque (Fraenkel 1 , M. Raskin, Wurtz, Bourges), tantôt le staphylocoque (Netter), tantôt le pneumocoque (Ménétrier) ou des cocci dont l’étude est encore à faire. La présence- dans les fausses membranes de telle ou telle variété de microbes en quantité prépondérante permet de penser que c’est à eux qu’il faut attribuer la formation de l’exsudât, mais il est impossible, — quoique la chose soit des plus vraisemblables, — de le prouver d’une façon certaine.

Jusqu’à présent, en effet, l’expérimentation qui seule pourrait apporter des faits indiscutables n’a pas encore

i. Fraenkel, Zeitschrift f. Klin. Med., Bd XIII, Heft i.

fourni de résultats bien probants. Cependant, elle a déjà servi à établir, — et c’est là un grand point, — que chez l’animal, le pigeûn par exemple, bon nombre de microbes pouvaient produire des fausses membranes. Penzoldt 1 a obtenu des exsudats pseudo-membraneux en badigeonnant la muqueuse excoriée du bec des pigeons avec des cultures de microbes variés provenant de-fausses membranes diphtériques. Avant lui, M. Talamon, ainsi que nous l’avons vu, en avait également produit avec des champignons retirés des fausses membranes. Chez le pigeon, M. Bourges, expérimentant avec un streptocoque trouvé dans une angine scarlatineuse, a toujours vu se produire des exsudats pseudomémbraneux.

Nous-même, avons entrepris des recherches analogues, elles ont abouti à quelques résultats positifs. Nous avons fait usage de streptocoques, retires soit d’angines pseudo-membraneuses diphtériques, soit d’angines où le bacille de Loffler faisait défaut. Dans cinq cas sur sept, nous avons réussi en badigeonnant la muqueuse excoriée du bec d’un pigeon à déterminer l’apparition d’une fausse membrane mince, étalée, blanchâtre, formée de cellules épithéliales, de leucocytes et de quelques filaments de fibrine ; cette fausse membrane persistait.peu ; une fois enlevée, elle avait peu de tendance à se reformer. Jamais il ne nous a été possible de retrouver les streptocoques par ensemencement de l’exsudât ainsi obtenu.

Avec une variété de pneumocoques provenant de la

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