CHAPITRE II
Étiologie
Une vieille croyance populaire attribuait l'apparition des nœyi malerni et des tumeurs angiomateuses chez l'enfant à de vives émotions éprouvées par la mère pendant la grossesse. Les perversions du goùt, les envies étant fréquentes pendant cette période, on avait été amené à leur reconnaitre une action sur la formation des nœvi et des angiomes. Cette c'oyance persiste encore dans certaines de nos campagnes. Cette assertion peu sérieuse en apparence souligne un fait important : la congénitalité de ce genre d'affection. |
. Les angiomes qui siègent sur la peau ont, en effet, “presque toujours une origine congénitale. Ceux de la tête et du cou surtout sont le plus souvent dûüs à des causes embryologiques et les points les plus exposés, les points de moindre résistance sont ceux où dans l’évolution de l'embryon il existe des fentes : fontanelles, fentes branchiales. C’est Virschow qui a mis en relief ce fait important et qui a étudié ces angiomes sous le nom d'angiomes fissuraux. Il est fréquent d'en observer l'association avec d'autres malformations congénitales comme le bec de lièvre, la spina bifida. :
Quelle est l’origine des angiomes de la langue nitaux ou bien surviennent-ils sous l'influence d’une cause accidentelle : Ici les opinions sont partagées.
Broca croit à l’origine accidentelle des angiomes des muqueuses et notamment de ceux de la langue. Il a observé leur apparition chez des vieillards de la Salpatrière. Maisonneuve a fait la même constatation chez les vieillards de Bicêtre. Le professeur Pinard a examiné la bouche des enfants venant au monde et déclare n'avoir jamais rencontré d’angiomes chez ceux-ci.
Nous pensons que le terme de congénital prête à confusion, et» comme pour les hydrocèles, comme pour les hernies laisse place à
sont-ils congé-
une certaine ambiguité. Quand nous parlons d’angiome congénital, nous désignons sous ce terme la tumeur qui se développe à Ia faveur d’une disposition embryonnaire ou en raison de quelques troubles survenant dans l’évolution de l'embryon. Dans ces conditions, l’angiome peut se montrer longtemps après la naissance, 1l n'en à pas moins une origine congénitale.
La majorité des auteurs croit à l'origine congénitale des angiomes de la langue. Demarquay, Beckel, Billroth ont tour à tour défendu cette opinion — « si comme dit Lebert, presque tous les cas observés se rapportent à des adultes, c'est parce que l'affection a pris un développement qui oblig: le malade à vamir réclamer le secours de l’art ».
Certains auteurs ont voulu fàire intervenir ici la question de l'hérédité. Quelques observations sont vraiment troublantes à cet égard. Chassaignac nous parle d’un cas dans lequel « le père porteur depuis sa naissance d’une tumeur érectile de la langue ensuite généralisée à toute la région temporo-maxillaire droite, donne naissance à un enfant ayant comme lui la parole embarassée et ‘comme ut à son entrée dans la vie présentant une tuméfaction de la langue ».
Le traumatisme peut- il donner naissance à des tumeurs érectiles de la langue. Nous pensons que les piqures, que les morsures ont une certaine mfluence sur l’évolution de ces tumeurs —— mais rien ne peut prouver qu'elles en soient la cause originelle.
Nous devons ajouter que, souvent l’angiome de la langue provient de la propagation d’un angiome du voisinige siègeant sur les gencives, sur les lèvres ou sur les joues,
Enfin on a prétendu que l’angiome de la langue était plus fréquent chez la femme que chez l'homme — telles ont été les conclusions de Lebert et de Porta qui ont fait des statistiques à ce sujet. Nous avons fait des recherches dans les thèses parues avant Fi notre et dans les quelques observations citées dans ces vingt derniè res années. Nous avons trouvé que les 2/3 des cas mentionnés appartiennent au sexe féminin.
Thèse de Foucher 12 observations dont 6 appartenant au sexé
[féminin.
— Jullian 7 = 5 2 — Coutenot 6 = 5 eu — Lefèvre 20 — 11: —
Dans les observations que nous avons relevées pour notre compte nous trouvons 6 cas d’angiomes appartenant au sexe féminin pour 4 cas appartenant au sexe masculin.
Symptomatologie
La langue, nous le savons, est non seulement l'organe essentiel du goût, mais elle joue encore un rôle important dans la mastication, la déglutition, la succion et l'articulation des mots.
Or ce qui frappe tout d’abord dans là symptomatologie des angiomes de la langue, c'est le peu de troubles fonctionnels accusés par les malades. Ils sont même nuls quand l’angiome est de petit volume. Nous ferons cependant une réserve à ce propos en ce qui concerne les enfants. Chez ceux-ci en effet la tumeur, s;j les parents n’y prennent garde, peut acquérir quelquefois un volume considérable et on comprend très bien que dans ce cas, certains actes, comme la succion et la déglutition soient gênés et même rendus impossibles surtout si l’angiome siège à la base de la langue. René Desplats et Alexandre Faidberbe dans le «journal des sciences médicales de Lille » du 1° Avril 1905, nous parlent d'un enfant de 8 mois qui, présentant sur face supérieure de la langue en avant de la branche gauche du V lingual, une tuméfaction reconnue pour un angiome refuse de prendre le sein et présente même des troubles respiratoires avec menace d'asphyxie. OBsERVATION VI
Ces troubles sont bien plus rarement constatés chez l'adulte ; on note parfois un peu de gène et de maladresse dans Farticulation des mots ; la mastication est plus lente qu'à l'ordinaire ; la langue organe essentiellement mobile peut montrer une certaine
lourdeur, une certaine maladresse dans l’accomplissement des fonctions qui accompagnent la mastication et la déglutition des aliments.
Les troubles de la sensibilité gustative sont d’une excessive rareté. La douleur quand elle existe est peu marquée. Dans quelques cas cependant, les malades accusent des névralgies assez violentes que nous mettons sur le compte de l’enclavement de filets nerveux dans le tissu fibreux de la tumeur.
La langue manœuvrant dans la cavité buccale avec moins de souplesse qu’à l’état normal, les morsures sont relativement fréquentes, et, si elle se font au niveau même de la tumeur elles peuvent amener des hémorrhagies assez difficiles à arréter.
D'autre part l’angiome peut donner lieu à des hémorrhagies spontanées qui, si le malade n’est pas au courant de l’état de sa langue, peuvent l'inquiéter et même lui faire soupconner une tuberculose pulmonaire qui n’a jamais exister. On comprend les conséquences d’une telle erreur ; sans parler du traitement intempestif de la tuberculose, le moral du malade agit bien vite sur le physique et l’état général ne tarde pas à s’en ressentir.
Nous avons passé en revue les troubles fonctionnels causés par l'angiome de la langue — quels en sont maintenant les caractères, les signes physiques.
La tumeur est le plus souvent constatée après la naissance ou dans la première enfance, sous la forme d’une tèche rougeatre sans saillie apparente. Mais cette tache, ce nœvus maternus va évoluer. Le volume de l’angiome varie considérablement ; on en trouve dont les dimensions ne dépassent pas celles d’un grain de millet, d'un pois, d’une cerise ; mais on a cité des angiomes volumineux, dans lesquels la langue était totalement envahie et faisait saillie entre les lèvres quand le malade ouvrait la bouche.
Cette tumeur prend ‘toutes les formes ; elle peut être étalée, proéminente, polypeuse, adhérente ou mobile sous les plans sousjacents ; elle peut être circonscrite nettement et dans ce cas on a l'illusion d'une véritable capsule entourant la tumeur, mais bien plus souvent elle est diffuse sans limites bien nettes avec le tissu
sain environnant ou elle semble avoir des racines,