CHAPITRE IN
Evolution et Pronostic
La marche de l’angiome de la langue est progressive.
Cependant, il parait certain qu’un petit nombre de nœvi apparus dans l'enfance, peuvent rétrocéder et guérir spontanément. Pour Cooke, cette guérison spontanée serait mêmé la règle ; pour Jui elle serait due à une sorte de thrombose et ce qui semble appuyer cette opinion c'est la formation dans l'angiome caverneux de la langue de caillots stratifiés ; dans d’autres circonstances, toujours d’après le méme auteur, la guérison spontanée se produirait à la suite d’une dégénérescence fibreuse due à la prolifération intense du tissu conjonctif séparant les lacs sanguins.
D'autres fois l’angiome de la ni reste stationnaire pendant de longues annees.
Mais, à la vérité, ces faits constituent des exceptions tout à fait rares. L'expérience a montré, au contraire, que l’évolution de ces tumeurs se fait par poussées successives avec des arrêts plus ou moins prolongés. Au fur et à mesure que la langue se développe chez l'enfant, la tumeur suit le mouvement et s’accroit dans les mêmes proportions. Cette marche, lente en général, peut sous l'influence de certaines causes devenir rapide et envahissante. C’est ainsi que le traumatisme, la puberté, la menstruation, lagrossesse et même l'allaitement peuvent donner un coup de fouet à l’évolution de l’angiome.
L'angiome, tumeur en elle-même bénigne, peut-elle se transformer en une tumeur maligne. Cette transformation a été mentionnée autrefois : Duret, de Lille, a même prétendu que l’angiome pouvait évoluer vers l’angio-sarcome. Nous pensons qu’il n’est pas impossible qu'il y ait coïncidence et avec les professeurs Le Dantu et Delbet nous dirons « que l’idée de la transformation d’une angiome en une tumeur maligne est aujourd’hui inacceptable et ne
repose d’ailleurs que sur des faits mal observés et ençore moins sérieusement interprétés, »
Un fait plus fréquent est la dégénérescence kystique de l’angiome ou d’une de ses parties constituantes. Quelques lacunes sanguines entrant dans la constitution de la tumeur érectile se séparent de la circulation générale à la suite d'une coagulaiton sanguine. Dans ces kystes 1l se fait fréquemment une-infiltration calcaire : c’est sans doute l’origine des angiolithes signalés plus haut. [ls ont été étudiés en France par Broca, en Allemagne par Virschow.
Un autre mode de dégénérescence, c’est la transformation cirsoïde de l’angiome de la langue. Dans ce cas, la circulation devenant de plus en plus active dans l’intérieur des vaisseaux angiomateux, la dilatation des capillaires remonte aux dernières artérioles et aux premières veinules ; la dilatation serpentine des artères et des veines correspondantes se poursuit plus ou moins loin ; Pangiome primitif grossit ; un bruit de souffle systolique peut apparaître. (Nous donnons plus loin une observation de Jaboulay à ce sujet).
Le pronostic des angiomes siègeant sur la peau est relativement bénin. Quand ils occupent la langue, au contraire, leur pronostic devient de suite bien plus sérieux en raison des fonctions spéciales dévolues à cet organe. À cet égard nous devons distinguer les angiomes circonscrits et les angiomes diffus. Les premiers ontune marche lente et causent seulement une gène aux mouvements de la langue ; les complications qu'ils apportent sont peu graves en elles-mêmes. [1 n’en est plus de même en ce qui concerne les angiomes diffus. Ceux-ci ont une évolution bien plus rapide, une marche souvent envahissante. Sous l'influence des injures répétées auxquelles ils sont exposés de la part des dents, dans les mouve ments des machoires, ils peuvent devenir le siège d’hémorragies redoutables et menacer ainsi la vie des malades.
Testelin et Rizzoli nous citent ainsi le cas de deux malades qui durent la vie à une intervention chirurgicale rapidement menée. Deguise nous parle d’un autre malade qui guérit par miracle à la suite de la ligature de l'artère lHinguale.
Pour résumer, nous dirons que les angiomes de la langue, qu'ils soient circonscrits ou diffus, comportent toujours un pronostic sérieux. Abandonnés à eux-mêmes ils peuvent amener des complications souvent mortelles. Leur simple constatation par le chirurgien commandera le traitement immédiat,
Diagnostic
Le diagnostic n'offre habituellement pas de difficulté. L'angiome de la langue est caractérisé par quatre signes pathognomoniques qui sont la congénitalité, la coloration, les propriétés érectiles et la réductibilité. Aussi les erreurs sont-elles rares. Quelles sont les affections qui par certains de leurs caractères peuvent se rapprocher de l’angiome de la langue : |
Le Sarcome de la langue est une rareté. Au début de son évolution il est caractérisé par une tumeur plus ou moins dure ; indolore.à cette première période, il est le siège de douleurs violentes quand la muqueus:2 est ulcérée
L’Epithelioma de la langue a une évolution spéciale bien conconnue, il est accompagné d’une adénopathie sous maxillaire très marquée.
Le Fibrome de la langue est une tumeur dure qui n’est jamais érectile ni réductible.
Les Kystes de la langue, qu'ils soient mucoïdes ou dermoïdes sont aussi complètement irréductibles.
Les Gommes Syphilitiques de la langue présentent des caractères propres : elles passent par les différents stades de l'évolution des gommes ; elles ont une période de crudité, une période de ramollissement et enfin une période de réparation. Elles produisent rapidement autour d’elles des brides de sclérose qui déforment l'organe. D'autre part, elles s'accompagnent d’adénopathie et de stigmates quelconques de spécfiicité.
La Tuberculose linguale est rare sous forme de tubercule isolé. Elle est bien vite ulcérée. Elle ne présente aucun des grands signes de l’angiome de la langue.
Le Lymphangiome est une tumeur congénitale liquide et parfois partiellement réductible, Elle n’est pas rare à la langue où
elle constitue la macroglossie congénitale, mais la lésion est généralement plus diffuse et la He ici Dora un volume souvent énorme.
Les Anévrysmes artériels et artério-veineux ont le plus sou
vent une origine traumatique. Leur marehe est plus rapide que celle de l’angiome. D'autre part, l’anévrysmeartériel est animé de battements et doué d'expansion ; à l’auscultation on percoit un bruit de souffle intermittent isochrone à la systole cardiaque. Dans l’anévrysme artério-veineux à la palpation on perçoit un frémissement vibratoire de la tumeur<t à l'auscultation on entend uu souffle continu saccadé.
Les Varices de la langue siègent surtout à la face inférieure de l'organe ; elles se présentent sous la forme de dilatations serpentines et ampullaires.