CHAPITRE IV
Traitement
En présence d’un angiome de la langue la détermination à prendre est toujours délicate. Pour lutter contre cette affection la thérapeutique a cependant de nombreux moyens à sa disposition. Dans son traité « des tumeurs » Broca écrit « que la multiplicité des procédés est la conséquence nécessaire des formes sous lesquelles se présentent les tumeurs érectiles et de la gravité variable de leurs complications. » Les angiomes de la langue peuvent siéger en n'importe quel point de l'organe, présenter des caractères de structure, des rapports avec les tissus et les organes voisins absolument différents. Nous pensons que vouloir constituer une méthode de traitement applicable à tous les angiomes de -la langue indistinctement est un tort. Il est rare qu'une méthode, supérieure à d’autres, puisse convenir à tous les cas et le chirurgien n'est bien armé que lorsqu'il a à sa disposiuon, par le-traitement d’une même lésion organique, des méthodes diverses, et, que connaissant bien les unes et les autres il emploie sciemment dans chaque cas particulier, la méthode qui convient le mieux. y
Nous allons passer rapidement en revue les différents traitements qui ont été préconisés pour la cure de l’angiome de la langue. Nous nous arréterons plus longuement aux méthodes actuelles. :
Ambroise Paré dans la seconde moitié du XVI° siècle pratique l'incision et la ligature de la tumeur angiomateuse
J.-L. Petit dans son traité des maladies ie conseille lui aussi d'employer le .bistouri, il recommande même « de porter l'instrument au-delà des limites de la tumeur sur les tissus sains pour éviter l’hémorrhagie.
John Bell en 1813 fait la ligature des vaisseaux afférents.
Monteggia en 1813 fait dans la tumeur érectile de la langue des injections d’une solution de tannin.
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Lloyd en 1828 se sert pour ces injections d’une solution d'acide nitrique ou de chlorure de chaux.
Petrequin en 1848 s'adresse à l'acide acétique. <
D'autres auteurs préconisent la potasse, le chloral, le perchlorure de fer et même les applications de la pate de Vienne. Actuellement on s'adresse à 4 procédés qui sont la cautérisation, l’ablation chirurgicale. la radiumthérapie et l’électrolisie,
1° -Cautérisation. — Gelle-c1 peut se fairs au moyen de liquides caustiques et coagulants soit au moyen du thermocautère ou du galvanocautère.
L'ingection de liquides caustiques dans les angiomes de la langue est une vieille méthode qui a pu donner quelquefois de bons résultats mais qui est très dangereuse. Elle consiste à injecter dans la tumeur érectile des substances sclérogènes comme le chlorure de zinc ou simplement FH potasse ou bien des substances caustiques et coagulantes comme le hquide de. Piazza qui contient une forte proportion de perchlorure de fer. De nos jours, certains chirurgien comme Tuffier n’ont pas craint de vanter l'emploi de cette liqueur de Piazza. Devant les nombreux accidents causés par ce médicament, nous pensons qu'il est bon de ne pis l'employer dans l'affection qui nous occupe. Quand on injecte dans un angiome de la langue une substance coagulante comme le perchlorure de fer, on ne peut jamais prévoir Jusqu'où pénétrera la substance et jusqu'où s’étendra la coagulation ; on peut s’exposer à des embolies mortelles. Avec le professeur Delbet nous dirons que « c'est engager fortement sa responsabilité que d'y recourir à une époque où l’on dispose de méthodes plus efficaces et plus inoffensives. » |
La cautérisation au thermo ou au galvano-cautère, convient aux angiomes circonscrits de la langue quand ils ne sont pas trop volumineux.
2° Ablation chirurgicale.— Elle est encore employée de nos jours par des chirurgiens comme Jaboulay et Morestin. Nous pensons que l'intervention chirurgicale peut être utile dans certaines formes d’angiomes de petit volume, circonscrits et siègeant près de la pointe. Le résultat souvent peu esthétique de l'opération
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a moins d'importance que pour les angiomes de la face et du cou. De même dans les cas d'anziomes évoluant vers l’anévrysme cirsoïde il n'existe qu’un traitement qui est la ligature des vaisseaux Hnguaux et l’excision de la tumeur.
Il faut se souvenir que ces opérations ne sont pas exemptes de tout danger. Wardrof a vu succomber entre ses mains, par sute d'hémorrhagie, un jeune enfant de dix ans auquel il enlevait une tumeur érectile située à la partie postérieure du cou. D'autre part l’angiome appartenant aux tumeurs sujettes à récidiver, il est important d'enlever toute la tumeur.
Radiumthérapie. — Dernière venue dans le traitement des angiomes, cette méthode est avec l'électrolyse la méthode de choix. Les effets du Radium sur les tumeurs angiomateuses ont été étudiés par Vickam et Degrais, Dominici et Rubens Duval. Nous n'avons pas la prétention de faire une étude des propriétés du Radium: Il nous suffit de rappeler que le radium semble agir surtout par ses radiations. Cette action est indépendante de la nature du rayonnement, elle appartient aussi bien aux rayons a by ; maiselle demande une dose suffisante. De ‘nombreux appareils ont été inventés qui permettent de mesurer la puissance radioactive, grâce à un filtrage convenable des différents rayons. Dans les tumeurs érectiles de la langue on se sert des tubes radifères de Dominici. ,
Sous l'influence du traitement radiumthérapique, l’angiome de la langue subit diverses modifications histologiques. [1 se produit d’abord une réaction inflammatoire très légère due à une hyperplasie du tissu conjonctivo-vasculaire et à son passage à l’état embryonnaire. Ce tissu conjonctif par une nouvelle transformation revient à l'état adulte : les vaisseaux aplatis, vidés de sang se transforment en éléments fibreux. F
Nous pensons que la Radiumthérapie est un excellent procédé de guérison des argiomes de la langue ; malh+ureusement la manipulation du radium est extrêmement délicate et doit être confiée à des spécialistes. Nombreux ont été les accidents que son application à provoqués. Parmi ceux-ci les brûlures tiennent la première place et on peut observer depuis le simple érythème jusqu’à
- l'escharrification et dans ce dernier cas la réparation demande des mois.
Electrolyse. — Dans le traitement des angiomes de la langue l'électrolyse est une méthode qui s'impose par son importance et son efficacité. Elle a peut-étre contre elle la lenteur de ses effets et la douleur qu'elle provoque, mais elle possède le grand avantage d’une régularité parfaite d'action.
Suivant la définition de Faraday, l’électrolyse est la décompositon chimique des corps sous l'influence du courant électrique.
Quand on plonge dans un angiome une ou deux électrodes, sous la forme d’aiguilles, et quand on fait passer un courant électrique d’une intensité moyenne, on obtient un caillot qui diffère suivant qu'on l’observe au pôle positif ou au pôle négatif. Au pôle positif le caillot est dur et adhère fortement à l'aiguille et aux parois vasculaires. Autour de ce caïllot primitif, il se forme des caillots secondaires qui sont moins résistants mais qui se propagent assez loin et arrétent la circulation dans une zone assez” étendue. De plus, il a été prouvé que le pôle positif jouit de fortes propriétés hémostatiques, surtout quand l'aiguille employée est en acier. Dans ce cas à l’action électrolytique s’ajoute l'action coagulante du perchlorure de fer qui prend naissance au moment du passage du courant. L’aiguille électrolytique positive agit aussi sur les parois vasculaires et les tissus voisins. Ceux-ci se transforment plus ou moins rapidement en tissu fibreux.
Au pole négatif, au contraire, le caillot est mou et diffluent, il contient des bulles d'hydrogène. Le pole négatif ne possède pas les propriétés hémostatiques signalés plus haut-à propos du pôle positif; mais en revanche il produit une véritable cautérisation suivie d’une cicatrice adhérente semblable à celle qui est observée après la cautérisation par les caustiques ordinaires.
Dans le traitement électrolytique des angiomes de la langue on emploie indifféremment des aiguilles en acier ou en platine. Pour ménager la muqueuse on induit l’aiguille d’un vernis dans la partie qui est en rapport avec elle. L'électrolyse peut se faire de deux manières : ou bien on fait des piqures dans l’angiome à l’aide d’une aiguille reliée au pole positif : c’est la méthode unipolaire
encore appelée monopuncture positive ; ou bien on enfonce dans la tumeur érectile de la langue les deux aiguilles en relation l’une avec le pôle positif, l’autre avec le pôle négatif. C’est la méthode . bipolaire du professeur Bergonié. C'est le procédé qui nous semble le plus logique et le meilleur.
Actuellement on a rejeté la monopuncture négative.
En résumé nous dirons que le traitement des angiomes de la langue par l’électrolyse est celui qui nous semble apporter les plus beaux résultats. Il est peut-être un peu douloureux tant que. les filets nerveux de l’angiome ne sont pas détruits. Mais ces sensations pénibles se calment vite. Les caillots secondaires au niveau du pôle positif peuvent se désagréger et se résorber, mais le caillot primitif et la sclérose des tissus voisins persistent. L'angiome ainsi traité a peu de chance de récidiver.
Observations
OBservarion N° Fr {Inédite)
Miss E.... B....…., 30 ans, infirmière de nationalité anglaise — vient consulter M. le professetfr agrégé Guyot parce qu'elle a sur la langue des « grosseurs » qui l’inquiètent et qui la font parfois souffrir.
Ne possède aucun antécédent héréditaire et collatéral digne d’être rapporté. Sa mère est morte à 62 ans de pneumonie. Son père âgé de 80 ans n’a jamais été malade. Possède un frère et une sœur tous deux en excellente santé.
Les antécédents personnels sont plus chargés. Nourrie au sein, notre malade est sevrée à l'âge de 10 mois. À 5 ans elle contracte à la fois la coqueluche et la scarlatine. A la suite de ces deux affections elle est en proie à des troubles dyspeptiques jusqu'à l’âge de 14 ans, époque à laquelle elle contracte une grippe qui la retient au lit pendant un mois. La convalescence de cette grippe est particulièrement pénible. Malgré l'emploi de nombreux fortifiants elle reste, dit elle, très faible jusqu’à l’âge de 20 ans. Pendant touts cette période elle ne peut se ivrer à aucune occupation ; le moindre effort la fatigue, à partir de 20 ans l’état général s'améliore, actuellement, à part les petites tumeurs qu’elle présente sur la langue le malade est en parfaite santé.
Histoire de la maladie. — A l’âge de 19 ans la malade s'aperçoit qu'elle possède à la pointe de la langue et à 1 cent" à droite de celleci une petite tumeur rosée de la grosseur d'un pois. Cette tumeur est douloureuse surtout dans les mouvements de mastication. Un médecin irlandais consulté à ce moment conseille aux parents de l'enfant de lui faire arracher une dent cariée qui pour lui est cause de tout le mal. Cette dent arrachée, les douleurs se calment et disparaissent même au bout de quelque temps. Mais la tumeur elle-même ne disparait pas ; elle reste stationnaire pendant une douzaine d'années et comme elle ne cause plus de gène à la malade, elle ne s’en inquiète plus, « pensant que le temps la fera disparaître.»
Il y a environ huit ans la tumeur se met à augmenter de volume et à redevenir douloureuse. Cette douleur est intermittente. Elle disparait pendant quelques jours mais reparait sons l'influence de la moindre fatigue ou même à la suite du froid. La malade la compare à une brülure. Elle n’esr pas accentuée par les mouvements de la déglutition, de la mastication, de la parole. Tout rentre de nouveau dans l'ordre ; la douleur petit à petit se calme, la tumeur grosse comme une petite cerise gardant cependant le même volume.
Il y a quatre ans, sur la face dorsale de Ia langue à la partie moyenne et à un centimètre à gauche de la ligne médiane apparait une petite grosseur ayant les dimensions d'un grain de blé. En même temps la malade aperçoit sur sa langue un peu à gauche de la pointe une tâche rougeâtre ayant environ un 1/2 centimètre carré de surface. Malgré l'aggravation de l’état de sa langue Ia malade ne souffre d'aucun trouble fonctionnel. Cet état persiste pendant 3 ans 1/2.
Mais en décembre 1919 le malade remarque que sa langue £st gènée dans ses mouvements; la tumeur située à droite de la pointe augmente de volume. En même temps les douleurs intermittentes signalées plus haut font leur apparition. Elle se décide enfin à venir consulter M. le professeur agrégé Guyot au mois de juin 1920.
Actuellement. — Ce qui frappe à lexamen de la langue, c’est la présence, à un centimètre de la pointe, d’une tumeur ayant les dimensions d'une grosse cerise. Cette tumeur se voit aussi bien sur la face supérieure que str la face inférieure de la langue, elle empiète même sur son bord droit. Elle présente une coloration bleuâtre ; la muqueuse qui la recouvre est bosselée. Au toucher on a la sensation d'une masse mollasse présentant une fausse {luctuation : de plus cette tumeur est réductible, elle disparait complètement quand on la presse entre le pouce et l'index ; dès que l’on cesse cette pression elle revient vite à son volume primitif. Elle en est douée d'aucune expansion ; et on ne perçoit à sa surface aucune pulsation.
À la partie moyenne de la langue et à un centimètre à gauche de la ligne médiane siège une autre tumeur grosse comme un pois et présentant les mêmes caractères que celle dont nous venons de parler.
Enfin, au niveau de la pointe et à gauche de celle-ci, on trouve une petite tâche de coloration bleuâtre ayant environ un centimètre carré
e surface.
Rien à signaler dans le réste de la langue. Les gencives sont
intactes. Rien à l'examen de la gorge.
La malade accuse un peu de douleur surtout au moment de la mastication. La déglutition se fait normalement. Aucun trouble de la sensibilité gustative. On note un peu de géne et de maladresse dans l'articulation des mots. L'état général de la malade est bon. Nous avons examiné les différents appareils et nous n'avons 1ien trouvé d’anormal. Pas d’adénopathie cervicale et sous-maxillaire. Ni sucre, ni albumine dans les urines.
Le diagnostic d’angiomes multiples de la langue s'imposant la malade est envoyée à M. le docteur Debedat pour suivre un traitement électrolytique.
19 Juin. — Première séance : {sous anesthésie générale au chloroforme) deux aiguilles de platine reliées aux pôles + et — sontenfoncées dans le plus gros des angiomes, les deux aiguilles sont placées environ à un centimètre l’une de l’autre. Le courant est amené progressivement jusqu'à une intensité de 35 milliampères ; il est maintenu ainsi pendant 5 minutes. Au bout de ce temps sans désemparer on repique les aiguilles de p'atine dans la tumeur angiomateuse située à la face dorsale de la langue. On emploie ici un courant d’une intensité de 25 milliampères pendant 3 minutes. À la suite de cette première séanee d’électrolyse, on ne note aucune hémorrhagie. Les deux jumeurs sont entièrement dures au toucher.
21 Juin. — La malade a souffert un peu de sa langue. Les deux tumeurs sont dures et commencent à se rétracter.
25 Juin. — Après anesthésie locale à la cocaïne on traite par le même procédé la tâche érectile située à gauche de la pointe de la langue. On emploie un courant d’une intensité de 20 milliampères pendant 2 minutes.
28 Juin. — La langue à presque repris son état normal. La partie de la langue correspondant à l’angiome le plus volumineux a presque repris sa consistance ordinaire; l’angiome est réduit au 1/4 de son volume primitif. La langue est revenue à son état normal. Les autres tumeurs angionateuses n’existent plus,
OBSERVATION IL Observation II de Forrix. (Société de Médecine de Rouen) parue daus la Gazette des Hopitaux de Teulouse, sèance du 8 avril 1895.
Il s’agit d’une petite fille de huit ans bien portante et bien constituée. Son état général est très bon. Elle présente sur le bord gauche de la langue une tumeur dont elle ne peut préciser le début. Il y a néanmoins peu de temps qu’elle s’en est aperçue. La tumeur à la dimension d'une pièce de cinquante centimes, elles est fluctuante. La coloration est bleuâtre. Elle est arrondie, convexes aux deux faces supérieure et inférieure, comprend toute l’épaisseur de la langue et la déforme en déterminant une saillie assez prononcée sur le bord gauche. Elle n’est pas douloureuse à la pression. Elle est en partie réducüble. En la prenant entre deux doigts on perçoit des masses résistantes fuyant sous le doigt. Il n’y a pas de ganglions circanvoisins. Cette tumeur gène l'enfant dans la mastication et dans la phonation.
L'enfant reste quelques jours en observation à l'hopital. Pendant ce temps on constate que la tumeur augmente en volume ; la saillie qu'elle détermine s’accentue journellement. É
Une première intervention sous chloroforme est faite à l’aide du thermaucotère. On emploie à cet effet la pointe fine et plusieurs cautérisations profondes sont pratiquées à Ja face supérieure de la tumeur. On prescrit ensuite des lavages boriqués. Il se forme au bout de quelques jours une‘ulcération qui donne naissance à une cicatrice faisant disparaître la tumeur à ce niveau.
Une deuxième intervention après chloroformisation est pratiquée un peu plus tard avée la galvanocautère. Les cautérisations portent sur la face postérieure et sur le bord libre de la tumeur. Cette nouvelle eautérisations amènent le retrait complet de la tuméfaction et la font disparaître. La langue à repris sa fopme normale.