‹ Les Anglais en Égypte: L'Angleterre et le Mâdhi Arabi et le Canal de SuezChapitre 3 sur 9 · EMPIRE EGYPTIEN · texte numérisé non relu

EMPIRE EGYPTIEN

Echelle «I IdlomtlrH.

que le vainqueur, faisant élection d'une bonne position jpilitaire" alla s'établir dans la montagne, à Torra.

La nouvelle du -succès de l'entreprise arrivait au Caire avant le 1" janvier 1875, et aussitôt un corps de troupes régulières, placé souslesordres d'Ismaïl-Pacha-Ayoub, partait du Kordofan pour affirmer PaUnexion de la nouvelle province. Le gouvernement du khédive y installait à demeure une garnison de dix mille hommes.

Ce système de conquête à outrance, méthodiquement suivi depuis le commencement du siècle, a fini par élever à 2,250,000 kilomètres carrés la superficie totale du territoire de l'Egypte.

Dans cet imipense empire on désigne sous le nom de' Soudan (1) égyptien l'ensemble des vastes régions comprises entre l'équateur et le dix-huitième degré de latitude nord. Ce Soudan oriental se trouve aujourd'hui divisé en deux gouvernements généraux dits de Karthoum et des Côtes de la mer Rouge. Le premier comprend les moudirliks de Karthoum^ de Sennaar^ de Fazoql entre le Nil-Blanc et le Nil- Bleu ; de Fashoda sur le haut Nil-Blanc ; d'Ismaïlia sur le Bahr-el- Djebel ; de Schegga^ du Kordofan et du

(1) Suivant Bartb, qui a recueilli sur place de curieuses traditions, le nom de Sd ou Sô serait celui du chef de l'une des dernières hordes sémites qui aient envahi le continent africain aux temps préhistoriques. Le mot ^tdan impliquerait, en conséquence, la signification de « Domaine des enfants de Sô ». Ces considérations philologiques . nous paraissent assez judicieuses.

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que le vainqueur, faisant élection d'une bonne position militaire*^ alla s'établir dans la montagne, à Torra.

La nouvelle du -succès de l'entreprise arrivait ûu Caire avant le 1" janvier 1875, et aussitôt un corps de troupes régulières, placé sous les ordres d'Ismaïl-Pacha-Ayoub, partait du Kordofan pour affirmer PaUnexion de la nouvelle province. Le gouvernement du khédive y installait à demeure une garnison de dix mille hommes.

Ce système de conquête à outrance, méthodiquement suivi depuis le commencement du siècle , a fini par élever à 2,250,000 kilomètres carrés la superficie totale du territoire de l'Egypte.

Dans cet imipense empire on désigne sous le nom de'Soudan (1) égyptien l'ensemble des vastes régions comprises entre l'équateur et le dix-huitième degré de latitude nord. Ce Soudan oriental se trouve aujourd'hui divisé en deux gouvernements géné- ; jpaux dits de Karthoum et des Côtes de la mer Rouge. Le premier comprend les moudirliks de Karthoum^ de Sennaar^ de Fazoql entre le Nil-Blanc et le Nil- 'Bleu ; de Fashoda sur le haut Nil-Blanc ; d'Ismaïlia sur le Bahr-el-Djebel ; de Schegga^ du Kordofan et du

(1) Suivant Barth, qui a recueilli sur place de curieuses traditions, le nom de Sa ou Sô serait celui du chef de Tune des dernières hordes sémites qui aient envahi le continent africain aux temps préhistoriques. Le mot Sàdan impliquerait, en conséquence, la signification de <( Domaine des enfants de Sô ». Ces considérations philologiques . nous paraissent assez judicieuses.

Dar-Four à l'ouest du Nil-Blanc. Du second dépendent les moudirliks de Taka entre TAlbara et la côle^ de Souakin avec les places d'Akik, de Tokar et de Singat; de Massouah qui embrasse le littoral de Danakil et de Somâl.

C'est dans ce Soudan oriental que les Anglais viennent d'opérer.

De telles régions opposent à ceux qui les abordent des difficultés réellement redoutables. Il y faut lutter contre les ardeurs d'un climat excessif, le zèle du fanatisme musulman et les habitudes invétérées d'un commerce immoral, celui des esclaves. Le climat, passe encore. La race anglo-saxonne sait vivre sous toutes les latitudes. Mais elle allait heurter de front deux autres obstacles formidables.

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LE PANISLAMISME

On ne prend pas assez garde, en Europe, aux étranges tendances, aux menées de ce monde musulman qui ne compte pas moins de cent millions de fidèles. Peut-être ignore-t-on que Tesprit des sectateurs du « Livre » (le Coran) n'est hanté que d'idées follement ambitieuses. Placés, pour la plupart, sous la domination d'une puissance européenne, les Croyants ne font que rêver grandeurs, indépendance, conquêtes, « Panislamisme » ; Hs aspirent naïvement à cet empire universel que le Livre leur a promis. Et comme ils sont, au contraire, sous le joug, ce qui passe à leurs yeux pour la première des vertus, c'est la haine de l'étranger, du chrétien, du « roumî ». Ce sentiment de haine vivace est profondément enraciné au cœur de ceux « qui combattent dans le sentier de Dieu »; il les travaille sourdement quand il ne fait pas explosion ; mais, qu'il soit latent ou éruptif, le travail qui s'opère est affecté du caractère de la permanence. Le phé-

nomène est continu chez ces « résignés à la volonté du Puissant »; ils n'attendent, atout instant, que l'occasion d'entrer en lutte avec les civilisés, les maudits... (« Que Dieu les écrase » !) et ils espèrent bien finir par les exterminer, « în cliâ Allah » (s'ii plaît à Dieu).

Telles sont les espérances que propagent dans tous les pays d'îslâm des prédicateurs, des pèlerins et aussi, le croira-t-on? la presse.

Primitivement instituées dans un but exclusivement religieux; les confréries musulmanes ont trahi leur origine et, déviant de la ligne qu'elles s'étaient tracée, sont devenues, aux mains des marabouts, de puissants instruments politiques. L'unique but qu'elles poursuivent aujourd'hui, c'est le « djehad >?; c'est-à-dire la guerre sainte, la guerre sans trêve ni merci contre leà infidèles et tous ceux qui pactisent avéi^es mécréants. La loi du djehad ouvre aux Croyants des perspectives séduisantes. Aux âmes ferventes elle promet les joies sensuelles de la vie future; au « moudjahed » qui combat pour la foi, les délices du « Djenna » (paradis). Elle mentionne en d'autres articles les châtiments que Dieu réserve aux lâches. Au déserteur, toutes les peines de, l'enfer ! Tel est le sens des prédications ordonnées par les chefs des sectes religieuses.

Le « khouan » ou frère prêcheur reçoit, de plus, mission d'annoncer à qui veut l'entendre la pro-

chaîne venue d'un envoyé du « maître de l'heure ». Ce bras de Dieu doit exterminer les chrétiens (« Que Dieu les écrase ! )>); Le règne de ces maudits touche heureusement à sa fin promise; leur puissance va s'écrouler, conformément aux prophéties.

Il existe, de par le monde, quantité d'ordres religieux musulmans. Ceux qui comptent le plus d'affiliés en Egypte et en Algérie sont : l'ordre de Sid Abd el Kader el Djilânî; l'ordre de Si Moulaï-Taieb ; l'ordre des Aïssaoua et de Sid Mohammed ben Aïssa; l'ordre de Sidi Youcef el Hansali; l'ordre de Sidi Ahmed Tidjani; l'ordre des Derkâoua.

L'ordre de Sidi Abd el Kader el Djilânî, aujourd'hui fort puissant, a été jadis institué par un saint marabout dont le nom est resté en vénération dans tous les pays d'Islam. Partout le saint fondateur est regardé cofnme le patron des pauvres, le protecteur des malheureux. Aussi la plupa||^des mendiants ne demandent-ils la charité qu'au nom et pour l'amour de Sid Abd-el-Kader. L'ordre a son siège à Bagdad, un siège secondaire en Tunisie, à Kairouan, et des succursales sur tous les points du monde musulman. Son « khelifa » (chef) actuel est un descendant de ce Mohammed -ès-Snoucî, que nous avons expulsé d'Algérie en 1849.

Là confrérie de Si Moulai Taieb, également considérable, a son siège officiel aux environs de Tanger ; Son khelifa est un certain Abd el Selam, qui com-

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mande à plus de vingt millions de musulmans. Le sultan du Maroc tremble devant cette puissance occulte. L'ordre a pour mokaddem (représentant) au Caire un membre de la famille des Snoucî.

Les khouans Derkâoua affichent la prétention d'observer dans toute leur rigueur les préceptes du Coran ; de mépriser profondément tous les biens de ce monde. Un derkâoui se reconnaît à son bernons en loques ou arlequiné de pièces multicolores; à son chapelet à grains énormes; à son long bâton de pèlerin ; à certaine prononciation aflTectée des lettres gutturales. En état de conspiration permanente, la secte reçoit directement ses instructions de la Mekke.

D'autre part, une multitude de musulmans, venus de tous les points du globe font, comme on sait, chaque année le pèlerinage de la Mekke ; ils vont réchauffer le«r zèle au foyer de la vérité selon Mahomet. Ces milliers de voyageurs, en communion d'idées religieuses, échangent dévotement des nouvelles et se communiquent leurs impressions. Ils se livrent, tout en disant leurs chapelets, à une véritable enquête sur les actes poHtiques et la situation des puissances chrétiennes , ennemies Héréditaires ! — et le résultat de cette enquête est immédiatement porté à la connaissance du chef spirituel de chaque confrérie, présent sur les lieux. Celui-ci prend des décisions. Les pèlerins reçoivent des instructions précises ; ils emportent

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des ordres qu'ils transmettent, à leur retour au pays, à des destinataires désignés, et cette transmission s'effectue sûrement, avec une rapidité comparable à celle de nos communications électriques.

Nous avons dit que la presse établissait aussi des rapports dangereux entre les différentes parties de ce monde musulman, que séparent d'immenses espaces de terre et de mer. Il est effectivement tel journaliste arabe qui rédige, non sans talent, une feuille panislamiste^ dont le tirage s'élève à cent mille exemplaires!... Ces journaux s'expédient par ballots dans tous les pays mahométans; ils pénètrent partout, de Samarkand à Mogador, de Constantinople à Tombouctou; ils ont des correspondants au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Tripolitaine, en Egypte; des « reporters » en Arabie, en Perse, au Bengale, en Chine, au Japon!

Et sait-on ce que répand cette presse en ce qui concerne les Anglais?

(( Le Prophète a dit que la guerre durerait jusqu'au jour du Jugement. Entre les musulmans et les chrétiens Inglis il peut y avoir des armistices; de paix, jamais !...)>

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