‹ Les Anglais en Égypte: L'Angleterre et le Mâdhi Arabi et le Canal de SuezChapitre 5 sur 9 · ARABI A TEILL EL KEBIR · texte numérisé non relu

ARABI A TEILL EL KEBIR

Pendant que le Prophète^ bloquait la capitale du

Koraofan, que se passait-il en Basse-Egypte?

. C'est le 20 mai 1882 que les flottes anglo-françaises

avaient mouillé dans les eaux d'Alexandrie. A quel-

, quesjours de là, les représentants des deux puissances

rpnettaient 'au président du conseil des minîàtres

'•^gyptiens Une note réclamantla démission du cabinet,

r^exil ffArabi-Pacha et celui des colonels qui avaient

. fait avec lui le pronunciqmento de septembre.

Mais le khédive ne devait pas avoir raison du parti « national » qui, depuis une unnée, entretenait l'agitâtio|î dans la; vallée du Nil. Il capitula devant une manifestation nouv^le.Arabi reprit leportefeuille de la guerre, et ^n premier acte d'administration fut de omettre Alexandrie en état de défense.

Cependant la fermentation des esprits était excessive. Il en résulta entre musulmans et chrétiens des scènes de ri?ce et même de meurtre. Aussi, après (fe longues négociation* qui demeurèrent infructueuses,

TAngleterre se décida-t-elle à diriger sur FÉgypte des troupes de débarquement, placées sous les ordres de Sir Garnet Wolseley. Dès que ces forces furent arrivées à destination, Tamiral Seymour opéra le bombardement de la ville.

Ne pouvant plus tenir dans Alexandrie , Arabi alla prendre position derrière les lignes de Kafr- Douar qui venaient d'être improvisées entre le lac Mariout (Maréotis) et le lac d'Aboukir. Cette position a sa valeur attendu qu'elle commande le chemin de fer du Caire et le canal Mahmoudieh qui alimente Alexandrie. Elle était occupée par une quinzaine de mille hommes.

i Les Anglais n'essayèrent point de l'attaquer.

Sir Garnet Wolseley est un officier général de haut mérite. La manière brillante dont il a conduit, en 1873-74, sa campagne des Ashantees a rendu son nom justement célèbre.

Qu'a-t-il fait en Egypte ?

Tandis que quelques détachements masquaient Alexandrie, le gros des forces anglaises forçait le canal et débarquait à Ismaïlia. S'étant ensuite acheminé vers Tell-eï-Kebir, le général Wolseley en enleva les ouvrages dont les défenseurs prirent la fuite dans la direction de Zagazig. Là on fit quelques milliers de prisonniers , au nombre desquels se trouvait Arabi. Le surlendemain, on entrait triomphalement au Caire,

Cependant les Anglais ne pouvaient pas encore se flatter d'avoir réduit TÉgypte car, loin de quitter piteusement la scène à la manière d'Arabi, le Mâdht poursuivait le cours de ses succès. Il tenait Obéïdh et menaçait Karthoum.

Cédant alors aux inspirations du cabjnet britannique, le gouvernement restauré de Tewfik crut devoir ordonner d'urgence la mise en état de défense de cette place.

La garnison de Karthoum ne se composait alors que d'un millier de réguliers Chillouks; cet effectif semblait insuffisant vis-à-vis des forces considé- .rables qui manœuvraient sur la rive gauche du Nil-Blanc. Abd-el-Kader-Pacha, le nouveau gouverneur général, était loin de paraître rassuré. Il exposait au khédive que le Mâdht occupait des positions formidables ; que, malgré son heureuse situation au confluent des deux Nils, Karthoum, dont la population n'était pas sûre, risquait fort de tomber aux mains de l'ennemi ; que, dès lors le Soudan égyptien pouvait être totalement perdu. Le gouverneur général demandait à grands cris des renforts et insistait, à chaque courrier, pour qu'on les lui expédiât sans retard.

Ces dépêches réitérées finirent par émouvoir les Anglais. Le général Alison estima qu'il convenait de contrôler la réalité des faits mandés de Karthoum ; de reconnaître jusqu'à quel point étaient fondées les

craintes qui se manifestaient ainsi coup sur coup ; d'analyser avec sang-froid une situation qu'on venait peut-être de dépeindre sous des couleurs trop sombres. Trois officiers, le colonel Stewapt,,le capitaine Denham et le lieutenant Wood furent appelés à faire celte reconnaissance. Ils partirent aux premiers jours de novembre.

Le sens du rapport qu'ils rédigèrent à leur retour se pénètre sans peine, attendu que l'expédition du Sou4an fut alors décidée.

Il était urgent de pourvoir aux moyens d'exécution et d'exécution immédiate, puisque la situation de Karthoum était déclarée critique. On ordonna sur-lechamp la formation d'une colonne expéditionnaire, composée de troupes égyptiennes; mais, dès qu'ils eurent à prendre des mesures en conformité de ces ordres, les ministres se heurtèrent à nombre de difficultés inattendues. Les anciens soldats d'Arabi refusaient nettement d'aller se battre dans la vallée du Nil-Blanc pour y défendre les États d'un khédive devenu le vassal de la « Vieille Dame » d'Angleterre. Ils ne se souciaient nullement d'avoir maille à partir avec celui qu'on appelait au Caire le « Faux » prophète et qui n'était pa's plus faux que les autres prophètes musulmans jadis acclamés par leurs pères. De plus, ce prophète avait la main rude, et c'était chose grave que de se faire prendre par ses Derkâoua. La peur ayant stmené des désertions, il fallut conper

court aux désignations d'office. Comme leurs soldats, du reste, les officiers ne manifestaient aucun goût pour cette guerre du Soudan. Appelé à se mettre à la tête des troupes de la colonne en formation, Eyoub- Pacha n'avait pas craint de décliner l'honneur du commandement.

Les Anglais furent un instant embarrassés et tin* rent conseil. Le gouvernement de la Reine, se demandèrent-ils sans ambages, peut-il raisonnablement laisser tomber aux mains d'un obscur aventurier cette magnifique Afrique orientale dont la conquête économique est si bien préparée? Est-il possible d'abandonner les résultats acquis? Peut-on laisser stériles les efforts de Speke et de Grant? Ceux de Samuel Baker, de Gordon et de Chaillié-Long ? Assurément, non. Donc il nous faut exécuter nous-mêmes une expédition qui ne tente ni les soldats ni les pachas de cette Egypte en décadence.

Sur ces conclusions, les armements commencèrent et furent poussés avec activité.

En tous pays du monde, avec une « solde » on a des « soldats », le mot l'indique ; il suffit d'y mettre le prix, quand il le faut. Les anciens ne procédaient pas autrement. Suivant ces principes, les Anglais firent de nouveau donner leur « cavalerie de Saint- Georges » et l'appât des livres sterling opéra, une fois de plus, des merveilles. On enrôla ainsi une dizaine de mille hommes : 7,500 fantassins, 500 cavaliers, le

personnel de quatre batteries d^artillerie et celui des services accessoires. Le commandement des troupes de cavalerie fut confié au major Martin ; celui de l'artillerie, au capitaine Walker. Nous ignorons le nom du commandant des troupes d'infanterie. Le commandement en chef de l'expédition, attribué nominalement au prince Hassan, fut, de fait, remis aux mains d'un officier anglais dont le nom vient d'acquérir une sinistre célébrité. Le général Hicks — ou plutôt Hicks-Pacha — était un ancien colonel de l'armée de Bombay, très apprécié du général Penny. Il avait, de plus, hors des Indes, fait la campagne d'Abyssinie et pris une part glorieuse à l'attaque de Magdala. C'était un homme d'une énergie à toute épreuve. Il prit pour chef d'état-major le colonel Farquehar, lequel eut directement sous ses ordres les majors Warner, Massy, Evans et le capitaine Heath. Le médecin major Rosemberg fut chargé du soin de diriger le service de santé. Quelques officiers étrangers — MM. dB Korff, de Seckendorf, etc. — furent de plus, sur leur demande, attachés à l'état-major. On dit que la colonne comptait, en tout, quarante-deux officiers européens.

Le 12 décembre 1882, on était prêt. Le 13, le premier détachement des troupes expéditionnaires quittait le Caire, et l'état-major en partait lui-même le lendemain, 14, pour aller s'embarquer à Suez.

Quel chemin prenaient donc les Anglo-Egyptiens?

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