‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 10 sur 106 · i.i(i\ i.i I I i:ii \ii;r · texte numérisé non relu

i.i(i\ i.i I I i:ii \ii;r

.If me suis effort'»' dVcrire mes sensations, en qnalilé de lion. J';ii , iiiiiitile nanl , — el je serai aussi bref (](ie possitile sur ec sujet fàrlienx . — ;i parler des émotions qui nrassaillirent lorsque je uie sentis ictoniber dans riinrnlile eondilion humaine. Mon sort , toutefois, est celui de tous les lions.

J'étais dans la force de ma réputation, lorsque pniiil lîuuuiiis. U- urand poète el romancier.

Notre rencontre eut lieu ; c était dans une foule.

Mais je vis les femmes se grouper autour de lui ; — tous les dix artistes , dont neul m'avaient reproduit . cherchera l'aroir pour l'exposition; un éditeur fashionahle me tourner le dos . tenir les yeux lixés sur Buguins , comme s'il eût voulu fouiller jusqu'au fond de ses entrailles [lour en tirer de la copie; enfin deux éditeurs de magasins rivaux, toujours le dos tourné 'a votre serviteur, sourire gracieusement h celui que Je sentais être le lion de la soirée.

Je me retirai promptement de la scène; et jamais, — non, jamais je Ti'ouldierai la froide insolence avec laquelle une de mes premières adoratrices . une charmante jeune tille, qui avait déjà paru dans l'un des plus beaux kecpsakts, me rencontra sur le chemin de la porte , et , les yeux fixés sur Buggins , et se retournant à demi vers moi, me cria : « Quoi! vous partez? Adieu. «

Je m'en allai chez moi, soupçonnant, faisant même plus que soupçonner ma chute. Il n'y eut plus "a en douter quand , dans le numéro suivant de VAmiihitateur, je lus ce passage, noyé dans un torrent de louanges. Le voici :

(I Dire que BuL'gins s'est élevé au-dessus de tous les anciens poètes dans la peinture des hommes et des choses, c'est ne rien dire. Comme il a surpassé tous les auteurs . aucun auteur ne le surpassera. Eu un mot, il a toute la grandeur de Nokes ; il en a même dix fois plus , sans la moindre parcelle de la faiblesse de ce dernier écrivain. "

Ce sans fut mon arrêt. Dès cet instant, ma crinière s'en alla par poignées.

La faiblesse de Notes!... moi qu'on avait cité, dont on avait vanté l'énergie, la puissance surhumaine!... Mais n'y songeons plus. Si j'avais été méchant, mes mauvaises passions eussent été plus que satisfaites , car un ou deux ans après, je vis dans V Annihilatetir la réjouissante nouvelle qui suit :

I Quant "a Slopskin , le nouvel artiste qui s'est levé au firmament de la littérature , on peut véritablement dire de lui qu'il a plus de vigueur que Buggins . sans en avoir la pauvreté d'expression. »

Et qu'est-ce que Slopskin aujourd'hui? Ce n'est plus un lion, mais un simple particulier. Un autre lion est venu sans un défaut quelconque de Slopskin , et . hélas! Slopskin n'est plus qu'un mortel.

Plein de dégoût , je quittai Londres , ayant eu . toutefois . la satisfaction de me voir relié en parchemin pour l'usage des écoles. J'entrai dans les ordres, et me voici dans la paroisse de Satansfleld . jouissant d'un médiocre revenu de deux cents livres par an, y compris le loyer, le chauffage et l'éclairage; non plus lion, mais colonne inébranlable de l'église protestante.

i(l I.E LIO^ Ll I I KRAIRE.

Ayez la l)on(é(lc vous «dresser ;i M. Tyas pour me faire (tarveiiir immédiatenuMit les trente livres qui tue sont dues pour cet article, et croyez-moi

Votre tout dévoué.

.lOIIN NOKES.

Nous n'ajouterons rien aux confessions deTex-lion; elles doivent rester pures de tout alliage.

Henri Rrownrigg, Ksquire.

L,K MEDECIN A LA. MCDHi.

^^^^^^^;^- ■''*>*^^Éë^^

LK MIlDECIN a LV MODK.

iB Courliiry Palnioile , dans sa rinquante-septicrae année, avait atleinl l'apogée de la vogue médicale ; nulle personne du liniii loii ne pouvait être malade sans le consulter: aucun patient de distinction ne pouvait mourir heureux sans son aide: ' cnfln , il n'y avait pas de bornes à la satisfaction mentale cl au isoulasement réel que retiraient raristocralie et les riches, des visites grassement rétribuées de sir Couriney Palmoile, le nK'decin le pins h la mode de son temps.

Nous avons un mot à dire à propos du costume de la classe qui fait le sujet de notre article. Nos lecteurs voudront bien se rappeler que Vnncien rég'wie de l'invariable habillement du médecin, ses culottes de salin noir, ses genouillères, ses bondes de souliers , sa poudre, sa queue, ses lunetles et son épingle, ses manchettes de dentelle et son imposante canne h pomme d'or , tout cela s'est évanoui pour toujours. Le caractère du médecin comme il faut, reste "a peu près le même; mais son costume est complètement changé; les mouvements et les manières sont également différents: il a perdu son prestige et son attitude cérémonieuse, quoiqu'il ait conservé sa démarche réi;ulière, douce, silencieuse, veloutée con;me celle d'un chat, si l)ien que l'oreille du noble malade n'est avertie ni de son approche ni de sa retraite. Palnioile est un modèle de l'art d'entrer et de sortir.

Il V a néanmoins un certain je ne sais quoi dans .ses mains ei dans les mouvements de sou avant-bras (lui n'a jamais changé. Il a conservé un geste dont il fait un

52 Mi MI.DIù.lN \ I.A MODli.

usage cdiiiiniu'l [lotii ;ipais(>r, câliner, conjuicr, réconcilier, adoucir, frapper; geste CNailoiuent i'(>])ii'' sur celui <lu coiniiiissaire, dansla farce de rolicliinelle. An lieu de niauclieltes , liuilel'ois, il (xntc uiaiiilenant , avec osteiilalion , une hague . présenl d'un patient chéri qui mourut entre ses mains, et quel»iuefois des boutons en perles attachés a des poignets de linon très-larges et élégamment relevés. Il n toujours de la llanelle jus(]u'aux poings , où vous en voyez passer un bout. Il est toujours vêtu d'une redingote dedrapsu|ieilin, 'a longs pans, dans les |>oclies de laiiuelle il porte un stéthoscope : c'est un instrument de nouvelle invention pour ausculter le |>ounion ; dans sa forme naturelle, il ressemble h un épais rouleau de bois; mais celui quf mploie le médecin 'a la mode, se montre ordinairement sous la forme d'une petite trompette. Il a un pantalon noir et des guêtres , et ses souliers sont généralement trop grands', afin de livrer accès 'a des chaussons do flanelle surnuméraires , pour se tenir les pieds chauds dans une voiture durant l'hiver. Ses cheveux sont courts cl raides, mais très-lisses , de sorte (pie I'omI peut suivre aisément les contours de son crâne scientilique. Lors qu'il lut nonnné eiievalier, il releva ses cheveux avec la brosse, et se forma, en signe de joie , un toupet haut et bien fourni. Toutefois, c'est un rare exemple d'inij)rudenle manifestation de ses senlinieuts , et pres(]ne toujours sa tête présente une surface unie.

La voiture du médecin ;i la mode est de couleur de laudanum , légèrement teintée de cannelle; ses harnais sont tout noirs, semés eà et Ta de clous d'argent ou de bronze , et sa livrée est d'un brun sale ou d'un gris de fer. Son cocher grêle et mince tient avec la plus grande précision un mince manche de fouet noir , dont il ne se sert que rarement. Ses chevaux sont d'un noir désagréable et légèi'enient poussifs; ils sont cependant au nombre des plus intelligents animanv de leur espèce. Quand ils tournent le coin d'une rue, et s'avancent dans une autre rue longue et belle , vous voyez leurs oreilles manœuvrer en divers sens, avec une anxiété évidente, du plus loin qu'ils apen.'oivent des maisons dont les volets sont hermélicpiemenl fermés. Lu arrivant en lace d'une maison donl les volets sont dos du haut en bas, ils baissent l'oreille avec une certaine cxpiossiiin de remords, et ils hâtent le pas; mais l'a où les volets d'un étage seulement sont a demi fermés, leurs oreilles se redressent et se dirigent vers la maison, et ils ralentissent leur trot, prévoyant que le cocher va leur crier d'arrêter.

Le laquais de cet équipage est aussi remar(|uablement grêle. Il parle ]\ demi-voix , et en répondant "a une (piesiion, il a la même expression que le commis ou le reprc'sentant d'un entrepreneur de funérailles, qui traite avec un client.

Un médecin "a la mode se fait peindre en jùed, tous les trois ans , par les peintres lu plus en vogue de l'ocadémic royale. Il est représenté assis devant une table magnilique, couverte des o'iivres deCalicn et d'Ilippocrate , au-<lessus (les(pielles sont empilés plusieurs volumes portant le nom du docteur même, en grandes lettres d'or-: irrr birste d'Ksculapc , dont la figure exprime la plus profonde huiirilité , se tient pâle et timide devant lui. L'artiste royal attrape rarement le coup d'ieil raractéiistiqire d'un médecin 'a la mode , et peu de pinceaux parviennent à saisir les traits d'iiire 11- "uresi douceincnl conseillère , si condcscendairle dans ses canseiies et dans ses près-

Page 1