‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 11 sur 106 · I.i; MKDKCIN A IV M()|>F · texte numérisé non relu

I.i; MKDKCIN A IV M()|>F

i'i'i|iliuiis, si j>u'()iTU|ti'i' du calcul des iiuiioraiii'S . cl si iiisimiaiilc , si saluice de l'altenlive affabilité d'un chasseur de legs. L'arliste de notre recueil a-l-il repmduil quel(iues-uns de ces liaits dislinclifs ? nous laissons au lecteur le soin de s'en assurer. Nous nous hasardons a faire observer, toutefois, (jue nous n'avons jamais vu de face plus caraclérisliquenient fausse. Pendant que le mouvement et l'expression générale <lénotent la plus tendre sollicitude pour la santé de son patient, ses yeux demi fermés semblent fouiller dans une poche.

SirCourtney Palmoile ne fut pas toujours le «rand homme ci-dessus décrit. Son origine est excessivement obscure. Ce n'est qu'en tremblant , et avec l'hésitation la plus vive, que nous convenons que son véritable nom était Chrysalide. Nous pouvons nous figurer ce que cette réminiscence [leut avoir de désagréable pour tout individu du genre chrysalide, lorsqu'il est transformé en papillon doctoral, qu'il se chauffe aux rayons d'or du soleil du midi , qu'il visite les fleurs languissantes , et passe de l'une "a l'autre sur des ailes légères. Ci'pendant il importe de rappeler le fait.

M. Chrysalide habitait originairement une petite ville de province où il ne suivait aucune profession spéciale ; mais, songeant avec raison que les membres de certaine profession judiciaire pourraient bien le suivre . s'il C(mtinuait à se livrer "a son indolence philosophique, il résolut de se faire chimiste et droguiste . et de pratiquer en même temps sa qualité d'apothicaire afin de faciliter la vente de ses denrées. Pour éviter une perte de temps en apprentissage, aussi bien que les lois qui règlent cette partie, il loua les services d'un aputliicaire mouraul de faim, qui avait passé ses examens, et inscrivit le nom de cet homme 'a la place du sien sur la porte de sa boutique.

Il a été reconnu, par de philanthropiques lég;islateurs , que le plus haut degré de l'art de guérir devait être exclusivement réservé "a ceux qui peuvent payer le plus cher l'idée d'olitenir du soulagement. On a donc établi une hiérarchie de rangs. Le plus élevé dans la pratique médicale est celui de membre du collège des médecins. Pour y être éligible , toutes les gradations ordinaires de savoir et d'expérience requises dans les autres professions sont considérées, non-seulement comme inutiles, mais encore nuisibles et damnables. On exige qu'un homme n'ait pas été apothicaire, sous peine d'une lourde amende ; ni chirurgien, sous peine d'une plus lourde encore. Tout ce qu'on demande, c'est que le candidat a l'aristocratie médicale ait fait son éducation à Oxford ou à Cambridge. Or dans aucune de ces cités érudites il n'y a d'hôpital public, d'intirmerie, d'institution quelconque de clinique qui puisse servir d'école de médecine ; mais on y lit les axiomes d'Hippocrate qui ont été depuis longtemps universellement rejetés par les praticiens. Rendus par ces études équivoques aptes à prendre soin de la vie humaine, les candidats sont examinés devant les autorités constituées , probalilement sans avoir jamais vu une seule dissection , ni peut-être un seul cas de petite vérole, de rougeole ou de Oèvre. Les licenciés du collège des médecins peuvent avoir reçu une éducation régulière et soignée , tant en théorie qu'en pratique , en Ecosse , à Dublin ou "a Londres: mais il n'y a que les gentlemen d'Oxford et de Cambridge qui puissent devenir membies, prescrire en lettres d'or, et être regardés conune de puis médecins.

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Los pidgros tlf la lorUino ilf sir l'.onrliicy ne fiicenl pas rotuitlés par do vils tra- \aiix iiiilialoiit's, Il ou! soin de prondi'o iiiii" liollo lioutique, salaria un individu qui avait fait de honnes éludes, acheta un chapeau neuf à larges bords, et s'en alla don lier des consultations.

M. Chrysalide, touj'iurs poli, souriant, ol)sé(iuieux , devait naturellement parvenir. La fortune le favorisait, et tous ses mouvements, tons .ses projets, lui réussissaient. Il arriva (jue la l'iclie et vieille veuve d'un pédicure méthodiste lui légua une sorauie assez ronde en yage de son estime éternelle.

.Mors le bonnet de nuit de M. William Chrysalide se redressa dans les rêveries nocturnes : périssent pour toujours les souvenirs sombres des jeunes années, les huliddes herbes, les drogues nauséabondes ! l'esprit de Chrysalide rompit son étroite prison : il vendit son fonds, et alla "a 0\ford.

« La discipline dos universités anglaises, u dit le docteur Maciuichael , » est telle, ([ue, dans tous les sens, c'est une gaiantie du caractère moral du candidat (1), en ce qu'elle lui donne des sentiments droits (!), qu'elle agrandit son esprit; c'est la meilleure des garanties possibles. La circonstance d'avoir passé le temps voulu dans les universités anglaises, et d'avoir été soumis 'a la discipline (!) (ju'on y observe, comme le degré l'atteste ( !) est le témoignage le plus élevé et le plus évident qu'on puisse désirer de la moralité et de l'éducation générale; je n'en puis concevoir do meilleur ! »

Excellent homme! médecin des plus purs! M. Wdliam Ciirysalide, après avoir passé ce temps voulu, qui est, dansions les sens, la meilleure garantir du caractère moral , qui donne l'assnraneo de roeevoii' le don divin des sentiments dioits, quitta le collège comme l'humble suivant d'un jeune et éblouissant pei.sonnage, noble et riche, auquel il s'élait rendu agréable par sa servilité. Ce jeune lioninie, désirant faire de légers chaniiomcnls dans ses arrangements fort peu domesti(|uos, bientôt après son arrivée à Londres, apprit à son suivant, sans peidre du tonq)s 'a des préambules délicats, qu'il avait l'intention de l'envoyer élire domicile ailleurs; en (■onsé(iucnce, M. William Chrysalide s'installa dans une nouvelle maison, et changea son nom en celui do Palinoile , qu'il lit giaver sur une pla(iuo de cuivre au-dessus du marteau do la porte. Son généreux patron le présenta ensuite "a une très-belle liarae , vôtue de velours vert , avec un chapeau etune plume , qui voulut bien tolérer ses assiduités, et l'épousa bientôt après. A la lin de la cérémonie, le jeune noble frappa le fiancé sur l'épaule, en s'écrianl : « Chrysalide, mon garçon, vous êtes vraiment une espèce d'être très utile, rempli de talents, et je prendrai soin de vous. »

.Sa seigneurie tint sa parole: William Chrysalide, aliax Palmoilo, devint un médecin à la modo. Aide par celte puissante intlnence , il fut bientôt élu membre du collège royal des médecins, cette route royale à la possession de la science de fonder une voilure sur les pierres turaulaires, et de remplir ses coffres du produit de la riche mine des faiblesses humaines.

Le docteur l'alnioilc prit alois la plume : il vit qu'il était bon d'être écrivain , et se mit "a barbouillei'. Il remarqua que les écossais se poussaient toujours dans le monde tontes 1rs fois qu'ils en avaient l'occasion. Ke^retlanl d'être tout bonnemeni

i.K \ii:i)i:<:iN a i.a \ioki:. '..'.

(lu Vorksliire, il essaya île remédier ;i eel iiiconvéïiienl, en |iieiiaiil un limssais pour iloinesliijue. Cet liomuie avait de l'esprit a sa manière, et aimait passionnément le grog. Le docteur Palmoilepril le parti de le priser coinplétenienlde temps en leiu|)s, et en recueillant ce qu'il disait dans son ivresse, le docteur par\inl par ce moyen a confectionuer un article exactement dans le style ampoulé et volumineuseraent verbeux d'un professeur connu de pliiloso|>liie morale. Ces productions véritahleuieut étonnantes furent admises avec eniiiressement dans les singulières pages de certain magazine de Londres, où elles furent louées considérablement par ses amis et ses malades pour l'e.vcès d'imagination et l'irréprochable moralité qu'on y tiouvait. Puis le docteur Palraoile piéseuta au public son grand ouvrage ; il contenait certainement d'excellentes choses. Il les avait découvertes dans l'un des manuscrits de la bibliothèque du collège royal des médecins , et ayant copié tout ce qu'il en voulait , il épia une occasion favorable et brîda l'original. Cet élégant ouvrage, en neuf volumes in-S" , était intitulé : « Des miiladics el désordres parliculicrs à la vie des çieiis du monde. » Il était dédié à la plus haute société par son très-humble, 1res affectionné et très-obéissant serviteur, l'auteur.

« Docteur, mon brave! « dit son jeune patron , » donnez-moi le bras, venez avec moi au salon de réception , et je prendrai soin de vous I »

Le docteur fut donc présenté a la cour. Il déposa ses fastidieux volumes, reliés en velours cramoisi et or, aux pieds de sa majesté, et on lui ordonna de se relever sir ' Courtney Pahuoile !

Bientôt après avoir reçu cetordie militaire, si bien approprié "a un professeur de l'art de guérir, sir Courtney , en déjeunant avec sa dame, reçut la triste nouvelle que leur ami et patron avait été tué en duel. « Maintenant, dit le chevalier médecin , en replaçant sur son assiette le nmffin qu'il portait à sa bouche , il faut que je m'occupe seul de mes affaires. »

Le jeune noble avait vécu tout juste assez de temps pour faire son testament, par lequel il laissait au docteur et à sa femme chacun un revenu annuel de cinq cents livres sterling. Ils menaient heureuse vie; pendant que l'un faisait de l'or avec des ordonnances , l'autre faisait du jour la nuit.

Une profession dont le but humain est le soulagement de la souffrance, l'extirpation de la maladie , la prolongation de la vie humaine , et qui par conséquent joue un rôle si important pour la santé et le bonheur du monde ; une profession dans l'exercice autorisé de laquelle le praticien tient entre ses mains la vie de ses semblables , devrait être interdite par tous les moyens imaginables aux ignorants ou aux demi-savants , quels que soient le rang et la position dont ils se vantent , et l'éclat dont les environnent la mode et la célébrité. Mais cette profession est loin d'être protégée contre eux ; au contraire, mille circonstances facilitent l'introduction des imposteurs , et ces facilités sont elles-mêmes conservées avec la plus attentive sollicitude. Nous ne pouvons nous étendre longuement sur certaines actions hautement protégées, mais le peu que nous en dirons ne sera pas entièrement sans fruit.

' Xir corresinind à raiR-ini tittv t]c chei-aticr tni l-ranco.

46 I.K MlliH.IN A l.A MODI:.

[Jn mcdedn à la luode a une maladie favoiite, et un remède favoii: liiii il laulif changent comme toute autre mode. Tantôt ce sont les affections du foie , puis des poumons, puis de la tôle, puis de l'estomac , parfois même du cœur. L'estomac,, toutefois, revient plus souvent (pie tous les autres organes. C'est un corps de réserve pour tous les accidents . et une ordonnance dont il est l'olijct doit en général faire du bien ; parce que . si les pauvres sont malades par abstinence forcée , et souvent par emploi de liqueurs fortes h défaut de nonrriluie, la plupart du temps les riches sont malades d'intenijiérance en toutes choses.

In médecin à la motle quitte toujoui's la ville aussitôt après la saison , et ses malades attendent son retour. Cens toutefois qui ne restent pas "a Londres reçoivent le conseil de se transporter au lieu même où il va se prélasser; mais, parmi ceux qui restent en ville, il y a rarement cessation d'honoraires, parce qu'un médecin de cette classe emploie plusieurs confrères moins fortunés pour visiter ses malades , leur allouant une certaine petite somme sur les honoraires qu'il reçoit. Sous l'influence de leur habileté inférieure, les malades menacent quelquefois de recouvrer lu .santé: mais h cette crise dansereuse , le grand homme revient soudain "a la ville . et . chose étrange à dire, tous les malades éprouvent aussitôt des rechutes comme atteints d'une épidémie.

Nous avons entendu parler d'un médecin qui était dans une voie de progrès, et. désirant vivement acquérir une fashionable clientèle, se faisait toujours appeler le docteur G***, président perpétuel et extraordinaire de l'institution royale et nationale du Jeud'Hippocrate : comme personne n'avait jamais entendu parler de cette trèsexcellente , très-éleudue et très-majestueuse institution du Jeu d'Hippocrate. il était naturel que d'un moment "a l'autre on fit 'a ce sujet quelques questions au président extraordinaire :

« Dites-moi. je vous prie, docteur, où diable est cette étonnante institution du Jeu d'Hippocrate. » Se redressant do toutesa hauteur, il répliqua i> : JE suis l'institution. »

Un médecin 'a la mode perd rarement le sentiment de sa propre dignité en cédant par inadvertance "a quelque mouvement généreux. Il verrait mourir sous ses yeux n'importe quel ami plutôt que de condescendre 'a le saigner de ses propres mains , car c'est la fonction exclusive d'un simple chirurgien, et un pur médecin ne doit jamais s'occuper un seul instant de ces sortes de choses.

Une consultation de médecins "a la mode eut lieu récemment sur l'état d'une dame de distinction , âgée et très-aimable, qui touch.iit indubitablement 'a sa dernière heure. Sir Conrtney Palmoile lui avait donné des soins des le commencement , et . quand il vit qu'il n'y avait plus rien a faire, il réclama fort h propos l'assistance des célèbres docteurs \ymcn Toom. et de sir William Sganarelle, descendant du fameux médecin français de ce nom qui florissait du temps de l'historien Molière. Ils furent introduits dans une grande chambre au bout d'une lonsne cnlilade de pièces: et, pendant qu'ils les traversaient, un petit neveu de la mourante , piqué d'une curiosité soudaine, et d<^irant de connaître le mystère des merveilleux discours deccsprofondsmafiiciens.se clissa dans la chambre par une porto secrète, et se cacha derrière un crand corps de bibliothèque placé dans un coin.

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