‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 9 sur 106 · I.A ((Mil lilKKi:. ô · texte numérisé non relu

I.A ((Mil lilKKi:. ô

longtemps avant le joui', (lar les iiialiiiées d hiver, et diriiieait ses jjas vers la liotiliqiie où, par le plus c;raiul lionlieiir, clic avait, Irès-peu de temps après la mort de son père, (dttenii une place d'apprentie modiste. Grande et triomphale fut la joie qu'éprouva l'anny le premier samedi soir où elle plaça dans la main de sa mère unesonunc ronde do si\ sliillinssl

Fanny Wiiite devint hientot la co(]ueUKlie de l'atelier pai' son excessive gentillesse, sa figure toujours souriante, et l'empressement avec lequel elle prévenait parfois les ordres des pratiques. liienlôt Tanny fut l'andiassadiice (h'péehée de préférence à loiilc cliente diflieile et exigeanle. Fanny errait donc parles rues do Londres; et quoiqu'elle se livrât sans trouble "a ses rûveries de jeune fille, il n'y avait sur sa figure lielle et heureuse , car elle était au eomide du bonheur d'appurler le samedi soira la maison neuf shillings (on l'avait augment('e), aneun talisman (]ui inspirât silence et respect "a l'ignoble entremetteuse. Fanny errait dans î.ondres, cette grande fournaise, et la fleur do la santé et de l'innocence était encore sur ses joues.

Miss AraliellaSnakclon, lillod'un avouésinguliorcmoiit retors, relire depuis longtenqis des affaires avec un énorme bénéfice, pour réfléchir au bien qu'il avait fait en ce inonde, et méditer sur la récompense qui l'attendait dans l'autre, miss Arabella Suaketon , vivant dans le beau quartier de Londres , était sur le pointd'accorder sa main et vingt mille livres "a un courtier-marron d'un âge nmr, extraordinairement habile, habitant de la cité.

Miss Arabella Snaketon avait commandé sa robe de noce : qui pourrait dire ce qu'en coijta la dentelle de contiebande — au magasin où Fanny Wliite étudiait les mystères de la modo ? La robe finie, Fanny, suivie d'un domestique, fut dépêchée h la vierge impatiente, "a la fiancée partagée entre la crainte et l'attente.

( \ous ne racontons pas ce qui suit djns la vaine espérance do toucher les co'urs de la grande famille des Snaketon : des gens qui ont gagné de l'argent par des moyens aussi retors que ceux qu'elle a employés portent une impénétrable armure de guinées sur leur poitrine; vrai, ils sont plus invulnérables que des crocodiles! mais continuons notre récit.)

Fanny, en arrivant à la maison , fut conduite en hâte dans la chambre où , fières et silencieuses , étaient assises mistriss Snaketon et sa lille Arabella. La mère entendit le frùlement de la robe de noce , mais elle ne fit pas plus attention a la belle et jolie petite modiste que si elle eût été faite de la même n^alière que son carton. La robe fut déployée, et mistriss Snakelon, toujours assise, dans une dignité muette, regarda sa fille l'essayer ; on avait a peine adressé la parole a la modiste.

Latètede miss Snaketon surgissait d'un océan de salin; et, avec l'aide de l'attentive Fanny, elle avait presque endossé la robe, mais l'épaulette tumbait sur le corset, et Fanny s'efforça de la maintenir. Dans cette louable tentative toutefois, la main de Fanny effleura l'épaule nue de miss Snaketon. Mistriss Snaketon bondit dans un accès d'indignation !

« Quiii! vous, — vous — vous, impudente drôlesse ! » cria-t-elle îi Fanny stupéfaite, « vous osez, — 1) la cnlèro l'ompôchnit presque de parler « — vous osez — lui tou- <her la peau ! n

LA COUTURlfcrxi:.

r;mny Wliite n'otit pas lo uinir ili' rqiondre; mais après s'Olrc un nioiucul coii- Irainto. elle se caelia la ligure dans les luains , cl pleura anièienienl.

O vous, nobles et grands ! —car la rate des Snakelon est incorrigible, —daigne/, témoigner un peu de sympalliie aux pauvreset aux petits !

0 vous! porcelaine peinte (rarcile liuniaine, ne regarde/, pas les Fanny Wliile comme de giossiers vases de terre.

llEMiï IÎRO\Vi>UIGC , Esq.

LF, LICM LITTERAIHK

LE LION LITTÉUAIKE'.

,N Italien subtil, qui n'est ni plus ni moins que le comte PeccLio^, a appelé Londres le tombeau des grandes réputations. ,En termes simples . prosaïques, notre glorieuse métropole est pour les lions uu vaste cimetière! Chaque saison en voit naître; et, frêles et passagers comme des boutons d"or, chaque saison en voit mourir; ce n'est pas h dire qu'ils meurent en chair et en os, mais une maladie cutanée et dépilatoire, une cause de destruction qui pénètre la peau, et plus avant que la peau; une affection qui les dépouille de leur robe , de leur crinière, vient à s'emparer d'eux, et, soumis a cette fâcheuse influence, ces lions qui peu de jours auparavant ébranlaient toutes les coteries du tonnerre de leur voix , n'ont plus que des rugissements doux comme les roucoulements des tourterelles. La farouche dignité du lion en bel état, la sévérité de son sourire , les grands et terribles attributs de la nature léonine , disparaissent avec la saison. Ce n'est plus un objet d'admiration , une créature merveilleusement douée, devant laquelle

Les plus liardis parfois retenaient leur haleine ;

mais un simple bipède, tout bonnement un animal humain, un homme, et rien de plus! Il marche et parle au milieu d'un cercle sans qn'on prenne garde à lui. Les de-

* On sait qu'on appplle lion en AnalPterre mit* côlêhrUi* à ta nioilp. I.e (errue e>( en]{tlo\é roriinie c«*hi d'aigle dans ce vers :

L'aigle «riine niaisuii f-Jt un ^ol dans une nutre.

A. dit T.-)

' Alltenrit:ili<:n.

:,j 1,1; i.ii>\ i.iiiiiuMKi:.

uioisclles a iiuiiicr, qui, l'année précéilcnlc, anraionl a \miw lépiinio nn cri lapiilc et perçant î» sou approche, le laissent passer , et d'un air d'aisance Ini adressent un siïne de tête familier, ]ieut-ctre même protecteur. Ou, s'il arrive (lu'elles se rappe'ltenl ses mérites de la saison dernière, elles mettent a en parler autant de san;;froid pliilosopliiiiue ([u'a loucher les oreilles d'un êpagncul eniiiaillé.

C'est une triste diose h nn lion «jue de survivre a sa majesté , "a ses plus nobles attributs, perdus pour lui peut-être dans la primeur de la vie, le laissant dépouillé de tontes les grâces de re\istence. Que d'individus , jadis lions à crinière flottante, ont presque survécu même- au souvenir de leur grandeur léonine, et, se conibrmani à la douceur et à l'humeur paeirique du commun des mortels, peuvent passer pour des êtres complètement nuls !

Jaloux de donner au lecteur les détails les plus précis et les plus complets sur la naissance et la grandeur d'un lion ; voulant le faire passer par la gloire et les émotions de son trop court triomphe , depuis le premier duvet de sa crinière, depuis le premier son précurseur du tonnerre de sa voix, jusqu'au temps où elle se casse, où tons les poils tombent de son cou nerveux ; ayant , disons-nous, le plus vif désir de mettre sous les yeux du lecteur un tableau vraiment philosophique des sensations du lion , qui vai ient avec son élévation et sa chute , nous avons écrit une lettre , en lui expliquant notre but , a un gentleman maintenant ecclésiastique, autrefois lion, possédant toutes les qualités requises pour instruire et charmer les lecteurs en développant cet important sujet. Nous demandons permission, en notre nom et au nom de nos souscripteurs , de rendre justice a la courtoisie et a la promptitude qu'il a manifestéesdans la communication ci-jointe, regardée par nous comme le vrai modèle d'une cpître , quoique l'éditeur ait une opinion a lui sur le style de la conclusion.

A i;i:i)rn:uu dks anglais itunis par I'UX-mémes.

S;ilniiNli('lil, 'i uommhImv IH.'ïS.

Monsieur l'éditeur,

lui réponse ii votre communication llattcusc , je viens vous prouver mon empressement a vous servir, et a instruire vos très-nombreux lecteurs, aux conditions cidessous. Je considéreiai donc l'inserlioii de celte lettre dans votre inestimable publication— (je n'en ai pas encore vu les premiers numéros, qui sont mallieureusement lombes entre les mains de Peaudagneau, très-respectable avoué de cette ville, lequel, dans un excès d'indignation, les a condamnés au feu pour le libelle injuste, sans principes et atroce, contenu dans le C.krc d'iwoui: , sur une profession rpii touche aux plus vivants intérêts de l'espèce humaine , une profession qui, etc., etc., etc.) : je considérerai , dis-je , l'insertion de cette lettre comme un acquiescement a ce qui me semble une bien légère lécoiiipense de mes peines, et, devant consacrer le produit de cet

i.i: 1.1 ON i.iri KUAiiu..

uilidea des ituvies de cliarilé, j"ai lieu d'es[iérer que vuU5 me l'eiiNt-riez sans une luiiuUe de délai.

Couiuioiiçons ir.oii liisloiie.

J ai élc lion ; j ai élé filé par les dames , j'ai grossi ma voi\ . jai vu ma ciiiiière frisée, ma peau lustrée, mes deuts limées, mes ongles rognés; je me suis tenu au iiiiliou d'un tcnle comme le portrait dont vous avez eu la bouté de donner une épreuve en tête de mes Confessions.

Je n'oublieraijamais les sensatiousquej'éprouvai en étant graduellement transformé de rien en quelque chose, de l'obscur John Xokes en Nokes, auteur de !

Quelle fut ma joie de peidre le M'. ! J'étais NoKcs, dans un isolement sublime et expressif, Nokes! Je ne devais plus rien aux usages du monde, "a la politesse banale; j'avais secoué le titre accordé au coinn.un des hommes , grands et petits; j'étais purement et grandement Nokes.

Shakspere, Dryden, Pope . Nokes !

Je fus abasourdi des découvertes de mes admirateurs. Je trouvai dans toutes les Revues, que j'avais la grâce, la vigueur de*'*, sans avoir la grossièreté de*'*: l'imagination de***, mais sansia couleur profane de***; que, quoique*** eut réussi 'a dépeindre certaines émotions. lui-même, pas même***, avec tout son génie , n'avait pris son essor aussi haut que l'inimitable Nokes.

Quand les critiques entrent dans une conspiration d'éloges, ils fout, on doit l'avouer, leur besogne "a merveille; et dans le court espace de six mois, je fus lion de la tête aux pieds. Je vis dans non moins de dix Revues ces mots enchanteurs , suspendus comme une frange dorée "a l'extrémité d'une aune de feuilleton soyeux: (1 Sans lui . aucune bibliothèque ne peut être considérée comme complète ; » lli , le livre , 5io.\ livre , le livre de Nokes !

Quelle pensée sublime ! quel dommage qu'on en fasse si bon marché ! Heureusement pour mes jouissances , j'en ignorais alors la fréquente application , et c'est pourquoi je me sentais enthousiasmé de l'emphase du compliment qui me rendait . moi .Nokes, esseutiei à la civilisation des générations présentes et a venir.

<i Sans lui, aucune bibliothèque ne peut être considérée comme complète ! »

La liiiiliothèque Bodiéenne', sans moi . ne serait guère qu'un amas de vieilleries ; celle du Musée Britannique, une masse indigeste de papier imprimé; en un mot, toutes les bililiothèques de la surface de la terre des rayons desquelles Nokes était absent, cessaient d'être ce que Cicérou a appelé l'âme d'une maison, et devaient en conséquence être considérées comme un chaos de mots et de phrases.

Il y eut , je le répète , une consp'u-ation parmi les critiques , dans le but de m'élever bien haut, uniquement pour rendre ma chute plus terrible. Par un raffinement de cruauté, ils s'engagèrent évidemment l'unTauire a persuader au moude qu'avant que Nokes se levât , le monde était comparativement dans les ténèbres ; mais que , depuis son apparition , il faisait véi itablement jour. Du moment que mes rugissements se firent entendre, tous les hommes se rapetissèrent . se raccourcirent ; leur cerveau

' Hil)liotliè<|iir iroxfoni , ainsi uoiiiniiV iiaixc iinVlIe a été fonJce |iar M. Potili-y. (Y. du T.

r.O l.t LlUN I.n I KKAIliK.

perdit SOU activité ; leurs livres remplis île phrases dorées, briliauts de la peinture animée delà vie , défendus de la dent du temps par lu sagesse la plus noble et la véiité la ()lus profonde — car on a dit et iiiiprinié toutes ces jolies choses sur leur compte — ; leurs livres, lorsque je pris en main ma plume d'oie, furent annihilés. Je trempai ma plumo dans Tencre . cl. hélas ! les pages de tous les autres écrivains furent dès lors du (lapicr blanc. Je taillai ma plume, et cent poitrines littéraires furent mortellement blessées !

Ce n'était pas suflisant . ce n'était pas assez de me sacrifier tous les hommes , de m'élevcrsur un trône de cadavres; mais les morts, les illustres morts , comme je les avais entendu appeler , furent arrachés de leurs tombes et dépouillés de leurs linceuls pour accroître l'ampleur de ma robe. Je fus couronné roi du papier et seigneur de l'encre.

Des années se sont écoulées depuis que j'ai vu la splendeur, le délire de ma naissante renommée. En écrivant ces ligues , je suis plus sage et plus triste ; mais en nie rappelant , comme je le fais , la vogue incroyable de Xokes, — j'avais pUl)lié un pocme in-quarto sur... mais, qu'importe? — eu me souvenant de la fureur Aoliésiewie qui s'empara de la confédération des critiques et afûigea la ville, je suis convaincu, — et j'écris ceci après en avoir duement délibéré , moH esprit s'étant heureusement élevé au-dessus d'aussi vaines distinctions , rempli maintenant d'affections domcsiiques , du soin d'une famille passablement nombreuse , de deux vaches et d'un troupeau d'oies, — je suis convaincu que dans mes jours de gloire littéraire, si j'avais eu la bassesse de publier comme de moi , de donner au monde comme l'enfant radieux de mon cerveau, la vieille ballade anglaise de Rohin Ilood ' , si belle , et , soit dit eu passant, trop négligée, je n'aurais pas manqué de critiques bienveillants qui se seraient trempés dans l'encre jusqu'au coude pourm'attribuer la ballade. On eût en vain produit l'original; ils s'en seraient moqués comme d'une méprisable calomnie , d'une pernicieuse invention , dont heureusement le meilleur antidote était sa propre malignité. Cependant , par surcroit, d'autres généreux ciitiqucs se seraient levés , et, dissertant sur l'originalité graphique de ma ballade , auraient en termes clairs et non équivoques aveiti Sliakspere et iMillon do prendic garde "a leurs laurieis !

En considérant mùremeutrindulgcucequ'on me témoignait, puis-je avoir une autre idée ? ne me préconisait-on pas comme le premier poêle, qui, pénétrant dans les j)lus l>rofonds mystères des similitudes , avait comparé une vierge "a une fleur non flétrie ? \'étais-je pas couvert de miel des pieds h la tète pour avoir dit que la vie était un fleuve ? Y a-t-il un homme, demamlail-on duii air de triomphe, y a-t-il un poète qui ait exprimé une pensée aussi louchante, aussi originale ? « .\li ! disait le critique, c'est ce qui prouve les vastes et sublimes ressources de la poésie, puisque tant de siècles ont passé, et qu'une aussi magnifique, et en même temps aussi palpable émanation de la véritable poésie avait été réservée à notre époque. »

J'avalais ces louanges , j'en dévoiais chaque mot , et cluuiue syllabe me plongeait , "n ce que je m'imaginais, dans un océan de bjen-clre; je m'engraissais d'encens, je

• Vovrz Ivanliop. X.fftt T.

l.K I.ION l.riTl'HAlKfc:. 57

lue iiounissaib de pail'uuis. Les mauvais jours arrivèrent. Je uie trouvai daus uu cercle avec un autre poète qui sortait liumide encore de la presse . J'attrapai un rliunie; je dépéris rapidement, et jo fus, en six mois, mort typographiquement parlant.

J'avais vécu si longtemps des cruels éloges d'une camaraderie, d'une bande jurée de critiques, que le lecteur doit juger avec charité le temps oîi je secouais ma crinière , où je montrais mes dents dans les cent cercles dont j'étais le principal attrait , et, en termes plus familiers, le lion! Quelle atmosphère de joie je respirais I en mouvement, au repos, cent yeux aimables se fixaient sur moi; de quelque côté que je tournasse la tèle. je rencontrais des sourires, et parfois j'entendais des soupirs qui... Mais non! je suis marié maintenant.

Comme les femmes [iiinaudaient , souriaient , rougissaient a mon approche ! comme elles buvaient mes paroles, ainsi qu'une rosée de miell comme, les yeux baissés et les lèvres balbutiantes, elles se hasardaient a louer mon divin [lOëme! et puis , avec quels serments solennels elles me faisaient jurer d'écrire quelque chose , sur leurs albums , ue fût-ce qu'une seule ligne !

Était-il possible à un simple lion de résister h ces caresses sans changei- de tète et de c<eur? Était-il possible de m'eutendre citer, et par de telles bouches, et de me contenter de n'être que Notes ; de recevoir l'assurance que mes lignes étaient iuévitablemeut jusqu'à la fin du monde des objets de première nécessité, des créations qui ne périraient qu'avec la langue; d'entendre dire que la poésie avait leçu une forme plus divine , une plus haute importance ; qu'elle était destiuée 'a opérer dans les habitudes morales d'un peuple des modifications plus puissantes que celles qu'on eût pu prévoir, et tout cela depuis l'apparition de Nokes"? Tels étaient les termes qu'on employait, car ils se gravèrent dans mon cœur en caractères indélébiles quand ils me furent répétés dans un cercle par un grand gentleman en gilet de satin cramoisi orné de chenilles d'or, qui , m'ayant attiré dans uu coin , et m' ayant fait part de l'opinion ci-dessus, me mit immédiatement une adresse dans la main , et essaya d'exprimer, sans pouvoir y parvenir, l'excès d honneur qu'il recevrait si je consentais a ce qu'il fît mon portrait pour l'exposition 1 Or, le peintre aux chenilles d'or était le* dixième artiste qui , dans la soirée en question, m'avait adressé une requête aussi tlatteuse. J'avais déjà promis a. huit , et. . .

Ici j'ai besoin d'exprimer ma reconnaissance envers Mildpen. Je dirai en passant que ce n'a jamais été un lion, quoiqu'il y aspirât; mais il avait beau chercher à rugir, il ne pouvait arriver qu'à siffler ; et quant 'a la crinière , elle ne lui venait pas, en dépit de ses efforts.

Je sens donc que je dois "a Mildpen de déclarer que ce fut lui (pii me sauva de la neuvième promesse, car je remarquai son œil plein de bienveillance; je vis l'expression de sa bouche, et je refusai poliment. Mildpen me félicita de m'en être si bien tiré , m'assurant que cet homme était un grossier personnage, un artiste de taverne, un individu qui ne connaissait pas les belles manières, qui se piquait d'une ressemblance rigoureusement exacte, et ne mettait jamais une seule cuillerée de mid dans ses couleurs . mais peignait les auteurs prérjsément lels qu'ils élaient

5S \\ I KiN i.i m:uAiiii;.

(1 Mais dans les luaius de lloiieybrusli', l'ailiste aux tlicnillt^ doi . \oiis èles en sùieté; il vous Irailera , coiuplez-y bien , en ficitllounn. »

Sur cette assurance, je [losai devant lloneylnusli , el je suis obligé de convenir Hu'il vint a bout de mon inia;;e d'une manière tout h l'ail satisfaisante. Il nie peignit avec un manteau mililaiie jeté sur les épaules. I,a plupart des lions littéraires étaient alors ie|irésentés en manteau mililaire, connue si dans leurs moments de loisir ils étaient majors de cavalerie. Ma main , ornéi' de dix baf;ues, soutenait ma tète, mon front larjîe, énorme masse de couleur blancliâtre; et mes yeux se lixaienl sur une étoile poéti(iuement placée dans le coin du tableau , 'a un pouce du cadre. J'étais assis sur un roc, ayant près de moi un très-bel encrier, et ma main dioile eiiipoii^nait , connue dans un spasme d'inspiration , une pkime d'aigle I Sonnne loule , j'étais foil bien, quoiqu'un méprisable critique, après ma mort de lion , ait déclaré que cet ingénieux portiait tenait "a la fois du sérapbin et i\u niaicliand de nouveanlés.

Probablement, monsieur l'éditeur, je déjjasscrais les limites qm- vous m'avez imposées si je m'étendais sur tous les portraits qu'on lit de moi ;i l'état d'animal rugissant. Il me suffira de remarquer que les artistes m'altrapèreiit dans toutes les variétés possibles d'attitude et d'exjiression : les Jambes croisées, appuyé, étendude mon long, les bras croisés, les bras derrière le dos, méditant, souriant, l'air railleur, et, pour les admirateurs du noble el du sid)limc , conformément aux vers de Drulen :

Avec l'air d'un lion , :i l;i tij^uir allii'rc,

Kt W front unilji'anc d'une épaisse crinière.

Ce dernier portrait, je m'estime beurcux de le dire, fut i>lac('' si liant et dans un coin si obscur, que peu de dames en ont connu l'existence *.

Cependant, quittons ce sujet pitlorescpie , après avoir a<lressé de nouveaux remercîmenls "a Mildpen , homme véritablement estimal)le, qui édite en ce moment, m'al-on dit, la Foudre Heùdoiiiadairc dans Penzance'. C'était un excellent garçon, car ce fut lui qui . h notre retour d'une soirée passée ;i Fitzroy-Square , dans un état de vive exaltation , me montra la boutique, I unique bouti(iue «le Londres, où l'on nettoyait les gants blancs de chevreau au prix de trois pence la paire. Les ganls blanc* étaient, de mon temps, d'un usage moins général qu'à présent. C'était aussi un objet de toilette fort coûteux , car je n'ai jamais ôté les miens dans une société sans eu perdre au moins un ''.

■ .Nom composé, litléialement, brosse de miel. {N. du T.)

' .Si mistress Kokcs désire posséder cette peinture, nous tivons le plaisir di' lui iipprcmlre i|u'cllccsl iiiainicnant à vendre au grand rabais , chez un marchand de bric-à-hrac de ll.innM'i-slrccl.

( A'"/i' de I édili'ur niiijlais. j

' village d'Angleterre le plus éloigné de la capitale. ( iV. du T.)

' .M. ^o^ies apprendra avec douleur que l'honorable individu (|ui tenait cet niite élalilissenient a dipnis f.iil banqueroute. M. ^oke5 fait allusion à la perle de ses ganls peiidaiil ipiil (Mail lion. Dans la simplicité et la candeur di' son naturel , il ignore apiiarennnent un fait élonnanl , mais hicii llaltinr, l.a vériléesl que, si un lion se di'gante, les dames , nous l'avons vn faire, lui volent ses gants. Les ji>lies enthousiastes veulent avoir une relii|ne de l'c-lonnaiite créature , et elles connuellcnl ainsi un lariin dont la victime, connue nous l'avons fait observé, doit élre excessivement llall(-e. Oiic les feiiiuii-. ont île eourage. quand iltes admiieol réellrmiiil ! 'Kole de l'i'iHleiiraiirjlait. ,

Page 1