L'APOTHICAIRE
L XPOTIIICMKK
oLs qui éludiez les caractères, contemplez noire original, le lien inlormédiaire entre le professeur de médecine et le commerçant , l'animal amliigu, l'iehlliyosaurus, le triton amphibie, moitié apothicaire, moitié médecin. Comme les êtres antédiluviens, il peut un jour être coniplé au nombre des races éteintes; mai.s le portrait que vous voyez en regard de cet article en conservera les traits a la postérité. Observez les résultats d'une pratique fructueuse de la pharmacie el de la connaissance de la nature humaine dans la plénitude de ces joues pendantes, dans la proéminence de son ventre, dans le vêtement noir, large et commode, qui, lui communiquant sans le gêner une apparence respectable, n'est pas moins convenablement approprié que le costume du plus fameux des entrepreneurs de pompes funèbres.
L'apothicaire vend des médicaments sous prétexte de trailer les maladies. Les Anglais sont remarquables par une faiblesse aimable, une tendre inclination pour les espèces, qui fait qu'ils s'efforcent de tout obtenir au meilleur marché possible, mênu' les secours de la médecine. Par celte raison, la plupart d'entre eux confient le soin de leur santé à l'apothicaire, sans examiner si, en ne leur faisant rien payer pour ses conseils, il ne les estime pas à leur juste valeur. Ils ne soupçonnent pas non plus qu'un
' I.'apolhicaire anglais a . comme lutHcier de «aiité fiant ais, le ilroit de donner des conmltation^i. Les lecteurs du capitaine Marryat doivent se rappeler la plaisante figure de l'apotliicaire Copliagus.
(y. du T.'.
578 I.AIMHHU. AlKK.
praticien que l'on paie en |iienaiit ses pilules, ses drogues et ses polioiis, n'esl pas irès-inléressé a abréger les souffrances ilonl ils se plaignenl ; mais avec ce bon sens cl celle générosité qui les distinguent h un si haut degré, ils jugent de la gravité d'une maladie par sa durée, et récompensent leur sauveur en ronséi|uence. Ils oui aussi beaucoup de foi dans la vertu des dio^îues, et ordinairement plus une drogue est nauséabonde , plus elle a de valeur a leurs yeux. Le uiérile que lui donne le bon marché est rehaussé par le mauvais goût. Il y a d'ailleurs de telles dissidences d'opinion entre ceux <|ui cultivent l'art de guérir, que l'expérience a probablement constaté qu'administrés d'après l'usage, ou au gré du caprice, ou par suite d'un choix raisonné, les raédicanienls ont toujours la même efficacité.
L apiithicairc doit son existence sociale uon-soulcmeiit ;iu public, mais encore au médecin. 11 le fait appeler fréquemment, par ce qu'il n'est pas fasii'ioiiabic de mourir sans la sanction de ce fonctionnaire : il le mande quelquefois à la requête du patient ; (]ueliiuefois aussi parce (lu'il est de temps en temps utile d'éviter la responsabilité d'un accident.
M. Luke Label, que nous choisissons pour exemple, est un honune entre deux âges, dont l'établisseraenl est considérable, et qu'on désigne sous le nom d'honorable piaticien toutes les fois qu'on a occasion de le citer dans les jcnirnaux. Sou extéiieur est noble et imposant ; on y voit les indices d'un contentement de soi-même inspiie par le succès, de la conliance acquise au prix d'une longue expérience, et du sentiment de son importance peisonnelle. Les femmes vieilles ou d'un âge mûr le con- .sidérent comme un bel homme; mais il est difficile de décider si elles sont séduites par ses charmes extérieurs ou par son habileté professionnelle , ou la prévention qu'inspirent les uns eu faveur de l'antre. Son éducation générale cl particulière est d'une étendue médiocre; il a été élevé dans une école de troisième ordre, oii il a appris peu de latin et encore moins de grec, ou plutôt il n'a pas appris de grec du tout. 11 a étudié la médecine derrière un comptoir. Son savoir thérapeutique se borne ii poser ce problème : « Certains symptômes étant donnés, (|uel est le remède h employer? » Il stigmatise toutes recherches ultéricuies desépithètes de théoriques, abstraites, visionnaires; ces mots, il les a glanés dans le cours de ses lectures. Il attache à tous les trois le même sens, et les applique indistinctement à tout traitement basé sur des principes philosophiques. Son seul but est de dissi|)er les symptômes; mais que lui importe que la cause du désordre ne soit pas atteinte. Plus le malade se sentira prompteraenl rétabli, plus il sera charmé de la manière dont il a été traité, et plus sa maladie reviendra vile, pour l'encouragemenl de la pharmacie et l'avantage immense de celui qui l'exerce. La principale faculté de notre pharmacopole est le sens commun, dans l'acception ordinaire du mot, c'esl-b-dire une tendance h concentrer tontes ses idées et tous ses sentiments vers un seul objet, celui de gagner de l'argent. C'est "a cette (|ualité que noUc gentleman doit sa fortune; il s'est soustrait à la nécessité d'annoncer ses occupations par une boutique, le titre àemetlirnl hall ' écrit en lettres d'or sur un labloan, une lampe de couleur au
■ .Sallon médical.