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voyii;;r, car un resscniblfiDciil est ili'jà loniié, el s'aii^nionle sans crssc df lii iiiultililiiclc <|He vomisspiil une dcnii-ilouïaino de lUcs. Que de monde ! (juc docuiiosilc peiiile sur les visafics ! Des porles s'ouvienl, et une plale-loruieujassive est lourdeuient (laiut'e dansia lue.
0 C'est sans doute la scène, c'est le théâtre où va s'accomplir la cennionie nationale, d'où probablement on disliibueia des prix et des couronnes civiques à un peuple vertueux, tant sont pleins de sagesse et de philosophie les léiiislalciirs qui ligouvernent, tant ils sont instruits des peuchauls et des faiblesses do riinuinie . tant ils prennent soin de le diriger, de le réformer, d'élever son âme. »
Ainsi pense le liranie, le Chinois et le Japonais, car le lecteur a dû comprendre que c'était un barbare de celle espèce qui avait suivi la foule, ettjui souriait coniplaisamment à cette foule de\ant la porte de la prison pour dettes de Nevvgate.
» Je vais donc voir une fcte nationale ! je vais assister à une leçon pratique d'hnnianité, de liienfaibancc, de raison et de vérité! Un législalour anglais va se placer sur cette plate-forme; et, dans la plénitude de sa science, dans la grandeur de sa philanthropie, dans ce qu'il est lier d'appeler sa charité chrétienne, il récompensera deux ou trois élus aux acclamations de cette multitude. Il pendra au cou de quelques-uns de ces citoyens des médailles qui éveilleront dans les cœuis le désir de marcher sur les traces des lauréats, et l'espoir d'être un jour eu.\ •mêmes l'objet de pareilles distinctions. Quel charmant spectacle! quel peuple gai et heureux! il quitte sou litavant l'aube, et dans cetaffieuN climat, il attend quatre hcuies (l'étranger venait de comprendre avec assez de difliculté que le spectacle n'aurait lieu qu'il huit heures), pour assister à une distribution de récompenses nationales! «
Kt il sourit en voyant un jeune 15reton, dans la surabondance de son humeur folâtre, enfoncer le cliaiieau d'un de ses amis de manière ;i lui cacher les yeux et le nez, pendant qu'un autre égrillard, d'une main prompte et légère comme des nageoires, visite les poches de la victime. Les plaisanteries continuent, et ne sont point étouffées par le bruit des marteaux qui retentissent sur la plate-forme nationale.
In marchand de comestibles adresse brusquement la parole a l'étranger, et lui propose un jeu de hasard pour gagner de petits pâtés appétissants de porc et de mouton. Le barbare refuse gracieusement, et médite sur la gourmandise britannique. Il conclut que les Anglais, même quand ils se rassemblent pour une réjouissance publique, ne peuvent oublier leur estomac. L'étranger avoyagé, etest habitué "a avoiide l'indulgence pour les habitudes des hommes. Il regarde donc d'un œil philosophique jouer, sans cérémonie, a pile ou face devant la plate-forme de la nation.
Écoutez! quels éclats de rires ! quels trépignements! quels battements de mains! Le bruit part de l'hôtel d'en face, rempli des spectateurs les plus aisés; quelquesuns ont donné beaucoup d'argent, même quelques pièces d'or au maître du logis, pour avoir la faculté de s'asseoir h la fenêtre. Ils tiennent "a bien voir la distribution des récompenses nationales, alin de mieux observer, pour leur edificalion, le maintien et la physionomie de ceux qu'honore la bonté sage et philosophique de l'état. 11 y a un moment de silence; puis l'étranger écoule une chanson chantée avec des poumons
5SS I, K lîdliUliKAll.
d'aiiaiii, imo rliaiisiin ((ininu' celles qui soilenl de la hoiulie des e\el(>|ies. Le liarbaro ue peut en distinguer (|ue le leirain, ainsi eoneu :
Ln soii i riu'l in'enirvc liriiMHioinciil A l'exisleiicoà peine eimiiiieiK ce.
Ce sont liien l'a les itai'oles , car trente voix répètenl en eh(i>nr :
Un sort crnci nreiil('\(' hrnsiiiiciiicnl A l'oxistonce i\ peine ccininiencée.
VA ces elianis étoulient le lunil du niarleaii, (|ni Iravaille encore sur la plate-Uiiine nationale, et l'Iiilariléest bruyante el déiéi;lée.
Le barbare, curieux de connaître les nueurs anglaises, ne |>eut résister au désir de se mêlera la foule des chanteurs. Il scdiiige vers la clianihre, et malgré tonte son indulgence pour les «sages des nations, il est légèienient blessé du speclade (|ui s'offre a ses yeux. La chandjre csl oliscurcie d'épais nuages <le fumée ; mais au bout (le ijuulques instants il parvient 'a découvrir les auteurs du joyeux vacarme; il peut y avoir environ cinquante individus, Inunnies el femmes; le plus grand nombre lugit en cliieur, mais le reste est plongé dans un shipi<le siienix'; (|uel(pies-uiis doiincnt, (|uelques-uns essaient de rire, mais l'ivresse paralyse leurs lèvres.
(I 11 est étrange, se dit le barbare, que dans une cérémonie nationale les puissants, les grands, les moraux, les sulilimes Anglais s'abaissent ii ce |M)inl ! ou'il est malheureux qu'ils ne puissent maîtriser leur enthousiasme, et qu'assemhles jiour être témoins de ce que j'ai souvent entendu appeler une grande leçon morale dans ce pays heureux et éclairé, ils ne paiviennent pas ;i réprimer assez leur aitleur naturelle, pour s'abstenir d'eau-de-vie, de rhum, de gin, de bière et de lahac. »
Telles sont les réilexiousde l'étranger, et le ménestrel continue il chanter :
tin sort cruel m'enlève brnsiineineni A l'exi.stence à peine comniencée.
Mais la foule ameutée au dehors s'écrie : « Voici les shériffs' ! » Le ehaiileui se tait, et tous se précipitent "a la fenêtre.
Il est fort désagréable, il y aurait de quoi exciter la hile de tout autre ipuîd'un philosophe, de |iaycr pour jouir d'un spectacle national, et d'en être complélenienl privé par l'enthousiasme, par le généreux empressement do la foule. [Votre brame tente en vain de se faire place; hommes el femmes S(uit agglomérés aux croisées comme des essaims d'abeilles; notre sage fait de vains efforts poui' obtenir une
Magistrat» annuels dont les fonction» n'poiuli'nl li irllcs de nos anciens pidvWs.
Llî BOUKin-Al. ■■>89
place d'oii il puisse voir la solcnnilé, n)ais on lui ilii iIp rester où il est ei d'aller au diable. !.(> hranie oliril lraM(|uilleniPHt à la prciiii.'rc partie de celte injonction ; mais, exile de la feuiJtre, il pourra du iiioiiisjuj;er de l'impression produite sur les spectateurs par la cérémonie : l'expression franche et sans détours de leurs plij-sionomies lui révéleia rindueiice de la scène a laquelle ils^^assislent. Cette pensée l'a consolé, lorsqu'il entend ciier dans la rue :
« Chapeau bas! chapeau bas!... Ohé! l'homme au chapeau blanc et au crêpe I Ohé! l'iiorame en deuil, "a bas la casquette, silence!
— Oui, se dit le brame, la cérémonie va commencer: voici le début des réjouissances. I)
' Et, quoiqu'il ne vit pas plus que s'il était sur les rives du Gange, il se hasarde à demander 'a un voisin plus heureux combien d'individus vont recevoir ce matin la récompense «lu'ils méritent.
0 11 y a des coi dons pour si.\ , vieux coq ! lui répond-on.
— J'avais raison , pense le brame: des cordons auxquels sont suspendues des médailles.
— Voici les baguettes blanches ', s'écria une douzaine de voix h la fenêtre; et l'iiupalience et l'animation des assistants excitent vivement l'intérêt de l'étranger.
— O mon Dieu, mon Dieu ! dit une femme, voici le prêtre.
— Peuple admirable ! se dit le brame, avec quelle sauesse tu associes 'a toutes les récompenses publiques, 'a toutes tes fêtes publiques les beautés de ta belle et charitable I eligion !
— Lue, deux, voici Jack!
— Dieu le bénisse !
— Quel air aimable!
— Il est vêtu comme pour une noce. » dit une femme en sanglotant.
Le brame, louché des exclamations des spectateurs, impressionné par l'émolion des femmes, pleure de joie et par sympathie. « Dieu les assiste tous ! murmure-t-il.
— Il n'y en a que quatre, dit un spectateur d'un ton de désappointement.
— On nous en avait annoncé six, dit un autre.
— Comment, diable, il n'y en a que quatre! dit un troisième.
— Les deux autres, pensa le brame après un mûr examen, n'ont peut-être pas été trouvésdignes de partagerles honneurs del'ovation.Cedoit être un agréablespeclade!»
L'impassible étranger est profondément remué par les exclamations passionnées des gens placés devant lui. Les uns appellent, mais familièrement et sans emphase, une pluie de bénédictions sur la tête des lioumies qu'on récompense. Les autres semblent se pâmer d'admiration 'a la vue du noble maintien qui les dislingue en cette intéressante occasion. Deux ou trois tournent le dos, et leurs visages portent les signes d'une colère étouffée.
' Les constables.
(A', dur.
590 LE liOUlUlLAL.
« Ce sont les malveillants et les envieux, suppose le brame.
— Il leur lUinne la main. Dieu les garde!
— lora esl-il ferme ! C'est un roc ! Quel gaillard !
— Le cher ami !
— 11 ne remue jias un doigt.
— '1 est descendu, s'écrie une femme dont la voi.x s'enroue brusquemeni, et qui fait pénétrer ses ongles de bête fauve dans le bras de son voisin.
— Dieu les bénisse ! Dieu les bénisse ! d
— L'n bruit discordant s'entend; un corps lourd l(ind>e; des gémissements d'Iiorreur, des voix de femmes s'élèvent; puis le silence de la tombe !
« Cette cérémonie nationale, se dit le brame, doit avoir en soi quelque chose de bien solennel : tant mieux! La solennité de la réconqiense lui donne un niiiiveau relief et la grave dans la tète et dans le cœur des assistants. »
Lin spectateur, la face noire de rage, s'élance de la fenêtre, et, incapable d'exprimer ce qu'il ressent, il frappe la table de ses poings fermés.
« Mike, s'écrie-t-il , une pinte d'eau-dc-vie et du tabac jinur dix ! »
Et il se renverse sur une chaise, passe ses doigts dans ses cheveux et rit comme un démon.
Notre brame est étonné des figures de ceux qui reviennent de la fenêtre, des larmes qui baignent les unes, de l'indifférence, de l'indignation peintes sur les autres. Au bout d'un instant, il se hasarde à regarder parla fenêtre; il voit l'œuvre du bourreau , et. frappé d'une stupeur terrible, il tombe sur le parquet. L'hote le fait prudemment tianspnrter dans une autie pièce; on le met dans un lit; il s'assoupit, il dort une heure et dormirait davantage s'il n'était réveillé par le chœur que conduit l'homme qui a demandé de l'eau-de-vie et du tabac :
Du sort cruel m'eulève hrusquemeut A l'existence à peine coiiinieiuTO '.
Telli; est la récompense du bourreau , tels sont les sentiments et les |)enséesde ses com|)alriotes quand, sur l'écliafaud, il étrangle un homme devant des milliers de spectateurs pour leur apprendre combien la vie humaine est sacrée, pour faire connaître au monde quel est le crime ineffaçable de celui qui tue son frère. Le bourreau tue pour prouver l'iniipiité du meurire.
— Mais, monsieur, dit le bourreau, il est écrit dans les livres saints... Quelles sont les paroles'^.. Oh! m'y voici : Celui qui aura tué un homme sera puni de ujort-.
— Attendez un peu, serviteur de la potence.
' llistorii{iie.
{N. de l'auteur.) '' Lévitiqvf,, cba|i. ,\.\iv, vor9Cl21.
( N. du T. )
LK liOliltUKAlJ. 391
(I Caïn ilil nii Soinnoiir : Mon iniquité est trop srnnilo |innr pnnvoir en oblenir le pardon.
(I Vous me eliassez aujnni'tl'iuii de dessns la terre, cl je m'irai cacher de devant votre face, .le serai fusitifet vagabond sur la terre. Quiconque donc lue trouvera me tuera.
« Le Seigneur lui répondit: Non, cela ne sera pas; mais quiconque tuera Gain en sera puni Irès-sévorement. lit le Scigneni- mit nu signe sur Gain, afin que ceux qui le trouveraient ne le tuassent point'. »
El cependant le bourreau pend sous la sauve-garde de l'Écriture, soutenu dans sa foi par ces philosophes chrétiens qui, pour défendre un préjugé chéri, sont toujours disposés à tirer leurs arguments moins de saint Matthieu que du Lévitique. On peut les prendre pour des juifs quand ils disent qu'il faut rendre œil pour œil, et dent pour dent; et leur empressement 'a appliquer avec une rigoureuse exactitude le principe de Moïse est en rapport avec la surprise qu'ils éprouvent de voir qu'on pense les amener, de concessions en concessions, 'a renoncer à leurs idées. Le bourreau et ses partisans interprètent singulièrement l'Écriture.
Considérons le bourreau dans l'exercice de ses fonctions. Il a commencé sa tâche, il a préparé le malheureux h la mort, il est descendu sous l'échafaud pour baisser la trappe. Que sont pour le peuple les services du bourreau? que leur enseigne l'être misérable qui a les bras liés, la corde au cou, et dans un instant sera... quoi? Qui peut le dire? L'homme d'état dont le bourreau est l'agent paie en sa miséricorde pour qu'un prêtre chrétien prodigue au criminel les consolations chrétiennes. Grâces lui en soient rendues ! Mais que fait l'ecclésiastique? quels sont les heureux fruits de ses éloquentes consolations? Si le criminel est assez fameux pour être l'objet d'une vive curiosité, on nous avertit par intervalles, d'un ton de congratulation, que l'infortuné est chaque jour plus vivement pénétré de la vérité des miséricordes divines et de la divine révélation. La potence, lui dit-on, est pour lui le marchepied du ciel. Dans un moment, il se trouvera avec les anges, car l'homme d'état ne tuerait pas un esprit sans l'avoir préparé; il est loin de songer 'a faire périr une âme.
Donc, entre le bras et le plancher du gibet, le coupable n'est pas un objet de dégoût et d'aversion; mais il est au nombre des élus; il semble que des ailes frémissent sur ses épaules. Le sol lui manque; les dernières convulsions du pendu convainquent la foule du respect qu'on doit 'a la vie humaine. La nuit vient; le corps de l'assassin est jet('' dans une fosse de la prison , et ses os sont rongés par la chaux vive. El c'est La le grand exemple moral que donne le bourreau ; c'est la le ciiâtimenl.
La mort serait un châtiment véritable si elle ne pouvait être donnée que par l'exécuteur ; mais, puisque Dieu eu a fait un calice commun 'a tous les hommes, une coupe inévitable que tous les vivants doivent boire jusqu'à la lie, puisque personne n'a le privilège de s'y soustraire, n'est-il pas étrange de punir la perversité la plus profonde
' Cenése, chap- W .
(N.dii T.)
592 II'- «OIJKIU'AU.
011 lui iiiMi^canl im mal qui iloil aussi Ininiitcr la vio dos tiomiuCs los plus voiliiciix.
(( Mais, dil lo liouiroau, rimiiiièlc lioiuiuo iiiourl oiilomv do sos amis on |iloiiis ; sa niorl es( douce cl paisible, taudis que celle du coupalilo (jui passe par mes mains... »
Tous dou\ sont lancos dans la uiôiiio olornilo. i:i— éoouioz — (juoi est co bruit (|ui se rapproche de fooliafaud ? Lo iriiniuol s'avanco ouoliainô; la iiiarclio prooossiouuelle est eommencce, et la voix cousolatrioe du oliapelaiii de la prison prononce
ces paroles :
» ,lo suis la résurrection et la vio, dit le Seigneur ; et celui qui croit on moi, (|iiaiid même il serai! mort, vivra, et (piicou(iue vivra et croira en moi no mourra
jamais. »
Douglas Jkiuuu.h.