‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 12 sur 106 · LI-: MEbtLlN A LA \|(il»K · texte numérisé non relu

LI-: MEbtLlN A LA \|(il»K

Les trois élégauls doileurs eiilrérenl . feruièieul avoc soin lu porlt-, quidcieiil leurs cliapt-aux el leui-s par-dessus, el , approt-liaiil du fi'U uue pi-liU- lahie sur la(iuellc il y avait du vin, des gâteaux el des raisiusde serre chaude, ils se mireul à frotter et à rôtir leurs genous, et a prendre quelque chose qui soutînt la nature el leur donnai des forces pour la consultation.

— tn examinant le cas sous toutes ses faces, dit sir William Sganarelle, tirant un journal de sa poche; en analysant les diverses pensées el sentiments simultanément , il élail manifeste dans cette circonstance, el bien facile de prévoir que les griefs mutuels auxquels on fail allusion dans ce journal amèneraient infailliblement la séparation de madame Grisi el de son mari. Voilà d'excellent plumcake, n'est-ce pas ?

— Excellent, dit sir Courlney Palmoile. .>[ais mon opinion, sir William . malgré toute la déférence que j'ai pour vous . est que cette séparation est purement factice el politique. Tous deux voient que la réputation de l'actrice court quelques risques ; el elle n'ose pas paraître sanctionner la conduite de son mari. Que penser de l'imjwrli-

nence du mai i d'une chanteuse qui provoque un membre du collège royal de je

veux dire de l'aristocratie anglaise, uniquemenl'a cause de certaines ouvertures de galanterie passagère auxquelles sa position dans ce pays l'a naturellement exposée? Si l'on tolérait un seul instant d'aussi audacieux ressenlimenls , que deviendrait le respect dû 'a l'hérédité? C'est révoltant !

— J'aurais voulu, dit le docteur Aymen Toom, d'un air profond; j'aurais voulu, pour l'exemple et la grande leçon morale qui en eût résulté, qu'ils se fussent blessés l'unel l'aulre.

— El qu'ils eussent été alités pendant une période de cinquante visites, avança sir Courlney. souriant d'un rire diplomatique.

Là dessus les deux autres se frottèrent les genoux, el (émoignèrent par leurs gestes une augmentation de bien-être el de contentement d'eux-mêmes.

Ils parlèrent ensuite de lord Durhara . blâmèrent tout ce qu'il avait projiosé de faire, loul ce qu'il avait fail . toute sa vie politique passée et tout ce qu'il pourrait faire à l'avenir. Ils s'accordèrent à dire que les radicaux étaient de drôles de corps, que les whigs étaient de drôles de corps, et puis ils se moquèrent des tories. Ils déduisirent sérieusement les conséquences des projets du banquier Bidie sur le système des banques en Amérique ; ils parlèrent des mérites d'une sauce nouvellement inventée par un fameiu cuisinier français . de la dernière composition du maître de chapelle de la reine; ils s'entendirent tacitement pour boire à la santé du président du collé;:e des médecins: ils applaudirent au duc de Wellington : ils dirent un mot du Quaterli/ Revicif. ils ciitiquèrent la reine sur sa manie de monter à cheval , et se permirent d'exquises plaisanteries sur la duchesse de Kent.

Pendant qu'ils se livraient à l'hilarité prolongée qu'avait excitée une pointe éminemment piquante de sir Courlney . le grand corps de bibliothèque chancela et se pencha en avant ; le moment d'après, il tomba sur le plancher avec loul ce qu'il contenait, et, au unlieu d'im chaos de volumes dorés sur tranche et d'un lourhillon de poussière, appaïut la figure du petit fripon de neveu . les ilcii;;is étendus, la bouche béante et les yeus écanjuillés.

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i.i. mi: hic IN A 1. A MDIU:

Ils n'i'taioiil |)as eiicoip remis de colle surprise , el n'avaient pas encore compris les causes (le cette scène de désordre, ijuand un \a!e( de pied entra, leur lit des complimenls de la part de la malade , et leur apprit (jue , par suite d'une saignée pratiquée par un médecin oïdiuiiire , frère du précepteur de son neveu, qui lui avait rendu visile par hasard , elle éprciuvait un i;rand soulagement, et qu'elle était nininlenant assise près du feu en désliabillé, el prenait une tasse de thé. Klle avait aussi enjoint au domestique de din; ijue, quoiiiue ce docteur obscur eût lout bonnement fait ses éludes aux universités de Londres et d' lùlimbourg, il était évidenuueni un praticien très-habile el très-honorable, et qu'en conséquence elle se faisait un plaisir de le recommander a leur patronage el a leurs bontés. li. Il II.

L'ÉTUDIANT \IN \IKDFj:iNF.

•A scène esl dans le vestibule d'un ampliilhéàlrc d'anatomic, "a l'hôpital de ***. Entre brusquement le sujet de notre présente esquisse. C'est un jeune gentleman d'une taille d'environ cinq pieds huit pouces anglais, avec des yeux mornes et sombres , et des sourcils a l'avenant, qui se joignent sur la racine du nez. Ce dernier trait de sa ligure est large, long, charnu, p et accompagne 'a merveille une paire de lèvres épaisses et proéminentes. Le teint du jeune homme a une couleur de suif mêlé de fumée ; sou front est étroit et fuyant ; mais les contours du reste de sa tète sont cachés par un chapeau relapé , 'a bord très-étroit, légèrement dentelé par-devant, planté sur le coin de l'oreille , conformément "a la mode que suivent les piliers de billard et les habitués d'estaminet. Une cravate noire nouée à la Ben Brace -, un col de chemise très-grand et assez malpropre ; un habit rouge-brun , garni de larges boutons d'os noire; un très-long gilet à châle, un pantalon bleu de peluche, crotté jusqu'à mi-jambe , complètent le costume. Le tout ensemJjle a l'air d'une gravure des modes de décembre , modifiée dans la personne d'un aspirant au droit de compromettre la santé publique, in statu pupillari, c'est-a-dire suivant les hôpitaux; sorte d'occupation qui a beaucoup d'analogie avec ce qu'on appelle , dans les maisons de correction , un travail intproductif. Le parallèle entre ce système et celui qu'on suit daus les susdites maisons esl remarquablement exact, en ce qui regarde les avantages de chacun d'eux , tant pour la société que pour l'individu.

" Cclarlicli' esl lenipli de slang , espOcc ilargol pai (iculiei' aux liabit.iiils ilc l.nn.hi' •luil les mots di; 5/0113 pai- Jes termes parisiens corie.'i|ii)iHlaiils. A', dit /'. ' Matelot anglais. (N. du T.)

\■|)ll^ avons lia-

.•il) l.'Kl I IHAN 1 lA MKDI.CIM:.

Los mains de co pcistmiiage sont logées dans les larges iioclios de s(in par-dessns à longs poils; et sous le bras liauclic il iioite un volume in-octavo , dont la couverture a été marbrée par le relieur , et tachée (lar l'apprenti savant. Mais il est temps de faire parler notre tête (c'est une tête de bronze, comme l'automate du moine Bacon).

— Dis donc, Dill , comment as-lu regagné ta chambre hier au soir? Tu as l'air tout chose ce malin. Mais qui t'a fait décamper si vite? tu aurais dû rester, mou homme , pour entondie ehanlor la chanson des pclils cochons; c'était du soigne . je l'assure. Puis est venu le dianteur 'a la voix de liasse que tu connais; voila un gaillard comme il faut ! Mon Dieu , quelle voix il a ! je changerais bien de larynx avec lui. Il y eut ensuite celte petite follette en chapeau bleu à iiliuiies blanches ; tu sais , hein? Klle a fail fureur dans la dernière liose d'été. lié bien, après cela , Jim et moi, nous étions tout farces ; nous avons demandé du fromage grillé ', une pinte de bière forte et deux verres de \\hiskey^, et me voilà ce matin frais comme une pâquerette, mon vieux! Cependant, il me semble que j'ai besoin de quelque stinuilant. Allons, que prendrons-nous ? Envoyons chercher de la bière "a la taverne de Hilly Barlow ; je te la joue a pile ou face. Veux-tu un cigare? Elle est diablement gentille, la lillc de la boutique où je les ai achetés; elle m'a promis d'aller demain avec moi h la taverne de l'Aigle ; c'est fameux, n'est-ce pas? Mais voil'a neuf heures ! Irons-nous au cours ? M. Landiin explique ce matin les replis du péritoine; je me suis procuré un abdomen , mais je n'ai pas encore disséqué une des ramifications de l'artère céliaqne, et le sujet va nous être enlevé demain. Partons.» Eaenni Arcades.

Dans un grand amphithéâtre circulaire, couvert d'un dôme, et entouré, a un tiers de sa hauteur, excepté dans l'étroit espace réservé au professeur, de bancs qui s'élèvent l'un au-dessus de l'autre sur un plan incliné, est assis un auditoire d'environ deux cents personnes , présentant une grande variété de physionomies et de costumes. Eu face d'eux est une large table couverte d'un drap , de dessous lequel sort une paire de jambes et de bras. Derrière la table, est tni tableau où sont représentés a la craie divers détails intéressants du corps humain. D'un coté de la table danse un squelette appendu a une espèce de gibet , et de l'autre est une porte par laquelle entre le professeur. Une galerie fait le tour de la partie su|)érieure de l'amphithéâtre , et le tout est surmonté d'un vitrage pratiqué dans le dùme.

Un brouhaha confus de voix s'élève de la foule médicale : les uns échangent des paroles rapides, les autres se livrent à des facéties, quelques-uns copient les figures du tableau, d'autres se roiineut les ongles, d'autres encore arrangent leurs cahiers de notes et taillent leurs crayons , et un ou deux se lancent des boulettes de papier mâché.

L'heure du cours est arrivée, cl l'impatience du public , parvenue ;i sou .summiini . est fréquemment détournée |iar l'entrée de quelque studieux jeune honnne, qui cherche une place sur le premier rang , et ]ioui- y parvenir est obligé «le se gli.sser

' U'elch ral'bit (lapin gnIliAs). C'est ilii fioniaso «[iic r<iii fail giilli-r avro ilii lipiiirc il.ms un plat , qu'on mansc ('tcndn snr du |iniii inli . avec dn poiviT rnnRe et do la inonlardc ^V. thi T.j ■ Eaii-dp-\ifl d'orge (lu'on fabii.|nc iirincipali'iiipnl ru Eio-isp. Iil.,

L'i'i'i i>i VN I i.\ \ii:i)i:cim:. -i

sous la labk'. I otites les fois que |iaioille chose advient , rimlividu (|ui a le iiiallicui lie se mettre ainsi en évidence est salué :i la ronde i)ar des a|)|ilaudisseinents suivis d'un éclat de rire yénéial.

Enlin le professeur parait ; et , a|)rès les chut et les heiu indis|)ensal)les, il comuience son discours. Voila environ cinq minutes qu'il parle ; un bruit de pas se fait entendre sur l'escalier; la porte de la f;alerie retentit avec fracas. La cause de ce dérangement , savoir, M. Thomas llogmore, notre héros , entre en ce moment; et le professeur, furieux d'être interrompu, lui lance un regard de reproche. M. Ilogmore le soutient avec un air <rim|)erturbal)le gravité , qui , sitôt que le professeur a baissé les yeux, se change en une grimace particulière qui consiste a allonger la langue sur sa joue , et 'a cligner de l'œil gauche. 11 s'assied ensuite , se place dans l'attitude d'un auditeur attentif, les pieds appuyés contre la balustrade do fer, et la mâchoire supérieure reposant sur l'extiiMiiité noueuse de sou énorme canne.

En ce moment on abaisse le tableau , dans le but de montrer plus distinctement l'un des dessins aux étudiants. L'effet de ce mouvement est de produire un Lire universel. Le buste de marbre d'un défunt professeur d'anatouiie, qui était auparavant caché, est maintenant exposé aux regards, illustré, avant le cours, par l'ingénieux M. Hoginore, d'une paire de moustaches et d'une impériale en drap noir, collées avec de la gomme. Le professeur reste un moment stupéfait de cette hilarité inattendue ; mais, jetant les yeux autour de lui, il en découvre enfin la cause.

— Messieurs.... quelqu'un... je puis dire... un individu ajugé'a propos de se dégrader 1 (Bravo ! Écoutez ! écoutez!) Messieurs, quel que soit cet individu, je puis me permettre d'afflimer qu'il doit être honteux de lui-même...; je n'ai pas besoin d'en ajouter davantage. Je m'en rapporte au bon sens et aux sentiments de convenance de mon auditoire. (Écoutez ! écoutez ! Fi donc ! A la porte ! Clameurs auxquelles le coupable prend une part bruyante).

Après cet incident , le cours continue; mais, comme il est prolongé un peu au delà de l'heure, le terme en est hâté par un mouvement général de pieds et une quinte de toux qui s'empare subitement de toute l'assemblée.

Nous accompagnerons maintenant notre néophyte , qui , nous nous plaisons "a le croire, a été dûment édifié de ce qu'il a entendu , au diner qu'il prend à quatre lieures chez une espèce de restaurateur auquel, dans son propre vocabulaire classique , il accorde l'épithète de chouette.

— lié bien , Jack , mon garçon , que fais-tu ? j'ai rudement travaillé toute la matinée sur l'aorte abdominale; je serai enfoncé si je ne pioche pas ferme. Je suis horriblement embarrassé. Hé bien, la lille, qu'y a-t-il?

— Du bouilli, monsieur, des choux bien accommodés; du veau rôti et du jambon, morceau ciioisi; du haricot de mouton , du foie au lard, de la tête de veau et des cervelles : c'est tout prêt; je vous les recommande, monsieur. (Avec emphase. | Ou hachis de venaison, des côtelettes et des beefsteahs!

— Ah! apportez-nous du foie au lard. A propos, Jack, donneras-lu au collège l'anatomie détaillée du foie?

— Je no sais; j'espère que non.

32 LlillJDIANT KN ÎVIKDI' CINE.

— El moi de lui^me ; ma pièce d'aiialomie étail supeii)e ce malin.

— Oui, pourquoi no l'as-lu pas injettée?

— Ça prend li'op de qiiilms; d'ailleuis on peut étudier le foie sur des assiclles.

Le reste du diner est assaisonné de cette espèce de conversation. — A la lin :

— Sally! s'écrie M. Hogmore, quelle est la dépense?

— Un foie de veau an lard, monsieur, dix pence; pommes de terre, onze; pain, donze : deu\ eliopines de bière, un seliillini; et neuf penee ; Iromage, un et onze pence; et du céleri... Je crois que vous en ave/, monsieur?

— Oui.

— l)en\ shillings et un penny . monsienr, s'il vous plaît.

— Oh ! deuN balles et un rond? Dites donc, Sally , je voudrais avoir des sonnettes pour vous en donner.

— Vraiment, monsieur? hein !

— Oui. Dites donc , où allez-vous vous promener le dimanche?

— Tantôt ici, tantôt l'a. — On y va , monsieur , tout de suite !

— Venez donc, arrivez; j'ai quelque chose "a vous dire.

— lié bien , qu'est-ce?

— .le dis , Sally , que vous êtes une jolie fille.

— Oh! ne faites pas la bête. La!... regardez mou pied... voyez ce que vous avez lait.

Il faut remarcjucr ici que M. Hogmore, afin de donner de la force 'a ce derniei compliment, marche amoureusement sur le pied de la jeune personne, laissant l'emlireinte fangeuse d'une double rangée de petits clous sur le pied gracieusement tourné. Après cet acte de galanterie, il paie le compte et s'en va (lâner au gré de ses caprices le long de Fleet-Street , ou dans le Strand, en fumant un mauvais cigare, et coudoyant les passants.

Il s'occupe ainsi jusqu'au cours du soir; puis il retourne;: son logement du troisième', poui' recevoir une société d'amis, qui se réunissent pour jouer au whist. Le Icmps donné à celle espèce d'occupation passe généralement pour du temps perdu ; ici, toutefois, l'on donne l'exemple d'une hundde économie de cette précieuse denrée, et en même tenqis un démenti pratique au proverbe qui afiirme l'impossibilité de faire deux choses a la fois. L'atteution des joueurs se partage entre le jeu et le grog au whiskey, dont un verre accompagne les jetons placés à côté de chaque individu. Le contenu des verres est renouvelé de tenq)S en temps, au moyen d'une bouteille verle placée sur la table, et d'une bouilloire (pli chante sur le feu , et qui , pendant la soirée , est deux fois remplie a l'aide du pot-'a-l'eau de la cbandire à coucher voi- .sine ; le jeu et la boisson conmmniquent "a la société un haut degré d'exaltation. La source épuisée de la provision aquatique et son réceptacle vide sont anathémalisés en style populaire ; les chandeliers sont jetés dans la cheminée, et l'on fait une sortie généi aie pour aller en quête d'aventures. Les jeunes genllemen s'élancenl

' L'^^ maison» de Loniiii:s uni larcmrnl plu- di' di'ux élaRcs. t V, du T.

LliilDlAM EN MliltKCINE. r,r,

dans la rue en dansant à la musique de leurs propres voix . tirent les marteaux de |H)rteset les sonnettes . tiienl , hurlent, attaquent un agent de police, et sont enfin conduits au violon . d'où on les renvoie le lendemain moyennant l'amende ordinaire... pour i\Tesse.

Nous nous figurerons maintenant qu'invité fortuitement par quelque gentleman avec lequel sa famille est en relation . notre héros a fait à son extérieur les changements requis on ceux qu'il a jugés suffisants, et se trouve a table dans une société décente.

Le maître de la maison décapite un lièvre.

— Ah ! vous voila enfoncé, monsieur, à ce que je crois, observe son convive; vous êtes arrivé au ligament de la nuque: il est très-groset très-fort dans certains animaux ; je l'ai mis à nu l'autre jour dans un nègre. Il était assez bien conformé.

— Mis 'a nu, monsieur! demande le convive d'en face, comment cela?

Un coup de coude de son voisin rappelle à l'étudiant qu'il y a des dames. Au lieu donc d'exprimer sa pensée par des paroles , il promène sur les convives un regard significatif, lance un coup d'œil plein d'expression sur celui qui l'a interrogé, tient son couteau et sa fourchette comme deux plumes, sépare légèrement le gras du maigre d'un morceau de viande placé sur son assiette , fait un nouveau signe au questionneur, et s'applique "a la mastication des viandes avec un renouvellement d'assiduité.

On lui porte une santé : — A vecbeaucoupde plaisir, réplique-t-il , et il invite familièrement un gentleman de quarante ans plus âgé que lui à se joindre a eux. Son hôte lui fait l'honneur de lui offrira boire, et il répond : — Je vous remercie , monsieur, j'en ai '. )>

L'on ôtela nappe, et l'on apporte le dessert. Un jeune ecclésiastique vient à parler des examens qu'il a subis a Cambridge.

— Oh ! vous en êtes quitte ? dit notre héros. Quelle espèce d'examen vous ontils fait passer? se sont-ils conduits en gentlemen . ou vous ont-ils embêté ?

L'ecclésiastique répond civilement.

— Cependant . continue M. Hogmore , vos examens ne sont rien en comparaison des nôtres; voilà trois mois que je m'éreinte. et le docteur Hoaxley me dit que je ne serai pas prêt avant trois autres mois. Je suis solide sur l'anatomie , et les examinateurs n'en savent pas urand'chose. Mais c'est précisément par cette raison qu'ils nous tourmentent tant. Vous n'êtes examinés que sur le latin et le grec; et nous avons le latin, et Dieu sait quoi encore ! J'ai passé mon examen de latin, c'est un bon débarras. Ils m'ont donné une page entière; et si je n'avais pas regardé la composition de mon voisin , j'aurais été démoli. Je déteste le latin. A quoi ça sert-il ? comme si le latin vous apprenait "a disséquer l'artère fémorale . . . Quelle blague !

' Ce sont autant de fautes contre les règles de la politesse anglaise. Lorsqu'on porte une saute â quelqu'un , il lui est interdit de s'adjoindre une tierce personne pour y rqiondre. Il n'est pas moins impoli de refuser à boire , quand ou vous en offre . eût-on son verre rempli jusqu'aux bords . ou de porter une santé h un convive plus âgé que soi. (.V. rfn T.'

M L'ETIDIAM KN M i:it KCINK.

— Vous aimez la poésie , je suppose , M, Hoguioie ? demande une jcuue dame, Interrompant roiatenr.

— La poésie? eh ! quoi ! . . . 0\\ ! ... je n'en ai pas appris un seul morceau depuis ma sortie de classe. D'ordinaire je préférais les vers courts aux longs. Ali ! ah ! ah !

— Alors vous aimez la musique . j'en suis sûre.

— La musique'? oli I j'aime les joyeuses chansons. Avez-vous jamais entendu cliauter la Mer '!

— Non, je n'ai pas eu ce plaisir; est-ce joli ?

— Certainement. Connaissez-vous la Bak de Biscaye ?

— \on.

— Ah bien , je vous conseille d'aller au Tiou de Charhon ' ; non — , c'est-a-dire

vous ne sauriez le faire précisément ; — mais voiPa le genre de chansons que

j'aime.

— Le Trou de Charhon! mou Dieu ! quel singulier lien pour chanter 1 que c'est amusant !

— Je pense , dit le hcl-esprit de la société , que ce serait un théâtre admirable pour jouei' la Ceiicieiilola. »

Cette saillie cause une gaîlé générale , et M. Hogmore comprend qu'on rit à ses dépens. En conséquence , il regarde le plaisant d'un air nullement aimable ; murmurant en même temps le mot personnalilc , comme s'il croyait ce substantif applicable au titre de l'opéra de Rossini.

— Que pensez-vous delà phiénologie? demande une jeune lille de trente ans, en robe azurée , avec un teint confoime "a sa robe.

— Qu'est-ce que c'est que tout ce galimatias :i propos de bosses? Gall est radicalement enfoncé. 11 ne prend pas chez nous. Comme si l'apuphyse masloïde était l'organe du meurtre.

— C'est là , je suppose, M. Hogmore, dit un li(mmie d'un à^e mûr , ;i l'air intelligent, au large front et ans yeux pénétrants, c'est l'a un des faits de la phrénologie , suivant vos professeurs?

— Oui. Vondriez-vous me passer de ces noix ?

— Bien. Mais que vous disent-ils des fonctions du cerveau?

— Oh! l'on ne nous examine pas là -dessus; c'est le grand centre du système nerveux.

— Gall et Spurzheim, monsieur, n'ont-ils pas pris pour point de départ, dans leurs recherches, la philosophie d'induction ?

— Oh! je ne sais. La philosophie est toule va|ioreuse ; j'aime le positif. A propos , je vais vous conter une farce délicieuse. Gall avait un lils ; le jrunediolc avait la bosse de l'araour-propre trop grosse ; le vieux Gall se procura donc une |)laque d'étain et une vis , qu'il Dxa à la tête avec un appareil par Ini inventé. Il scira la placjue de plus en plus chaque jour ]Knir compiimer la mauvaise bosse.

— Vraiment ! et, je vous prie , quel fut le résultat?

' .Ntuii iliiiic (avoine fn'iiiirnlio par Ici sens ilc la plus bas.sc cUssc. (\. iln T..

L'Elu 1)1 A, NI LN MI'IHCIM;. 35

— L'cnfaiit idiiiiia l'dil ; il avalu sa langue, cl creva dans les convulsions. Ah I ah! ah! ah ! ah !

— Cclto histoire n'est-clle pas apocryphe ?

— A po.-.quoi? C'était Gall ou Spurzhenu, j'ai oublié lequel... »

Les (lames se retirent ; les messieurs parlent de chevaux, de politique, d'auriciil- (ure , de météorologie pratique , de l'état des avoines et du temps , jusqu'à ce qu'on annonce le café.

La musique est à l'ordre de la soirée ; uue dame se met au piano pour faire sa partie dans la ci ilarcmla mano. Au milieu du morceau , le jeune homme se signale par une soudaine et bruyante explosion de gaîté , s'imaginant probablement qu'il écoute une chanson comique.

La musique n'étant pas de son goût , il se tapit dans un coin , et engage bientôt une conversation profonde et animée avec un an)i de l'école qui l'a accompagné. Ses remarques sont faites a haute et intelligible voix.

— Eh bien ! je ne me serais pas attendu a ce coup-la, ma foi ! Ils nous ont donné du vin et de l'eau après diner, dans d'énormes verres, et sans sucre ! j'aurais préféré du grog.

— Que penses-tu de la jeune fille qui chante? lui demande son ami.

— C'est une gaillarde; elle a un cou diablement beau ; les clavicules et le muscle sterno-cléido-mastoïdien un peu trop proéminents. Les muscles des cartilages cricoïde elarylhénoïde sont très-bien développés, je l'imagine, à en juger par sa voix. Mais , dis donc , on s'en va ; allons , détalons. Je suis fatigué ; et toi ? Nous arriverons juste a temps pour entrer aux Tonncaux-de-Cidre, et j'ai une faim de chien ! Exvunt.

iVous terminerons par un exposé rapide du reste des qualités morales et intellectuelles de M. Hogmore.

Le principal trait de son caractère est l'amour-propre ; il se pique singulièrement de linesse et d'habileté , et , voyant partout des fripons , il met le plus grand soin à éviter d'être induit en erreur ou trompé. En conséquence , sa manie favorite est non-seulement de douter, mais encore de se refuser 'a croire tout ce qu'il ne comprend pas clairement. Ses convictions , quoique fermes, sont donc excessivement limitées. L'histoire n'est guère a ses yeux qu'un grand |ieut-être , et il regarde probablement le récit de la mort do Jules César comme aussi apocryphe que la légende de saint George et du dragon. Comme il ne croit que ce qu'il peut comprendre , il ne comprend que ce qu'il peut voir. Selon lui, l'anatomie est la plus sublime de toutes les sciences; et ce n'est pas par les services réels qu'elle rend à la médecine , car il n'a de ceux-ci qu'une idée confuse, mais parce que , dans le procédé mécanique au moyen duquel on acquiert la connaissance du corps humain , il y a quelque chose qui s'accorde parfaitement avec la tournure de son esprit. Dans son opinion, poli est synonyme d'efféminé; il est d'une innocence complète, à l'endroit des beanx-arts en général , et de la littérature en particulier. Quant "a cette dernière , il semble que sa conscience lui interdise de s'y livrer , parce que les études littéraires tendraient 'a le distraire de la cairière qu'il a choisie. 11 pense qu'il vaut beaucoup

3(i L'KTUDIAM KN MEDIlCl \ i:.

mieux consaoïer ses lu'urcs de loisir ii boiio , ii finiicr , ii faire de grosses [iluisantcrics , el ;i clierelicr la nature liuniaine partout où l'on peut l'apercevoir sous sou plus mauvais point de vue. Ses études sont de nature matérielle, ses plaisirs de na inrc animale.

lîien entendu qu'il \ ades eNcrplioiis aux règles générales que nous venons d'établir sur la tenue d'un étudiant en médecine. Il y en a qui ont embrassé leur profession pour s'instruiie et pour \ puiser les moyens d'èdo utiles a leurs semblables. Ils acceptent par devoir, sans les choisir |iar inclination, les travaux révollanls qui deviennent inévitablement leur partage. Ceux-là sont véritablement des philosophes ; lit autant on en trouve dans les écoles, aulant il y a de médecins distingués.

l'.Vl r, PllENOEliGAST.

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