I.A l'Il.l.K l'dl K l(»Ui l'AlKi:. «S
J'oltSd'vi.' tr;nii|iiill('iiR'iit ijnc je ne crois pas(|iril y ail {îrauil mal il te (lu'uiie liiave lille eoiuine |{aii)aia aille avec un jeune lioiniiie de honne eomluilo comme Maxwell ((|U<ii(|u'il ncsoit (|u'un amoureux de seconde main) à un concert aux Trois- Jnlis-.lardiniers, pourvu que , etc.... j'entre dans une longue éuuniération de pourvu que.
« Oh ! mais, je vous prie , monsieur, s'écrie Suzanne en m'interronipant , voyez quel cuuçuit et quel bal elle va honorer de sa robe blanche îi (|ualre volants I »
Et en prononçant ces [taroles de mépris , Suzanne lire de son sein un petit prospectus des plaisirs de la soirée, dans Ie(|uel je lis ce ([ui suit, en assez mauvais caractères , et fort néslisemnient composé, les letties itali(iues étant niclécs aux romaines le plus amicalement du monde ;
I.a Noblesse et la fasliiou de Stiphgate el de ses DiMIcieus Environs sont honorablenieni informés que , pour avoir l'honneur de faire honneur aux protectturs distingués de la séiie de six Concerts et Bals , qui a donne uue satisfaction si décidée à la Noblesse et à la fashion de Stighale et du voisinage, M. Louis-Hjpolite-Narcisa-ÎNapoléon Mirlridandi, grand maitre de ballet du Théâtre Rojal de Kensinglon, s'est déterminé à ajouter à sa série de Six Concerts et bals un septième concert et Bal , qui sera positivement le dernier de la saison. La célèbre cantertrice signora Pussillani, et l'illustre barjton Signor Dri;rilam , chantera le duo jusiement célèbre do MusARD, appelé : .-th.' par donne (ni '. Après quoi, la fée, la sylphide, mademoiselle Delacha- PELLE , avec la délicieuse Poxt-Battaille , danseront le minuet deux la rour. Le tout se terminera par un grand pas de earles , par mademoiselle Saint-Dustanville et Napoléon ÎNieiinton, avec mesdemoiselles DelachapellecI Sai\t-Giles; et un brillant feu d'artifice.
Billet pour une personne, 2 ikillings. Pour un cavalier et sa dame , 2 shillings G deniers. On ne reçoit point, et l'on ne rend point d'argent au bureau.
0 lih bien, Suzanne, dis-je en souriant, je ne vois pas grand mal a ce divertissement : seulement il me semble qu il promet beaucoup et qu'on tiendra peu. » Je conclus en lui disant gracieusement (|u'elle peut y aller aussi, si elle le veut, pourvu (|u'elle se fasse accompagner par un jeune homme estimable , qui la reconduira saine et sauve jusqu'à ma porte 'a minuit précis.
« Oh 1 monsieur , vous le permettez"? « s'écria ma domestique , dontle cœur bondit de joie, « vous le ])crmettez'?
— Oui , Suzanne, mais songez... « Elle ne songe à rien de ce que je suis disposé a ajouter , je le vois; mais elle s'iucline, et, courant ça et la dans la chambre, elle fait ce ([ue je lui avais précédemment commandé ; puis elle part comme un trait.
lue demi-heure est à peine écoulée, el j'aperçois ma domestique (|ui court chez les Uoubleclef. Au bout de quelques instants, elle revient toujours en courant. Comme le concert commence 'a six heures, je vais me poster a ma fenêtre , pour observer au passage la noblesse et la fashion (|ui patroniseut M. Mirlridandi. C'est appareniiuent l'élite de Ilighgate. Les couturières représentent les dames "a la mode ; les
' F,iiited'impi-C3sinn sans iloute, pour : ./'i ■' (i"iv/(iHiii'3-/HJ, ou /lli ! peidomi . i\m\w .Ir Mozail ru <|lli^stiotl. ' IVule du evnfitt'ur il'imprinin le.
S(> LA IILLE l'UlJK lOUi FAlUli.
lailleurs el loilïouis, les ilaiulys; les cuisiniers elles niaraichers, la iioljk't.se cl la l'asliioii. Toul à coup, un ol)jet d'une blanclieur inaccoutumée brille dans les épaisses ténèbres de la nuit, deux jeunes fenntios, parées des ((luleursde l'innoeenee, ap|)alaissent sur la scène. Klles tournent les yenv du côté de ma l'enêtie : je reconnais Barbara et Suzanne ; l'élégant barbier déploie ses grâces pour Barbara , et , chose étrani;e! M. George-Gabriel Oraiib , rebuté i)ar Iiai!)ara, accepté jiar ma Suzanne , conte ticurette îi cette dernière.
Je quitte la croisée , et médite sur les caprices des femmes en général , et de ma domesti(|ne en particnliei' ; elle m'a si souvent déclaré tprelle ne voudrait pas d'un
lioinnieqiie le monde malicieux pût ap|ieler Gaiîy' , lut-il le duc de j'ai oublié
de quel lieu; mais , pour remplir la lacune, nous dirons Broad- Street, Saint- Giles. Combien de fois lui a-t-elle prodigué des épitliètes injurieuses! Coiubien de fois a-t-elle ri de ses prétentions aux belles manières , de ses jand)es qu'elle conqiarait à deux (juilles affublées d'un pantalon , car ma domestique est nioiiueuse de sa naturel Et elle était là, il y a une minute, suspendue au bras de l'épicier, admirant peut-être la moustache et l'impériale qu'il cultive dans ses heures de loisir, dans l'espérance, ai-je entendu dire a Suzanne, de cacher ainsi l'entiéede cette caverne de meriin , sa bouche I Et elle était là.... mais on ne saurait rendre compte des caprices des femmes. J'arrive 'a croire qu'elles marchandent les hommes comme elles n)archandent leurs rubans , leurs chapeaux de soie, et autres coli(ichcls : quand elles ont envie de les avoir , coilte que coûte , elles connnencent par les déprécier , alin qu'on les leur laisse a bon marché ; et , si elles réussissent, elles s'empressent de les acheter, pour faire pièce a quehiue autre Barbara. Je ne serais pas surpris , bientôt, d'entendre la fdlette simple, mais pleine de finesse, venir me dire un matin, "a la première occasion , comme si elle venait seulement d'y penser : « Oh! s'il vous plaît, monsieur, je vais me marier demain à M. Grabb, maintenant garçon chez M. Plum , car il a lini son apprentissage ; et si vous voulez vous pourvoir d'ici ii un mois, je serai très-fâchée de vous quitter, très-fâchée vraiment. »
Et puis Suzanne pleurera , et essuiera ses yeux avec un torchon , et prendra un air piteux , et exprimera le vœu qu'il n'y ait dans le monde que des maîtres bons , vieux et indulgents.
Comme je l'ai entrepris, j'attends ma doincsti(jue , au lieu que ma domestique m'attende , ce qui est trop commun ; et déjà je commence 'a sentir l'ennui de cette tâche fastidieuse. Je suis persuadé que les lillcs ont bien de la peine ii attendre des célibataires, et que les désagréments qu'elles éprouvent augmentent (juaiid celles attendent un homme marié.
Oh ! quel ennui! je dierche 'a tnei' le temps par tous les nu)yens possibles. Je prends le DiisAVOLÉ-, et l'abandonne connue faisant allusionii mon isolement peisonnel, rarje suis seul, abandonné de ceux (jue ma bonté a nourris, àsavoii' : I " de ma domestique, (|ni, pendant C-c. ten)ps. lieuieuse lillo! fait sauter an son des violons , aux liois-
' AbbrévialiiMi du iicmi di- (i.ibiicl. I.r mol de ijaliy csl aussi iiiir iiijiin ' lUiinai) df lîulwrr. .V. du T.
LA IIM.I-: r<ii i; km i i mue. s?
Ii)lis-J;ir(liniois. les sous, les clefs el aulies inisicllaiiées (]u'ellc a dans sa poche ; '2" de mon (lelit chat couleur decaillc , qui est je ne sais où, à moins qu'il ne soil aussi allé au hal. J'essaie de jouer aux dames , et je me bats moi-mOme a fond ; me voilà dans un coin , avec trois dames damées , prêtes a tomber sur moi si je bouge. Je m'en srarde donc, et, comme la Pologne, je resle provisoirement traïuiuille. ,Ie prends ma flûte traversière, et m'aperçois que, l'ayant laissée humide par un temps chaud , elle s'est fendue par un temps froid. .le joue à l'écarté , et je me fais la vole! J'essaie un sonnet à la lune, «ju'on a négligée depuis quehiue temps, et, de douze plumes de fer, je n'en puis trouver une seule qui veuille tracer l'indispensable, « oh! » du début. J'arrive à cette réflexion, ou cette réflexion m'arrive, quand, au moment même, un coup bruyant et vigoureux retentit solitairement h la porte de la rue. 11 me fait bondir convulsivement sur ma chaise longue , comme par une commotion galvanique, et j'empoigne le tisonnier du salon pour. .. arranger le feu. J'écoule , tout est silencieux comme une assemblée de quakers en méditation. Je me dis que c'est un passant quia frappé, ou mon imagination ijui est frappée. Je m'assieds , et, remettant le lisonnier'a sa place, je mouche la chandelle.
Boum ! voici un second coup , et il y a dans ce coup-la tant de hardiesse , tant de fermeté , un projet si bien arrêté de se faire entendre , que la personne qui frappe rappelle h mon esprit John Knox , l'inflexible patron de la réforme en .Angleterre. Je regarde ma montre, il est minuit et une minute. « Oh ! la bonne fille ! c'est Suzanne ! elle retournera aux Trois-Jolis-Jardiniers , puisqu'elle est exacte 1 »
Je cours à la porte, je l'ouvre promptement : c'est Suzanne ! mais que dois-je penser ? le beau coiffeur la ramène ! Je demande où est Barbara.
« Oh ! s'il vous plaît , monsieur Grabb l'a reconduite chez elle , d répond Suzanne, en relevant la tête d'un air significatif , comme un fier cheval arabe qui cherche à se débarrasser de son mors.
Maxwell me salue ; puis ma domestique , comme le premier des gentlemen salue la première des dames dans une contredanse, et part, les pieds si élégamment tournés en dehors , que mylord Burlei;.'h, le bon vieux ministre d'état dansant de sa majesté, serait mort de jalousie en se voyant dépassé. Je ne dis pas un mot de plus a ma domestique ; mais je regarde beaucoup ; et, lui donnant une lumière, je vais me coucher résolu de m'informer le lendemain des variations qu'ont éprouvées les amours.
<i Suzanne, vous préparerez le déjeuner ; je serai de retour dans une demi-heure. ■ Je vais me promener dans la rue Haute de Highgate, pour gagner de l'appétit, etc. » ; et, sous prétexte de demander quelques articles d'épicerie , je me glisse dans la boutique de Plum. M. Grabb s'y trouve, aussi diligent que jamais , macadamisant un pain de sucre en morceaux de dimension portative.
« Eh bien , M, Grabb , lui dis-je , j'espère que vous vous êtes bien diverti hier au soir':*
0 — Oh! certainement , monsieur ! on ne pouvait rien voir de mieux monté ! « — Quoi , » dis-je , « monté '? »
Il répète cette étrange expression. « Je crois, » ajoute-t-il : — je puis me tromper pourtant, nous sommes trop disposés à croire que personne ne peut apprécier mieux
88 1 .\ l'ILLi: l'OlK TOIJ r IMUi:.
i|iu' luuis lies pliiisiis d'iin oidrc rolevo, — je crois (jne ('('tait (it'(i(l(''ni('iil d'uii cran plus liant (juc les liais du licuu monde de lligli{;at(î. »
Le (IriMe se meta me raconter la soirée, et assaisonn(î son récit de jeu de mots. Décidément, nu c'est un farceur, et dans ce cas, j'espî'ie de lui moins (jue jamais, et je le desservirai auprès de liailiara, car je ne connais dans le monde personne (jui ait moins de chances de faire son chemin (jue cette espèce d'individus ; ou c'est l'êtic le plus impertinent du (juartier; ou c'est un ignorant (]ui fait le beau parleur; et dans l'un et l'autre de ces cas, il ne convient pas à liarliara: en bon voisin, j'aurai soin i|n'il lui parle le moins possible , ainsi (lu'à ma Suzanne.
Que (lois-je penser de Barbara Briygles«iggle, ma tille |)our tout faire modèle? Que pensez-vous d'elle, aimable lecteur ?je vous le demande en ami.
CoilMil.US WHlillK.
L'KNFANT (i \TI*:.
10 jour (li> \o('l , ;iii(i)iM criiii Idyi'i piuloiid cl lirùhail. dans le suloii ii iiiiiincaux de cliôiie (run viein iiKinoii- du coiiitc de lleioloiil . élaieiil assises deux giaiidriiauians il l'air liienveillant , attendant calmes et dignes le luninent de dîner. Leurs visages, sortant de leurs massives robes de limcart , avaient la même majesté , mais différaient de genre et d'effet. L'une des giand'mamans était excessivement maigre . et l'autre déraesiuément grosse. La lioiilé se peint sur leurs pliysioiioniies, ;i peine visibles au milieu de l'ample bonnet qui les encadre , de réclial'audage de leurs rubans riclies , quoique fanés , et de cin(| rangées de dentelle empesée. Dans ce cadre éblouissant , chacune des ligures ressemble assez à un bouquet de chardons rafraîchi par une forte gelée blanche.
Elles se livraient à une conversation sérieuse , et pourtant agréable , en allciidaiil que le papa et la maman fussent habillés, et que le reste de la famille arrivai avec plusieurs invités. Le sujet dont elles s'occupaient était de ceux sur lesquels on ne saurait trop s'apiiesantir. H s'agissait des nombreuses perfections existant dans la jolie personne de leur cher petit-Uls , et de celles que devaient infailliblement produire les soins constants, les attentions , le dévouement , l'admiration et la Halteiie univereelle, prodigués ii la beauté et aux heureuses dispositions du petit Trésor Petkln.
On entendit un cri perçant : les poumons du cher enfant possédaient plu^ ipic tons autres de même dimension la faculté de s'annoncer. Il descendit presque
«O I.'INIAM tiATi:.
aussitôt . dans les l)ias do sa honiio , et lui coiKhiil ii la poi le d'enlroe jwur y recevoir une pleine voilure do tantes , une autre, leniiilie d'amis de la faniille, et plusieurs ondes "a clreval, qu'il avait vus approcher par la fenêtre de sa clianibre. Kn moins de deux minutes, toute la bande se pressa en saulillanl dans la salle: le petit Trésor élail au milieu , monté sur l'opaule izauche de son oncle Benjamin : il avait un tambour pendu au cou, et le battait avec fureur dans le délire d'une vaine gloire ; il poussait des cris, et ne s'apercevait pas que la baguette qu'il tenait de la main droite alleii;nait l'oreille gauche de son oncle toutes les fois qu'il la levait. Kniin le tumulle général cessa , el . au milieu du silence que toute la compagnie observait pour reprendre haleine . le cher enfant s'écria d'une voix grfle : Il !Mais regardez-moi donc! »
Il Regarde/.-moi donc! <> Que de fois nous avons entendu celte phrase dans la bouche des enfants! et rarement col appel ii l'attention et "a l'admiration générales s'est trouvé infructueux. Nous commençons ii le craindre lorsque nous nous passionnons pour un enfant (et le même principe s'applique à un polit chien . \\ un cheval, ou a un favoii d'une espèce quelcouiiue) ; nous av(ms toujours une tendance naturelle à le gâter un peu, c' est-a-dire a le rendre vain, désagiéable , volontaire, inutile ou insupportable par l'excès de nos témoignages d'admiration et les concessions que nous faisons "a ses faits et gestes, souvent dictés par un caprice ou par l'envie de nuire. Cependant nous avons moins à nous occuper maintenant des enfants bons , passables, ou insigniliants, que du type que représente notre dessin.
Le tumulle s'étant apaisé , les oncles et les taules purent échanger quelques saints et des vœux de bonne année avec les deux grand'mamans. Ils s'aperçurent au même instant que M. et mistress Mereditli , père et mère du cher Trésor, étaient entrés dans le salon. La famille entama une conversation étendue et in- (|uiète sur les piohts, les pertes, les changements, les espérances, qui avaient signalé la carrière de chacun depuis leur dernière réunion de Noël '. Cet entrelien intéressant put continuer, sans interruption . pendant l'intervalle de près de quinze minutes, pondant les(|uelles le /)c/(( Trésor, dans un coin leculé. s'occupait seul, activement et en silence , "a manger goulûment des poignées de sucreries de divei'ses couleure , provenant de sacs que lui avait appoi tt's son oncle Ben , remplis de cioquisnoles, pralines, iiindjlollos. fraiiuipanc , sucre d'orge , pain d'épices . sucre candi blanc , pastilles de menthe , etc. Ces petits gages de souvenir et d'affection , a défaut desquels le donateur eût été reçu tout différemment , avaient été déposés entre les mains du petit Trésor par sa maman pour (|u'il allât les serrer dans sa Jolie armoire et ilans ses tiroirs, et qu'il eu prît seulement un peu <lans cha(|ue sac Ions les jours , après dîner.
■ lin Angleterre, le jour <1« Ncm"! rat celui de» itienne». Il est dUHaRc c|ue tmiie l.i r.imillc so rassenilile ee i'iUr-là, el le» ahsrnli niani|ueiit r.iieinent «le levenir .inisler à la ii'iinimi. riissi'nt-ils rn VDyaRe sur If continent.
i,i;m AM GAii:. 9^
Quand los compliuieiUs imilucls de l;i rainillceuieiil lossé, la laute Nancy, regardant sa nioMlie , ot faisani (ilisoivoi- qu'oii avait oncoie uiu^ (kMni-liciire avant le dîner, liia de sa poche un luuleau de papier, le l'ioissa avec l)ruil en lu déployant , prit un air plus grave qu'à l'ordinaire, et obtint ainsi le silence. Il y eut un moment d'attente, pendant lequel elle jeta autour d'elle un coup d'd'il inlerrofjateur.
<i Allons, commencez, tante Nancy, » s'écrièrent plusieurs des personnes présentes, instruites probablement d'avance de ce dont il s'agissait, ou le saisissant rapidement. « Allons, lisez, lisez.
« — Oui , oui I ') murmurèrent le papa et la maman , et <|uelques amis de la famille.
La tante Nancy inclina la tête d'un air de complaisance , qu'elle voulait rendre respectueux , et commença sa lecture :
Il La production d'un essai rationnel sur l'éducation des enfants est ;i la fois une entreprise et un événement de la plus... n
Ranlam|)lan ! Tels étaient les sous évidemment destinés à accompagner la savante lecture de la tante Nancy, car le cher Trésor , après avoir mangé ses croquignoles et ses pralines au point de se rentire presque malade, reconnut tout 'a coup qu'il n'était plus l'objet de l'attention de la société qui, au lieu d'être uniquement occupée de lui , paraissait s'en passer "a merveille. 11 se leva donc , saisit son tambour, et se mit à marcher au pas autour de la cluunbrc et au milieu des personnes assises, frappant le tambour de toute sa force, quelquefois sur la peau, quelquefois, avec un bruit de tictac , sur les minces parois de la caisse de bols. Un ira la la , qu'il chantait à gorge déployée et les joues gonflées, s'accordait harmonieusement avec le rantamplan de l'instrument toiture. L'essai théorique de la tante Nancy devait donc se pouisuivre avec accompagnement obligé de tandjour par le cher petit Trésor.
Il La production d'un essai...
Rantamjilan , plan, plan!
" U'un système lationiiel d'éducation...
Han, ran, ran.
Il Mon cher enfant, je vous prie, restez tranquille quelques minutes seulement. »
Rantamjilan.
Il La production, je le répèle, d'un système rationnel d'éducation, — mon cher enfant, je vous prie, attendez nue minute! — est à la fois une entreprise et un événement de...
Ti, ta, ti, la.
Il La plus haute importance.
Ran, tam, plan, pa, ta, plaTi.
Il De la plus haute inqjortance, non-seulement pour le bien du pays..
Ti, ta , ram, plan.
Il Mais pour celui du monde entier. Au lieu des méthodes erronées..
Ti, la, ti, ta.
Il Que l'on a suivies jusqu'à co jour...
l'ian , plan , plan.
n Le systoino profoiul (pie j'ai adojdo, de permettre toujtmis ;i un eiifaiil d'aî-'ir eoiiiiue il lui plait . est...
Pala. plan . plan, plan.
" Facile h exécntor. et les résultats en sont également faciles à prévoir.
Houm, bouii), liouni!
<i Mais, lorsqu'ils grandissent . il est de la plus...
Plan. plan.
(I Mon ilier enfant , je vous prie . soyez tranquille un seul uioinent ! Il est , ilis-je , (le la plus grande nécessité que...
Ran , ran. lan.
(I Les adultes voient, à l'aide de leur pio|)re lion sens . la tonxonante et l'utilité d'à...
Ti, ti, ri, ti, li.
« D"agir d'après un plan complètement différent.
Tac, tac, tic, tac.
Il Mon cher petit garçon!... votre pauvre grand'niaman a mal à la tète. Oh! ii donc, oncle Ben! Voyez! il a pris l'antre tamhour pour aider ce cher Amour a battre la retraite!
Tra! tra... tara, ira, tra, ira...
Il n'est pas nécessaire d'informer le lecteur que le savant essai de la tante Nancy sur l'éducation des enfants eut com|ilélenient le dessous. La vieille tille vaincue le remit dans sa poche avec un regard expressif de pensées cl d'émotions confuses et Tariées.
(I Voyez sa douce et chère ligure! « nuirmura la maman; « comme il a des couleurs! Il aime tant son tamhour, tante Nancy! »
Là-<lessus , tout le monde , a l'exception d'un seul personnage , poussa (jneli]ue cvclamalion d'admiration , et l'oncle Honjamin et deux des tantes coururent à l'enfanl, le couvriront de caresses, et luiliiciil faire le tour de la chambre sur leurs bras entrelact-s.
Le seul pereonnage qui ne piit point de part ;i l'ovation du cher Trésor fut un V'entleman corpulent et d'un certain âge , (]ui était arrivé dans sa voiture en môme temps que la fournée d'ondes et de tantes, mais auquel nous n'avons pas été, non plus que la compagnie, à même de faire attention. .M. Scro|)e liellylield était assis , dans un majestueux silence , et sa figure exprimait le dégoût et la colère. 11 était évidemment très-vain de sa giande et grosse personne , et portait une perruque d'un brun foncé , "a toupet élevé , ;i boucles abondantes , semblable h celle de Geoige IV. M. Scrope Bellyfleld attirait en outre sur lui l'admiration et l'attention ; d'abord , parce que , jmur lui rendre justice, c'était réellement un homme supérieur par son intelligence, son éducation et ses connaissances générales et étendues; secondement, parce qu'il possédait une fortune et une influence immenses, et disposait en maître des votes de la moitié des tenanciers indépendants du comté. .M. Meredith désirait être envoyé au parlement par ce comté; cl, comme le joui- de l'élection a|)piochail. il avait récemment recherché l'amitié et les conseils de M. Scrope Bellylicld, qui
L'I'M'A.M (.Ail':. 95
laiaissail disiiost' ii s'eiuployer exclusivement en sa faveur. iM. Mereditli et toute la laïuille (lésiiaiiMil , par const'viiicnt . lui l('nioisner beaucoup d'é;;aids en la piésentc circonslance , (|U()ii|U ils n'en missent pas encore tiouvé Toccasion , si ce n'est en l'aidant à descendre de voiture.
M. Meieditli . inéludant à ses prévenances par un aii d'olisc(|uiosilé, s'était tenu tieboul et se frottant les mains derrière le fauteuil de M. Scro|)e liellylield duiant la lecture <|ui venait d'être taniliourinée aux oi cilles de la société, coninie s'il eût voulu commencer un entrelien rempli d'intérêt et de déférence ; mais le coipulent visiteur était trop irrité, et il feignait d'être plongé dans ses réflexions et de ne pas voir M. Mercdilli.
La cloclic du diiier retentit , et toute la compagnie manifesta l'intention d'escorter M. Bellylield jusqu'il la salle "a manger; mais, de manière ou d'autre, le cher Trésor se trouva au centre , et accapara toute l'attention.
On se mit "a tahie; M. liellylield fut placé ;i la droite de la maman, qui avait son chéri sur ses genoux. La grand'maman Meieditli ne paraissait pas ; on le remarqua, et M. Mereditl) apprit h la famille (|ue, tourmentée d'un violent mal de tète, elle avait été se reposer.
<i Ah! I) murnniia la maman, « il y a longtemps qu'elle se plaint; c'est le temps, voyez-vous; le froid l'incommode , elle sera mieux loisqu'elle aura été saignée ; John a été chercher le docteur May ton. Vous serviiai-je un peu de soupe, monsieur Bellyfield?
— Je vous remercie, madame, répondit le corpulent personnage , en inclinant sa ligure rubiconde jusque sur son assiette.
« Moi aussi , maman , moi aussi ! »
— Oui , mon ami! en x'oici . mon chéri ! je vais lui en donner une cuillerée pour commencer; je sais que .M. Bellylield m'excusera,
— A moi , maman , à moi !
— Oui , mon amour! les bonbons l'ont bien alteié. Je vous sers, monsieur Bellylield,
— Oh! il n'est pas nécessaire de vous presser, madame! dit avec empressement le f/entleman : et sa ligure se pencha de nouveau sur son assiette , avec une politesse ironique.
Ce serait une tâche trop pénible pour nous-mêmes, et trop fatigante pour nos lecteurs, que d'essayei' de décrire successivement ce qui se passa pendant cet intolérable dîner. Tout le temps qu'il dura , le cher Trésor triomphant persista it se tenir assis sur les genoux de sa maman , l'interrompant dans toutes les tentatives qu'elle faisait pour s'adicsseï' a d'autres qu'à lui, l'occupant de lui seul, cherchant 'a nionopoliseï' l'attention de tous , comme on lui permettait toujours de le faire , et biouillant sans pitié toute conversation générale. Cette conduite provoqua au plus haut degré le mécontentement et l'ennui desconvix'es , à l'exception peut-être de la maman et de l'oncle Ben ; personne toutefois n'eut la cruauté d'exprimer ses sentiments , et peu de membres de la famille s'en rendirent compte. Il était facile de s'apercevoir de ce qu'éprouvaient tous les convives ; mais nous n'osons faire des conjectures sur les pensées et les émotions de M. Bellylield en particulier. Il jouissait dans tout le comté de la réputation d'homme aimable, remarquable par son urbanité et le fonds
».» l.'KMA \ I (.Ali:.
(l 'anecdotes qu'il possédait : certes, en cette circonstance, il ne donna aucuns signes de ses talents, il ne bougea que pour manger, et s'incliner lorsiiue le pa|)a et les oncles le priaient de leur faire l'iionnenr d'accepter une santé : il n'ou\rit la boucbe (|ue poui- liulbulier quelques monosyllabes ; sa ligure, baute en couleur, présentait celte teinte d'un rouge cramoisi qui indique un soupir longtemps comprimé; son maintien avait quelque chose de terrible , son silence ressemblait h celui qui précède l'explosion d'une vaste mine.
Passons sur le diner; le souvenir en est affligeant, on a[)poi'ta le dessert; les botes songeaient à un joycn\ joui- de Noël , et avaient bâte de parler du vieux temps; mais , tant que le cher Trésor serait dans la salle, il laliail se boiner ;i l'admirer, ou à l'endurer ensilencc. Il était toujours installé sur le giron de sa mère prête à se trouver mal de fatigue, et qui cependant n'avait pas le courage de l'envoyer au lit. Il avait ses bonbons devant lui; ses joues, sa boucbe, son menton étaient barbouillés de sucreries de couleur, de tarte, de gâteau et d'oiange, et avec cela, il demandait continuellement "a être embrassé; ses mains gluantes et poisseuses s'emparaient du contenu de tous les plats placés à sa imitée , ou (ju'il se faisait approcber. Puis il renversait les mets ainsi emjjilés, sur la table ou dans les assiettes de ses voisins, et Unissait par essuyer ses petites pattes dégoùlanles sur la robe de satin , la joue on le sein de sa maman , sous ptélexle de la cajoler.
Les heures fuyaient, la nuit s'avançait, et les paupières du jn^tii Trésor se fermaient involontaiiemcnt : il lit un mouvement piiur se i)réparei ii s'endiirmii dans les bras de sa maman ; on crut qu'elle allait faire prudemment un petit elfoit jiour s'en débarrasser et l'envoyer à sa chambre, afin d'avoir une demi-beiire de répit à consacrer à ses bûtes et ;i sa famille ; elle s'en a((|uilta de la manière suivante :
0 Mon ange, n ninrmura-t-elk' , en i>ressant reniant contre son cœur; « mon ange \ eut-il s'aller coucliei? » «
— Non , non , je ne veux pas.
— La tante Nancy, pouisuivit la maman , a un petit doigt qui dit qu'il est temps que mon Trésor aille dans son joli petit dodo. Petit doigt , (juelle heure est-il 'f
Ici la feimne forte sur la théorie de l'éducation éleva le doigt prophétique.
— Voilii ! le petit doigt de la tante Nancy dit (ju'il est très-lard ; et que le clicr Trésor sc\ a charmé d'aller au lit, n'est-ce pas?
— Non, non, non! s'écria le méchant Petkin.
— Mon doux agneau! que ses mains et son fiont sonl biùlanlsl Allez vous <oiicher.
— Oui, oui, alle/.-\ , mon amour, " répéta la laiite .Nancy de la voix la plus tendre. « Oh! ne battez pas maman; vous lui avez fait mal au menton ; voyez! vous ave/, l'ait pleuier votre maman , votre pauvre maman! »
Ici la pauvre maman lit semblant de pleurer; le doux agneau s'c'tendit sur son sein, et fut bientôt endormi. Puis on le porta au lit.
Les personnes présentes , s'arrangeant pins conunodi'mcnt sur leurs chaises, commencèrent a respirer', et a se promettre une jovcrrse soirt'e de Noël, une heure de plaisir-, et des causeries sur le vieirx temps, \l. Scnipe lidlvlield Irri-rrrémc piiirrl