‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 36 sur 106 · I-2S TYPES Iti: lAVKnM · texte numérisé non relu

I-2S TYPES Iti: lAVKnM

Précieux ^c se conseivc (lu'ii (;ilitc.

Bacchus amène les ris

A sa suite ; 11 dissipe les soucis

Au plus vile.

.Si de votre inimitié

.Sans pitié Vous persécute/, un frère, Plus calme, quand vous buvez

Vous trouvez La fléincncc au fond du verre, lîacclius a])aisant l'esprit

Qui s'irrite , La haine s'évanouit

Au plus vite.

Si vous avez un ami ,

Avec lui Buvez et trinquez sans cesse; Car, par un cliarmc divin ,

Le bon vin Consolide la tendresse.

A des nœuds pleins de douceur

H invile ; Mais sans lui ramiti('' meurt

Au plus vite.

Si (illelle aux blonds cheveux ,

Aux yeux bleus, Vous séduit el vous enflamme , Tâchez qu'elle boive un jicu ;

Lu doux feu Va soudain remplir son âme.

Plus de refus! La rigueur

Prend la fuite ; L'Amour seul règne vainqueur

Au plus vile.

/.■.\vA

I,,A FILLK DE TAVKHllI'.

TYPKS DE TAVKRNli. ^29

(I Monsieur VVliitlakerl » sccria Ilillary à haute voix, lorsque les applaudissements provociiu'-s par sa rlianson se furent ;i peu près ealmés.

« Monsieur Wliillaker! monsieur Wliiltaker 1 répéta-t-on de tous cot'-s.

— Mais réellement, monsieur le président et messieurs, dit l'individu en question, je désirerais qu'on s'adressât à moi un peu plus tard. .le ne sais qu'une chanson , et je ne m'en rappelle pas encore liien tous les couplets. »

— Cherchez, cherchez, s'écria Atkins de l'autre bout de la table; si vous voulez la clef, la voici. »

Et il lira de la poche de son habit un énorme passeparlout dont l'avait chargé sa femme, en lui accordant congé pour ce soir-l'a.

« Qui donc a bu mon grog au gin? reprit-il en se tournant vers la personne placée h côté de lui; dites donc, voisin , c'est une drôle de farce.

— C'est vous qui l'avez bu, j'en jurerais, dit la personne interpellée, qui était uu certain M. Holdsworth; n'est-ce pas, monsieur Hall?

— Je ne saurais vous le dire , répondit Dewham Hall. Ici! Hobbs! Nobbsl comment diable s'appelle ce garçon?

— Son nom estMobbs! s'écria Atkins. Holhl Mobbs, ajouta-t-il eu tendant son verre , un grog chaud , doux , et beaucoup de gin ; et cette fois-ci ne le servez pas pour deux. »

M. Whitlaker, s'étant, pour parler le langage de la réunion, rincé le gosier, se mit soudain a gazouiller la chanson que voici :

Je suis assez mauvais sujet, Franc buveur, sans mélancolie ; Pourtant j'ai formé le projet D'abjurer mon genre de vie.

il m'est arrivé de traiter Les remontrances de sornettes;

Mais je prétends les écouter

Dès que j'aurai payé mes dettes.

Fi des ivrognes déboutés Qui , chargés de vin et de bière , Vont chancelant de tous côtés Dans la boue et dans la poussière.

Désormais , tranquille et rassis , Exemple des buveurs honnêtes ,

Je rentrerai droit au logis

Dès que j'aurai payé mes dettes.

ir>o TYri:s dk iA\i;i\Nii.

Je n'usci ai plus du crédit Qu'on m'accordait il la taverne.

Adieu . caliaretier niauilil, Je lu'exile de la caverne.

La réforme que je promets Sera certes des plus complètes ;

Au viu je renonce 'a jamais

Dès que j'aurai payé mes dettes.

Buvons du tlic! le thé, dit-on, Est d'une vertu sans égale, Quoiqu'il mes yeux cetl(> boisson Soit un peu trop médicinale.

Fuyons le ffm dont les vapeurs Dérangent les meilleures lêlcs :

Je veux m'absteiiii' de li(iucurs

Dès que j'aurai payé mes dettes

Sitôt délivré des huissiers , Je vais me corriger en forme, .

Le nombre de mes créanciers Peut seul relarder ma réforme.

Mon (cil s'arrête avec remords Sur les fredaines que j'ai faites; Mais je crains , malgré mes efforts , De ne jamais payer mes dettes.

« Que pensez-vous de la chanson de Whittaker? demanda Iloldsworlh à son ami Desvham Hall. Ma foi . j'ai)prouve <eltc méthode. Ne point payer ses dettes, c'est un système de conduite qui me phiit sini;uli(icinciit.

— Et a moi aussi , répondit Dewham Hall.

— Votre chanson était délicieuse, dit le président. A (|iii en demandez-vous une autre, monsieur Whitlakei?

— Je m'en rapporte au vice-président, répondit Whitlaker, (|ui depuis (piclques instants suppliait vainement Mghlingale, parle cas qu'il faisait de son amitié, et autres motifs non moins convaincants, de régaler la société d'un air sentimental.

— Eh bien donc! s'écria Ikcy, j'avise dans ce coin un plK'oix qui possède une voix de rossignol, (|ui chante avec une expression des plus iiénélianles, et 5 met autant d'action qu'une machine h vapeur. C'est donc avec un sincère plaisii' que je fuis a|)pel;iM. Griffitlis Priée. >-

J'ous les yeux , s'étant dirigés vers l'étranger, s'arrêtèrent sur une figure excessi-

I YFliS IlL 1 A\ 1;IIM;. 4j|

vemeat giùle, oinée d'une \)iiiie d'oiijaues visuels picsque iuipeiteplibles, qui n'avaieut eu île leur vie (et peut-èlre depuis la plus tendre enfanec) d'autre occupation que de guigner l'extiéuiité d'un nez d'une couleur rouge fortement piononcée.

(1 Je nie rendrais volontiers "a vos désirs, dit M. Criflitlis Piice avec une espèce de voix de baryton fêlée; mais je ne cliante jamais saus accompagnement de harpe galloise '. Donnez-m'en une, et... »

Ici M. Griflillis l'rice siffla une mesure ou deux de la diaiison inlituli'c : La noble course de Hkenlibi.

a Mon cher amil dit Ikey, la seule chose analogue qu'on puisse trouver ici, c'est un lapin gallois'-.

— Je ne puis chanter sans accorapagnemeul de harpe, monsieur Uillary. Oh ! que Giltings n'est-il icil je vous ferais entendre le prince Lhewelyn ! »

Et pour donner a la société une vague idée de ce qu'elle perdait, il fredonna un fragment de cet air délicieux.

(I 11 faut que je me rétracte, dit Uillary en s'adressant au président , voici un (jcnlleman qui ne peut chanter saus accompagnement instrumental. Si nous lui procurions nue harpe galloise, il voudrait avoir une perruque idem, pour avoir l'air national. Tidmarsh, l'un de mes jeunes amis va uous faire le plaisir de chanter. »

M. D'Oyley Tidmarsh prononça le nom de M. Purdon, malgré plusieurs coups dans les côtes dont le favorisa le coude anguleux de ce personnage.

Ce jeune homme présenta différents motifs d'excuse impuissants et infructueux, en se servant d'expressions qui prouvaient qu'il était de ceux

Qui , parés de somptueux habits ,

Affectent le langage et les mœurs des dandys.

Cependant, ces objections ayant été combattues. M. Purdon passa ses doigts dans ses longs cheveux , toussa trois ou quatre fois et dit deux fois « eh? » "a son voisin , qui répondit deux fois « eh? « . et chanta les exploits d'un certain chevalier au cimier d'or; ce chevalier, vainqueur des Sarrazins en Terre-Sainte, avait été trouvé mort , et appuyé sur un luth, sous la fenêtre de sa maîtresse, qui avait changé de domicile cinq ans auparavant, ayant épousé le chevalier du masque noir, personnage accoutumé à lioire du sang , et li faire son repas des enfants les plus gras qu'il lui était [wssible de rencontrer.

Lorsque cette touchante ballade fut terminée, il. Purdon repassa ses doigts dans sa chevelure, devint de plusieurs couleurs tant que durèrent les applaudissements, partit d'un fol éclat de rire , saisit un cigare à demi fumé, et ordonna "a Mobbs de lui appoiter un autre verre de grog au rhum, plus fort que le précédent.

« Est-il absolument nécessaire que je fasse appel à un autre? demanda-t-il après un moment de silence. Eh bien! monsieur Hostidgc, monsieur Hostidge , je vous tiens, je vais vous embarrasser. »

• Espèce de luth. ( .V. du T.)

' Fromage grillé avec du pain. ( Id. )

(32 TYPliS Dl' TAVEllNU:.

L'individu auquel M. Purdon s'adressait avait une louinure de pot a moutarde , des traits, fortement inonoucés, et se tenait à côté du chanteur. Il ne parut nullement embarrassé, mais il se mit aussitôt en devoir de choisir dans sa mémoire une chanson susceptible de satisfaire l'assemblée.

(I Connaissez-vous la dianson de Catherine Kearney? demanda M. llostidge.

— C'est trop haut , i> dit Ilillary.

Sans se déconcerter, M. Hostidge chercha encoie dans ses souvenirs.

« Souvent pendant la nuit sombre et silencieuse.

— C'est tiop bas ! » s'écria Nightingale. Hostidge lixa les yeux sur la ligure de l'homme sentimental , comme s'il se fût attendu à y voir le titre d'une autre chanson lisiblement écrit.

(I J'en ai une enlin, dit-il.

Adieu, mon joli bateau.

— 11 faut monter beaucoup trop, l'ami Hostidge, s'écria Hillary.

— Allez au diable ! » dit llostidge en frappant la table de son poing.

Et, par un changement remarquable, sa ligure, pâle et insigniûanle, prit une expression de vivacité facétieuse.

(( Ma foi, continua-t-il , si celle-ci ne vous convient pas, tant pis! Vous trouvez a redire 'a toutes celles que je vous propose, et dans cent ans d'ici ce serait toujours de même. i>

Alors , en faisant les efforts les plus inou'is pour être comique , il lit entendre cette chanson :

Du froid hiver bravant la bise , Au coin de son brûlant foyer, Miss Pénélope était assise Auprès de son chat familier.

■ Croyant entendre les fleurettes Des beaux épiis de ses appas .

Elle songeait aux amourettes.

Tout en raccommodant des bas.

D'un tisserand l'ombre éplorée, Paie et maigre comme un fuseau , Sans avertir de son entrée , Vint s'asseoir sur un escabeau.

« Pourquoi travailler de la sorte? »

S'écria l'ombre avec fracas ;

TYI'i:S l)K rAVKRNU. t'>3

Craignez que Satan vous emporte , Si vous raccommodez des bas.

0 Combien de bas dans les fabriques Sont façonnés on cet instant ; Et, pour les vendre a ses pratiques .

Plus d'un bonnetier les attend.

Que de tisserands mes confrères t'aute d'emplois ne vivraient pas, Si , comme vous, les ménagères Allaient raccommoder leurs bas.

— Que m'importe? dit la fillette Se moquant du spectre infernal.

Sans que son état m'inquiète, Le commerce peut aller mal.

A ma règle d'économie , Non , je ne renoncerai pas ; Et malgré vous , toute ma vie , Je veux raccommoder mes bas.

— Eli bien I c'est assez , lui dit l'ombre , Mais craignez mon emportement. »

Et, lui lançant un legard sombre , Elle s'enfuit subitement.

Vn nuage obscur l'enveloppe , Ea terre tremble sous ses pas ; Mais, sans se troubler, Pénélope Raccommode toujours ses bas.

De

La cbandelle brûle et pétille ; La salle paraît toute en feu ; Mais , armé d'une énorme aiguille , Quel est ce spectre noir et bleu?

C'est... j'en frissonne d'épouvante, Le diable qui vient ici-bas , Et de l'ouvrière tremblante Ses mains laccommodent les bas.

154 TYPES DE TAVEKM:.

C'était ensuite au tour de M. iMghliugale; il se réveilla connue un coupable d'une profonde rêverie dans la([uelle il était tomiié; il ota son chapeau, se frotta la tète avec beaucoup de véhémence, et replaça lentement le castor. Puis il jeta les yeux sur un petit portrait de femme placé au-dessus de la glace , et , sans perdre de vue ce spécimen des l)cau\-arts . débita d'un ton lamentable la complainte que voici :

Des parents consolés les pleurs étaient taris ; La joie a la maison régnait , et des amis

Accourait la foule empressée.

\ CMS l'église l'époux s'avançait radieux ; Mais le visage blême et le front soucieux

Marchait la pauvre liancée.

Et nous, eu la voyant frissonner et pâlir, Nous maudissions l'hymen que l'on allait bénir ,

Et cette alliance insensée.

Xous songions a celui qu'elle avait dédaigné, Et qui formait encore en son cœur résigné

Tant de vœux i)0ur la fiancée.

Trois ans de])uis ce jour ont passé sur son front ; Son bonheurs'cst enfui : par un chagrin profoml

Sa douce joie est remplacée, l'ourlerelle <|u'enlace un serpent diapré. Violette flétrie en un vase doré .

Hélas! telle est la fiancée!

Sous ses richesjoyaux son sein péniblement Se soulève, et toujourede son fidèle amant

L'image assiège sa pensée.

Elle |)leure sa perle, et tant qu'elle vivra , Plus cher de jour en jour , ce souvenir croîtra

Dans le cœur de la fiancée.

" Je n'ai jamais eu le plaisir d'entendre .M. Luscombc, dit Mghlingale s'adressant à un gros et robuste geiUlcman. Voulez-vous nous faire le plaisir de chanter? »

TYPES l)i; TAVKKNi:. i55

M. Luscombc devint cramoisi ii toite <lpniaiKio inattendue, et secoua la tète eu souriant.

Il N'allez pas refuser, dit AlKiiis; donnez-nous quelque cliosc , si peu que ce soit. Je voudrais bien qu'on s'adressât à moi ; je no me ferais pas prier. Soyez sûr que je vous en chanterais une lionne, n

M. Luscombc secoua les cendres de sa pipe. « Je vais tâcher, dit-il , de vous faire entendre une chanson assez singulière qu'un de mes gendies m'a fait chanter à Noël dernier. Elle est d'un genre trcs-bizane , trcs-ctrange ; mais j'espère que ces messieurs l'excuseront »

I\I. Lusconibe plaça ses deux pouces dans les poches de son gilet , et se donna préiiminairement quelques coups avec les doigts sur l'estomac. L'a-dessus, le président elle vice-président frappèrent vigoureusement de leurs marteaux sur la table. Car, de même qu'un clou chasse l'autre, de même un bruit opiniâtrement répété finit par étouffer un bruit moins éclatant.

Il nous est impossible de définir l'intonation que prit M. Luscombc. Milton parle du charme assoupissant d'une cloche ; je ne sais quel charme particulier peut résulter des variations d'un son monotone. Le ton de M. Luscombe tenait a la fois du bruit du canon et de la voix d'un crieur public (pardon de ces deux comparaisons). Voici quelles étaient les paroles de sa prétendue chanson :

De certain vieux pêcheur écoutez l'aventure : Il aurait désiré pêcher une friture, Mais il n'avait jamais pris le moindre poisson. Soit qu'il disposât mal la ligne ou l'hameçon.

Un jour, ayant en vain épuisé son adresse A poursuivre un goujon qui l'évitait sans cesse , Sans force , et de Tantale éprouvant le tourment , Il jeta là sa ligne , inutile instrument.

« Je renonce au métier, dit-il avec colère ;

De ce porter qui mousse il vaut mieux boire un verre ,

Et déguster gaiement ce pâté de pigeons

Que de perdre mon temps "a pêcher des goujons.

Il 11 n'est point], reprit-il. de roses sans épines;

L'n chaud soleil d'été doi e au loin les collines ;

Bien qu'il nuise "a mes blés, voila certe un beau temps;

Je vais sous cet ormeau dormir quelques instants.

150 TYI'FS DE TAVERNi:.

(( Ah ! combien cet oubli que le repos amène Est puissant h cabner les maux de l'ànie humaine ! Sur l'aile (lu sommeil toulc douleur s'en va. » Cela dit , le ijùcheur s'endormit et rêva.

D'un superbe brochet il avait pris In forme ; Battant l'onde vaseuse avec sa (jueue énorme , Au-dessus d'un moulin il errait au hasard , Quand un ver tentateur s'offrit "a son regard.

Cédant a son instinct , le brochet trop avide Mordit, et fut blessé par l'hameçon perfide. Pour s'en débarrasser il fit plus d'un effort ; Mais bientôt un pêcheur le tira sur le bord.

Notre brochet languit quelque temps sur la berge, Puis fut dans un panier porté jusqu''a l'auberge. Et sans nulle pitié sur la table étendu , Il vit sur sa poitrine un couteau suspendu.

I.a cuisinière allait par de larges entailles Lui ravir brusquement le foie et les entrailles , Quand, la terreur rompant un sommeil agité, Soudain dans la rivière il fut précipité.

(( Quel affreux cauchemar! mais il me rendra sage. S'écria le pêcheur en regagnant la plage ; Pour se servir de liains, de lignes et d'ap|)âts , Il faut n'avoir j)oint d'âme , et je n'y songeais pas. '■

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