‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 37 sur 106 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

iM. Lusconihc la prononça avec une iiiijioxanlr aolniiiilr.)

Amateurs de la pêche ô vous de qui la joie

Est d'avoir "a la ligne une vivante proie ,

Songez qu'il est cruel , qu'on soit homme on poisson ,

De sentir son gosier percé d'un hameçon.

(1 Eh bien ! elle est charmante, sur ma parole ! » dit Atkiiis.

1 YPES DM. lAVKUNi:. <37

— Chariuantc! répélal-oii uiiaiiimenioiil.

— A qui allez-vous vous ailrcsscr maiuleiianl?

— Je serais bien aise d'enlemlreM. Ti<lniaisii , dit , ni repreiiaiil sn |)i|ie, M. Liiscomlie, qui, ayaut la vue basse, ne pouvait s'apereevnii- tin iléploialile rlal auquel élaienl réduits ce jeune homme et ses deux amis.

— Je croyais que vous étiez plus çicnilcninn, dit Atliins ; vous auriez dû voii- que je voulais que l'on songeât a moi.

— M. Tidmareh , dit Ikey en frappant la laide de son manteau , a mis trop d'eau dans son gro? , ce qui est pernicieux a sa constitution ; et ses diyies amis l'ont scrupuleusement imité.

— Allons, monsieur Tidmouclie , faites-vous entendre, repiit Alkins, sans s'occuper de l'explication du vice-président; allons, mon très-clier.

— Monsieur Atkins! monsieur Joseph Atkins ! s'écria Ormsby, dont les yeux commençaient "a s'obscurcir, je suis surpris de votre conduite; vous devriez savoir le surnom de ce jeune homme, n

M. Atkins n'était guère d'humeur 'a souffrir les reproches, lorsque les vapeuis alcooliques lui montaient au cerveau , et fut sur le point de rosser l'autoiité présidentielle.

((Surnom! dit-il, qu'(^st-ce que cela';' Je n'ai insulté personne en aucune fa(;on. Vous ai-je offensé, monsieur? »

Et il se tourna vers son voisin de gauche.

(( Non, monsieur.

Et vous? et vous? et vous? poursuivit l'accusé en interrogeant successivement

tous les assistants , dont les uns répondirent négativement, et dont les autres étaient incapables de parler.

— Eh bien donc ! s'écria-t-il d'un ton de triomphe, vous voyez!

— Monsieur Atkins , dit Hillary, on réclame de vous une chanson.

— Vraiment? répondit Atkins en retroussant ses manches; alors je vais vous en donner une, et une fameuse, je m'en vante. Je ne suis pas enrhumé, et n'ai pas besoin de piano pour m'accompagner, avec une belle dame qui me fasse de la musique.

— Espérons, dit M. Ormsby, que votre chanson ne sera pas d'un genre trop bas.

— Trop bas ! s'écria Atkins , trop bas! je suis au dessus de cela ; je vais vous dire une chanson très-remarquable que j'ai entendu chanter "a un homme qui n'avait qu'un bras et qu'un œil. Je n'en ai pas compris la moitié, mais c'est égal, j'en ai rolenii les paroles, et la voila :

De mes beaux jours le temps flétrit les roses ; Voil'a mon front sillonné de longs plis ; Je touche au Init ; mais que j'ai vu de choses! Devant mes yeux que de faits accomplis !

158 lYI'KS l)i: lAVKRNIi:.

De mes vieux ans c'csl c\\ vain (in'on si' n(0(|n('

J'ai la sasiosso (>t l'àj^o de Noslor:

0 jounos !4ons(ini prono/. votre épotiue,

Ce que j'ai vu , le venez-vous cncor?

J'ai vu (les grands pleins de patriotisme , Des rois aimés cl des sujets heureux , Des médecins purs de cliaiialanisnie , Après viufît ans des époux amoureux.

Tous deux épris d'une ardeur réciproque lisse donnaient la main jusqu'il la mort. 0 jeunes gens, qui [ironez votre époque Ce que j'ai vu , le verrez-vous eneor?

.l'ai vu jadis de fidèles raaitresses Dont la constance augmentait les appas; Des parvenus |icu tiers de leurs richesses , Des députés qui ne se vendaient pas.

Leur dévoûment n'était pas équivoque; Ils refusaient d'encenser le veau d'or.

0 jeunes gens, qui prônez votre époque , Ce que j'ai vu , le verrez-vous eneor?

Oh! do mon temps j'aime à chanter l'histoire .l'ai vu régner la justice et l'honneur; Dans les vertus j'ai vu chercher la gloire , Et se vouer au culte du malheur.

Des rois déchus conservant la défroque , On n'offrait point son honiniage au plus fort. O jeunes gens, qui prônez votre époque, Ce que j'ai vu, le verrez-vous cncor?

1^ rr.S DK \ \\ KIINK. 459

On lioiioiait l'csinil cl le uiérilc;

Pur la faveur rien n'étail obtenu;

\os gros Irailanis ne l'aisaienl poinl faillilr,

Le luot bilan li'iir était ijicunnu ;

Ils ignoraient par quel ai ton escroque

D'un inallieuronx le modique trésor.

() jeunes iiens . qui iironez votre époque.

Ce (jue j'ai vu , le verrez-vous encor?

l'our un lian(|uet , jamais pour une oryie , Si des amis parfois se rassemblaient, liefraiiis brûlants de verve et d'énergie , Joie et bon vin ii grands flots ruisselaient. Tour aniiiiei notre riant colliKinc , Avec nos voix noseieurs étaient d accord. 0 jeunes gens, qui prônez votre époque, Ce que j'ai vu , le verrez-vous encor?

Nos écrivains avaient tous du génie, En traits de feu peignaient les passions. Ou célébiaienl , en vers pleins d'harmonie De nos héros les grandes actions.

Soumise aux lois d'une mode baroque, La poésie a perdu son essor.

O jeunes gens, qui prônez voire é|)o:|uc. Ce que j'ai vu , le verrez-vous encor';'

jMoi , pauvre vieuv que la jeunesse raille.

Je fus acieui de révointiiins ;

J'ai conthalln sur des cliainp> de balailli'

-i*» rVI'KS KK TAVKIINK.

(•il se jouait \c soi t «Irs iialioiis. La lilioilc. (iiraiijoiiid'iiiii l'on iiivoiiue, Ue SOS oxploils lasse enfin se i eiiiioi t. 0 jciiues gens, (|tii |iiônez M)(re époque . Ce que j'ai vu . le venez-Yous eneor?

Il Cessez, dit-on, de vanter les \ieu\ àyes; Nous ressemblez au \oyaneui' errant Qui , de sa nef, eroit voir fuir les rivages , Lorsque c'est lui qu"eni|ioi te le eouraut. » Ali! croyez-moi, ce |)assé que j'évoque, Touchant oiijetde regrets suiierllus, O jeuues gens, valait bien voire époque. Ce que j'ai vu , vous ne le verrez plus.

Après cette cbauson , qui fut géuéraleiueut peu goûtée , tous les convives essayèrent en niênie temps de se lever, et M. lloldswortli , qui s'était endormi, s'éveilla au milieu de cette tentative générale. Se ra])pelant où il était, et conjecturant que la salle se dégarnissait rapidement, il commença à appréhender qu'on ne l'abandonnât ;i ses propres forces; en conséquence, il s'efforça de demandera plusieurs reprises à la soriété : u nuaiid va-t-on nie reconduire chez moi ? »

Ce|iendant i\F. Atkins jeta le grapinsur le verre d'iloldswortli , le vida , prit une longue gorgée du grog de M. Dervliani Hall, et lit le tour de la table abandonnée , à dessein de se saisir des doses [dus ou moins fortes de liiiiiide qu'on pouvait avoir laissées au fond des verres.

Cela fait, il s'empara d'une chaise , en jurant qu'elle fuyait sous .sa main , et y fut installé assez a temps pourvoir deux lloldworlhs emiiortés par deux robustes jeunes gens.

Coniiiient .M. Atkins, qui reslait le dernier, regagna sesiiéuales, c'est ce qu'il nous a été impossible de savoir. On le ramassa sur le paillasson, au bas de l'escalier; et, comme la porte de la grande boite de l'hiirloge était assez rudement endommagée , on en conclut que la tète de Joseph Atkins avait été en contact avec elle.

Mobbset Suzanne assurent que, lorsiiu'il lut sur ses jambes et (jne la porte de la maison fut ouverte', il s'échappa de leiiis mains en courant eoiiinie un fou. Mais il était plus frais que jamais quand, le lendemain, il vint deiiiander une demi-pinte de bière d'absinthe.

M. Ormsby ne sentait pas fréquemment la nécessité d'ajouter le malin une peccadille aux péchés du soir précédent , ou, [loiir se servir d'un dicton ]i(qiulaire, de

iM-r.s Ki: i.w l'iiNii. -141

|iioiicli (' un l'oil (lu cliifu qui l'avait mordu ; mais , le leutlemaiH du souper, il dirigea SCS jias vers la l'iiur, dans l'iulontion do so permettre un doigt d'eau-de-vie et de lancer une (rilla<l(' i inistress Cliatani.

Il eut le plaisir de trouver lit Josei>li Atkins, et d'éciianger avec lui les compliments du malin. Joseph le pressa d'acceptei- une mesure de lait, car c'était au débit de cet innocent comestilile qu'il s'adonnait depuis longues années, en réservant ce qu'il ne \endait pas i»<uir l'engraissement d'un coilion. Ornishy refusa le liquide qu'on lui offrait et ne fut pas fâché de voir son ami se raviser et sortir de la taverne en marchant de côté.

1,'oratenr, abandonné "a lui-mûme , sentit , "a sa grande surprise, son éloiiuence en défaut. Une agitation nerveuse l'empêchait de se lancer dans les espaces de la rhétorique ; il soupira et dégusta sou eau-de-vie , promena ses regards autour de lui , sentit d'étranges rougeurs lui monter au visage , et compta et recompta les bouteilles de liqueur rangées sur des planches, jusqu'à ce que leurs coideurs variées lui eussent fait mal aux yeux. Enfin il consulta sa montre, et se rappela que, pour être îi la Banque "a neuf heures, il avait besoin déjouer assez énergiquement des jambes, vu le peu de répit que lui laissaient ses cors. Il mit donc son verre de coté , salua , et disparut en se promettant d'être moins timide a la prochaine occasion.

«Eh bien! madame, dit Suzanne en plongeant le verre de M. Ormsby dans une terrine d'eau placée 'a son côté , et en le mettant renversé sur le comptoir ; c'est assez significatif, M. Ormsby a quelque chose en tête, j'en suis sûre.

— Qu'est-ce que cela peut être , Suzanne'? répondit mislress Chalara.

— Dieu seul le sait , madame , reprit Suzanne , mais j'en ai l'intime conviction.

— V a-l-il quelque temps que vou^ vous en êtes aperçue?

— Je l'ai remarqué depuis le soir de la semaine dernière où il fit ce beau discours au sujet du souper. Avez-vous vu comme les yeux lui roulaient dans la tête, madame? Deux oulrois fois il a repris longuement haleine, et sa physionomie avait une expression si comique, que j'ai failli en mourii de rire.

— Est ce qu'il me regardait? dit mistress Chatam eu arrangeant la mentonnière de son bonnet ; le cher homme! Je me demande ce qui dans ma personne pouvait attirer son attention.

— Mais, dit Suzanne d'un ton plus grave, devinez ce que dit Joseph Atkins? Il prétend qu'une violente passion tourmente M. Ormsby; quant 'a moi, je crois qu'il n'y a que la goutte qui le tourmente.

— Monsieur Ormsby amoureux! s'écria mistress Chatam en riant; ma foi, ma fille, voilà qui est drôle ; mais comment Atkins sait-il cela?

— Par les discours de son ami , répondit Suzanne ; mais il n'y a pas moyen de se lier à Atkins ; il est si trompeur? il a tant fait de châteaux en Espagne avec 1 om, que le pauvre enfant en a presque perdu la tête. 11 voulait lui persuader que c'était un baronnet qui lui avait donné naissance, et qu'on le verrait un jour héritier du titre. Soyez-en certaine, madame, monsieur Atkins s'est trompé sur l'état de monsieur Ormsby.

— C'est bon , c'est bon. dit iiiisliess Chalaui avec un peu d'aigicur; monsieur

I ',2 1 Yl'KS DK i W IIIM:.

Ornisby n'avait pas l'air de si' liii'ii iioilcr <■(■ nialiii : il n liop Im liici' au soii' ; i-lait-

II bien ivre. Suzanne!'

— H pouvait il peine se tenir , madame. Il s'en allait i lianeelani le long de la boiserie; mais il avait beau faire, il ne parvenait pas a conserver son t''(|uilibre. il donna à .Mobbs une lape sur l'oreille et un sliillin;; de jiralilieation . en lui disant (|u'il était un noble Romain . et en se servant de ces loniis mots que je lui ai entendu prononcer.

— C'est qu'il est si instruit! dit niistress Cbatani; il a tant lu!

— Mon Dieu! madame, poursuivit Suzanne, si vous aviez vu monsieur liduiarsli et les deux jeunes amis qu'il avait anicnés avec lui! Monsieur Tidmarsli disait au «rand pâle : " Toi. tu es l'ombre du nti de Danemark, et moi je suis Ilamlct ; » puis il ajoutait : « Marche, je le suis. » Alors le jeune homme (|ui représentait l'ombre ajiilait sa canne en faisant , pour avancer, tous les efforts imaginables. Quand !\lol)bs a ouvert la porte, ils se son! glissés dehors, cl, inca|)abli's de marcher, ils sont tombés tous deux l'un par-dessus l'autre. .\li! madame, il fallait les voir rouler!

— J'espère qu'ils ne se sont pas blessés? dit mistress Cliatam.

— Pas du tout, madame; mais ce qu'il v a eu de bon. c'est cpic l'autre jeune homme, en les voyant tomber, partit d'un !;rand éclat de rire, s'appioclia du lambris de la boutique pour s'y appuyer, et rencontra la porte qui céda sous sa main. Il s'élala joliment par terre. Heureusement que monsieur Hillaiy était là pour le relever.

— Le vin n'avait produit aucun effet sur raonsieni- Ilillai y . je le parierais.

— ,\ucun, répondit Suzanne. Bonté du ciel! madame, quels océans monsieur llillary peut absorber sans se faire de mal. Mobbs affirme qu'il avait au moins cinq ou six verres devant lui, car ses jeunes compagnons vonlaieni toujours le régaler, et il ne disait jamais : \on, je vous remercie.

— Sa conduite me fait peine, dit mistress Chat.iin. Je l'ai connu . Suzanne , lors- (pi'il avait l'habitude de fié(iuenter les Trois-Toimeaux . il y a plusieurs années, longtemps avant que je connusse monsieur Chatam!... n

Ici la veuve poussa un soupir qu'à défaut d'éclaircissements suffisants nous mettrons sur le compte du défunt. Elle reprit ensuite ;

" Ah! Suzanne, il avait ,ilors (outes les manières d'un gentleman, et c'était un bel homme... un homme su|)erbe!...

— Mon Dieu! s'écria Suzanne, que l,i boi-.son di.inge les gens! Mais, comme disait ma mère, ceux qui sont au monde ne son! pas encore enterrés: on ne sait quel avenir leur est réserv<'' !

— Oui. dit mistress Clialan), apris un nioracnl de silence, dans vingt ans d'ici vous ne serez pas la jolie fille que vous êtes aujourd'hui. Suzanne IlawKins.

— I,a , madame, que vos propos sont piquants! s'é( ria Suzanne j)ensant en même temps que le compliment eût mieux valu sans la comparaison <lu présent avec l'avenir. Quand on lit le partage de la beauté, j'étais derrière la |iorle. et mon loi passa par le trou de l;i seirure; mais, apiès tout, la béant'', dit-on, n'est qn'ii la surface.

— Mais la laideur va jusqu'aux os, dit-on aussi, reprit mistress (lial.iiii cm lianl. » Ici la conversation fut interrompue par l'cnlrée d'un habitué.

Cependant .M, Orinsbv s'acheminail (an! bien que mal vers la Banque II ne lallail

TYI'KS l)i: iAVKKNE. I '. -,

plus'clieiclicr à^s'aliuser la-dcssus; il ne pouvait se le dissimuler plus longtemps; il cnlon.iit poui' la veuve, ('.elle vérité lui Irdttait iapi»lon)eul du eei\eau au cervelel: elle lui dévorait , elle lui desséeliait , elle lui ealeinait la masse eiie(''p|iali(iup. Il rumina toute la matinée : « Uéussiiai-je à conquérir son cœur? voudra-t-elle du mien? par quels moyens m"eu assurei? Il n'y a (|ue les Liaves qui méritent les lielles... Vaul mieux tard que jamais... l'ont est bien (jui linit bien... Uoraéo et .liiliette... César passa le Rubicon et gagna la bataille des Thermopyles.

Ces pensées, ces doutes, ces exiiortations se pressaient et s'embarrassaient dans sa lètc , comme une rangée de conscrits encore peu accoutumés a obéir au son du tambour; mais il en devait infailliblement résulter un projet quelconque. Une idée ii deux faces s'offrit h son iiiiaiiination.

Il Si j'épouse niisIressChatam, qu'en ferai-je; si elle m'épouse, que ferai-je de moimême? »

Il voulait dire par la : Me suivra-t-eile dans la vie privée, on me vouerai-je comme elle au service du public? »

Cette question avait du pour et du contre. Envisagée sous le rappoil du revenu pécuniaire, elle offrait un aspect tentateur. La Tour était bien acbalandi'c et d'un produit net assez raisonnable , qui , joint ;i ses propres économies, leur nssurerait île l'aisance pour toute la vie.

Fort bien , mais quel effet produirait cette enseigne :

ORBY ORMSBY,

M.*RCHA.M) PATENTÉ DE VI.\« ET DE LlyCEURS?

Alcibiade et Ciucinnalus! c'était une cbose impossible , impraticable! Qu'en penseraient le gouverneur de la Banque et la compagnie? Ombres de Daniel, race d'Abrabara N'ewlaud, de Henry Hase ' ! que diraient les directeurs, les commis, les souscommis, les expéditionnaires, les surnuméraires, du vaste établissement auquel il appartenait ! Une pareille idée n'était pas soutenable.

Et pourtant, après tout , le métier n'avait rien de déshonorant. Le bonnet fourré n'était nullement ignominieux ; un tablier blanc, même garni d'une légère poche carrée, ne couvrait point de honte celui qui le revêtait. Le grand point était d'obtenir le consentement de la veuve , et après cela les menus détails se régleraient eu conseil.

Cependant il y avait d'autres considérations qui réclamaient son attention immédiate. Le peu d'expérience que M. Ormsby avait pu acquérir des femmes, et plus particulièrement des veuves, l'avait engagé à user d'une prudence salutaire. Dans toutes les relations qu'il avait avec elles, il se rappelait la séduisante mistress Chouser , femme habile et luévoyante , qui d'abord avait tenu 'a l'écart ses cinq enfants

> Fameux l>aiiquiei^ angliiiN

l'.i i vi'i;s i)i'; tavi-km;.

anonymes, mais (|ui, lorsqu'un aiiin' icji'loii \iiit conipliHoi la ilciiii-ihaizaiiu' , l'accusa d'en êlre l'auteur. Il se souvenait d'avoir été obligé de composer avec l'avoui' poursuivant, et de ce qu'il lui en avait coûté pour s'être joué des sentiments d'une femme faihlc et sans protection. Il ne se peignait pas de moins vives C()uleuis la charmante mistress l'eikins, qui s'était constituée veuve de sa propre autorité , oubliant complètement que son mari habitait encore l'une de nos colonies pénitentiaires, et dont l'ardente imaj;ination s'était créé, dans le comté d'Essex, une jolie petite propriété qu'on n'avait pu découvrir nulle part.

Mais ici le cas était différent, il «''lait impossible de supposer un seul instant que raislress Chalam possédât une aussi nombreuse famille que mistress Cliouscr. Il savait qu'elle était absolument juivée des douceurs de la malernité, et sa Tour, bien réelle, bien authentique , solidement bâtie, valait tous les châteaux en l'air (jne la cervelle de mistress Perkins avait construits sur un échafaudage imaginaire.

Pouvait-on mettre Joseph Atkins dans la conlidencc, et lui donner l'emploi de sapeur-mineur dans le sié;;e projelé'? Il avait durant le jour plusieurs occasions d'observer si mistress Chalam était courtisée par quelques nouveaux admirateurs, et, supposé qu'elle accordât des encouragements 'a tous ou à l'un d'eux , il pouvait sans doute, en faisant usage de tontes ses facultés, s'assurer du véritable étal des choses. Le nommé Wright, dont Atkins avait parlé, ce Wiight qui devait venir un jour s'installer dans la maison, ce Wright appelé à jouir de tous les privilèges matrinu)niaux , pouvait n'être (jue M. Ormsby en iiersonnc !

Mais non ! Pour s'acquitter de fonctions aussi délicates, Josepli Atkins ét.iit un être liop grossier. Atkins métamorphosé en Mercure, en Cnpidon, présentait une image trop ridicule pour être vraie. M. Ormsby résolut de suivre un autre plan, tout en se disant qu'il n'y avait pas un moment "a perdie.

11 se présenta doncii la lavcrin^ un peu plus tôt que de coutume, prit sa demipinte de porter, lança, pour s'enconragcr, quelques œillades à mistress Chatam, et entra dans la salle , suivi de Suzaime , qui portait son grog à l'eau-de-vie.

B Fermez la porte, ma chère, dit-il d'une voix Irendilante d'émotion , j'ai besoin de vous parler. »

Suzanne obéit, non sans s'étonner d'une requête aussi inaccoutumée. Si elle avait été physionomiste, elle eût découvert sur la face de l'orateur une gaieté misérablement factice, qu'il afiiehait pour dissimuler l'affreuse lutte qui bouleversait son for intérieur.

Il Miss Suzanne, s'écria Ormsby en clignant de l'u'il et en secouant la tête d'un air malicieux, venez ici, pins près, un peu plus pii's. »

Suzanne avança lentement et avec une certaine hésitation. Que demandait-il? ii qui en avait-il? où voulait-il en venir?

Il Ma chère lille, reprit Ormsby en lui prenant la main pour l'atliiei vers lui , j'ai une faveur secrète, une faveur très-secrète "a vous demander.

— Qu'esl-ce? s'écria Suzanne ; tenez , monsieur, je vous prie de inc laisser partir.

— l'as encore, reprit l'oiateur. La porte est-elle fermée? Vous ne vous en irez qu'après m'avoir inoniis de m'eclroyer ce que je vous den.ande. i>

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